| Du 5 au 7
mai 2006 aura lieu, à Sumaré (São Paulo -
Brésil), le Premier Congrès National des
Travailleurs (CONAT - Congresso Nacional de
Trabalhadores) convoqué par la Coordination
Nationale de Luttes (CONLUTAS - Coordenação
Nacional de Lutas).
Il s'agit d'un pas important dans le
processus de réorganisation vécu par la
classe ouvrière et les masses
brésiliennes.
Il y a une nouvelle organisation syndicale
et populaire sur la scène politique
brésilienne. En plein gouvernement de Lula,
qui dispose du soutien des partis de gauche
les plus forts du pays (comme le PT et le
PCdoB) ainsi que de la participation directe
au pouvoir exécutif des plus grands
organismes du mouvement syndical (CUT),
populaire (MST) et estudiantin (UNE), une
nouvelle organisation de masses est en train
de voir le jour, réunissant des syndicats et
des secteurs du mouvement estudiantin et
populaire : la Coordination Nationale de
Luttes, CONLUTAS.(1)
Un peu d'histoire
La fin de ce qu'on a appelé le "miracle
économique", dans les années 70, a provoqué
le réveil des luttes économiques et
politiques contre la dictature instaurée au
Brésil depuis 1964. Le PT, la CUT et le MST,
les plus grands instruments de lutte de
l'histoire des travailleurs du pays, se sont
forgés comme produit de ce réveil
Malgré le combat de secteurs de gauche, la
direction est parvenue peu à peu à
transformer ces organisations en instruments
de conciliation de classes. Le processus a
fait un bond dans les années 90 quand la CUT
s'est transformée en un appareil
bureaucratique au service de la collaboration
avec la bourgeoisie et que le PT est devenu
un parti complètement adapté à l'ordre
bourgeois. Ce projet culmine avec l'élection
de Lula comme Président en 2002, ce qui a
réveillé d'énormes illusions dans la classe
ouvrière. A peine investi de la présidence,
Lula commença toutefois à appliquer la
politique de l'impérialisme, les normes du
FMI et les réformes néo-libérales préconisées
par la Banque Mondiale. . Les organisations
construites dans la période précédente se
sont mises à soutenir le gouvernement et sa
politique. De cette manière, elles ont
définitivement cessé d'être un instrument de
la lutte de la classe ouvrière, fermant ainsi
tout un chapitre de l'histoire. Elles se sont
mises à soutenir directement un gouvernement
bourgeois de collaboration de classes, dont
elles devenaient la courroie de transmission
de la politique pro-impérialiste à
l'intérieur du mouvement ouvrier.
Les principales
caractéristiques de CONLUTAS
A partir d'un certain moment, des secteurs
de plus en plus importants de la classe
ouvrière ont commencé à se battre contre les
plans néo-libéraux du gouvernement de Lula et
à mettre en question ce dernier. Ils se sont
heurtés aux directions progouvernementales de
la CUT, de la UNE et du MST, inaugurant ainsi
un nouveau cycle de réorganisation. Un
secteur du mouvement syndical et populaire
commence un processus de résistance et
s'organise autour de CONLUTAS, qui se
présente comme une nouvelle alternative de
direction pour la lutte des travailleurs. Un
processus similaire a lieu dans le mouvement
estudiantin autour de la Coordination
Nationale de Lutte des Etudiants, CONLUTE,
qui a CONLUTAS comme référence (voir
l'article La genèse de CONLUTAS). Le Brésil
vit un moment de réorganisation semblable à
ce qui a eu lieu dans des pays comme
l'Equateur, la Bolivie et l'Argentine vers le
milieu des années 90. CONLUTAS représente une
réorganisation centrée autour de la
construction d'une nouvelle organisation
nationale, qui se transforme en une
alternative pour les luttes de secteurs
sociaux les plus divers et en est son
expression maximale. Actuellement, CONLUTAS
regroupe près de 100 syndicats et un nombre
similaire d'oppositions syndicales.
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La construction d'une
organisation qui cherche à unir différents
segments des mouvements sociaux est une
caractéristique particulière de ce nouveau
processus de réorganisation au Brésil. Les
organismes nationaux, construits dans des
processus de réorganisation précédents,
exprimaient des segments sociaux spécifiques.
Les articulations intersyndicales urbaines
les plus variées, les organisations paysannes
et les mouvements populaires qui sont apparus
au Brésil ont toujours eu un caractère
sectoriel.
Ce processus de réorganisation dans le
mouvement syndical se manifeste dans la
rupture des syndicats avec la CUT. Ce n'est
donc pas un processus en dehors ou contre les
syndicats. Jusqu'à présent, les syndicats
sont toujours le principal instrument de
lutte de la classe ouvrière urbaine, malgré
toute l'usure accumulée dans la dernière
période, marquée par la restructuration
productive et les nouvelles formes de gestion
dans les entreprises, par le reflux de la
lutte de classes, par la bureaucratisation
des organismes syndicaux et par la politique
de conciliation de la majorité des
directions.
Il y a une lutte de l'avant-garde
combative pour la récupération des syndicats
des mains de la CUT et des autres centrales
syndicales jaunes, une réédition, d'une
certaine façon, de ce qui est arrivé quand la
CUT est née. Cela est dû à l’importance
et à la tradition des syndicats au Brésil.
Depuis leur apparition, ils ont toujours été
la forme prédominante d'organisation du
mouvement ouvrier et ont eu un poids
important.
Le processus de réorganisation chez les
paysans s'est approfondi à partir de
l’apparition, en marge du MST, de
nombreuses organisations. Certaines sont le
fruit de ruptures et de conflits internes au
MST lui-même, tandis que d'autres sont plus
récentes et indépendantes, comme le MTL, dont
le secteur le plus progressif se trouve dans
le Triangle Minier et au Goiás. Le processus
existe aussi dans le mouvement populaire. La
présence de la CLMP dans CONLUTAS en
témoigne, ainsi que d'autres mouvements comme
l'occupation "Zumbi de Palmares" à Rio de
Janeiro.
En marche vers le
Congrès
La construction de CONLUTAS et de CONLUTE
est le produit d'une bataille dure à
l'intérieur du mouvement de masses, et elle
reflète en même temps, au Brésil, un nouveau
processus de réorganisation du mouvement
ouvrier, populaire et estudiantin, comme ceux
qui ont eu lieu dans d'autres pays de
l'Amérique latine et du monde. Au milieu des
années 90, de nouvelles organisations sont
apparues en dehors des centrales
traditionnelles, ou d'autres, déjà
existantes, ont acquis une nouvelle vitalité.
En Equateur par exemple, est apparue la
Coordination de Mouvements Sociaux (CMS), en
Argentine, la Centrale des Travailleurs
Argentins (CTA) d'abord, et le mouvement des
"piqueteros" ensuite, en Bolivie il y eu la
Coordination des Eaux de Cochabamba, et des
initiatives semblables apparurent dans
d'autres pays. Ç’a été un processus
d'une énorme importance, annonciateur des
grands conflits qui allaient avoir lieu dans
ces pays au début du vingt-et-unième siècle,
quand ces organisations ont gagné la
prédominance, quand sont nées les Assemblées
Populaires et l'Intersyndicale en Argentine
et quand d'autres organisations ont été
revitalisées, comme la Centrale Ouvrière
bolivienne (COB) dans les processus de
2003-2005.
Ceux qui construisent CONLUTAS sont
conscients de faire partie de ce processus et
ils comprennent l'unité objective profonde
qui existe entre les processus de lutte et
d'organisation des différents pays de
l'Amérique Latine. Voilà pourquoi ils
invitent toutes ces organisations à se
manifester et à participer à leur congrès de
fondation. L'objectif ne se limite pas à un
échange et un débat sur les expériences
respectives. Le congrès doit aussi voir quels
pas concrets de coordination et d'action
commune il est possible de promouvoir. Voir
ci-après l'invitation aux organisations
syndicales, paysannes, estudiantines et
populaires de l'Amérique Latine et du
monde.
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