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Article paru dans Courrier International n°117, publié dans l'Internationaliste n°58
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La construction d'une alternative de direction
Du 5 au 7 mai 2006 aura lieu, à Sumaré (São Paulo - Brésil), le Premier Congrès National des Travailleurs (CONAT - Congresso Nacional de Trabalhadores) convoqué par la Coordination Nationale de Luttes (CONLUTAS - Coordenação Nacional de Lutas).

Il s'agit d'un pas important dans le processus de réorganisation vécu par la classe ouvrière et les masses brésiliennes.

Il y a une nouvelle organisation syndicale et populaire sur la scène politique brésilienne. En plein gouvernement de Lula, qui dispose du soutien des partis de gauche les plus forts du pays (comme le PT et le PCdoB) ainsi que de la participation directe au pouvoir exécutif des plus grands organismes du mouvement syndical (CUT), populaire (MST) et estudiantin (UNE), une nouvelle organisation de masses est en train de voir le jour, réunissant des syndicats et des secteurs du mouvement estudiantin et populaire : la Coordination Nationale de Luttes, CONLUTAS.(1)

Un peu d'histoire

La fin de ce qu'on a appelé le "miracle économique", dans les années 70, a provoqué le réveil des luttes économiques et politiques contre la dictature instaurée au Brésil depuis 1964. Le PT, la CUT et le MST, les plus grands instruments de lutte de l'histoire des travailleurs du pays, se sont forgés comme produit de ce réveil

Malgré le combat de secteurs de gauche, la direction est parvenue peu à peu à transformer ces organisations en instruments de conciliation de classes. Le processus a fait un bond dans les années 90 quand la CUT s'est transformée en un appareil bureaucratique au service de la collaboration avec la bourgeoisie et que le PT est devenu un parti complètement adapté à l'ordre bourgeois. Ce projet culmine avec l'élection de Lula comme Président en 2002, ce qui a réveillé d'énormes illusions dans la classe ouvrière. A peine investi de la présidence, Lula commença toutefois à appliquer la politique de l'impérialisme, les normes du FMI et les réformes néo-libérales préconisées par la Banque Mondiale. . Les organisations construites dans la période précédente se sont mises à soutenir le gouvernement et sa politique. De cette manière, elles ont définitivement cessé d'être un instrument de la lutte de la classe ouvrière, fermant ainsi tout un chapitre de l'histoire. Elles se sont mises à soutenir directement un gouvernement bourgeois de collaboration de classes, dont elles devenaient la courroie de transmission de la politique pro-impérialiste à l'intérieur du mouvement ouvrier.

Les principales caractéristiques de CONLUTAS

A partir d'un certain moment, des secteurs de plus en plus importants de la classe ouvrière ont commencé à se battre contre les plans néo-libéraux du gouvernement de Lula et à mettre en question ce dernier. Ils se sont heurtés aux directions progouvernementales de la CUT, de la UNE et du MST, inaugurant ainsi un nouveau cycle de réorganisation. Un secteur du mouvement syndical et populaire commence un processus de résistance et s'organise autour de CONLUTAS, qui se présente comme une nouvelle alternative de direction pour la lutte des travailleurs. Un processus similaire a lieu dans le mouvement estudiantin autour de la Coordination Nationale de Lutte des Etudiants, CONLUTE, qui a CONLUTAS comme référence (voir l'article La genèse de CONLUTAS). Le Brésil vit un moment de réorganisation semblable à ce qui a eu lieu dans des pays comme l'Equateur, la Bolivie et l'Argentine vers le milieu des années 90. CONLUTAS représente une réorganisation centrée autour de la construction d'une nouvelle organisation nationale, qui se transforme en une alternative pour les luttes de secteurs sociaux les plus divers et en est son expression maximale. Actuellement, CONLUTAS regroupe près de 100 syndicats et un nombre similaire d'oppositions syndicales.

La construction d'une organisation qui cherche à unir différents segments des mouvements sociaux est une caractéristique particulière de ce nouveau processus de réorganisation au Brésil. Les organismes nationaux, construits dans des processus de réorganisation précédents, exprimaient des segments sociaux spécifiques. Les articulations intersyndicales urbaines les plus variées, les organisations paysannes et les mouvements populaires qui sont apparus au Brésil ont toujours eu un caractère sectoriel.

Ce processus de réorganisation dans le mouvement syndical se manifeste dans la rupture des syndicats avec la CUT. Ce n'est donc pas un processus en dehors ou contre les syndicats. Jusqu'à présent, les syndicats sont toujours le principal instrument de lutte de la classe ouvrière urbaine, malgré toute l'usure accumulée dans la dernière période, marquée par la restructuration productive et les nouvelles formes de gestion dans les entreprises, par le reflux de la lutte de classes, par la bureaucratisation des organismes syndicaux et par la politique de conciliation de la majorité des directions.

Il y a une lutte de l'avant-garde combative pour la récupération des syndicats des mains de la CUT et des autres centrales syndicales jaunes, une réédition, d'une certaine façon, de ce qui est arrivé quand la CUT est née. Cela est dû à l’importance et à la tradition des syndicats au Brésil. Depuis leur apparition, ils ont toujours été la forme prédominante d'organisation du mouvement ouvrier et ont eu un poids important.

Le processus de réorganisation chez les paysans s'est approfondi à partir de l’apparition, en marge du MST, de nombreuses organisations. Certaines sont le fruit de ruptures et de conflits internes au MST lui-même, tandis que d'autres sont plus récentes et indépendantes, comme le MTL, dont le secteur le plus progressif se trouve dans le Triangle Minier et au Goiás. Le processus existe aussi dans le mouvement populaire. La présence de la CLMP dans CONLUTAS en témoigne, ainsi que d'autres mouvements comme l'occupation "Zumbi de Palmares" à Rio de Janeiro.

En marche vers le Congrès

La construction de CONLUTAS et de CONLUTE est le produit d'une bataille dure à l'intérieur du mouvement de masses, et elle reflète en même temps, au Brésil, un nouveau processus de réorganisation du mouvement ouvrier, populaire et estudiantin, comme ceux qui ont eu lieu dans d'autres pays de l'Amérique latine et du monde. Au milieu des années 90, de nouvelles organisations sont apparues en dehors des centrales traditionnelles, ou d'autres, déjà existantes, ont acquis une nouvelle vitalité. En Equateur par exemple, est apparue la Coordination de Mouvements Sociaux (CMS), en Argentine, la Centrale des Travailleurs Argentins (CTA) d'abord, et le mouvement des "piqueteros" ensuite, en Bolivie il y eu la Coordination des Eaux de Cochabamba, et des initiatives semblables apparurent dans d'autres pays. Ç’a été un processus d'une énorme importance, annonciateur des grands conflits qui allaient avoir lieu dans ces pays au début du vingt-et-unième siècle, quand ces organisations ont gagné la prédominance, quand sont nées les Assemblées Populaires et l'Intersyndicale en Argentine et quand d'autres organisations ont été revitalisées, comme la Centrale Ouvrière bolivienne (COB) dans les processus de 2003-2005.

Ceux qui construisent CONLUTAS sont conscients de faire partie de ce processus et ils comprennent l'unité objective profonde qui existe entre les processus de lutte et d'organisation des différents pays de l'Amérique Latine. Voilà pourquoi ils invitent toutes ces organisations à se manifester et à participer à leur congrès de fondation. L'objectif ne se limite pas à un échange et un débat sur les expériences respectives. Le congrès doit aussi voir quels pas concrets de coordination et d'action commune il est possible de promouvoir. Voir ci-après l'invitation aux organisations syndicales, paysannes, estudiantines et populaires de l'Amérique Latine et du monde.

São Paulo, le 7 décembre 2005

Camarades,

Par la présente, nous vous invitons au Premier Congrès National de Travailleurs (CONAT), promu par la Coordination National de Luttes du Brésil (CONLUTAS), qui aura lieu à São Paulo du 28 avril au 1er mai 2006.

CONLUTAS est une organisation qui regroupe des syndicats, des organisations paysannes et populaires et des fédérations estudiantines du Brésil qui combattent contre l'oppression impérialiste dans notre pays et dans toute l'Amérique Latine, contre les plans néo-libéraux des gouvernements collabos et en défense des droits des travailleurs et des peuples opprimés.

Notre organisation est née en 2004 dans le but de combattre les réformes néo-libérales inspirées par le FMI et la Banque Mondiale et appliquées par le gouvernement de Lula, qui a accédé au pouvoir avec un énorme soutien et de grandes illusions populaires.

CONLUTAS a rejeté les réformes universitaires et syndicales qui, sous le couvert et la publicité de "changements", mettaient en oeuvre les plans de l'impérialisme pour notre pays, et elle a appelé à se mobiliser contre eux.

Nous nous sommes opposés frontalement à la Centrale Unique des Travailleurs (CUT) qui s'est mise du côté du gouvernement, a trahi les travailleurs, a soutenu finalement ces plans et a pris part au pouvoir exécutif actuel de Lula par le biais de son ancien président et actuel Ministre du Travail, Luíz Marinho.

CONLUTAS défend l'indépendance totale des organisations des travailleurs par rapport au gouvernement et à l'Etat. Elle promeut aussi la collaboration étroite et l'unité entre les organisations syndicales, paysannes, estudiantines, indigènes et populaires de l'Amérique Latine et du monde entier pour qu'elles combattent de manière indépendante pour nos droits, pour qu'elles combattent l'oppression impérialiste et soient organisées de manière démocratique.

Nous voyons une nécessité d'échanger des expériences parce que nos luttes répondent à des causes communes et que nous faisons face à des ennemis semblables. En même temps, nous sommes conscients que notre expérience d'organisation et de lutte n'en est qu'une parmi d'autres sur le continent.

Voilà pourquoi l'invitation que nous vous adressons par la présente a pour but, en plus de compter avec votre présence et votre participation à notre Congrès, d'arriver à une intégration et à une coordination internationale des organisations présentes à cet événement.

Avec notre salut fraternel,

José Maria de Almeida

Coordination Nationale de CONLUTAS

La date a été changée postérieurement, au 5-7 mai

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