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Article paru dans Courrier International n°117, publié dans l'Internationaliste n°58
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La genèse de CONLUTAS
  • La grève nationale des fonctionnaires contre la Réforme de la Prévision Sociale, en juillet 2003, a marqué le début de la rupture des masses avec ses organisations traditionnelles à cause du rôle traître de la CUT dans cette grève. Les travailleurs commencent à rompre définitivement avec les directions progouvernementales du mouvement syndical et populaire. Les grévistes refusent à la CUT le droit de parler en leur nom lors des négociations avec le gouvernement. Après la défaite de la grève, le processus continue avec la suspension du paiement des contributions financières et avec la désaffiliation définitive des syndicats à la CUT. Le phénomène s'étend rapidement à d'autres syndicats de base, dans un processus de rupture des secteurs les plus combatifs du mouvement syndical avec la CUT.
  • La lutte contre la Réforme Syndicale et du Travail a ouvert la phase de construction d'organismes alternatifs de lutte. La Proposition présentée par le gouvernement met le mouvement syndical en alerte concernant son objectif, celui de modifier la structure syndicale existante dans le pays, avec le but de renforcer encore plus le contrôle de l'Etat et du gouvernement sur les syndicats, de maintenir le mouvement syndical sous la direction absolue des centrales jaunes, d'éliminer des droits du travail historiques et d'attacher les mains des travailleurs avec l'interdiction des grèves.
  • La Rencontre Nationale Syndicale de Luziania (Goiás), en mars 2004, entame cette seconde phase : 1800 dirigeants et 181 syndicats de base et oppositions syndicales décident d'entamer la construction d'un front de lutte contre la réforme. On approuve une plate-forme nationale de lutte et la réalisation d'une marche nationale, le 16 juin, à Brasilia.
  • A Brasilia, le 19 mars, une nouvelle réunion vote la construction de la Coordination Nationale de Luttes (CONLUTAS) comme un pôle national de lutte, alternatif à la CUT. Etaient présents : des secteurs syndicaux de gauche, des syndicats indépendants de fonctionnaires fédéraux, et un secteur des Fédérations qui par après s'est retiré.
  • Dans le mouvement estudiantin il y a un processus similaire. Des secteurs liés au PSTU, des groupes régionaux de gauche et un vaste secteur indépendant entament un mouvement d'opposition à la Réforme Universitaire du gouvernement. En mai a lieu une Rencontre Nationale à Rio de Janeiro : près de 1.500 étudiants approuvent une plate-forme de lutte contre la Réforme et le gouvernement, et décident de construire la Coordination Nationale de Lutte des Étudiants (CONLUTE) comme un pôle alternatif à la direction de l'UNE.
  • La Marche Nationale du 16 juin a réuni à Brasilia entre 8 et 10 mille personnes et a démontré qu'il était possible de faire une mobilisation nationale en marge des organisations traditionnelles. L'événement donne une plus grande confiance à l'avant-garde, qui commence à voir avec davantage d'optimisme la viabilité de la construction d'un projet de direction alternatif.
  • La grève nationale des travailleurs de banque, entamée le 14 septembre 2004, encourage la construction d'Oppositions Syndicales liées à CONLUTAS comme alternative aux directions syndicales progouvernementales. Dans cette grève, la plus longue dans l'histoire du secteur, le Mouvement National d'Opposition Bancaire (MNOB) dirige un processus de rébellion de base contre la Confédération Nationale des Travailleurs de Banque (CNB-CUT) et fait face au gouvernement, aux banquiers, à la CUT et aux directions des syndicats. La victoire partielle obtenue a provoqué un saut qualitatif dans l'expérience des travailleurs de banque avec les directions syndicales progouvernementales, et le MNOB se fortifie dans tout le pays.
  • En septembre 2004, CONLUTE organise un Plébiscite National contre la Réforme Universitaire. En faisant face à l'UNE, CONLUTE parvient à rassembler 56.127 votes estudiantins et elle s'impose clairement, surtout dans les universités publiques.
  • En janvier 2005, CONLUTAS tient sa Première Rencontre Nationale à Porto Alegre, avec la participation de 1.500 activistes syndicaux, populaires et estudiantins. Elle mène une discussion stratégique sur la nécessité de se transformer en une véritable organisation nationale qui agglutine les différents mouvements sociaux (syndical, populaire, paysan et estudiantin). On y vote la réalisation d'une nouvelle Rencontre Nationale pour organiser un Congrès National de Fondation, un plan de mobilisation contre la Réforme Syndicale et du Travail, et une nouvelle marche sur Brasilia. Le plan serait combiné avec la lutte pour l'unification des campagnes salariales et la participation aux élections annoncées dans plusieurs syndicats importants.
  • CONLUTE tient aussi une nouvelle Rencontre Nationale avec environ 1.000 étudiants. On y décide l'organisation d'un vaste débat dans la base du mouvement estudiantin sur la nécessité de rompre avec l'UNE, l'intensification de la lutte contre la réforme universitaire et la réalisation d'une nouvelle rencontre nationale. En outre, la Rencontre Nationale de la Coordination de Luttes des Mouvements Populaires (CLMP) a lieu avec la présence de mouvements urbains des SDF (MUST - Movimento Urbano dos Sem-Teto - de San José dos Campos-São Paulo et de Recife) et du Mouvement Populaire Alborada de Rio Grande do Sul. On y vote l'intégration de la CLMP à CONLUTAS.
  • Dans les premiers mois de 2005, la campagne contre la Réforme Syndicale et du Travail s’intensifie. Le gouvernement, la direction de la CUT et les centrales jaunes commencent à perdre le débat sur le sujet. Le Front National contre la Réforme est mis sur pied. Fuerza Sindical retire son soutien au projet et affaiblit la stratégie du gouvernement qui voulait l'approuver cette année.
  • Des listes d'opposition syndicale à la CUT par la gauche, et/ou liées à CONLUTAS, apparaissent. Les discussions sur l'orientation progouvernementale des directions syndicales, sur la rupture avec la CUT et sur la nécessité de construire CONLUTAS comme alternative de direction sont menées à la base dans des secteurs importants. Malgré le poids de la machine électorale bureaucratique, les oppositions obtiennent des résultats autour de 30% des votes, et dans quelques cas elles obtiennent la victoire. Le processus de rupture des syndicats avec la CUT et la construction de CONLUTAS est l'expression d'un vaste processus de rupture dans la base des sections. Le projet de construction des Oppositions Syndicales de CONLUTAS commence à se généraliser.
  • La crise politique qui s'ouvre dans le pays, impliquant le gouvernement de Lula et le Congrès National dans des scandales de corruption, produit un nouveau saut dans la rupture avec le gouvernement et avec les directions syndicales, populaires et estudiantines qui le soutiennent. Le chemin pour le renforcement de CONLUTAS se dégage. Celle-ci lance une campagne contre la corruption, les réformes néo-libérales et la politique économique du gouvernement-FMI, et convoque à une journée de luttes dans les principales villes du pays, à une manifestation nationale, le 17 août, à Brasilia, et à sa Deuxième Rencontre Nationale, le 18 août, dans cette ville.
  • La marche du 17 août réunit autour de 12 mille personnes alors que le meeting de soutien au gouvernement, convoqué le jour précédent par la CUT, l'UNE et le MST, avait réuni à peine 5 mille personnes. Cet événement place CONLUTAS à un niveau supérieur pour disputer la direction du mouvement de masses au Brésil. Même si elle est encore très loin d'avoir la même représentativité que les plus grands organismes, la marche la place sur la scène politique nationale et accélère sa capacité d'attraction de l'avant-garde et du mouvement social organisé.
  • La Deuxième Rencontre Nationale, le jour suivant, réunit environ 1.700 activistes syndicaux, paysans et populaires. On annonce formellement l'entrée à CONLUTAS du Mouvement Terre et Liberté (MTL) et de la FENAFISCO. On se met d'accord sur la réalisation d'un Congrès National pour fin avril/début mai 2006, dans le but de construire une nouvelle organisation nationale de lutte de la classe ouvrière, qui unifie les différents mouvements sociaux. On approuve aussi un Manifeste et un calendrier de meetings dans les principales capitales du pays contre la corruption, les réformes et la politique économique du gouvernement. Les meetings ont été d'importantes manifestations d'avant-garde et ont contribué à ce que CONLUTAS continue à attirer des organismes dans tout le pays. Elle entre ainsi dans une phase de renforcement, en marche vers sa transformation en une nouvelle organisation nationale.

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