L'échec d'une politique
En mars 2003, les troupes impérialistes des
Etats-Unis, de la Grande-Bretagne et de leurs alliés
ont obtenu une victoire militaire rapide ; ils ont
renversé le gouvernement et le régime de Saddam
Hussein, ont dissout son armée et ont installé un
régime colonial, basé sur les troupes envahisseurs.
Les espoirs de Bush, que cette victoire permette
d'installer un gouvernement collabo solide,
permettant ainsi de retirer rapidement la plupart des
troupes, ont toutefois vite été durement réfutés par
la réalité.
Peu de temps après l'occupation, une
véritable guerre de libération du peuple irakien
s'est mise en route, une guerre qui, à
travers des attaques et des attentats, a commencé à
acculer de manière croissante les troupes
d'occupation et les a empêché de dominer réellement
le pays. Les gouvernements de Chalabi et d'Allawi
n'ont obtenu presque pas de soutien politique et les
élections frauduleuses de janvier 2005 n'ont pas
modifié essentiellement le panorama.
Les occupants ne sont pas non plus parvenues à
inverser la situation avec les attaques génocides à
des populations civiles, comme celle de Fallujah en
2004, ou l'emprisonnement, la torture et le meurtre
de milliers de prisonniers, dans la prison tristement
célèbre d'Abu Grahib et d'autres semblables. Pour
cette raison, des éléments de crise ont commencé à
apparaître dans les troupes envahisseurs, comme les
suicides, les désertions et la consommation de
drogues. Les 150.000 soldats envoyés par Bush se sont
avérés insuffisants pour dominer l'Iraq, mais l'envoi
de troupes en nombre suffisant (400 ou 500.000)
devient impossible dans les actuelles conditions
politiques des Etats-Unis.
En même temps, la coalition des envahisseurs a
commencé à se fissurer. L'Espagne a dû retirer ses
troupes après la chute d'Aznar, Berlusconi perdra
sûrement les élections en Italie et seulement Blair a
survécu, mais très affaibli. Beaucoup d'autres
composants plus petits de la coalition se sont déjà
retirés ou ont fixé la date pour le faire. D'autre
part, dans les Etats-Unis eux-mêmes, l'opposition à
la guerre augmente et le soutien à Bush est en chute
libre.
Ainsi s'est ouvert la possibilité que
l'impérialisme yankee soit mis en échec
militairement en Iraq, face à la résistance
héroïque des masses irakiennes, comme cela s'est
passé au Vietnam dans les années 60 et 70. Ce fait
est reconnu, même par la presse et les politiciens
américains.
Diviser pour régner
Face aux différents échecs de sa politique,
l'impérialisme yankee a misé de plus en plus sur les
accords avec la hiérarchie religieuse et la
bourgeoisie chiite, liée à Iran, et avec la
bourgeoisie kurde du nord du pays, en essayant de
légaliser tout l'accord avec de nouvelles élections.
Dans cette politique, il a reçu le soutien de
l'impérialisme français et de l'allemand, qui
s'étaient opposés à l'invasion mais "légalisent"
maintenant l'occupation.
Dans le cadre de cet accord, une nouvelle
constitution a été sanctionnée qui avance dans la
division virtuelle du pays sous prétexte de le
"fédéraliser". Sur la base de démarcations
religieuses et ethniques, elle crée des "zones
autonomes", chacune avec son propre gouvernement :
les oligarques kurdes Talabani et Barzani, dans le
Nord du pays, et les chiites collabos du CSRI
(Conseil Supérieur de la Révolution Islamique) et le
Dawa, dans le Sud. Il s'agit précisément des zones
qui contiennent les gisements pétrolifères. Le
"gouvernement central" de Bagdag, zone de
prédominance sunnite, aurait sa juridiction réelle
limitée à un grand désert. Bush essaye d'appliquer
ainsi le vieux principe de "diviser pour régner".
De cette façon, l'impérialisme a commencé à
promouvoir le plan "d'iraquiser" la guerre,
c'est-à-dire de préparer des forces armées collabos
qui font face à la résistance, garantissent le
contrôle du pays et lui permettent ainsi de retirer
une partie des troupes d'occupation.
Les escadrons de la mort
Un élément de cette politique "d'iraquiser" la
guerre a été la création "d'escadrons de la mort"
liées au gouvernement, pour attaquer les gens
suspects de sympathiser avec la résistance et pour
encourager les confrontations entre chiites et
sunnites. Le plus connu est celui qu'on appelle
l'Armée Badr, en relation avec le CSRI, le principal
parti chiite du gouvernement colonial. Le Badr est
responsable de nombreuses attaques contre des
sunnites et des chiites adversaires de l'occupation,
avec des centaines de victimes. Citons parmi elles le
meurtre de 47 passagers d'un autobus qui retournait
d'une manifestation pour l'union du peuple irakien,
quelques jours après l'attentat de Samara. On
l'accuse aussi d'administrer une prison secrète dans
les sous-sols du ministère de l'Intérieur.
La création des "escadrons de la mort" a reçu aux
Etats-Unis le nom "Opération Salvador", à cause de sa
similitude avec la politique appliquée dans ce pays
d'Amérique centrale dans les années 80 pour faire
face au FMLN (Front Farabundo Martí de Libération
Nationale). Ce n'est pas par hasard que Bush a envoyé
en Irak celui qui était à l'époque ambassadeur en
Honduras, John Negroponte, qui a beaucoup
"d'expérience" dans ces opérations.
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Les attentats
Il s'avère donc évident que les attentats comme
celui contre la mosquée d'Askariya, vont dans le sens
de la logique "d'iraquiser" la guerre et de mener le
peuple irakien à une confrontation fratricide, au
lieu de l'unir de plus en plus contre les troupes
d'occupation et leurs agents locaux (comme le
gouvernement de l'actuel Premier ministre Ibrahim
al-Jáfari).
Il y a des informations selon lesquelles des
milices de l'Armée Mehdi (dirigé par l'ecclésiastique
chiite Muaqta el-Sadr, adversaire de l'occupation
impérialiste) ont réagi après l'attentat et ont
attaqué des secteurs sunnites. Cela a obligé leur
dirigeant à retourner rapidement d'un voyage en Iran
et à appeler, très correctement, "tous les
Irakiens, sunnites et chiites, musulmans et non
musulmans, à une manifestation à Bagdad pour exiger
la sortie des forces d'occupation".
Pour tout ce que nous venons de dire, la Ligue
Internationale des Travailleurs - Quatrième
Internationale condamne ces attentats comme des
provocations au service de l'occupation impérialiste.
Beaucoup d'entre eux sont sûrement l'œuvre
directe de l'impérialisme lui-même, comme on a vu
l'année passée avec la détention à Bassora de deux
agents secrets britanniques, vêtus à l'arabe et
portant des bombes et des détonateurs, que l'armée
britannique a ensuite libérés par la force. Dans le
cas de la mosquée d'Askariya, il est significatif que
sa garde permanente avait été réduite de 35 à 5
soldats le jour de l'attentat, ou que le travail
hautement professionnel de ceux qui ont mis les
explosifs n'ait pas été remarqué par les troupes
américaines et irakiennes qui patrouillent la zone de
façon permanente.
L'ambassadeur des Etats-Unis en Iraq lui-même,
Zalmay Jalilzad, a reconnu de fait la responsabilité
impérialiste dans cette dynamique de guerre civile en
disant que "l'invasion de l'Iraq a ouvert une
'boite de pandore' de violence ethnique qui pourrait
conduire le pays à la guerre civile. La question est
: quelle est la suite?" (Los Angeles Times,
8/3/06).
Notre condamnation de ce type d'attentats ne
changerait en rien si ces derniers avaient été
effectués par des groupes comme celui d'Al Zarqawi-Al
Qaeda, car cela ne changerait rien à leur caractère
de provocation contre le peuple irakien, qui profite
seulement aux occupants.
Unité pour faire face à
l'occupation et à ses agents
L'enjeu est immense pour l'impérialisme en Iraq :
un retrait dans les conditions actuelles signifierait
la reconnaissance d'une défaite et l'abandon de son
objectif de contrôler de manière directe la seconde
réserve pétrolière du monde. D'autre part, ce fait
met à l'ordre du jour que le peuple irakien
nationalise et récupère la souveraineté sur le
pétrole. Si l'impérialisme se retire de l'Iraq, ce
sera un dangereux précédent d'impuissance qui
encouragerait la lutte de tous les peuples du monde.
L'impérialisme serait, plus particulièrement, très
affaibli dans la zone du Moyen-Orient, une zone
stratégique par ses richesses pétrolières, où il fait
face aussi à des situations de crise en Palestine et
à la confrontation avec le gouvernement iranien.
Le seul chemin possible est donc l'expulsion des
troupes d'occupation et à leurs agents collabos,
comme l'ont fait les Vietnamiens en 1975. L'attentat
d'Askariya ne peut pas faire perdre de vue
l'essentiel de ce qui se passe en Iraq : une
guerre de libération, une lutte pour récupérer la
souveraineté et l'indépendance du pays, met en échec
les troupes impérialistes.
La LIT-QI considère qu'aujourd'hui, plus
que jamais, l'unité des chiites, sunnites et laïques
est nécessaire pour que ce triomphe puisse
devenir réalité. Il s'agit d'abord de
défendre l'unité territoriale de l'Iraq
contre les tentatives de division de l'impérialisme
et ses agents chiites et kurdes de l'actuel
gouvernement d'al-Jáfari (Dawa), al-Hakim (CSRI),
Talabani (UPK) et Barzani (PDK). Nous
condamnons toutes les actions qui attentent à cette
unité.
La Guerre de Libération Nationale de
l'Iraq est aujourd'hui la principale
confrontation entre l'impérialisme et le mouvement de
masses à l'échelle mondiale. Dans l'occupation se
joue une bonne partie du destin de l'actuelle
politique de l'impérialisme américain. Une défaite de
Bush et des Etats-Unis ouvrira des conditions
beaucoup plus favorables pour l'avance des masses du
monde entier.
C'est pourquoi, la Ligue Internationale des
Travailleurs - Quatrième Internationale
soutient inconditionnellement la lutte
militaire de la résistance iraquienne, (même
si nous maintenons nos critiques politiques à ses
directions). Nous sommes pour la défaite
politique et militaire de l'impérialisme et de leurs
collabos iraquiens et pour leur expulsion de l'Iraq
afin d'obtenir un Irak libre et
souverain.
14 mars 2006
Secrétariat
International de la Ligue Internationale des
travailleurs
Quatrième
Internationale
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