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Déclaration parue dans Courrier International n°120

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Etats-Unis : Vive la lutte des travailleurs immigrés !

Les mobilisations massives des 9 et 10 avril 2006 contre l'approbation de la loi H.R. 4437 (loi présentée au Congrès américain par des législateurs du parti républicain, le parti du président George W. Bush) et celles des semaines précédentes, entreront probablement dans l'histoire des luttes ouvrières et populaires des Etats-Unis, au même titre que les mobilisations pour les droits civils des noirs dans les années 60, ou celles contre la guerre du Vietnam, quelques années après.

Il n'est pas exagéré d'affirmer que des millions de personnes ont participé aux 125 rassemblements qui ont eu lieu dans tout le pays, que ce soient dans les mobilisations gigantesques des grands centres urbains ou dans les rassemblements de dizaines de militants dans les petites villes. La population immigrée d’Amérique Latine, qui représente déjà 13% de la population des Etats-Unis (c’est-à-dire 40 millions de personnes, parmi lesquelles 12 millions seraient "illégales"), a été l'avant-garde dans les mobilisations. Ce n’est pas un hasard si la "langue officielle" dans les cortèges était l'espagnol. D'autres communautés plus petites (arabes, chinoises, indiennes, polonaises et même irlandaises) les ont rejoints. Ils ont aussi bénéficié d’une vaste solidarité de la communauté noire et du soutien de secteurs d'Américains blancs.

L’appartenance à la classe des travailleurs de la majorité des manifestants apparaissait nettement dans les mots d’ordres choisis : "nous ne sommes pas des criminels, nous sommes des travailleurs", ou sur les pancartes : "nous ne voulons être esclaves de personne", proclamait ainsi celle du Réseau National des Travailleurs Journaliers. Dans la mobilisation qui a eu lieu quelques jours auparavant à Chicago, "des groupes de travailleurs des boulangeries, des restaurants, des usines et des chantiers, parfois en uniforme de travail, ont abandonné leur lieu de travail pour participer à la manifestation".1 De nombreux lycéens se sont aussi mobilisés.

Les causes de l'immigration

Les migrations massives des régions pauvres vers les pays impérialistes sont indispensables au fonctionnement du système capitaliste. Pour fuir la pauvreté, la misère et la faim des pays colonisés, des millions de latino-américains n'ont pas d'autre alternative que d'émigrer aux Etats-Unis. Un phénomène semblable se produit en Europe avec les pays arabes, africains et asiatiques. Le besoin est si grand que ces gens sont prêts à affronter tous les dangers, y compris la mort, pour franchir coûte que coûte la frontière.

Ce processus profite autant aux bourgeoisies latino-américaines, qui voient ainsi diminuer le chômage et reçoivent l'argent des émigrés, qu’aux bourgeoisies impérialistes, qui bénéficient ainsi d’une "armée industrielle de réserve", une main-d'œuvre bon marché prête à accepter les pires boulots.

La répression actuelle et la nouvelle loi

Actuellement, la législation pour les immigrés sans papiers est déjà très dure et permet la répression. Selon le journal Nuevo Herald, l'action de la "Migra" (police des migrations) a fait que 1.200.000 immigrants illégaux ont été arrêtés à la frontière du Mexique en 2005. L’année dernière, environ 500 immigrés sont morts, que ce soit des suites de la répression ou en raison des conditions désastreuses dans lesquelles se fait le passage de la frontière. Dans cette tâche, la Migra peut compter maintenant aussi sur l'appui des "gardiens", des bandes armées de blancs racistes qui collaborent à la détention des "illégaux". En fait, la répression fait partie du "business" : elle permet de contrôler le flux migratoire, un éventuel débordement, et de faire pression sur les salaires, le travailleur sans papiers étant sous le coup d’une menace permanente d’expulsion du pays.

Après les mobilisations, plusieurs leaders latinos ont été menacés de mort par des groupes d'extrême droite et beaucoup d'entreprises ont licencié les travailleurs mobilisés, ce qui constitue une tentative claire d'attaquer le mouvement.

La loi HR 4437 va encore plus loin dans la répression : non seulement elle assimile les immigrés illégaux à des "criminels dangereux", mais elle transforme en "complices", susceptibles d’être l’objet de poursuites pénales, les travailleurs sociaux, les travailleurs de la santé et tout individu ou organisation qui leur fournirait une aide. Le contenu de la loi choque ainsi l'opinion majoritaire des Américains (55% la rejettent et 25% seulement y sont favorables). En même temps, lui sont opposés des secteurs des patrons yankees, qui profitent de l'immigration illégale et qui, avec la nouvelle loi, courent le risque non seulement de voir expulsés nombre de leurs travailleurs, mais aussi d'être eux-mêmes jugés comme "complices criminels".

La nouvelle loi alternative

L'opposition de certains secteurs patronaux à cette loi apparaît dans le soutien, et la participation aux mobilisations, de l'Eglise Catholique et d'importants politiciens du parti démocrate, comme le sénateur Edward Kennedy.

Dans un certain sens, ce fait a favorisé le caractère pacifique des mobilisations. Mais cela prépare aussi un piège. Les démocrates sont en train de négocier une loi alternative avec les républicains au Sénat. C'est une loi plus "douce" que la HR 4437. Toutefois, comme il fallait s'y attendre, puisqu’il s'agit d'un accord avec les patrons impérialistes, c’est une loi profondément restrictive qui conduirait à l'expulsion du pays de 5.000.000 de sans papiers. C'est pourquoi, ce serait une grande erreur pour les organisations d'immigrés de l'accepter comme un "moindre mal". La force des mobilisations permet de se battre pour obtenir une solution véritable et complète au problème des immigrés.

La victoire est possible

Le processus d'organisation et de mobilisation des immigrés aux Etats-Unis n'est pas une lutte d'"étrangers". C'est le secteur le plus exploité et le plus discriminé de la classe ouvrière des Etats-Unis qui s'est mis en mouvement. Un triomphe des travailleurs immigrés rendrait plus fort l’ensemble des travailleurs des Etats-Unis, dans la lutte pour récupérer nombre de conquêtes perdues ces dernières années, et pour affronter les attaques qui se préparent contre les salaires, les conditions de travail et l'emploi.

Le gouvernement républicain de Bush est affaibli, principalement par son échec en Irak, et il peut être mis en échec. En ce sens, l'unité de l'ensemble de la classe ouvrière des Etats-Unis pour soutenir les revendications des immigrés a une importance vitale.

La LIT-QI soutient totalement cette lutte.

Non à la loi HR 4437!

Non à la nouvelle loi négociée entre républicains et démocrates!

Non à la persécution et la répression des immigrés !

Green Card et légalité maintenant et pour tous les sans-papiers!

Secrétariat International de la LIT-QI

Le 12 avril 2006

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