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Déclaration parue dans Courrier International n°121

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Suivons l'exemple de la lutte du peuple bolivien !
Il y a quelques jours, le gouvernement bolivien d'Evo Morales a promulgué le Décret 28701 qui nationalise les réserves de gaz et de pétrole du pays. La mesure a été reçue avec un grand enthousiasme par le peuple bolivien qui voit que c'est un résultat, un premier triomphe de la lutte révolutionnaire qu'il mène depuis des années et qui a déjà renversé deux présidents, précisément avec l'exigence de la nationalisation des hydrocarbures. En ce sens, au-delà des limitations que le gouvernement a imposées au décret, la Lit-ci considère qu'il s'agit d'une mesure de caractère anti-impérialiste.

Ce n'est pas par hasard que le gouvernement impérialiste des Etats-Unis a manifesté rapidement son rejet et sa préoccupation, non tellement pour être affecté en premier lieu par la mesure, mais à cause du "précédent grave" que la mesure établit. En ce sens, Condoleezza Rice a exprimé ses menaces contre "les démagogues et les autoritaires" qui touchent aux normes juridiques et "le libre commerce", en se référant la Bolivie et au Venezuela. Les entreprises impérialistes, spécialement les pétrolières, et l'ensemble de la droite européenne exigent que leurs gouvernements donnent une réponse dure à cette mesure. Tous craignent que des mesures de ce type puissent être étendues à d'autres secteurs et à d'autres pays.

Dans le même sens, la bourgeoisie brésilienne - touchée en premier lieu économiquement, étant donné que la Petrobras est la compagnie qui a les plus grands investissements dans les secteurs nationalisés et que le Brésil dépend du gaz bolivien pour le fonctionnement de son industrie - a aussi exigé du gouvernement de Lula "une réponse ferme". C'est ce qu'ont manifesté les publications traditionnelles de la bourgeoisie de ce pays, comme Veja et Época ou le réseau O Globo.

Face à ces menaces, la Lit-qi défend le droit de la Bolivie à la nationalisation sans indemnisation du pétrole et du gaz de son pays. Nous défendons que ces ressources naturelles, ainsi que son industrialisation et commercialisation, passent aux mains des travailleurs et du peuple bolivien. Nous appelons à tous les travailleurs et peuples du monde, spécialement ceux des pays impérialistes et du Brésil, à défendre ce droit et à combattre pour empêcher que leurs gouvernements et entreprises puissent concrétiser ces menaces.

Les limites du décret

Nous partageons la joie du peuple bolivien, et de la majorité des Latino-américains, pour ce premier triomphe de leur lutte. Mais nous croyons que nous ne devons pas nous confondre. Malgré ce qu'affirment beaucoup de secteurs, cette mesure n'est pas due au "caractère anti-impérialiste et populaire" du gouvernement d'Evo Morales. Lui-même, pendant les années précédentes et au milieu de la lutte contre Gonzalo Sánchez de Lozada et Carlos Mesa, a manifesté souvent son rejet à la nationalisation, a soutenu la politique du gouvernement de Mesa et son plébiscite trompeur de 2004. C'est pourquoi, comme nous avons déjà indiqué, la Lit-qi soutient que cette mesure est le résultat du processus révolutionnaire que vit la Bolivie et de la lutte des masses boliviennes, qui obtient d'imposer la mesure au gouvernement d'Evo Morales.

En réalité, en se voyant obligé de répondre à cette lutte (qui, en dernier ressort, a été celle qui l'a mené au pouvoir), le gouvernement d'Evo Morales a essayé, avec son décret, de limiter les portées de la nationalisation, D'abord, il a restreint la nationalisation seulement aux réserves d'hydrocarbures, en laissant de côté la raffinage, la distribution et la commercialisation, des secteurs pour lesquels s'ouvre un délai de négociation de 180 jours avec les entreprises étrangères qui opèrent actuellement dans ces rubriques.

Il a aussi ouvert une période de négociation pour les prix que payent les pays importateurs du gaz bolivien, aujourd'hui très au dessous du marché international. Rappelons que, pour chaque dollar en moins que la Bolivie reçoit par "unité thermique" de gaz, elle perd des recettes annuelles pour plus de 300 millions de dollars. Mais dans ces négociations avec les gouvernements du Brésil et de l'Argentine, Evo Morales s'est attaché les mains à l'avance, puisqu'il a annoncé qu'il "ne couperait pas l'approvisionnement du gaz". C'est un peu comme si un syndicat qui sollicite une augmentation salariale, entrait aux négociations en informant qu' il n'y aura pas de grève, quelle que soit la réponse des patrons.

Avancer dans la lutte pour la nationalisation

Face à ces limitations que le gouvernement d'Evo Morales a imposé à la nationalisation, nous sommes convaincus que le peuple bolivien, sûrement fortifié par ce premier triomphe de la lutte, doit avancer et approfondir la lutte pour la nationalisation des hydrocarbures.

Il faut exiger du gouvernement d'Evo des Morales qu'il étende la nationalisation aux secteurs de raffinage, de distribution et de commercialisation du pétrole et du gaz, qu'il exproprie les compagnies pétrolières impérialistes et la Pétrobras, sans indemnisation, puisqu'il ne doit payer ni un peso à ceux qui ont pillé la richesse bolivienne toutes ces années. Que la compagnie bolivienne YPFB prenne en propriété tout le complexe pétrolier-gazier! Qui la COB et les syndicats pétroliers assument le contrôle de l'entreprise! Finalement, il est indispensable qu'aussi bien les négociations pour le prix du gaz que les autres mesures à la suite de ce décret soient faites face au peuple bolivien et non de manière secrète, comme cela a été le cas jusqu'à présent.

Une lutte continentale

Le décret d'Evo Morales a causé aussi un grand impact dans l'avant-garde et dans le mouvement de masses d'Amérique latine et du monde. Les travailleurs et les peuples le voient avec enthousiasme et sympathie comme "la première nationalisation" dans le continent, après des décennies de privatisations et de bradage des ressources naturelles. Il a même déjà eu un premier reflet en Équateur, avec la suspension par la Justice du contrat de la Occidental Petroleum (l'"Oxy"), une des principales entreprises impérialistes qui opèrent dans ce pays.

La Lit-qi propose que ce premier triomphe de la lutte du peuple bolivien serve d'exemple et d'élan pour une lutte continentale pour la nationalisation sans paiement des hydrocarbures. Une lutte qui, sûrement, devra se faire non seulement contre les entreprises impérialistes mais aussi contre la politique qu'appliquent les gouvernements du continent, comme Lula, Kirchner, Palacio et même Chávez. En Argentine, par exemple, est à l'ordre du jour la nécessité d'exproprier la Repsol et les autres entreprises pétrolières impérialistes (qui poursuivent une politique irrationnelle d'exploitation et d'exportation) et de reconstruire l'YPF étatique, sous contrôle de ses travailleurs. Au Brésil, il est nécessaire que Pétrobras récupère le monopole étatique de l'exploitation et soit à nouveau une entreprise véritablement étatique sous contrôle de ses travailleurs. Aujourd'hui la majorité du capital actionnaire de Pétrobras est entre les mains d'investisseurs privés. Au Venezuela, est à l'ordre du jour d'exiger de Chavez qu'il cesse de livrer des secteurs aux entreprises étrangères et qu'il inverse la privatisation dissimulée qu'il est en train de faire avec PDVSA, par le biais des entreprises mixtes.

Une lutte continentale est nécessaire en défense d'une des richesses les plus stratégiques du monde. Ou bien ces richesses sont mises en valeur au bénéfice des peuples latino-américains, ou elles continueront à être pillées, comme c'est le cas aujourd'hui, au bénéfice des entreprises et des pays impérialistes. Nous appelons spécialement les organisations ouvrières, les centrales syndicales et les syndicats du secteur pétrolier et énergétique à être à l'avant-garde de cette lutte. Le peuple bolivien a montré qu'il est possible d'avancer sur ce chemin. Suivons son exemple.

Secrétariat de la Ligue Internationale des Travailleurs

São Paulo, le 18 mai 2006

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