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Article paru dans Courrier International n°125

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Bush perd en Iraq... et aussi aux Etats-Unis
Le 7 novembre dernier, il y a eu des élections législatives et régionales aux Etats-Unis. Le parti républicain du président George Bush a souffert une défaite cuisante. On ne peut comprendre ce résultat, qui affaiblit encore plus le gouvernement de Bush, que comme un reflet du cours défavorable de la guerre en Iraq pour les Etats-Unis. Ce sujet est devenu le centre du débat électoral et la principale préoccupation des électeurs.
Après douze ans, le parti républicain a perdu la majorité à de Représentants (Députés) ainsi qu'au Sénat. En même temps, les candidats du parti démocrate ont gagné le gouvernement dans au moins quatre des Etats qui étaient sous contrôle des républicains, dont New York. Il s'agit, évidemment, d'une défaite cuisante pour le gouvernement de Bush, qui est clairement affaibli à le résultat de ces élections.

Le boomerang de l'Iraq

La défaite a une explication très claire : le cours défavorable de la guerre en Iraq et de la politique de Bush au Moyen Orient s'est retourné comme un boomerang et a eu un impact sur les élections, comme une marée d'opposition populaire.

Pendant son gouvernement, Bush a parié fort sur « la guerre contre la terreur » et « la nouvelle stratégie » pour le Moyen Orient. Mais après quelques triomphes initiaux rapides, sa politique a commencé à échouer de plus en plus en Iraq, en Afghanistan et au Liban. Au lieu de fortifier le contrôle des Etats-Unis dans la région, le résultat a été son affaiblissement et le renforcement de la résistance iraquienne, du Hezbollah, de , du régime iranien, etc.

Le bourbier en Iraq a commencé à se transformer en une guerre apparemment impossible de gagner. C'est pourquoi, au secteur minoritaire de la société américaine qui a été contre la guerre depuis le début, s'est ajouté un autre, de plus en plus important, qui s'oppose à elle à cause des risques qu'elle implique.

L'opinion publique des Etats-Unis se rend compte, que le problème de la sécurité du pays s'est aggravée : des enquêtes préalables aux élections ont indiqué que 60% des Américains oient que la guerre en Iraq a rendu une nouvelle « attaque terroriste » contre leur territoire plus probable, et plus de 50% est pour le retrait des troupes de l'Iraq.

Il est vrai que cette opposition contre la politique de Bush n'a pas produit, jusqu'à présent, les manifestations anti-guerre massives de l'époque du Vietnam. Mais elle s'est exprimée avec beaucoup de force dans les élections. Le sujet de la guerre a occupé le centre du débat électoral, contrairement aux élections législatives traditionnelles, où prédominent les sujets locaux et spécifiques. Le résultat a été un « vote de punition » massif contre le gouvernement de Bush.

Un exemple du sentiment prédominant, et du changement qui s'est opéré dans beaucoup d'électeurs, est le triomphe de Tammy Duckworth, un ancien pilote d'hélicoptère militaire qui a perdu ses deux jambes dans la guerre en Iraq : il a fait campagne en chaise roulante, s'opposant à la guerre, et il a été élu député pour le sixième district d'Illinois (dans les faubourgs de Chicago), un lieu où, durant les dernières 32 années, les républicains avaient gagné toutes les élections. Autre fait significatif : Keith Ellison a aussi fait sa campagne en demandant le retrait des troupes, dans le cinquième secteur de Minnesota, et il est le premier musulman noir, élu comme député dans le pays.

Bush veut continuer la guerre.

Le gouvernement de Bush sort clairement affaibli des élections. Le président lui-même a admis la « claque » et a reconnu que « beaucoup de gens ont voté hier en protestation pour la situation en Iraq ». Ce n'est pas par hasard que la première conséquence du résultat a été le licenciement-renoncement du secrétaire à , Donald Rumsfeld, une des figures les plus identifiées avec la guerre.

Toutefois, malgré l'avis majoritaire du peuple américain, Bush a déclaré qu'il maintiendra les troupes en Iraq « jusqu'à la victoire » et que, sous aucune hypothèse, « ils en sortiront vaincus », parce que cela aurait des « conséquences désastreuses ». Autrement dit, il s'avère évident que son intention est de continuer la guerre.

Les démocrates sont d'accord

Toutefois, il ne peut pas continuer avec cette politique sans l'accord des démocrates qui domineront maintenant le Congrès. En même temps, bien que, comme nous avons vu, plusieurs candidats démocrates aient gagné les élections avec des discours contre la guerre, les principaux chefs du parti, comme le sénateur Hillary Clinton, ont non seulement voté pour elle en 2003, mais ont toujours accompagné, depuis le Congrès, les décisions les plus importantes.

Après les élections, Nancy Pelosi, déléguée démocrate indiquée comme futur présidente du Congrès, a déclaré dans une entrevue à CNN : « Il y aura, bien sûr, des auditions pour examiner la stratégie en Iraq, mais Bush sera toujours le commandant en chef des Forces Armées dans les deux années qui viennent. ». Ensuite, elle a écarté totalement la possibilité de réduire le budget de l'armée et elle a ajouté : « Nous ne laisserons jamais nos troupes sans ce dont ils ont besoin. ».

C'est-à-dire, tout indique que la perspective la plus probable est un accord entre le gouvernement républicain et les législateurs démocrates pour continuer la guerre et, dans cette perspective, à définir ensemble la politique à suivre. Rappelons que d'autres lois importantes, comme celles relatives à l'immigration, sont aussi accordées de manière semblable.

Des raisons très profondes

Les raisons pour que cet accord soit possible, sont très profondes. Tant le parti républicain comme le démocrate représentent, au-delà de leurs différences idéologiques, les intérêts de la bourgeoisie impérialiste des Etats-Unis. Pour cette bourgeoisie, le contrôle du Moyen Orient - la région qui possède les réserves d'hydrocarbures les plus importantes du monde - a une importance géopolitique stratégique à un moment où ces réserves commencent à décliner. C'est pourquoi, pour l'impérialisme américain, sortir totalement vaincu de l'Iraq aurait, comme l'a dit Bush lui-même, « des conséquences désastreuses », non seulement dans la région mais partout dans le monde. C'est pourquoi, les deux partis vont faire l'impossible pour gagner cette guerre ou, au moins, pour obtenir un « match nul ».

Les perspectives

Si notre analyse est correcte, la contradiction continuera, dans le futur immédiat, entre les aspirations de la majorité du peuple américain que les troupes sortent de l'Iraq, et la politique qu'appliqueront ses chefs. Les espoirs que le vote massif aux démocrates change le cours des choses seront frustrés. Ceci ouvrira la possibilité que le peuple américain comprenne que, pour obtenir satisfaction dans ses aspirations anti-guerre, il sera nécessaire de se mobiliser massivement contre la politique conjointe du gouvernement et du Congrès. Nous avons la confiance que, tôt ou tard, cela va arriver et que la lutte de la résistance iraquienne et les mobilisations massives aux Etats-Unis se combinent pour provoquer une défaite nette de l'impérialisme.

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