| Après douze ans, le parti républicain a
perdu la majorité à de Représentants (Députés) ainsi
qu'au Sénat. En même temps, les candidats du parti
démocrate ont gagné le gouvernement dans au moins
quatre des Etats qui étaient sous contrôle des
républicains, dont New York. Il s'agit, évidemment,
d'une défaite cuisante pour le gouvernement de Bush,
qui est clairement affaibli à le résultat de ces
élections.
Le boomerang de l'Iraq
La défaite a une explication très claire : le
cours défavorable de la guerre en Iraq et de la
politique de Bush au Moyen Orient s'est retourné
comme un boomerang et a eu un impact sur les
élections, comme une marée d'opposition populaire.
Pendant son gouvernement, Bush a parié fort sur «
la guerre contre la terreur » et « la nouvelle
stratégie » pour le Moyen Orient. Mais après quelques
triomphes initiaux rapides, sa politique a commencé à
échouer de plus en plus en Iraq, en Afghanistan et au
Liban. Au lieu de fortifier le contrôle des
Etats-Unis dans la région, le résultat a été son
affaiblissement et le renforcement de la résistance
iraquienne, du Hezbollah, de , du régime iranien,
etc.
Le bourbier en Iraq a commencé à se transformer en
une guerre apparemment impossible de gagner. C'est
pourquoi, au secteur minoritaire de la société
américaine qui a été contre la guerre depuis le
début, s'est ajouté un autre, de plus en plus
important, qui s'oppose à elle à cause des risques
qu'elle implique.
L'opinion publique des Etats-Unis se rend compte,
que le problème de la sécurité du pays s'est aggravée
: des enquêtes préalables aux élections ont indiqué
que 60% des Américains oient que la guerre en Iraq a
rendu une nouvelle « attaque terroriste » contre leur
territoire plus probable, et plus de 50% est pour le
retrait des troupes de l'Iraq.
Il est vrai que cette opposition contre la
politique de Bush n'a pas produit, jusqu'à présent,
les manifestations anti-guerre massives de l'époque
du Vietnam. Mais elle s'est exprimée avec beaucoup de
force dans les élections. Le sujet de la guerre a
occupé le centre du débat électoral, contrairement
aux élections législatives traditionnelles, où
prédominent les sujets locaux et spécifiques. Le
résultat a été un « vote de punition » massif contre
le gouvernement de Bush.
Un exemple du sentiment prédominant, et du
changement qui s'est opéré dans beaucoup d'électeurs,
est le triomphe de Tammy Duckworth, un ancien pilote
d'hélicoptère militaire qui a perdu ses deux jambes
dans la guerre en Iraq : il a fait campagne en chaise
roulante, s'opposant à la guerre, et il a été élu
député pour le sixième district d'Illinois (dans les
faubourgs de Chicago), un lieu où, durant les
dernières 32 années, les républicains avaient gagné
toutes les élections. Autre fait significatif : Keith
Ellison a aussi fait sa campagne en demandant le
retrait des troupes, dans le cinquième secteur de
Minnesota, et il est le premier musulman noir, élu
comme député dans le pays.
Bush veut continuer la
guerre.
Le gouvernement de Bush sort clairement affaibli
des élections. Le président lui-même a admis la «
claque » et a reconnu que « beaucoup de gens ont voté
hier en protestation pour la situation en Iraq ». Ce
n'est pas par hasard que la première conséquence du
résultat a été le licenciement-renoncement du
secrétaire à , Donald Rumsfeld, une des figures les
plus identifiées avec la guerre.
|
Toutefois, malgré l'avis majoritaire du
peuple américain, Bush a déclaré qu'il maintiendra
les troupes en Iraq « jusqu'à la victoire » et que,
sous aucune hypothèse, « ils en sortiront vaincus »,
parce que cela aurait des « conséquences désastreuses
». Autrement dit, il s'avère évident que son
intention est de continuer la guerre.
Les démocrates sont
d'accord
Toutefois, il ne peut pas continuer avec cette
politique sans l'accord des démocrates qui domineront
maintenant le Congrès. En même temps, bien que, comme
nous avons vu, plusieurs candidats démocrates aient
gagné les élections avec des discours contre la
guerre, les principaux chefs du parti, comme le
sénateur Hillary Clinton, ont non seulement voté pour
elle en 2003, mais ont toujours accompagné, depuis le
Congrès, les décisions les plus importantes.
Après les élections, Nancy Pelosi, déléguée
démocrate indiquée comme futur présidente du Congrès,
a déclaré dans une entrevue à CNN : « Il y aura, bien
sûr, des auditions pour examiner la stratégie en
Iraq, mais Bush sera toujours le commandant en chef
des Forces Armées dans les deux années qui viennent.
». Ensuite, elle a écarté totalement la possibilité
de réduire le budget de l'armée et elle a ajouté : «
Nous ne laisserons jamais nos troupes sans ce dont
ils ont besoin. ».
C'est-à-dire, tout indique que la perspective la
plus probable est un accord entre le gouvernement
républicain et les législateurs démocrates pour
continuer la guerre et, dans cette perspective, à
définir ensemble la politique à suivre. Rappelons que
d'autres lois importantes, comme celles relatives à
l'immigration, sont aussi accordées de manière
semblable.
Des raisons très
profondes
Les raisons pour que cet accord soit possible,
sont très profondes. Tant le parti républicain comme
le démocrate représentent, au-delà de leurs
différences idéologiques, les intérêts de la
bourgeoisie impérialiste des Etats-Unis. Pour cette
bourgeoisie, le contrôle du Moyen Orient - la région
qui possède les réserves d'hydrocarbures les plus
importantes du monde - a une importance géopolitique
stratégique à un moment où ces réserves commencent à
décliner. C'est pourquoi, pour l'impérialisme
américain, sortir totalement vaincu de l'Iraq aurait,
comme l'a dit Bush lui-même, « des conséquences
désastreuses », non seulement dans la région mais
partout dans le monde. C'est pourquoi, les deux
partis vont faire l'impossible pour gagner cette
guerre ou, au moins, pour obtenir un « match nul
».
Les perspectives
Si notre analyse est correcte, la contradiction
continuera, dans le futur immédiat, entre les
aspirations de la majorité du peuple américain que
les troupes sortent de l'Iraq, et la politique
qu'appliqueront ses chefs. Les espoirs que le vote
massif aux démocrates change le cours des choses
seront frustrés. Ceci ouvrira la possibilité que le
peuple américain comprenne que, pour obtenir
satisfaction dans ses aspirations anti-guerre, il
sera nécessaire de se mobiliser massivement contre la
politique conjointe du gouvernement et du Congrès.
Nous avons la confiance que, tôt ou tard, cela va
arriver et que la lutte de la résistance iraquienne
et les mobilisations massives aux Etats-Unis se
combinent pour provoquer une défaite nette de
l'impérialisme.
|