| Il y a deux mois environ, une
confrontation violente a eu lieu entre des
mineurs d'une coopérative qui essayaient
d'occuper la colline Posokoni (en Hunani) et
des mineurs étatiques, qui s'est soldé par
plusieurs morts, essentiellement de la
coopérative. Ce grave conflit a son origine
dans la combinaison de trois facteurs : il y
avait d'abord les vacillations du
gouvernement d'Evo pour livrer cette mine aux
membres de la coopérative, comme il leur
avait promis, ce qui a mené les mineurs à
agir pour leur propre compte ; ensuite il y a
la grave crise de l’emploi au niveau
national ; et pour finir l'actuelle
augmentation du prix international des
minerais a revalorisé les exportations
d'étain et a accentué le conflit pour le
contrôle des mines.
Un peu
d'histoire
A partir de 1985, la COMIBOL (Corporation
Minière de la Bolivie) historique, la seule
entreprise minière étatique du pays, a été
démantelée. Plusieurs mines d'étain ont été
privatisées, d'autres ont été fermées, et
plus de 30.000 mineurs ont perdu leur emploi.
Face au manque de perspectives, beaucoup
d'entre eux ont choisi de former des
coopératives pour maintenir l'exploitation,
dans des conditions très mauvaises. Dans
beaucoup de cas, les véritables bénéficiaires
sont les « chefs d'entreprise des
coopératives » qui agissent comme
intermédiaires des exportations du minerais.
La COMIBOL a maintenu seulement trois mines
étatiques en exploitation, (Huanuni, Colquiri
et Caracoles), sous des contrats de « risque
partagé » avec des entreprises privées
étrangères, et elle emploie aujourd'hui
quelques 5.000 travailleurs.
Le gouvernement est le
responsable
Avant les élections, Evo a fait un accord
électoral avec les membres des coopératives
et, en échange de leur soutien, il a nommé
Walter Villarroel, principal dirigeant de ce
secteur, comme ministre de l'industrie
minière. Grâce au meilleurs prix
internationaux, il y avait une forte pression
de ce secteur pour obtenir davantage de
concessions et de zones dans les mines que la
COMIBOL exploite actuellement.
Comme le gouvernement tardait à honorer
ses promesses, des centaines des membres de
coopératives ont pris d'assaut la colline
Posokoni, en Huanuni, le plus grand gisement
d'étain du pays. Les mineurs étatiques ont
défendu leur emploi, et le résultat des
confrontations violentes a été de 16 morts et
plus de 60 blessés.
Les faits ont eu une répercussion dans
tout le pays. La COB (Centrale Ouvrière
Bolivienne) a organisé une manifestation avec
des milliers de personnes à La Paz, en
solidarité avec les mineurs étatiques et
réclamant la nationalisation de toutes les
mines du pays. Le dirigeant de la COB, le
mineur Pedro Montes, a exigé un changement de
la politique du gouvernement et a déclaré : «
Nous
exigeons que les gisements miniers soient
exploités par la Corporation Minière de la
Bolivie, et que ses revenus profitent aux
boliviens et non aux étrangers comme c'est le
cas actuellement ».
Face à la gravité des faits, et pour
dissimuler sa responsabilité dans
l'agression, vu son accord avec les membres
des coopératives, le gouvernement a essayé de
prendre ses distances et a écarté aussi bien
le ministre Villarroel que le président de la
COMIBOL. En réponse, le président de la
Fédération des Mineurs des Coopératives ,
Guarachi Pascal, a annoncé la rupture de
l'alliance politique avec le MAS.
La « nouvelle politique
minière » du Gouvernement
Après les faits de Huanuni, et étant donné
l'appui que les mineurs étatiques
commençaient à recevoir dans leurs
revendications, le gouvernement a proclamé «
une nouvelle
politique de nationalisation de l'industrie
minière », un échantillon en plus des
oscillations et des va-et-vient que nous
analysons dans l'article principal de cette
édition.
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Dans le cas de Huanuni, le
gouvernement a proposé, pour calmer le
conflit : a) le contrôle total de la mine
Posokoni par la COMIBOL, b) le renforcement
de l'Entreprise Minière Huanuni,(1) avec 10 millions de
dollars pour sa réactivation, et c)
l'incorporation de 4.000 membres de
coopératives avec travail régulier, dans
cette entreprise de Huanuni. Il s'agit,
évidemment, d'un triomphe des mineurs
étatiques et de la COB et d'une issue pour
ceux qui, dans cette région, n'avaient pas
d'autre alternative que les coopératives
jusqu'à maintenant.
Toutefois, il est clair que le
gouvernement n'a pas changé sa politique
minière d'ensemble. D'une part, le « plan de
nationalisation » a été reporté à 2007 «
par manque
de ressources économiques ». D'autre
part, le gouvernement a réaffirmé sa volonté
« de
respecter les investissements privés
internationaux et de maintenir les
concessions aux coopératives dans tout le
pays ». Comme l'a déclaré le
vice-ministre Alfredo Rada à la TV : « Nous devons
envisager des solutions pour tous les
secteurs concernés, les mineurs syndicalisés,
les membres des coopératives, ainsi que le
secteur privé et international qui a investi
dans de grands projets miniers dans notre
pays ». A bon entendeur, salut !
En même temps, contrairement à sa supposée
intention de nationalisation, le gouvernement
a privatisé l'exploitation de la mine de fer
du Mutún, le second gisement de fer de
l'Amérique Latine et le septième du monde, et
qui en outre possède d'autres minérais comme
le manganèse, le nickel et le chrome. La
valeur de ces réserves est de plusieurs
milliards de dollars.
La seule issue est une
véritable nationalisation
Nous coïncordons pleinement avec
l'exigence de la COB de renationaliser toutes
les mines d'étain et d'autres minerais. Ceci
signifie reconstruire l'entreprise étatique
COMIBOL. C'est pourquoi, une véritable
nationalisation doit commencer par résilier
les contrats de joint
venture qui ont donné les mines de la
COMIBOL à des entreprises privées étrangères
pour leur administration et leur
exploitation.
Deuxièmement, il est nécessaire d'annuler
les concessions accordées aux coopératives,
d'incorporer ces exploitations à la COMIBOL
et de donner de l'emploi à ceux qui
travaillent actuellement en ces dernières,
dans des conditions d'égalité avec ceux qui y
travaillent déjà. Finalement, il faut annuler
la concession du gisement du Mutún à des
mains privées et étrangères. La construction
des installations nécessaires pour son
exploitation peut parfaitement être financée
avec les recettes des exportations minières
aux mains de l'Etat et de celles qui
proviendront d'une véritable nationalisation
du gaz et du pétrole.
C'est la seule issue valable pour que ces
confrontations sanglantes ne se répètent pas
et pour garantir un emploi digne aux milliers
de boliviens. Mais le gouvernement d'Evo
Morales va dans le sens contraire. Les
travailleurs et le peuple bolivien peuvent et
doivent exiger qu'il change sa politique. Ils
peuvent et doivent, en même temps,
s'organiser pour se battre pour une véritable
nationalisation de l'industrie minière.
(1) L'entreprise Minière
Huanuni est issue d'un Contrat de Risque
Partagé (joint venture) entre la COMIBOL et
l'entreprise privée Allied Deals/RBG.
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