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Article paru dans Courrier International n°126

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La Question Minière
Il y a deux mois environ, une confrontation violente a eu lieu entre des mineurs d'une coopérative qui essayaient d'occuper la colline Posokoni (en Hunani) et des mineurs étatiques, qui s'est soldé par plusieurs morts, essentiellement de la coopérative. Ce grave conflit a son origine dans la combinaison de trois facteurs : il y avait d'abord les vacillations du gouvernement d'Evo pour livrer cette mine aux membres de la coopérative, comme il leur avait promis, ce qui a mené les mineurs à agir pour leur propre compte ; ensuite il y a la grave crise de l’emploi au niveau national ; et pour finir l'actuelle augmentation du prix international des minerais a revalorisé les exportations d'étain et a accentué le conflit pour le contrôle des mines.

Un peu d'histoire

A partir de 1985, la COMIBOL (Corporation Minière de la Bolivie) historique, la seule entreprise minière étatique du pays, a été démantelée. Plusieurs mines d'étain ont été privatisées, d'autres ont été fermées, et plus de 30.000 mineurs ont perdu leur emploi. Face au manque de perspectives, beaucoup d'entre eux ont choisi de former des coopératives pour maintenir l'exploitation, dans des conditions très mauvaises. Dans beaucoup de cas, les véritables bénéficiaires sont les « chefs d'entreprise des coopératives » qui agissent comme intermédiaires des exportations du minerais. La COMIBOL a maintenu seulement trois mines étatiques en exploitation, (Huanuni, Colquiri et Caracoles), sous des contrats de « risque partagé » avec des entreprises privées étrangères, et elle emploie aujourd'hui quelques 5.000 travailleurs.

Le gouvernement est le responsable

Avant les élections, Evo a fait un accord électoral avec les membres des coopératives et, en échange de leur soutien, il a nommé Walter Villarroel, principal dirigeant de ce secteur, comme ministre de l'industrie minière. Grâce au meilleurs prix internationaux, il y avait une forte pression de ce secteur pour obtenir davantage de concessions et de zones dans les mines que la COMIBOL exploite actuellement.

Comme le gouvernement tardait à honorer ses promesses, des centaines des membres de coopératives ont pris d'assaut la colline Posokoni, en Huanuni, le plus grand gisement d'étain du pays. Les mineurs étatiques ont défendu leur emploi, et le résultat des confrontations violentes a été de 16 morts et plus de 60 blessés.

Les faits ont eu une répercussion dans tout le pays. La COB (Centrale Ouvrière Bolivienne) a organisé une manifestation avec des milliers de personnes à La Paz, en solidarité avec les mineurs étatiques et réclamant la nationalisation de toutes les mines du pays. Le dirigeant de la COB, le mineur Pedro Montes, a exigé un changement de la politique du gouvernement et a déclaré : « Nous exigeons que les gisements miniers soient exploités par la Corporation Minière de la Bolivie, et que ses revenus profitent aux boliviens et non aux étrangers comme c'est le cas actuellement ».

Face à la gravité des faits, et pour dissimuler sa responsabilité dans l'agression, vu son accord avec les membres des coopératives, le gouvernement a essayé de prendre ses distances et a écarté aussi bien le ministre Villarroel que le président de la COMIBOL. En réponse, le président de la Fédération des Mineurs des Coopératives , Guarachi Pascal, a annoncé la rupture de l'alliance politique avec le MAS.

La « nouvelle politique minière » du Gouvernement

Après les faits de Huanuni, et étant donné l'appui que les mineurs étatiques commençaient à recevoir dans leurs revendications, le gouvernement a proclamé « une nouvelle politique de nationalisation de l'industrie minière », un échantillon en plus des oscillations et des va-et-vient que nous analysons dans l'article principal de cette édition.

Dans le cas de Huanuni, le gouvernement a proposé, pour calmer le conflit : a) le contrôle total de la mine Posokoni par la COMIBOL, b) le renforcement de l'Entreprise Minière Huanuni,(1) avec 10 millions de dollars pour sa réactivation, et c) l'incorporation de 4.000 membres de coopératives avec travail régulier, dans cette entreprise de Huanuni. Il s'agit, évidemment, d'un triomphe des mineurs étatiques et de la COB et d'une issue pour ceux qui, dans cette région, n'avaient pas d'autre alternative que les coopératives jusqu'à maintenant.

Toutefois, il est clair que le gouvernement n'a pas changé sa politique minière d'ensemble. D'une part, le « plan de nationalisation » a été reporté à 2007 « par manque de ressources économiques ». D'autre part, le gouvernement a réaffirmé sa volonté « de respecter les investissements privés internationaux et de maintenir les concessions aux coopératives dans tout le pays ». Comme l'a déclaré le vice-ministre Alfredo Rada à la TV : « Nous devons envisager des solutions pour tous les secteurs concernés, les mineurs syndicalisés, les membres des coopératives, ainsi que le secteur privé et international qui a investi dans de grands projets miniers dans notre pays ». A bon entendeur, salut !

En même temps, contrairement à sa supposée intention de nationalisation, le gouvernement a privatisé l'exploitation de la mine de fer du Mutún, le second gisement de fer de l'Amérique Latine et le septième du monde, et qui en outre possède d'autres minérais comme le manganèse, le nickel et le chrome. La valeur de ces réserves est de plusieurs milliards de dollars.

La seule issue est une véritable nationalisation

Nous coïncordons pleinement avec l'exigence de la COB de renationaliser toutes les mines d'étain et d'autres minerais. Ceci signifie reconstruire l'entreprise étatique COMIBOL. C'est pourquoi, une véritable nationalisation doit commencer par résilier les contrats de joint venture qui ont donné les mines de la COMIBOL à des entreprises privées étrangères pour leur administration et leur exploitation.

Deuxièmement, il est nécessaire d'annuler les concessions accordées aux coopératives, d'incorporer ces exploitations à la COMIBOL et de donner de l'emploi à ceux qui travaillent actuellement en ces dernières, dans des conditions d'égalité avec ceux qui y travaillent déjà. Finalement, il faut annuler la concession du gisement du Mutún à des mains privées et étrangères. La construction des installations nécessaires pour son exploitation peut parfaitement être financée avec les recettes des exportations minières aux mains de l'Etat et de celles qui proviendront d'une véritable nationalisation du gaz et du pétrole.

C'est la seule issue valable pour que ces confrontations sanglantes ne se répètent pas et pour garantir un emploi digne aux milliers de boliviens. Mais le gouvernement d'Evo Morales va dans le sens contraire. Les travailleurs et le peuple bolivien peuvent et doivent exiger qu'il change sa politique. Ils peuvent et doivent, en même temps, s'organiser pour se battre pour une véritable nationalisation de l'industrie minière.


(1) L'entreprise Minière Huanuni est issue d'un Contrat de Risque Partagé (joint venture) entre la COMIBOL et l'entreprise privée Allied Deals/RBG.

La réforme agraire : peu de changements profonds

Sous la pression de quatre marches nationales de paysans, arrivés de tous les coins du pays, la loi de modification de l'actuelle loi agraire (Loi INRA) a finalement été approuvée à la fin de novembre. Cette nouvelle loi accélère les procédures administratives agraires pour rendre les terres aux communautés et aux peuples indigènes et les redistribuer. Le gouvernement s'est montré disposé à distribuer des terres fiscales et d'autres terres actuellement improductives, mais s'oppose radicalement à l'affectation des grandes propriétés, qui « accomplissent la fonction économico-sociale ». Evo a déclaré qu'il garantit la propriété privée des terres.

Depuis plusieurs semaines, cette réforme a été bloquée au Sénat, par les représentants de la Demi-Lune, comme une mesure de pression contre le MAS pour exiger la règle des 2/3 dans l'Assemblée Constituante. Elle a été approuvé finalement le 30 novembre, avec l'appui de quelques sénateurs « transfuges ».

Répression contre les cocaleros

En même temps, conformément aux exigences des Etats-Unis d'éradiquer 5.000 hectares de coca en 2006 et comme condition pour ratifier un accord commercial existant entre les deux pays,(1) il y a eu une forte répression contre les cultivateurs de coca (les cocaleros) dans la région des Yungas de Vandiola à la fin du mois de septembre.

Comme Evo ne peut pas intervenir dans la région de Chapare, sa base sociale et celle du MAS, ni dans les Yungas de La Paz, où il y a plus 80.000 paysans cocaleros, il a décidé de le faire dans les Yungas de Vandiola (Cochabamba), une zone cocalera traditionnelle, très isolée et oubliée, où quelques 700 familles survivent dans des maisons très précaires, sans services de base, ni eau potable ni électricité. Les forces policières de la répression ont occasionné 2 morts, 3 blessés et plusieurs arrestations. Comme une ironie amère de l'histoire, rappelons qu'Evo Morales a commencé à gagner du prestige comme dirigeant de la résistance contre les tentatives d'éradiquer la culture de coca, dans la région de Chapare.

Le dirigeant syndical de Pataicuna, Nicanor Churata, pointe du doigt la contradiction du processus : « Nous avons élu le Président, nous avons même obligé (syndicalement) les gens à voter pour le MAS, mais maintenant ce gouvernement nous tire dessus. C'est une véritable contradiction dans sa politique de la coca, parce qu'il défend seulement les intérêts des Six Fédérations du Tropique de Cochabamba ».

(1) Il s'agit d'un accord tarifaire préférentiel avec les Etats-Unis, dans le cadre de l'ATPDEA, Andean Trade Promotion and Drug Eradication Act, pour la vente de certains produits textiles, de vêtements et d'articles artisanaux d'exportation de la Bolivie, sur le marché des Etats Unis. Il représente entre 1,4 et 2% du PIB de la Bolivie. Actuellement, le gouvernement bolivien essaye de renouveler cet accord pour un an.

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