Site de la LIT 4ème Inter.
Groupe Socialiste Internationaliste
Section Française de la Ligue Internationale des Travailleurs
Quatrième Internationale
Marxisme vivant
Courrier International n°128
Un fait symbolique

LE PREMIER MAI EST À NOUVEAU UN JOUR DE LUTTE AUX ETATS-UNIS

Comme nous l’avons vu, le Premier Mai, comme jour de lutte ouvrière, est né aux Etats-Unis en 1886, avec la manifestation pour la journée de huit heures convoquée par l'organisation syndicale Chevaliers du Travail de Chicago. Plusieurs de leurs dirigeants ont, par la suite, été emprisonnés, jugés et exécutés, et sont passés dans l'histoire comme les Martyrs de Chicago.

Depuis lors, la bourgeoisie étasunienne a essayé, par tous les moyens, d'effacer ces faits de la mémoire des travailleurs du pays et, de cette façon, de séparer ceux-ci de leurs frères du reste du monde. Sur la Haymarket Square (Place du Marché de Foin) de Chicago, rien ne rappelle actuellement la manifestation ou les confrontations entre travailleurs et policiers, le monument en hommage aux Martyrs de Chicago placé peu après leur exécution, ayant été enlevé par les autorités. De plus, un buste d'un policier mort a été détruit par des mains anonymes. Le Premier Mai, jour de lutte ouvrière, a été transformé en un mystérieux May Day et, en même temps, on a décrété que le Labour Day devait être commémoré chaque premier lundi de septembre, une date sans aucune signification historique.

L'année passée

Mais la bourgeoisie, même la plus puissante du monde, ne peut pas dissimuler éternellement la vérité historique, ni éviter les faits de la lutte de classes. Ainsi, le Premier Mai est en passe de devenir à nouveau, et de plus en plus, un jour de lutte ouvrière aux Etats-Unis par œuvre des travailleurs immigrés, spécialement les latino-américains, qui apportent cette tradition de leurs pays d’origine.

Après les manifestations massives des 9 et 10 avril 2006 exigeant le droit de vivre et de travailler légalement aux Etats-Unis, les organisations ont convoqué, pour le Premier Mai dernier, une journée de lutte avec comme mot d’ordre « un jour sans travailleurs immigrés ». Il s'agissait, de fait, d'une grève générale des travailleurs d'origine étrangère pour montrer leur importance dans l'économie du pays. Ce n'était pas une chose facile puisque, aux Etats-Unis, le 1er mai c'est un jour de travail normal ; les travailleurs encouraient donc des risques : licenciement, perte de la green card (permis de résidence et de travail pour un étranger aux Etats-Unis) voire, pour les travailleurs immigrés illégaux, la déportation immédiate ; sans compter les menaces de groupes fascistes contre plusieurs organisations et dirigeants.

Malgré tout cela, la journée a été un grand succès. Des centaines de milliers de personnes ont abandonné leur travail et sont redescendues dans la rue, dans les grandes villes du pays, New York, Los Angeles ou Chicago, ainsi que dans beaucoup de villes moyennes et petites. Même à Anchorage (Alaska), quelques dizaines de manifestants ont défié, malgré le froid glacial.

Dans beaucoup de cas, les travailleurs ont défilé en vêtements de travail, avec de petites affiches qui disaient « nous ne sommes pas des criminels, nous sommes des travailleurs », ou groupés derrière les drapeaux de leurs organisations ; ainsi, par exemple, le Réseau National de Journaliers (travailleurs agricoles mexicains) et leur consigne : « Nous ne voulons être l’esclave de personne ». De cette manière, malgré l'effort de plus d'un siècle de la bourgeoisie américaine, le Premier Mai est redevenu un jour de lutte des travailleurs.

Son importance

Le caractère massif de la grève et des manifestations de l'année passée n'est pas un fait de moindre envergure. Actuellement, près de 25% de la classe ouvrière des USA est constituée d’immigrés, spécialement d’origine latino-américaine. Il suffit de parcourir n'importe quelle ville des Etats-Unis pour s'en rendre compte, dans les commerces, les hôtels, les restaurants, la construction de bâtiments ou la réparation des rues.

Que des milliers de travailleurs descendent à nouveau dans la rue un Premier Mai, aux Etats-Unis, a sans doute une grande valeur symbolique. C'est aussi un fait de grande importance pour tous les peuples du monde : ce sont les secteurs les plus exploités et les plus marginalisés de la classe ouvrière étasunienne qui arrivent au combat et commencent à secouer les fondements mêmes de cette société. Peut-être, avec ces faits, assistons-nous à la naissance d’un lien entre les processus révolutionnaires latino-américains et les débuts de la révolution socialiste aux Etats-Unis ; le futur le dira.

Haut Début