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Marxisme vivant
Courrier International n°128

Déclaration publiée dans l'Internationaliste n°67

Pseudo puce Retour aux déclarations et communiqués 2007

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Déclaration de la LIT-QI
à l'occasion du Premier Mai
Vive la lutte pour la révolution socialiste internationale !

Le premier mai 1886, à Chicago (Etats-Unis), l'organisation syndicale Chevaliers du Travail convoquait à une manifestation où 80 000 travailleurs sont descendus dans la rue pour réclamer la journée de travail de 8 heures ; grèves et manifestations ont continué à Chicago et elles se sont étendues dans tout le pays. Les patrons, craignant d'être confrontés au « début d'une révolution », ont déchaîné une répression féroce. La mort d'un policier a été l'excuse pour emprisonner les principaux chefs du mouvement, les soumettre à une parodie de jugement pour, finalement, exécuter plusieurs d'entre eux.

Ces militants sont passés à l'histoire comme les Martyrs Chicago, symbole du combat ouvrier contre le capitalisme et, à la fois, exemple de la violence à laquelle les bourgeois recourent pour défendre leurs intérêts. Nous leur rendons hommage, ainsi qu’à tous ceux qui durant ces 121 années sont tombés dans le combat contre le capitalisme, dont l'enseignant argentin Carlos Fuentealba, récemment assassiné par la police lors d'une grève dans la province de Neuquèn (Patagonie).

En 1889, le Premier Congrès de la Seconde Internationale, l'Internationale Socialiste, a décidé que le Premier Mai deviendrait une journée de manifestation internationale pour la journée de 8 heures de travail. Depuis lors, dans la plupart des pays du monde, cette date est un jour de lutte de la classe ouvrière et d'unité internationale des travailleurs.

Paradoxalement, aux Etats-Unis, cette signification historique avait été perdue parce que la bourgeoisie a essayé, pendant plus d'un siècle, d'effacer la mémoire du Premier Mai de 1886 et des martyrs de Chicago. On y a même décrété que le Labour Day serait commémoré en septembre. Mais récemment, les travailleurs immigrés ont replacé le Premier Mai en tant que date centrale de leurs revendications, en unité avec les travailleurs du monde entier (voir encadré).

Les objectifs et les perspectives de la lutte ouvrière

Le Premier Mai est aussi un moment où les travailleurs discutent des objectifs et des perspectives de leur lutte. La Ligue Internationale des Travailleurs - Quatrième Internationale prend part à ce débat. Nous le faisons en revendiquant les principales prémisses développées tout au long de cette histoire (et abandonnées actuellement par la plupart des organisations de gauche) : la prépondérance de la classe ouvrière, principale force sociale de la lutte contre le capitalisme ; l'objectif stratégique d'une révolution socialiste internationale pour en finir avec la faim, la misère et l'exploitation ; et la nécessité de construire une direction révolutionnaire internationale pour diriger ce processus.

La situation actuelle

En Iraq et en Afghanistan, des guerres de libération nationale mettent en échec l’occupation militaire impérialiste et ouvrent la possibilité réelle de la défaite et de l'expulsion des occupants. Le peuple libanais vient de mettre en échec l'invasion de la jusqu'alors « toute-puissante » armée sioniste d'Israël. En Haïti, le peuple combat contre une occupation camouflée sous des « casques bleus » de l'ONU portés par des soldats sud-américains.

En Amérique Latine, le 21ème siècle a commencé sous le signe de processus révolutionnaires qui ont envahi les rues contre le pillage dans plusieurs pays, ont renversé plusieurs gouvernements agents de l'impérialisme, et ont mis à l’ordre du jour la question du pouvoir en Equateur, en Bolivie et en Argentine. Au Venezuela, les masses ont mis en échec le putsch contre-révolutionnaire qui avait renversé le gouvernement de Chavez. Au Mexique, un des pays les plus importants du continent, la lutte s'est manifestée dans les mobilisations massives contre la fraude électorale et dans l'insurrection d'Oaxaca.

Dans la « Vieille Europe », second pôle impérialiste mondial, dont les bourgeoisies sont les partenaires des Etats-Unis pour spolier le monde, des gouvernements alliés de Bush dans l'invasion en Iraq tombent. Le rejet de la Constitution Européenne, dans les référendums de France et des Pays-Bas, a affaibli le projet d'unité impérialiste continentale lancé à Maastricht en 1991. En même temps, la résistance des travailleurs contre les attaques à leurs conquêtes historiques s’intensifie en France et en Italie, de même que la lutte des travailleurs immigrés dans plusieurs pays, ou encore celle de la jeunesse des banlieues parisiennes.

Aux Etats-Unis, le développement défavorable du Moyen Orient s'est retourné comme un boomerang contre le gouvernement, ce qui a eu un impact sur les élections législatives et entraîné une véritable marée de voix contre Bush. D'autre part, l'entrée en scène massive des travailleurs immigrés et leurs exigences, a rappelé à la bourgeoisie impérialiste la plus puissante de la planète, que la lutte de classes est une réalité y compris aux USA.

Dans chacune de ces luttes, la LIT-QI se situe selon un critère clair et précis : nous sommes avec les opprimés, contre les oppresseurs. C'est pourquoi nous soutenons les travailleurs contre les patrons et leurs gouvernements; nous soutenons la résistance irakienne et afghane pour qu'elle mette en échec les occupants impérialistes; nous soutenons les peuples libanais et palestinien contre Israël; nous soutenons le peuple haïtien pour qu'il expulse les casques bleus; nous soutenons les luttes des travailleurs immigrés pour l’obtention des droits politiques, du travail et syndicaux, sans restriction; nous soutenons les femmes, les jeunes et ceux qui ont des options sexuelles différentes, contre l'oppression, la discrimination et la persécution dont ils souffrent sous le capitalisme.

Les politiques de l'impérialisme

Ce serait une erreur très grave de penser que l'impérialisme va se rendre de bon gré et gentiment face aux luttes ; ou qu'il pourrait « humaniser » son caractère d’assassin et son exploitation, comme le font croire les promoteurs du Forum Social Mondial.

Au contraire, comme un lion qui lèche ses blessures, l'impérialisme étasunien répond avec férocité en augmentant son budget militaire et le nombre de soldats en Iraq et en Afghanistan. En même temps, il menace de lancer une attaque militaire éclair contre l'Iran, avec l'excuse que ce pays développe un plan « dangereux » de technologie nucléaire. Et quand il ne peut pas agir directement, l'impérialisme étasunien fait appel à son éternel complice, l'ONU, pour se couvrir le dos en envoyant des casques bleus, comme c'est le cas au Liban et en Haïti.

Non, l'impérialisme ne va pas se rendre gentiment et de bon gré : ce cancer qui détruit l'humanité ne disparaîtra qu’une fois définitivement mis en échec. Entre-temps, la réalité mondiale sera marquée par la lutte entre le camp des travailleurs et les peuples d'une part, et le camp de l'impérialisme et ses alliés d'autre part ; une bataille féroce entre la révolution et la contre-révolution.

Le piège du Front Populaire et les gouvernements populistes

Face à la puissante montée révolutionnaire qui parcourt l’Amérique Latine, et face à l'échec des tentatives répressives ou la défaite électorale de ses candidats préférés, l'impérialisme a dû accepter l'existence de gouvernements de Front Populaire et de gouvernements dirigés par des figures populistes, qui ont commencé à se multiplier sur le continent.

Pour freiner et mettre en échec les révolutions, l’impérialisme a dû manœuvrer avec grand habilité et utiliser différents outils, tels les gouvernements de Front Populaire, dirigés par des organisations et des dirigeants ouvriers, comme celui de Lula au Brésil, ou paysans, comme celui de Evo Morales en Bolivie ; et les gouvernements de dirigeants de grand prestige populaire, comme Chavez au Venezuela, ou Rafaël Correa, en Equateur.

Tous, ce sont des gouvernements bourgeois, de défense du système capitaliste ; et au-delà de leur rhétorique de gauche, ils ne pratiquent qu’une opposition de façade à l'impérialisme. Cependant, la majorité du mouvement de masses les considère comme « leurs gouvernements », à cause des organisations ou personnages qui les dirigent et qui dissimulent ce qu'ils sont vraiment, à savoir : des instruments de la bourgeoisie et de l'impérialisme pour faire face à un moment difficile de la lutte de classes. Ils trompent et utilisent les illusions des masses pour essayer d'« endormir » les luttes, de freiner et mettre en échec les processus révolutionnaires ou, comme dans le cas du Brésil, d'éviter que ceux-ci ne surgissent.

Le caractère d'« agents de gauche » de l'impérialisme de ces gouvernements se dévoile clairement quand, en couvrant Bush, ils envoient des troupes camouflées en casques bleus de l'ONU, pour occuper Haïti et réprimer son peuple : c'est ce que font Lula, Bachelet, Kirchner et Tabaré Vázquez.

La lutte contre les gouvernements de front populaire et les gouvernements populistes est un devoir de tous les révolutionnaires, parce que c'est la nécessité la plus impérieuse des masses latino-américaines, même si ces gouvernements ont aujourd'hui un immense soutien populaire parce que les masses croient encore dans leurs promesses. Alors, comment peut-on développer cette lutte ? La LIT-QI affirme que nous devons agir comme l’indiquait Lénine, en avril 1917, face à un gouvernement avec ces mêmes caractéristiques : la tâche des révolutionnaires, « aussi longtemps que nous sommes en minorité, [est] d'expliquer patiemment aux masses la fausseté complète de toutes les promesses [de ces gouvernements, en même temps que] la nécessité que tout le pouvoir passe aux mains de la classe ouvrière », préparant ainsi les luttes inévitables à venir.

Le déluge opportuniste

Dans leur tentative de tromper les masses, les gouvernements de front populaire et les gouvernements populistes, ainsi que l'impérialisme lui-même, disposent du soutien de nombreux courants de gauche qui, dans le passé, se revendiquaient de la révolution et le socialisme. A partir de la chute de l'URSS et des autres Etats ouvriers du monde, un véritable déluge opportuniste a inondé la gauche, laquelle a abandonné, explicitement ou implicitement, la lutte pour la révolution socialiste.

Par exemple, Rifondazione Comunista, en Italie, qui s'est proposé de réorganiser la gauche de ce pays et a été pris comme modèle par les soi-disant « partis anticapitalistes », est actuellement une des principales forces du gouvernement impérialiste de Romano Prodi. Et de vieilles organisations de guérilla, comme la majorité des Tupamaros uruguayens, du FSLN nicaraguayen et du FMLN du Salvador, sont les supports des gouvernements bourgeois dans leurs pays respectifs, ou se préparent à le devenir. C'est le cas aussi des forces et des personnalités promotrices du Forum Social Mondial, dont la consigne « un autre monde est possible » est la base de la supposée alternative d’« humanisation » du capitalisme.

D'autres organisations maintiennent encore dans leur programme l'objectif d'un chemin vers le socialisme mais, comme le soi-disant Secrétariat Unifié de la IV Internationale (SU), elles ont abandonné la prémisse que ce chemin n’est possible qu’à travers la révolution et la dictature du prolétariat. Résultat : bien que par une voie différente, les organisations du SU n'hésitent pas à intégrer le gouvernement bourgeois, comme au Brésil ; ou à intégrer la base parlementaire du gouvernement, comme en Italie.

Plusieurs autres organisations encore, qui se disent trotskystes, maintiennent sur le papier le programme de la révolution socialiste ; mais ce programme, elles l’ont abandonné dans leur politique et leur pratique quotidienne, parce qu’étant devenues de simples appareils électoralistes, ou parce que soutenant des gouvernements bourgeois comme celui de Chavez ou de Lula, avec l'excuse de « dialoguer avec les masses ».

La « mère de toutes les batailles » :
la construction d'une direction révolutionnaire

Les travailleurs et les masses, loin d'« abandonner la scène » comme beaucoup l’ont présagé dans les années 90, représentent aujourd'hui un des principaux pôles de la situation mondiale. Leurs luttes arrivent à mettre en échec l'impérialisme, à renverser des gouvernements, à obtenir des triomphes.

Toutefois, même si indispensables pour obtenir des triomphes, l'héroïsme et la combativité des masses ne suffiront pas à mettre en échec définitivement le capitalisme impérialiste et ouvrir la marche vers le socialisme, sans une direction révolutionnaire internationale prête à diriger la lutte de manière consciente et jusqu'à la fin.

Or, sans cette victoire définitive, toutes les conquêtes sont temporaires, fragiles et le capitalisme parviendra à les renverser par des moyens militaires ou avec la complicité des directions traîtres du mouvement de masses. Par exemple, la journée de huit heures, obtenue grâce à une lutte dure dans la première moitié du 20ème siècle, et remise en cause aujourd'hui de droit ou de fait, dans la plupart des pays. Une autre grande conquête perdue, et ayant concerné un tiers de l'humanité : celle de l'expropriation de la bourgeoisie dans certaines régions de la planète. C'est pourquoi la construction de la direction révolutionnaire est la principale tâche des travailleurs et des masses du monde. Comme disait Léon Trotsky dans le Programme de fondation de la IV° Internationale : « La crise de l'humanité est la crise de sa direction révolutionnaire. »

En ce sens, la chute de l'appareil staliniste mondial à la fin des années 80 et début des années 90, un appareil dirigé par la bureaucratie gouvernementale de l'ex-URSS, constitue un fait très positif puisque signant la disparition du plus puissant et efficace collaborateur de l'impérialisme dans la tâche de mettre en échec, de freiner ou de congeler les révolutions dans le monde. Avec la disparition de cette « camisole de force », la construction d’une direction révolutionnaire mondiale a de bien meilleures chances de réussite que par le passé.

Ceci n’exclut pas, comme nous l’avons vu, l'apparition de nouveaux obstacles, tels le chavisme ou les courants de front populaire, prêts à dévoyer la lutte des masses et à sauver le capitalisme. Mais ces courants, bien que plus forts que les organisations révolutionnaires, vus dans perspective historique, sont beaucoup plus faibles que l’ancien appareil staliniste mondial.

Les propositions de la LIT-QI

Pour la LIT-QI, la construction d'une direction révolutionnaire mondiale signifie, comme premier pas, la reconstruction de la IVème Internationale, l'organisation fondée par Léon Trotsky en 1938, comme alternative au stalinisme et comme embryon de cette direction. Nos propositions centrales peuvent être résumées en peu de lignes :

  • Pour en finir avec l'exploitation, la faim et la misère auxquelles le capitalisme impérialiste soumet le monde, une révolution mondiale est nécessaire, premier pas pour la construction du socialisme.
  • Cette révolution s’initie à une échelle nationale, avec la prise du pouvoir par les travailleurs, la destruction de l'Etat et de l'armée bourgeois, et la construction d'Etats de nouveau type (Etats ouvriers).
  • Ensuite, elle doit impérativement s'étendre à l’échelle mondiale, en prenant le pouvoir dans les pays les plus importants, jusqu'à mettre en échec définitivement l'impérialisme. Autrement, l'impérialisme sera toujours la force dominant le monde, économiquement et militairement, avec capacité d'isoler, d'affaiblir et, finalement, de mettre en échec les nouveaux Etats ouvriers. C'est pourquoi, il n'existe aucune possibilité de construire le « socialisme dans un seul pays » (ou dans quelques pays), contrairement à la politique du stalinisme et ses variantes (comme le prouve l'expérience historique, cette politique a mené inéluctablement à la chute de tous les Etats ouvriers ayant existé).
  • Pour mener à bien cette tâche, les travailleurs et les masses ont besoin de construire des organismes démocratiques de lutte qui, dans une première phase, sont les promoteurs de la révolution et, après la prise du pouvoir, sont la base des futurs Etats ouvriers. Notre modèle de révolution socialiste apparaît comme un processus de lutte et d'organisation démocratiques des travailleurs et des masses. C'est la conclusion d'une expérience historique qui a démontré que les processus révolutionnaires dirigés à travers les ordres bureaucratiques de « secrétaires généraux » ou de « commandants » ont terminé dans l'échec.
  • En même temps, il est nécessaire de construire des partis révolutionnaires nationaux avec centralisme démocratique, comme partie d'une organisation révolutionnaire mondiale capable de promouvoir consciemment ce processus d'organisation et de lutte des travailleurs et des masses.
  • Cette tâche, la construction d’une direction révolutionnaire mondiale, ne peut être menée à bien sans combattre, de façon permanente, toutes les directions de front populaire, populistes, réformistes ou « socialistes bureaucratiques » qui essayent de dévier la lutte des travailleurs et des masses vers des impasses, ainsi que tous ceux qui capitulent auxdites directions avec toute sorte d'arguments.

C'est pourquoi, en ce Premier Mai, en même temps que nous soutenons toutes les luttes des opprimés contre les oppresseurs, nous voulons manifester aux travailleurs et aux peuples du monde que la plus indispensable des tâches est celle de la reconstruction de la IVème Internationale.

Sur la base de cette proposition centrale, la Ligue Internationale des Travailleurs-Quatrième Internationale (LIT-QI) et le Centre International du Trotskysme Orthodoxe (CITO) ont décidé de se réunifier prochainement, lors du Congrès Mondial de la LIT-QI (en mars 2008). De même, le Parti d'Alternative Communiste (PdAC), dans son congrès de fondation, a décidé de rejoindre notre organisation internationale en tant que section italienne. D'autres organisations se sont approchées pour discuter avec la LIT-QI en Argentine, en Amérique Centrale et dans d'autres pays du monde. Ce sont là les premiers pas d'une politique dont l'objectif est la reconstruction de la IVème Internationale. La LIT-QI s'engage à mettre toutes ses forces au service de cette tâche et elle appelle tous les révolutionnaires du monde à s'y joindre.

Secrétariat International de la LIT-QI

São Paulo, 1er mai 2007

Vive le Premier Mai !

Vive la lutte des travailleurs et des peuples du monde !

Vive la révolution socialiste mondiale !

Pour la reconstruction de la IVème Internationale !

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