Nous avons soutenu que
l'attaque aux libertés démocratiques est
dirigée, en dernier ressort, contre les
travailleurs et le peuple. Nous devons partir
du fait que les conditions de vie des masses
n'ont connu aucune amélioration importante
pendant le gouvernement de Chavez, en dépit
du fait que, depuis quatre ans au moins, le
pays reçoive des recettes pétrolières
beaucoup plus importantes et que l'économie
croisse à bon rythme.
Plus de la moitié de la population active
continue à survivre grâce à des occupations
informelles comme la vente de porte à porte
ou le transport improvisé. Ceux qui ont un
emploi comme salarié n'en sont pas pour
autant mieux lotis. Le salaire minimal perçu
par la plupart des travailleurs est de 250
dollars par mois, ce qui ne permet pas de
couvrir les besoins de base en alimentation,
et encore moins toutes les dépenses
élémentaires d'une famille, évaluées à 700
dollars par mois. Les secteurs qui gagnent un
peu plus (comme les travailleurs pétroliers
spécialisés) peuvent recevoir 500 ou 600
dollars. Les conditions de travail sont
désastreuses, spécialement dans les usines
manufacturières ou dans les raffineries, qui
n'ont réalisé aucun investissement de base
depuis longtemps. En même temps, dans la
plupart des secteurs, cela fait des années
que des négociations de convention collective
n'ont pas eu lieu.
Avec toi, je ne discute
pas,
avec le « putschiste », oui...
Tout ceci a donné lieu à une forte vague
de luttes pour des salaires, des conditions
de travail et la négociation de conventions
collectives ; une vague totalement oubliée,
tant par la presse « démocratique » du
continent que par les moyens de communication
gouvernementaux. Outre les cas que nous
analysons dans ce Courrier, il y a
aussi eu des conflits récents à Sidor (la
grande entreprise sidérurgique de la province
de Bolivar) et à Toyota de Cumaná (Sucre).
Face à ces
luttes, le gouvernement prétend choisir avec
qui négocier les nouvelles conventions. Dans
le cas des pétroliers de PDVSA par exemple,
il prétendait le faire avec les anciens «
dirigeants » putschistes de la fédération de
la CTV, (4) totalement
répudiés par les travailleurs. Une forte
mobilisation a empêché cette
manœuvre.
Quand les luttes ouvrières débordent,
c'est la fin des « bonnes manières » et des
manœuvres du gouvernement et la
répression directe apparaît. Cela a été le
cas avec les travailleurs de Sanitaires
Maracay dans la province d'Aragua (voir
article). C'est aussi le cas avec les
pétroliers de Zulia (occident du pays), dont
la manifestation a été durement réprimée par
la Garde Nationale, avec un solde de
plusieurs blessés et de quatre pétroliers
emprisonnés, tout cela sous une pluie
d'accusations gouvernementales d'être des «
saboteurs ». Dans ces cas, le « masque
socialiste » du gouvernement de Chavez tombe
et son caractère bourgeois se dévoile
cruellement.
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Les travailleurs du
secteur public
Cela peut paraître contradictoire pour
ceux qui défendent l'idée de la « marche vers
le socialisme » sous ce gouvernement, mais ce
sont les travailleurs du secteur public
(1.200.000 en total) qui souffrent le plus
des conséquences de cette politique du
gouvernement. Près de la moitié perçoivent le
salaire minimal. Dans tous les départements
et ministères, la convention collective est
périmée depuis longtemps : le comble est la
situation... au Ministère du Travail, avec
seize ans sans négociation.
Ici aussi, le gouvernement veut choisir
avec qui négocier. Une des deux fédérations
syndicales, liée aux anciens « dirigeants »
putschistes, a été reçue par le Ministre du
Travail, José Ramos Rivero, et a demandé 40%
d'augmentation (un chiffre en dessous de
l'inflation des quatre dernières années).
L'autre fédération a réclamé 60%, ainsi que
le paiement d'une bonification rétroactive,
pour compenser une partie des pertes subies.
Quand cette dernière allait présenter sa
proposition, son dirigeant, Marco García,
s'est vu annoncer que les fonctionnaires du
ministère avaient reçu l'interdiction de le
recevoir.
Face à cette situation, un noyau de
dirigeants syndicaux du secteur a occupé une
partie des installations du ministère, en
exigeant qu'on discute cette dernière
proposition ainsi que la destitution du
ministre. Après une situation tendue, où on
leur a coupé l'alimentation en eau et
électricité et où ils ont reçu des menaces et
des agressions de l'organisation Tupamaros
(la troupe de choc du gouvernement), les
dirigeants ont été délogés.
Ce cas des travailleurs du secteur public
résume trois des piliers de la véritable
politique du travail du gouvernement de
Chavez : salaires misérables,
non-reconnaissance des représentants
syndicaux réels et tentative de négocier avec
des « dirigeants » fantômes et putschistes
et, comme tableau de fond, la répression des
luttes et de leurs dirigeants.
Il s'avère évident que, dans la mesure où
ces luttes ouvrières croissent, la répression
gouvernementale contre les travailleurs
croîtra en même temps.
(4) Central de Trabajadores
Venezolanos, la centrale historique du pays,
fondée en 1930. Sa direction a toujours eu
des liens très forts avec le parti bourgeois
Acción Democrática (AD). Après son soutien au
putsch de 2002 et au boycott économique des
entrepreneurs contre le gouvernement de
Chavez, la Centrale s'est divisée et beaucoup
d'organisations, de courants et de dirigeants
l'ont abandonné pour fonder, peu après, la
UNT.
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