Site de la LIT 4ème Inter.
Groupe Socialiste Internationaliste
Section Française de la Ligue Internationale des Travailleurs
Quatrième Internationale
Marxisme vivant
Article paru dans Courrier International n°132
La situation de la classe ouvrière

Nous avons soutenu que l'attaque aux libertés démocratiques est dirigée, en dernier ressort, contre les travailleurs et le peuple. Nous devons partir du fait que les conditions de vie des masses n'ont connu aucune amélioration importante pendant le gouvernement de Chavez, en dépit du fait que, depuis quatre ans au moins, le pays reçoive des recettes pétrolières beaucoup plus importantes et que l'économie croisse à bon rythme.

Plus de la moitié de la population active continue à survivre grâce à des occupations informelles comme la vente de porte à porte ou le transport improvisé. Ceux qui ont un emploi comme salarié n'en sont pas pour autant mieux lotis. Le salaire minimal perçu par la plupart des travailleurs est de 250 dollars par mois, ce qui ne permet pas de couvrir les besoins de base en alimentation, et encore moins toutes les dépenses élémentaires d'une famille, évaluées à 700 dollars par mois. Les secteurs qui gagnent un peu plus (comme les travailleurs pétroliers spécialisés) peuvent recevoir 500 ou 600 dollars. Les conditions de travail sont désastreuses, spécialement dans les usines manufacturières ou dans les raffineries, qui n'ont réalisé aucun investissement de base depuis longtemps. En même temps, dans la plupart des secteurs, cela fait des années que des négociations de convention collective n'ont pas eu lieu.

Avec toi, je ne discute pas,
avec le « putschiste », oui...

Tout ceci a donné lieu à une forte vague de luttes pour des salaires, des conditions de travail et la négociation de conventions collectives ; une vague totalement oubliée, tant par la presse « démocratique » du continent que par les moyens de communication gouvernementaux. Outre les cas que nous analysons dans ce Courrier, il y a aussi eu des conflits récents à Sidor (la grande entreprise sidérurgique de la province de Bolivar) et à Toyota de Cumaná (Sucre).

Face à ces luttes, le gouvernement prétend choisir avec qui négocier les nouvelles conventions. Dans le cas des pétroliers de PDVSA par exemple, il prétendait le faire avec les anciens « dirigeants » putschistes de la fédération de la CTV, (4) totalement répudiés par les travailleurs. Une forte mobilisation a empêché cette manœuvre.

Quand les luttes ouvrières débordent, c'est la fin des « bonnes manières » et des manœuvres du gouvernement et la répression directe apparaît. Cela a été le cas avec les travailleurs de Sanitaires Maracay dans la province d'Aragua (voir article). C'est aussi le cas avec les pétroliers de Zulia (occident du pays), dont la manifestation a été durement réprimée par la Garde Nationale, avec un solde de plusieurs blessés et de quatre pétroliers emprisonnés, tout cela sous une pluie d'accusations gouvernementales d'être des « saboteurs ». Dans ces cas, le « masque socialiste » du gouvernement de Chavez tombe et son caractère bourgeois se dévoile cruellement.

Les travailleurs du secteur public

Cela peut paraître contradictoire pour ceux qui défendent l'idée de la « marche vers le socialisme » sous ce gouvernement, mais ce sont les travailleurs du secteur public (1.200.000 en total) qui souffrent le plus des conséquences de cette politique du gouvernement. Près de la moitié perçoivent le salaire minimal. Dans tous les départements et ministères, la convention collective est périmée depuis longtemps : le comble est la situation... au Ministère du Travail, avec seize ans sans négociation.

Ici aussi, le gouvernement veut choisir avec qui négocier. Une des deux fédérations syndicales, liée aux anciens « dirigeants » putschistes, a été reçue par le Ministre du Travail, José Ramos Rivero, et a demandé 40% d'augmentation (un chiffre en dessous de l'inflation des quatre dernières années). L'autre fédération a réclamé 60%, ainsi que le paiement d'une bonification rétroactive, pour compenser une partie des pertes subies. Quand cette dernière allait présenter sa proposition, son dirigeant, Marco García, s'est vu annoncer que les fonctionnaires du ministère avaient reçu l'interdiction de le recevoir.

Face à cette situation, un noyau de dirigeants syndicaux du secteur a occupé une partie des installations du ministère, en exigeant qu'on discute cette dernière proposition ainsi que la destitution du ministre. Après une situation tendue, où on leur a coupé l'alimentation en eau et électricité et où ils ont reçu des menaces et des agressions de l'organisation Tupamaros (la troupe de choc du gouvernement), les dirigeants ont été délogés.

Ce cas des travailleurs du secteur public résume trois des piliers de la véritable politique du travail du gouvernement de Chavez : salaires misérables, non-reconnaissance des représentants syndicaux réels et tentative de négocier avec des « dirigeants » fantômes et putschistes et, comme tableau de fond, la répression des luttes et de leurs dirigeants.

Il s'avère évident que, dans la mesure où ces luttes ouvrières croissent, la répression gouvernementale contre les travailleurs croîtra en même temps.


(4) Central de Trabajadores Venezolanos, la centrale historique du pays, fondée en 1930. Sa direction a toujours eu des liens très forts avec le parti bourgeois Acción Democrática (AD). Après son soutien au putsch de 2002 et au boycott économique des entrepreneurs contre le gouvernement de Chavez, la Centrale s'est divisée et beaucoup d'organisations, de courants et de dirigeants l'ont abandonné pour fonder, peu après, la UNT.

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