| L'Assemblée Constituante se
trouve au centre du débat politique en
Bolivie pour deux raisons principales. La
première est que, par le caractère
démocratique et de souveraineté nationale des
principales exigences populaires (propriété
des ressources naturelles, propriété de la
terre, droits des peuples originaires, unité
nationale), elle apparaît comme le « cadre
naturel » pour examiner ces revendications et
y répondre, spécialement pour la majorité
paysanne et originaire du pays.
Deuxièmement, Evo lui-même a soulevé
l'exigence centrale de la convocation à
l'Assemblée Constituante, dans les processus
de 2005. Ensuite, pendant sa campagne
électorale, cela a été l'axe de ses
propositions : ces questions y seraient
résolues et un nouvel Etat Plurinational
bolivien serait fondé. Sur la base de cette
proposition, il a signé le Pacte d'Unité avec
les organisations des peuples originaires.
L'Assemblée Constituante a donc généré
beaucoup d'espoirs parmis les secteurs
populaires. Toutefois, elle est virtuellement
paralysée depuis qu'ont commencé les sessions
le 6 août 2006.
L'opposition de droite a boycotté son
fonctionnement et elle est le principal
responsable de cette situation. Mais le MAS a
sa part de responsabilité dans cette
situation puisqu'il a gagné les élections
nationales pour les députés constituants et
il dispose de 55% des représentants. En dépit
de cela, il avait pactisé auparavant avec les
partis de droite un règlement selon lequel la
nouvelle constitution pourrait seulement être
approuvée avec le vote des deux tiers de
l'Assemblée. Il a donc accordé à la minorité
un droit de veto totalement
antidémocratique.
Ensuite, le gouvernement a affirmé que ce
critère était uniquement valable pour la
nouvelle constitution dans son ensemble, mais
pas pour les articles individuels (faute
d'approbation lors de la Constituante, la
constitution serait soumise à plébiscite). Il
essayait ainsi d'inclure, au moins, quelques
points partiels qui lui permettraient de
montrer à sa base qu'on avançait. Mais la
droite s'est saisie de la clause des deux
tiers et a posé son veto pour tous les
articles avec lesquels elle n'était pas
d'accord. Elle exigeait que le triomphe
qu'avait obtenu le OUI dans les départements
de la « demi-lune », lors du plébiscite sur
l'autonomie, soit considéré comme un mandat
pour la nouvelle constitution (bien que le
NON avait obtenu la majorité au niveau
national). Ce qui fait que l'Assemblée soit
restée dans l'impasse.
Vider la constitution de
son contenu
En même temps, malgré son discours radical
sur le caractère "originaire" et de
"refondation de la Bolivie" qu'aurait
l'Assemblée, le gouvernement d'Evo Morales
s'est mis à la « stériliser » sur plusieurs
points centraux.
Sur le sujet des hydrocarbures et de
l'industrie minière, il dit que la question «
a déjà été résolue » avec les
mesures tièdes adoptées, et que la
Constituante devrait se limiter à
authentifier le contenu de ces décrets et la
base conceptuelle des nouveaux contrats. Une
véritable réforme agraire n'y sera pas non
plus envisagée.
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La dernière tentative qu'a
promue le gouvernement a été celle de changer
l'« autonomie territoriale » pour les peuples
originaires en « autonomie sociale ». Mais il
a dû reculer à cause de la menace de
plusieurs organisations indigènes de rompre
avec le gouvernement.
Le fait que plusieurs des questions
centrales aient été enlevées du débat de
l'Assemblée Constituante, a été reconnu par
le gouvernement lui-même. Dans une entrevue
avec Radio FIDES, le vice-président, Álvaro
García, a admis que « la grande assemblée
ne modifierait probablement pas plus de 20%
des articles de la constitution ».
Toutefois, malgré ce détournement du
contenu, des sujets profonds sont toujours à
l'ordre du jour, en particulier le choc
irréconciliable entre la juste revendication
d'« autonomie territoriale », exigée par les
peuples originaires opprimés, et l'autonomie
réactionnaire et pro-impérialiste réclamée
par les bourgeoisies de la « demi-lune ».
Voilà les points qui continuent à paralyser
l'Assemblée Constituante.
La nécessité d'une
politique révolutionnaire concernant
l'Assemblée Constituante
Dans le cadre de l'Etat bourgeois, plus
encore avec les « accords réglementaires »
d'Evo avec la droite, cette Assemblée ne
résoudra aucun des graves problèmes du pays
et du peuple. Seule la mobilisation et
l'organisation autonome des masses pourront
l'obtenir. C'est pourquoi, ici aussi, il est
nécessaire d'expliquer patiemment aux masses
le véritable caractère de classe de cette
Constituante.
Mais une politique révolutionnaire ne peut
pas se limiter à la dénonciation de cette
institution bourgeoise. Les révolutionnaires
doivent en même temps défendre le droit
démocratique du peuple bolivien à ce que la
Constituante fonctionne et examine les
principaux problèmes du pays. Pour cette
raison, il est totalement légitime et
nécessaire de promouvoir des mobilisations
pour exiger de l'Assemblée qu'elle
accomplisse le mandat pour lequel elle a été
votée par le peuple. Plus particulièrement,
il faut promouvoir les mobilisations contre
les obstacles que la droite lui impose.
Dans ce cadre, ces mobilisations doivent
soulever aussi une exigence centrale envers
le MAS lui-même et le gouvernement d'Evo :
qu’il rompe l'accord des deux tiers et
utilise sa majorité pour approuver les
revendications des travailleurs et du peuple
et pour combattre la droite.
Comme nous l’indiquons dans
l'article principal, ici aussi « il est
absolument impossible que le gouvernement
d'Evo le fasse, mais ces mobilisations et le
choc avec cette réalité sont ce qui permettra
l'avancée dans la conscience des masses et,
avec lui, l'avancée du processus
révolutionnaire, en dépassant les limites
imposées aujourd'hui par Evo ».
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