Logo Quatrième Internationale
Groupe Socialiste Internationaliste
Pour la reconstruction de la Quatrième Internationale
Marxists Internet Archives
Article paru dans Courrier International n°133
L'Assemblée Constituante
L'Assemblée Constituante se trouve au centre du débat politique en Bolivie pour deux raisons principales. La première est que, par le caractère démocratique et de souveraineté nationale des principales exigences populaires (propriété des ressources naturelles, propriété de la terre, droits des peuples originaires, unité nationale), elle apparaît comme le « cadre naturel » pour examiner ces revendications et y répondre, spécialement pour la majorité paysanne et originaire du pays.

Deuxièmement, Evo lui-même a soulevé l'exigence centrale de la convocation à l'Assemblée Constituante, dans les processus de 2005. Ensuite, pendant sa campagne électorale, cela a été l'axe de ses propositions : ces questions y seraient résolues et un nouvel Etat Plurinational bolivien serait fondé. Sur la base de cette proposition, il a signé le Pacte d'Unité avec les organisations des peuples originaires.

L'Assemblée Constituante a donc généré beaucoup d'espoirs parmis les secteurs populaires. Toutefois, elle est virtuellement paralysée depuis qu'ont commencé les sessions le 6 août 2006.

L'opposition de droite a boycotté son fonctionnement et elle est le principal responsable de cette situation. Mais le MAS a sa part de responsabilité dans cette situation puisqu'il a gagné les élections nationales pour les députés constituants et il dispose de 55% des représentants. En dépit de cela, il avait pactisé auparavant avec les partis de droite un règlement selon lequel la nouvelle constitution pourrait seulement être approuvée avec le vote des deux tiers de l'Assemblée. Il a donc accordé à la minorité un droit de veto totalement antidémocratique.

Ensuite, le gouvernement a affirmé que ce critère était uniquement valable pour la nouvelle constitution dans son ensemble, mais pas pour les articles individuels (faute d'approbation lors de la Constituante, la constitution serait soumise à plébiscite). Il essayait ainsi d'inclure, au moins, quelques points partiels qui lui permettraient de montrer à sa base qu'on avançait. Mais la droite s'est saisie de la clause des deux tiers et a posé son veto pour tous les articles avec lesquels elle n'était pas d'accord. Elle exigeait que le triomphe qu'avait obtenu le OUI dans les départements de la « demi-lune », lors du plébiscite sur l'autonomie, soit considéré comme un mandat pour la nouvelle constitution (bien que le NON avait obtenu la majorité au niveau national). Ce qui fait que l'Assemblée soit restée dans l'impasse.

Vider la constitution de son contenu

En même temps, malgré son discours radical sur le caractère "originaire" et de "refondation de la Bolivie" qu'aurait l'Assemblée, le gouvernement d'Evo Morales s'est mis à la « stériliser » sur plusieurs points centraux.

Sur le sujet des hydrocarbures et de l'industrie minière, il dit que la question « a déjà été résolue » avec les mesures tièdes adoptées, et que la Constituante devrait se limiter à authentifier le contenu de ces décrets et la base conceptuelle des nouveaux contrats. Une véritable réforme agraire n'y sera pas non plus envisagée.

La dernière tentative qu'a promue le gouvernement a été celle de changer l'« autonomie territoriale » pour les peuples originaires en « autonomie sociale ». Mais il a dû reculer à cause de la menace de plusieurs organisations indigènes de rompre avec le gouvernement.

Le fait que plusieurs des questions centrales aient été enlevées du débat de l'Assemblée Constituante, a été reconnu par le gouvernement lui-même. Dans une entrevue avec Radio FIDES, le vice-président, Álvaro García, a admis que « la grande assemblée ne modifierait probablement pas plus de 20% des articles de la constitution ».

Toutefois, malgré ce détournement du contenu, des sujets profonds sont toujours à l'ordre du jour, en particulier le choc irréconciliable entre la juste revendication d'« autonomie territoriale », exigée par les peuples originaires opprimés, et l'autonomie réactionnaire et pro-impérialiste réclamée par les bourgeoisies de la « demi-lune ». Voilà les points qui continuent à paralyser l'Assemblée Constituante.

La nécessité d'une politique révolutionnaire concernant l'Assemblée Constituante

Dans le cadre de l'Etat bourgeois, plus encore avec les « accords réglementaires » d'Evo avec la droite, cette Assemblée ne résoudra aucun des graves problèmes du pays et du peuple. Seule la mobilisation et l'organisation autonome des masses pourront l'obtenir. C'est pourquoi, ici aussi, il est nécessaire d'expliquer patiemment aux masses le véritable caractère de classe de cette Constituante.

Mais une politique révolutionnaire ne peut pas se limiter à la dénonciation de cette institution bourgeoise. Les révolutionnaires doivent en même temps défendre le droit démocratique du peuple bolivien à ce que la Constituante fonctionne et examine les principaux problèmes du pays. Pour cette raison, il est totalement légitime et nécessaire de promouvoir des mobilisations pour exiger de l'Assemblée qu'elle accomplisse le mandat pour lequel elle a été votée par le peuple. Plus particulièrement, il faut promouvoir les mobilisations contre les obstacles que la droite lui impose.

Dans ce cadre, ces mobilisations doivent soulever aussi une exigence centrale envers le MAS lui-même et le gouvernement d'Evo : qu’il rompe l'accord des deux tiers et utilise sa majorité pour approuver les revendications des travailleurs et du peuple et pour combattre la droite.

Comme nous l’indiquons dans l'article principal, ici aussi « il est absolument impossible que le gouvernement d'Evo le fasse, mais ces mobilisations et le choc avec cette réalité sont ce qui permettra l'avancée dans la conscience des masses et, avec lui, l'avancée du processus révolutionnaire, en dépassant les limites imposées aujourd'hui par Evo ».

Retour Suite Fin

Haut Début