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Quatrième Internationale
Marxisme vivant
Article paru dans Courrier International n°133
Tout un symbole

Les troupes d'Evo en Haïti

Certains courants politiques de gauche caractérisent le gouvernement d'Evo Morales comme faisant partie du « camp anti-impérialiste » latino-américain, qui, avec les gouvernements de Chávez, de Fidel Castro et d'autres, serait en dure confrontation avec l'impérialisme, spécialement l'américain.

Il est évident que le gouvernement d'Evo est différent de ceux dirigés par des agents directs de l'impérialisme, comme le gouvernement colombien d'Uribe ou mexicain de Calderón. Il est différent aussi des gouvernements comme celui de Lula ou de Tabaré Vázquez, qui ont accédé au pouvoir au milieu d'un grand espoir populaire, mais qui se sont rapidement révélé pro-impérialistes.

Mais nous affirmons que la différence avec Lula et Tabaré n'a pas son origine dans la « vocation de lutte anti-impérialiste » d'Evo, mais dans les différentes conditions politiques dans lesquelles c'est à lui de gouverner. Apparu comme produit d'un processus révolutionnaire, Evo doit combiner la nécessité de donner une certaine réponse aux revendications des masses avec son intention d'affecter le moins possible les intérêts de l'impérialisme, de la bourgeoisie bolivienne et des bourgeoisies plus fortes du continent, comme celle du Brésil.

La tiédeur de ses mesures concernant les hydrocarbures et l'industrie minière a son origine dans cette combinaison. Celles-ci se limitent à faire pression pour obtenir à peine une tranche un peu plus grande de l'exploitation de ces richesses, sans affecter le fond de la question, le pillage de ces ressources naturelles dont le pays est victime.

En réalité, Evo promeut un projet économique exportateur de gaz et de minéraux qui est compatible avec les projets de l'impérialisme. Ce qui est en discussion, et produit les frictions avec l'impérialisme et la bourgeoisie brésilienne, c'est la taille des miettes que ce pillage laissera dans le pays, et comment elles seront distribuées intérieurement, et si Evo est l'homme qui mérite le plus la confiance pour mener à bien ce projet.

Le vice-président lui-même, Álvaro García Linera, a fait savoir que le gouvernement d'Evo n'a pas une vocation anti-impérialiste, dans un discours de l'année passée où il a déclaré : « Les Etats-Unis ont été, sont et seront un allié stratégique de la Bolivie ». Et pour qu'il ne subsiste aucun doute, il a ajouté que « les relations avec les Etats-Unis sont dans un processus d'amélioration croissante » (Clarín, 20/10/2006).

Si quelque chose montre avec clarté cette politique d'« alliance stratégique avec les Etats-Unis » (c'est-à-dire, de soumission à l'impérialisme), c'est bien la présence de troupes boliviennes dans l'occupation de Haïti, comme partie des casques bleus de l'ONU. Comme l'ont dénoncé plusieurs organisations haïtiennes et internationales, cette occupation, qui réprime et assassine le peuple haïtien, sert à maintenir une situation coloniale dans ce pays, au bénéfice de l'impérialisme américain.

Les soldats boliviens y ont été envoyés, à l'origine, par le gouvernement de Gonzalo Sánchez de Lozada, en 2002. Depuis lors, les contingents ont été renouvelés par les gouvernements postérieurs.

L'année passée, il y a eu un débat dans le gouvernement d'Evo sur la question du maintien ou du retrait de ces troupes. Evo a défini la question pour le maintien de troupes comme un message d'« amitié » envers les Etats-Unis. L'explication qu'il a donnée publiquement est presque incroyable : « La présence de ces troupes de paix boliviennes permet au pays de disposer d'une recette de 3 millions de dollars et de créer 215 emplois » (voir www.lahaine.org, 16/09/06).

Ce qui est certain, c'est que le gouvernement « anti-impérialiste » d'Evo est complice, tout comme beaucoup d'autres gouvernements latino-américains, de l'occupation coloniale du pays qui, au début du 19ème siècle XIX, a vu apparaître la première république libre d'Amérique Latine. Nous devons exiger qu'il retire immédiatement ces soldats de Haïti !

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