| Certains courants politiques de
gauche caractérisent le gouvernement d'Evo
Morales comme faisant partie du « camp
anti-impérialiste » latino-américain, qui,
avec les gouvernements de Chávez, de Fidel
Castro et d'autres, serait en dure
confrontation avec l'impérialisme,
spécialement l'américain.
Il est évident que le gouvernement d'Evo
est différent de ceux dirigés par des agents
directs de l'impérialisme, comme le
gouvernement colombien d'Uribe ou mexicain de
Calderón. Il est différent aussi des
gouvernements comme celui de Lula ou de
Tabaré Vázquez, qui ont accédé au pouvoir au
milieu d'un grand espoir populaire, mais qui
se sont rapidement révélé
pro-impérialistes.
Mais nous affirmons que la différence avec
Lula et Tabaré n'a pas son origine dans la «
vocation de lutte anti-impérialiste » d'Evo,
mais dans les différentes conditions
politiques dans lesquelles c'est à lui de
gouverner. Apparu comme produit d'un
processus révolutionnaire, Evo doit combiner
la nécessité de donner une certaine réponse
aux revendications des masses avec son
intention d'affecter le moins possible les
intérêts de l'impérialisme, de la bourgeoisie
bolivienne et des bourgeoisies plus fortes du
continent, comme celle du Brésil.
La tiédeur de ses mesures concernant les
hydrocarbures et l'industrie minière a son
origine dans cette combinaison. Celles-ci se
limitent à faire pression pour obtenir à
peine une tranche un peu plus grande de
l'exploitation de ces richesses, sans
affecter le fond de la question, le pillage
de ces ressources naturelles dont le pays est
victime.
En réalité, Evo promeut un projet
économique exportateur de gaz et de minéraux
qui est compatible avec les projets de
l'impérialisme. Ce qui est en discussion, et
produit les frictions avec l'impérialisme et
la bourgeoisie brésilienne, c'est la taille
des miettes que ce pillage laissera dans le
pays, et comment elles seront distribuées
intérieurement, et si Evo est l'homme qui
mérite le plus la confiance pour mener à bien
ce projet.
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Le vice-président lui-même,
Álvaro García Linera, a fait savoir que le
gouvernement d'Evo n'a pas une vocation
anti-impérialiste, dans un discours de
l'année passée où il a déclaré : « Les
Etats-Unis ont été, sont et seront un allié
stratégique de la Bolivie ». Et pour
qu'il ne subsiste aucun doute, il a ajouté
que « les relations avec les Etats-Unis
sont dans un processus d'amélioration
croissante » (Clarín, 20/10/2006).
Si quelque chose montre avec clarté cette
politique d'« alliance stratégique avec
les Etats-Unis » (c'est-à-dire, de
soumission à l'impérialisme), c'est bien la
présence de troupes boliviennes dans
l'occupation de Haïti, comme partie des
casques bleus de l'ONU. Comme l'ont dénoncé
plusieurs organisations haïtiennes et
internationales, cette occupation, qui
réprime et assassine le peuple haïtien, sert
à maintenir une situation coloniale dans ce
pays, au bénéfice de l'impérialisme
américain.
Les soldats boliviens y ont été envoyés, à
l'origine, par le gouvernement de Gonzalo
Sánchez de Lozada, en 2002. Depuis lors, les
contingents ont été renouvelés par les
gouvernements postérieurs.
L'année passée, il y a eu un débat dans le
gouvernement d'Evo sur la question du
maintien ou du retrait de ces troupes. Evo a
défini la question pour le maintien de
troupes comme un message d'« amitié » envers
les Etats-Unis. L'explication qu'il a donnée
publiquement est presque incroyable : «
La présence de ces troupes de paix
boliviennes permet au pays de disposer d'une
recette de 3 millions de dollars et de créer
215 emplois » (voir www.lahaine.org,
16/09/06).
Ce qui est certain, c'est que le
gouvernement « anti-impérialiste » d'Evo est
complice, tout comme beaucoup d'autres
gouvernements latino-américains, de
l'occupation coloniale du pays qui, au début
du 19ème siècle XIX, a vu apparaître la
première république libre d'Amérique Latine.
Nous devons exiger qu'il retire immédiatement
ces soldats de Haïti !
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