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Courrier International n°95
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A propos de "Courrier International"

Elections au Brésil, l'accord avec le FMI,
une fraude électorale

Euclides de Agrela, Saõ Paulo, pour l'ensemble du dossier

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Le nouvel accord passé par le gouvernement avec le Fond Monétaire International (FMI) prévoit un prêt de 30 000 millions de dollars à l'état brésilien et, de plus, l'autorisation pour la Banque Centrale du Brésil d'utiliser 10 000 millions supplémentaires sur ses réserves (lesquelles pourront être ramenées jusqu'à un plafond de 5 000 millions), pour faire face à l'actuelle crise de devises qui a déjà fait monter le dollar à plus de 3 reais. Sur le montant total du prêt, l'actuel gouvernement Cardoso touchera 6 000 millions de dollars. Le reste, 24 000 millions, est destiné au futur gouvernement.

Le FMI n'a pas prêté ces 30 000 millions de dollars "à perte". En fait, cet argent a été dégagé sous la pression des grandes banques nord-américaines, dont les gains auraient été compromis en cas de moratoire sur la dette publique brésilienne.

Le nouvel accord, une corde passée au cou du gouvernement brésilien, garantit que celui-ci continuera de rémunérer les capitaux spéculatifs d'une dette publique qui dépasse déjà le 60 % du produit brut intérieur. En effet, la dette externe est de 250 000 millions de dollars et la dette interne, de 750 000 millions de reais.

Dans ces conditions, la situation du Brésil ressemble de plus en plus à celle de l'ensemble de L'Amérique Latine dont, en particulier, l'Argentine, le Paraguay et l'Uruguay, associés du Brésil au sein du MERCOSUR. Ces pays subissent une récession sans issue et, ayant obéi sans faillir aux desiderata du FMI, leur prix pour services rendus a été celui de plonger leurs peuples dans la misère totale.

Qui que ce soit le président élu en octobre prochain, il héritera du nouvel accord comme d'un fait accompli, l'un des derniers accomplis par le gouvernement Cardoso. Et le FMI de réclamer encore la conclusion de la réforme de la sécurité sociale, le licenciement de fonctionnaires, la fin des droits des salariés et davantage de privatisations.

Selon la presse bourgeoise, une des clauses de l'accord passé avec le FMI, clause imposée par le secrétaire du trésor public nord-américain, Paul O'Neill, prévoit l'achat de 12 avions de chasse supersoniques au consortium suédo-britanno-américain Gripen, pour un montant de 700 millions de dollars.

Dans un tel contexte, les élections présidentielles seraient en passe de devenir une énorme fraude. L'impérialisme nord-américain et les grandes banques étrangères, en imposant au futur gouvernement - avant même de se faire élire - le maintien du modèle néolibéral, transforment le processus électoral en simple formalité. Dans la mesure où le pays ne serait plus souverain dans la détermination de sa politique économique et budgétaire, il serait en train de se transformer, purement et simplement, en colonie nord-américaine : un "territoire économique" de plus du grand empire, au sein de l'ALCA (Zone de Libre Echange des Amériques).

Ainsi, se confirment-elles crûment les affirmations de George Soros : "le capitalisme global n'a rien de démocratique" et "ce sont les investisseurs étrangers qui élisent le président du Brésil.".

Devant une telle situation, il n'y a qu'une issue pour répondre aux intérêts et nécessités des travailleurs brésiliens : ne pas payer les dettes intérieure et extérieure aux grandes banques, rompre avec le FMI et l'ALCA. C'est uniquement à partir de ces mesures radicales qu'il serait possible d'établir des bases solides pour une politique économique souveraine et capable d'empêcher que le Brésil se transforme complètement en colonie des USA. Cette tâche ne revient pas à la bourgeoisie brésilienne, complètement livrée à l'impérialisme, mais à la classe travailleuse et aux pauvres de ce pays.

LES PRINCIPAUX CANDIDATS S'Y SONT SOUMIS
LULA AUSSI A PLIE LE DOS DEVANT LE FMI

Le FMI désirant des garanties anticipées d'obéissance à ses plans par le futur gouvernement, l'actuel président Cardoso, toujours soumis, a convoqué les quatre candidats le mieux placés dans les sondages : L. Da Silva, Lula, Parti des Travailleurs (P.T) ; C. Gomes, Parti Populaire Socialiste (parti bourgeois issu des ruptures successives de l'ancien Parti Communiste allié à des oligarchies de la région du Nordeste) ; J. Serra, Parti de la Social-démocratie Brésilienne (formation de l'actuel président) et, enfin, A. Garotinho, Parti Socialiste Brésilien (liste conduite par des secteurs secondaires de la bourgeoisie).

Lors de cette rencontre avec le président Cardoso, ces quatre candidats, y compris Lula, se sont engagés à honorer les contrats passés avec le FMI, à payer les dettes extérieure et intérieure et ont reconnu le nouvel accord en tant qu'inévitable et nécessaire.

Serra, Gomes et Garotinho sont des candidats de la bourgeoisie comptant, chacun, avec le soutien de différents secteurs de la classe dominante. Ils sont, par conséquent, des variations sur un même thème, des pantins plus ou moins déclarés de l'impérialisme, des grandes banques et des transnationales.

Par contre, que Lula ait accepté ledit accord comme inévitable et qu'il se soit engagé à le respecter, constitue un fait lamentable et sans précédent : c'est la première fois que le P.T. soutient un accord avec le FMI.

Le soutien de Lula représente le sommet de la stratégie appliquée énergiquement par la direction du P.T. depuis le début des années 90. Cette stratégie cherche à "aménager les effets sociaux du néolibéralisme" par des dites "politiques sociales compensatrices" (projets du revenu minimum et de l'allocation école, par exemple) tout en acceptant les fondements politiques et économiques de ce système : paiement de la dette, privatisations, flexibilité de la prévision sociale et du travail.

C'est pourquoi le P.T. s'est officiellement retiré de la campagne menée depuis le début de l'année par les mouvements sociaux du pays, pour un plébiscite populaire à propos de l'ALCA, plébiscite qui aura lieu du 1er au 7 septembre et auquel le P.T. ne participera pas.

Contredisant ses origines et son parcours, le P.T. (dont le prestige rayonne encore à l'étranger, telle la lumière d'une étoile déjà morte), a renié ouvertement l'indépendance de classe, la lutte contre le capitalisme et contre la domination impérialiste.

Les élections de 2002 dévoileront au monde la nouvelle face du P.T. : celle d'un parti complètement soumis à l'institution bourgeoise, avec un programme économique préservant les bases du néolibéralisme ; un P.T. allié à des secteurs importants de la bourgeoisie. Pour preuve de cette affirmation, il suffit de rappeler que le colistier de Lula, son candidat à la vice-présidence, J. Alencar, membre du parti Libéral, n'est autre que le propriétaire du groupe industriel textile "Coteminas", celui-là même que la direction du P.T. a proclamé comme étant "le patron dont le Brésil a besoin".

S'il y avait encore de doutes, Lula lui-même peut les dissiper qui, pour tranquilliser le marché, a déclaré : "Personne ne représente la stabilité autant que moi. Personne n'a le soutien que j'ai du mouvement syndical, social et populaire". Lula claironne ainsi que sa candidature représente la possibilité d'un grand pacte entre capital et travail et, par conséquent, la garantie d'anesthésier les masses et d'empêcher leur soulèvement.

En tant que parti de défense des intérêts historiques des travailleurs et de l'indépendance de classe, le P.T. n'est plus. A sa place, un nouveau P.T. est né qui entend gouverner pour et avec les grands capitalistes. Usant du prestige acquis pendant les années 80, alors qu'ils mobilisaient et organisaient les travailleurs politiquement et syndicalement, le P.T. et Lula offrent leurs services, leurs dons de "bons négociateurs", à la bourgeoisie et à l'impérialisme.

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