Le nouvel accord passé par le
gouvernement avec le Fond Monétaire International
(FMI) prévoit un prêt de 30 000 millions de dollars à
l'état brésilien et, de plus, l'autorisation pour la
Banque Centrale du Brésil d'utiliser 10 000 millions
supplémentaires sur ses réserves (lesquelles pourront
être ramenées jusqu'à un plafond de 5 000 millions),
pour faire face à l'actuelle crise de devises qui a
déjà fait monter le dollar à plus de 3 reais. Sur le
montant total du prêt, l'actuel gouvernement Cardoso
touchera 6 000 millions de dollars. Le reste, 24 000
millions, est destiné au futur
gouvernement.
Le
FMI n'a pas prêté ces 30 000 millions de dollars "à
perte". En fait, cet argent a été dégagé sous la
pression des grandes banques nord-américaines, dont
les gains auraient été compromis en cas de moratoire
sur la dette publique brésilienne.
Le nouvel
accord, une corde passée au cou du gouvernement
brésilien, garantit que celui-ci continuera de
rémunérer les capitaux spéculatifs d'une dette
publique qui dépasse déjà le 60 % du produit brut
intérieur. En effet, la dette externe est de 250 000
millions de dollars et la dette interne, de 750 000
millions de reais.
Dans ces conditions, la situation du
Brésil ressemble de plus en plus à celle de
l'ensemble de L'Amérique Latine dont, en particulier,
l'Argentine, le Paraguay et l'Uruguay, associés du
Brésil au sein du MERCOSUR. Ces pays subissent une
récession sans issue et, ayant obéi sans faillir aux
desiderata du FMI, leur prix pour services rendus a
été celui de plonger leurs peuples dans la misère
totale.
Qui que ce soit le président élu en
octobre prochain, il héritera du nouvel accord comme
d'un fait accompli, l'un des derniers accomplis par
le gouvernement Cardoso. Et le FMI de réclamer encore
la conclusion de la réforme de la sécurité sociale,
le licenciement de fonctionnaires, la fin des droits
des salariés et davantage de
privatisations.
Selon la presse bourgeoise, une des
clauses de l'accord passé avec le FMI, clause imposée
par le secrétaire du trésor public nord-américain,
Paul O'Neill, prévoit l'achat de 12 avions de chasse
supersoniques au consortium suédo-britanno-américain
Gripen, pour un montant de 700 millions de
dollars.
Dans un tel contexte, les élections
présidentielles seraient en passe de devenir une
énorme fraude. L'impérialisme nord-américain et les
grandes banques étrangères, en imposant au futur
gouvernement - avant même de se faire élire - le
maintien du modèle néolibéral, transforment le
processus électoral en simple formalité. Dans la
mesure où le pays ne serait plus souverain dans la
détermination de sa politique économique et
budgétaire, il serait en train de se transformer,
purement et simplement, en colonie nord-américaine :
un "territoire économique" de plus du grand empire,
au sein de l'ALCA (Zone de Libre Echange des
Amériques).
Ainsi, se confirment-elles crûment les
affirmations de George Soros : "le capitalisme global
n'a rien de démocratique" et "ce sont les
investisseurs étrangers qui élisent le président du
Brésil.".
Devant une telle situation, il n'y a
qu'une issue pour répondre aux intérêts et nécessités
des travailleurs brésiliens : ne pas payer les dettes
intérieure et extérieure aux grandes banques, rompre
avec le FMI et l'ALCA. C'est uniquement à partir de
ces mesures radicales qu'il serait possible d'établir
des bases solides pour une politique économique
souveraine et capable d'empêcher que le Brésil se
transforme complètement en colonie des USA. Cette
tâche ne revient pas à la bourgeoisie brésilienne,
complètement livrée à l'impérialisme, mais à la
classe travailleuse et aux pauvres de ce
pays.
LES
PRINCIPAUX CANDIDATS S'Y SONT SOUMIS
LULA AUSSI A PLIE LE DOS DEVANT LE FMI
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Le FMI désirant des garanties
anticipées d'obéissance à ses plans par le futur
gouvernement, l'actuel président Cardoso, toujours
soumis, a convoqué les quatre candidats le mieux
placés dans les sondages : L. Da Silva, Lula, Parti
des Travailleurs (P.T) ; C. Gomes, Parti Populaire
Socialiste (parti bourgeois issu des ruptures
successives de l'ancien Parti Communiste allié à des
oligarchies de la région du Nordeste) ; J. Serra,
Parti de la Social-démocratie Brésilienne (formation
de l'actuel président) et, enfin, A. Garotinho, Parti
Socialiste Brésilien (liste conduite par des secteurs
secondaires de la bourgeoisie).
Lors de cette rencontre avec le
président Cardoso, ces quatre candidats, y compris
Lula, se sont engagés à honorer les contrats passés
avec le FMI, à payer les dettes extérieure et
intérieure et ont reconnu le nouvel accord en tant
qu'inévitable et nécessaire.
Serra, Gomes et Garotinho sont des
candidats de la bourgeoisie comptant, chacun, avec le
soutien de différents secteurs de la classe
dominante. Ils sont, par conséquent, des variations
sur un même thème, des pantins plus ou moins déclarés
de l'impérialisme, des grandes banques et des
transnationales.
Par contre, que Lula ait accepté ledit
accord comme inévitable et qu'il se soit engagé à le
respecter, constitue un fait lamentable et sans
précédent : c'est la première fois que le P.T.
soutient un accord avec le FMI.
Le
soutien de Lula représente le sommet de la stratégie
appliquée énergiquement par la direction du P.T.
depuis le début des années 90. Cette stratégie
cherche à "aménager les effets sociaux du
néolibéralisme" par des dites "politiques sociales
compensatrices" (projets du revenu minimum et de
l'allocation école, par exemple) tout en acceptant
les fondements politiques et économiques de ce
système : paiement de la dette, privatisations,
flexibilité de la prévision sociale et du
travail.
C'est pourquoi le P.T. s'est
officiellement retiré de la campagne menée depuis le
début de l'année par les mouvements sociaux du pays,
pour un plébiscite populaire à propos de l'ALCA,
plébiscite qui aura lieu du 1er au 7 septembre et
auquel le P.T. ne participera pas.
Contredisant ses origines et son
parcours, le P.T. (dont le prestige rayonne encore à
l'étranger, telle la lumière d'une étoile déjà
morte), a renié ouvertement l'indépendance de classe,
la lutte contre le capitalisme et contre la
domination impérialiste.
Les élections de 2002 dévoileront au
monde la nouvelle face du P.T. : celle d'un parti
complètement soumis à l'institution bourgeoise, avec
un programme économique préservant les bases du
néolibéralisme ; un P.T. allié à des secteurs
importants de la bourgeoisie. Pour preuve de cette
affirmation, il suffit de rappeler que le colistier
de Lula, son candidat à la vice-présidence, J.
Alencar, membre du parti Libéral, n'est autre que le
propriétaire du groupe industriel textile
"Coteminas", celui-là même que la direction du P.T. a
proclamé comme étant "le patron dont le Brésil a
besoin".
S'il y avait encore de doutes, Lula
lui-même peut les dissiper qui, pour tranquilliser le
marché, a déclaré : "Personne ne représente la
stabilité autant que moi. Personne n'a le soutien que
j'ai du mouvement syndical, social et populaire".
Lula claironne ainsi que sa candidature représente la
possibilité d'un grand pacte entre capital et travail
et, par conséquent, la garantie d'anesthésier les
masses et d'empêcher leur soulèvement.
En
tant que parti de défense des intérêts historiques
des travailleurs et de l'indépendance de classe, le
P.T. n'est plus. A sa place, un nouveau P.T. est né
qui entend gouverner pour et avec les grands
capitalistes. Usant du prestige acquis pendant les
années 80, alors qu'ils mobilisaient et organisaient
les travailleurs politiquement et syndicalement, le
P.T. et Lula offrent leurs services, leurs dons de
"bons négociateurs", à la bourgeoisie et à
l'impérialisme.
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