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Courrier International n°95
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Qu'est-ce que le Parti Libéral (P.L.) ?

Euclides de Agrela, Saõ Paulo, pour l'ensemble du dossier

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L'actuelle position du P.T. est d'autant plus criminelle que les travailleurs se tournent vers l'opposition et la gauche. Ce n'est pas pour rien que, dans les sondages, la première place revient à Lula, P.T (37 %) ; la seconde, à un autre candidat qui se dit d'opposition, Gomes, PPS (27 %). Serra (13%), le candidat de l'actuel président Cardoso, n'est qu'à la troisième place. Ce sont là des sondages effectués à presque un mois du premier tour.

Quand les premières nouvelles de négociations pour une alliance entre le P.T. et le P.L. ont commencé à filtrer, beaucoup de militants et même certains analystes ont pensé qu'une telle alliance ne pourrait jamais voir le jour. En effet, tant étaient importantes les différences de trajectoire de l'un et l'autre parti, et tant étaient nombreux, à l'intérieur du P.L, les ennemis du mouvement ouvrier en général et du P.T. en particulier.

Plus tard, grande fut la surprise de la base du P.T. en constatant que Lula en personne (et en étroite collaboration avec Alencar, celui qui allait devenir son colistier P.L.) dirigeait la bataille pour que cette alliance "stratégique" et garantissant "une liste électorale viable" se réalise à n'importe quel prix. En effet, Lula et la direction du P.T. n'ont pas hésité à tout miser pour imposer cette alliance au parti, quitte à intervenir d'autorité dans certains comités directeurs (...), quitte à perdre le soutien d'une partie de leurs bases, ainsi que du mouvement social.

Le P.L est un parti bourgeois de droite et, même s'il n'a qu'une petite représentation parlementaire, certains de ses cadres sont des membres influents de la bourgeoisie. Ce sont ces personnages là que visait Lula : il lui en fallait un, des plus représentatifs, afin de mieux illustrer le type d'alliance voulue par le P.T. Le choix s'est donc arrêté sur la personne de José de Alencar, grand capitaine d'industrie, dont la société textile, la "Coteminas", une des plus importantes du pays, emploie dans ses usines plus de 15 000 salariés. Alencar a été par ailleurs le patron de la deuxième (en importance) Fédération d'Industriels du pays, celle de l'état de Minas Gerais.

Lula cite souvent en exemple le caractère "entrepreneur" de Alencar. Il est vrai que, en bon capitaliste, il fait subir aux salariés une exploitation impitoyable dans ses entreprises : journée de 12 heures quotidiennes, salaires de misère, persécution de ceux qui voudraient se syndiquer. De plus, Alencar avait soutenu le coup d'état qui instaura la dictature militaire en 1964 et il est, bien entendu, contre le Mouvement des Sans Terre (MST) et pour l'ALCA.

Mais le P.L. ne se contente pas d'avoir dans ses rangs "le patron dont le Brésil a besoin". On y trouve également, et à des postes de choix, les "Pasteurs de l'Eglise Universelle du Royaume de Dieu". Cette secte, transmettant quotidiennement à travers sa propre chaîne de télévision, extorque les économies des fidèles, qualifie les Noirs et la culture afro-brésilienne de démoniaques, s'en prend aux homosexuels.

Mais le pompon, c'est ce dirigeant et député fédéral du P.L. surnommé le "superpelego" ("ultra jaune", NDLR), Antonio Medeiros. Cet individu, qui a fondé "Force Syndicale" pour défendre le néolibéralisme, milite activement, et en étroite collaboration avec le gouvernement, pour la flexibilité et pour tous les projets du FMI.

Voilà un aperçu de ce qu'est le P.L., le parti avec lequel, au prix de tant de d'efforts, Lula a monté sa coalition nationale.

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