Logo Quatrième Internationale
Groupe Socialiste Internationaliste
Pour la reconstruction de la Quatrième Internationale
Marxists Internet Archives
Courrier International n°96
Publié dans l'Internationaliste n°46
Le P.T. et le PSTU.

Alejandro Iturbe, Buenos Aires

Dès le début, l'histoire du P.T. et celle du PSTU ont été étroitement liées. En effet, c'est Convergencia Socialista (organisation appartenant au courant trotskiste qui allait fonder la LIT-CI) qui, la première, a proposé la constitution d'un parti des travailleurs au Brésil et a, ensuite, impulsé sa construction avec Lula et autres dirigeants syndicaux. Ainsi par exemple, le candidat du PSTU aux dernières présidentielles, le dirigeant métallurgique Zé Maria, a été un des fondateurs du P.T. et de la CUT et a partagé, avec Lula, des nombreuses luttes et arrestations.

Le P.T.

Le P.T. a été fondé en 1980. Comme le signale Cyro Garcia, un autre fondateur du P.T. (et également militant trotskiste) : "Le P.T. est né dans une logique de rupture avec le régime, une nouveauté dans le panorama politique du Brésil" ("Le P.T. des origines n'existe plus", in Le Marxisme Vivant n° 4, décembre 2001). Cette rupture avec le régime s'était exprimée à travers quatre points :

a) Le P.T. se déclarait ouvertement comme étant un parti de classe. C'est pourquoi une de ses premières consignes a été : "travailleur, vote pour un travailleur"

b) Le P.T. s'opposait ouvertement au régime politique en place (une dictature militaire dissimulée par des élections truquées) et appelait à le combattre. C'est pourquoi une des batailles les plus importantes, à partir de 1984, a été celle menée pour des véritables élections libres ("directas ya").

c) Le PT appelait à se battre contre l'impérialisme qu'il désignait comme le responsable ultime de la misère des travailleurs et des masses.

d) Le P.T., même s'il ne s'était jamais réclamé de la révolution socialiste, proclamait toujours que l'objectif ultime de sa bataille était le socialisme.

Pour toutes ces raisons, sans être un parti révolutionnaire, le P.T. a joué un rôle très progressif dans la vie politique du Brésil au cours de ses 10 premières années d'existence : il a organisé des milliers de militants, il a impulsé et participé activement aux luttes des travailleurs, tout en les aidant à développer leur conscience politique. Pendant toutes ces années, les militants brésiliens de la LIT-CI ont milité au P.T. dans le courant Convergence Socialiste.

Cependant, au fur et à mesure qu'augmentaient l'influence et le poids du P.T. (ce qui s'exprimait à travers les urnes), la direction luliste modifiaient de plus en plus les positions et le caractère du parti. Le moment crucial de ce tournant peut être situé au début des années 90, pendant le gouvernement de Collor de Mello (le premier élu par des élections directes), renversé par les masses qui l'ont estimé corrompu. C'est au cours de cette bataille contre Collor, que le P.T. a commencé à réagir pour freiner les masses. Ensuite, le processus de virage à droite s'est accentué, dans les années 90, au cours des différents gouvernements de Fernando Henrique Cardoso.

Le caractère de classe des origines fut remplacé par une politique cherchant à conclure des alliances avec des secteurs de la bourgeoisie, des secteurs chaque fois plus importants et plus droitiers, jusqu'à l'arrivée du chef d'entreprise José Alencar. La politique de classe des origines, exprimée à travers la consigne "travailleur, vote pour un travailleur", fut remplacée par une politique appelant à constituer des fronts avec la bourgeoisie. L'opposition au pacte social fut abandonnée au profit du titre de champions du pacte social, Lula et le P.T. se proclamant les seuls capables de faire du pacte social une réalité. La lutte contre l'impérialisme a sombré dans l'actuel accord avec le FMI et l'allégeance à la ZLEA. A la lutte pour le socialisme a succédé l'objectif réactionnaire "d'humaniser le capitalisme" et, par conséquent, le soutien apporté aux luttes des travailleurs a cessé d'exister. Le P.T. n'est plus "un parti en rupture avec le régime" mais, au contraire, un parti parfaitement intégré au régime ; un parti qui n'a plus aucun rôle progressif mais qui sert, au contraire, de digue de contention aux luttes et à la conscience des travailleurs et des masses.

Le PSTU

Pour sa part, le PSTU a commencé à se construire en 1992, à l'occasion de l'expulsion du courant "Convergence Socialiste" et autres courants et groupes du P.T., par la direction luliste, en raison de différences méthodologiques et politiques. Beaucoup de courants de gauche, restés dans le P.T., ont estimé alors que la constitution du PSTU était une politique "suicidaire" : ils ont argumenté qu'il n'y avait pas d'espace pour construire un parti à la gauche du P.T. et que, ce faisant, on se coupait des masses et on allait tout droit à l'échec. La réalité a montré que c'étaient là des fausses prédictions : le PSTU n'a pas seulement survécu à une mort annoncée mais, en plus, il s'est consolidé et développé. Aujourd'hui, aussi bien le PSTU que Zé Maria sont connus des travailleurs de tout le pays, alors que ces autres courants ont dû avaler des couleuvres et s'adapter au grand écart droitier, s'accrochant, en dernière instance, aux postes et prébendes que le P.T. leur accorde.

Bien entendu, le PSTU est beaucoup plus petit que le P.T., et beaucoup plus petit encore si l'on compare les 400 000 voix de Zé Maria avec les millions de Lula. Cependant, l'existence d'un parti révolutionnaire, d'avant-garde, connu au niveau national est d'une vitale importance pour l'avenir de la situation brésilienne : un tel parti signifiera une claire référence pour des milliers de militants qui, même quand ils ont soutenu Lula, ils l'ont fait avec une profonde méfiance. Un tel parti est l'outil indispensable pour aider et accompagner des millions de travailleurs dans leur expérience face au gouvernement de Lula. Enfin, quand les travailleurs auront démoli la digue de contention dressée par Lula et le P.T., un tel parti sera un des principaux ciments dans la construction d'un parti révolutionnaire, avec influence de masses, dans le plus grand pays latino-américain.

Retour

Haut Début