| Dès le début, l'histoire du
P.T. et celle du PSTU ont été étroitement
liées. En effet, c'est Convergencia Socialista
(organisation appartenant au courant
trotskiste qui allait fonder la LIT-CI) qui,
la première, a proposé la constitution d'un
parti des travailleurs au Brésil et a,
ensuite, impulsé sa construction avec Lula et
autres dirigeants syndicaux. Ainsi par
exemple, le candidat du PSTU aux dernières
présidentielles, le dirigeant métallurgique
Zé Maria, a été un des fondateurs du P.T. et
de la CUT et a partagé, avec Lula, des
nombreuses luttes et arrestations.
Le
P.T.
Le P.T. a été
fondé en 1980. Comme le signale Cyro Garcia,
un autre fondateur du P.T. (et également
militant trotskiste) : "Le P.T. est né
dans une logique de rupture avec le régime,
une nouveauté dans le panorama politique du
Brésil" ("Le P.T. des origines
n'existe plus", in Le Marxisme Vivant n°
4, décembre 2001). Cette rupture avec le
régime s'était exprimée à travers quatre
points :
a) Le P.T. se
déclarait ouvertement comme étant un parti de
classe. C'est pourquoi une de ses premières
consignes a été : "travailleur, vote pour
un travailleur"
b) Le P.T.
s'opposait ouvertement au régime politique en
place (une dictature militaire dissimulée par
des élections truquées) et appelait à le
combattre. C'est pourquoi une des batailles
les plus importantes, à partir de 1984, a été
celle menée pour des véritables élections
libres ("directas ya").
c) Le PT
appelait à se battre contre l'impérialisme
qu'il désignait comme le responsable ultime
de la misère des travailleurs et des
masses.
d) Le P.T.,
même s'il ne s'était jamais réclamé de la
révolution socialiste, proclamait toujours
que l'objectif ultime de sa bataille était le
socialisme.
Pour toutes
ces raisons, sans être un parti
révolutionnaire, le P.T. a joué un rôle très
progressif dans la vie politique du Brésil au
cours de ses 10 premières années d'existence
: il a organisé des milliers de militants, il
a impulsé et participé activement aux luttes
des travailleurs, tout en les aidant à
développer leur conscience politique. Pendant
toutes ces années, les militants brésiliens
de la LIT-CI ont milité au P.T. dans le
courant Convergence
Socialiste.
Cependant, au
fur et à mesure qu'augmentaient l'influence
et le poids du P.T. (ce qui s'exprimait à
travers les urnes), la direction luliste
modifiaient de plus en plus les positions et
le caractère du parti. Le moment crucial de
ce tournant peut être situé au début des
années 90, pendant le gouvernement de Collor
de Mello (le premier élu par des élections
directes), renversé par les masses qui l'ont
estimé corrompu. C'est au cours de cette
bataille contre Collor, que le P.T. a
commencé à réagir pour freiner les masses.
Ensuite, le processus de virage à droite
s'est accentué, dans les années 90, au cours
des différents gouvernements de Fernando
Henrique Cardoso.
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Le caractère de
classe des origines fut remplacé par une
politique cherchant à conclure des alliances
avec des secteurs de la bourgeoisie, des
secteurs chaque fois plus importants et plus
droitiers, jusqu'à l'arrivée du chef
d'entreprise José Alencar. La politique de
classe des origines, exprimée à travers la
consigne "travailleur, vote pour un
travailleur", fut remplacée par une
politique appelant à constituer des fronts
avec la bourgeoisie. L'opposition au pacte
social fut abandonnée au profit du titre de
champions du pacte
social, Lula et le P.T. se
proclamant les seuls capables de faire du
pacte social une réalité. La lutte contre
l'impérialisme a sombré dans l'actuel accord
avec le FMI et l'allégeance à la ZLEA. A la
lutte pour le socialisme a succédé l'objectif
réactionnaire "d'humaniser le capitalisme"
et, par conséquent, le soutien apporté aux
luttes des travailleurs a cessé d'exister. Le
P.T. n'est plus "un parti en rupture avec le
régime" mais, au contraire, un parti
parfaitement intégré au régime ; un parti qui
n'a plus aucun rôle progressif mais qui sert,
au contraire, de digue de contention aux
luttes et à la conscience des travailleurs et
des masses.
Le
PSTU
Pour sa part,
le PSTU a commencé à se construire en 1992, à
l'occasion de l'expulsion du courant
"Convergence Socialiste" et autres courants
et groupes du P.T., par la direction luliste,
en raison de différences méthodologiques et
politiques. Beaucoup de courants de gauche,
restés dans le P.T., ont estimé alors que la
constitution du PSTU était une politique
"suicidaire" : ils ont argumenté qu'il n'y
avait pas d'espace pour construire un parti à
la gauche du P.T. et que, ce faisant, on se
coupait des masses et on allait tout droit à
l'échec. La réalité a montré que c'étaient là
des fausses prédictions : le PSTU n'a pas
seulement survécu à une mort annoncée mais,
en plus, il s'est consolidé et développé.
Aujourd'hui, aussi bien le PSTU que Zé Maria
sont connus des travailleurs de tout le pays,
alors que ces autres courants ont dû avaler
des couleuvres et s'adapter au grand écart
droitier, s'accrochant, en dernière instance,
aux postes et prébendes que le P.T. leur
accorde.
Bien entendu, le PSTU est beaucoup plus
petit que le P.T., et beaucoup plus petit
encore si l'on compare les 400 000 voix de Zé
Maria avec les millions de Lula. Cependant,
l'existence d'un parti révolutionnaire,
d'avant-garde, connu au niveau national est
d'une vitale importance pour l'avenir de la
situation brésilienne : un tel parti
signifiera une claire référence pour des
milliers de militants qui, même quand ils ont
soutenu Lula, ils l'ont fait avec une
profonde méfiance. Un tel parti est l'outil
indispensable pour aider et accompagner des
millions de travailleurs dans leur expérience
face au gouvernement de Lula. Enfin, quand
les travailleurs auront démoli la digue de
contention dressée par Lula et le P.T., un
tel parti sera un des principaux ciments dans
la construction d'un parti révolutionnaire,
avec influence de masses, dans le plus grand
pays latino-américain.
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