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Quatrième Internationale
Marxisme vivant
Document paru dans Courrier International n°137
Venezuela
La défense de Chirino

Une question de principes

Comme presque tous les faits qui touchent au gouvernement de Hugo Chavez, la campagne contre le licenciement d'Orlando Chirino et pour sa réintégration à PDVSA a aussi donné lieu à une polémique intense à faveur ou contre cette dernière.

Dans ce cadre, la position de la militante cubaine bien connue, Celia Hart, et celle d'Olmedo Beluche, dirigeant du MPU (Mouvement Populaire Unifié) de Panama, ont été exprimées publiquement. Les deux coïncident essentiellement et peuvent être résumées en trois aspects.

a)Ils ne sont pas d'accord avec le licenciement de Chirino, comme en général ils ne sont pas d'accord avec le licenciement d'aucun travailleur.

b)Ils considèrent que les actuelles positions politiques défendues par Chirino favorisent « les ennemis de la révolution bolivarienne » et son licenciement serait même la conséquence de ces positions politiques (déclaration du MPU, 25/02/08).

c)Ils ne signent aucune des pétitions qui circulent en solidarité avec Chirino, parce que celles-ci « font partie d'une campagne contre le gouvernement bolivarien ».

Nous prêtons spécialement attention à eux parce que tous les deux se réclament du trotskysme. Olmedo Beluche se revendique, en outre, du « morénisme », c'est-à-dire qu'il est partisan du courant fondé par l'argentin Nahuel Moreno, dont la LIT-QI est l'expression principale. Nous affirmons, au contraire, que leur position n'a rien à voir avec la tradition trotskyste ni avec la tradition moréniste dans ce genre de situations.

Il ne s'agit pas « d'un travailleur en plus »

Tout d'abord, il est impossible d'aborder le licenciement de Chirino comme celui « d'un travailleur en plus », étant donné qu'il est un dirigeant syndical reconnu, avec des décennies de trajectoire publique. Rappelons qu'une partie de cette trajectoire a été sa lutte active contre le putsch pro-impérialiste de droite d'avril 2002 et contre le lock-out mis en oeuvre par ces mêmes secteurs, cette même année. Actuellement, Chirino est un des principaux dirigeants de l'UNT et membre du comité de direction de Sinutrapetrol (Syndicat Unique de Travailleurs Pétroliers).

L'année dernière, Chirino a manifesté des critiques dures contre la politique du gouvernement de Hugo Chavez, en défense de l'autonomie syndicale, et il s'est aussi opposé à son récent projet de réforme constitutionnelle. On ne peut donc pas prendre position sur le licenciement de Chirino, pour ou contre, sans le placer dans ce contexte. Pour nous, il donc est évident que son licenciement de PDVSA, outre qu'il est une attaque contre les plus élémentaires principes de liberté syndicale, représente une agression du gouvernement vénézuélien contre les dirigeants qui ont défendu l'autonomie syndicale et qui s'opposent aujourd'hui au cours de la politique gouvernementale. Pour Hart et Beluche, au contraire, bien qu'ils ne le disent pas avec une totale clarté, ce sont ces positions de Chirino qui, en dernier ressort, justifieraient finalement son licenciement.

C'est le gouvernement de Chavez qui l'a licencié

Deuxièmement, il n'y a pas moyen de rejeter son licenciement et de réclamer sa réintégration à PDVSA, même si ce n'était « qu'un travailleur en plus », sans combattre contre le gouvernement de Chavez, tout simplement parce que c'est lui qui l'a licencié et c'est de lui qu'il faut exiger la réintégration à son travail. Il est évident que toute campagne pour cette exigence ira objectivement contre ce gouvernement parce que, pour atteindre son objectif et être couronnée de succès, elle devra lui imposer quelque chose qu'il ne veut pas faire. Ce serait la même chose que prétendre obtenir la réintégration d'un travailleur ou d'un dirigeant de la Ford ou d'une autre entreprise multinationale, sans combattre contre cette entreprise.

Hart et Beluche sont totalement conscients de cela. C'est pourquoi ils ont refusé de signer la pétition avec laquelle se développe la campagne, à partir de leur soutien au gouvernement chaviste, bien que la pétition ne fasse aucune référence au gouvernement national vénézuélien.

Une question de principes

La question centrale est que Hart et Beluche, en refusant de réclamer la réintégration de Chirino, passent outre à ce qui a toujours été un principe du mouvement ouvrier et de la gauche dans toute son histoire : la solidarité et la défense de tout travailleur ou dirigeant ouvrier poursuivi par les patrons ou par les gouvernements bourgeois, indépendamment des différences politiques qu'on a avec lui. Face à ces attaques, ces différences sont laissées de côté et il faut serrer les rangs contre les patrons et/ou les gouvernements bourgeois.

Rappelons qu'aussi bien Trotsky comme Moreno ont revendiqué ce principe comme un des plus importants pour les travailleurs et les organisations de gauche, face à son abandon par le stalinisme et, dans le cas de Moreno, par certains courants trotskystes.

Hart et Beluche ont tout le droit politique de soutenir et de défendre le gouvernement de Chavez et de critiquer Chirino pour ne pas le faire. Mais si, à partir de cet appui, ils justifient l'attaque et la persécution dont ce dirigeant est victime aujourd'hui, et s'ils restent passifs, face à lui, alors ils trahissent ce principe élémentaire et deviennent, dans les faits, des complices de cette attaque. Nous pouvons dire qu'en réalité, ils se sont mis à appliquer un principe contraire : si un gouvernement bourgeois est « progressiste », il faut toujours le soutenir contre les combattants poursuivis.

Qu'ils le fassent ou non, c'est à eux d'en décider. Mais, s'il vous plaît, cessez de vous revendiquer du trotskysme et/ou du morénisme, parce qu'avec cette attitude vous souillez les noms de Trotsky et de Moreno.

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