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Document paru dans Courrier International n°143
Le véritable rôle de l'Unasur
L'Unasur (Union de nations sud-américaines), créée en mai 2008, vient d'avoir son « baptême de feu » avec la réunion de présidents des pays membres, y compris Evo Morales. La réunion a eu lieu au Chili, en pleine crise bolivienne.

Un fait très important de cette réunion a été qu'elle a montré clairement le poids central occupé par le Brésil dans la région. Bien que la réunion ait été promue, initialement, par des pays plutôt favorables à Evo des Morales (le Venezuela et l'Argentine, auxquels s'est ajouté le Chili, qui occupe la présidence temporaire), elle a seulement été assurée quand le président du Brésil, Luiz Inácio Lula da Silva, a confirmé sa participation.

Bien sûr, pour y participer, Lula a mis clairement en avant quelques conditions : qu'elle soit demandée par Evo Morales et qu'elle soit orientée vers « un dialogue conciliateur » avec la bourgeoisie d'extrême droite de la Media Luna (appelée, de façon hypocrite, « acteur politique du pays »), dans le but d'atteindre une « solution négociée et soutenable » dont le contenu est essentiellement celui de l'accord qu'Evo allait signer avec l'opposition, et que nous commentons dans l'article principal de cette édition. Ce n'est pas par hasard que le journal espagnol « El Pays » relate la réunion sous le titre : « Lula prend les rênes de la crise bolivienne ».

Pour écarter tout doute sur le fait que la position de Lula et du gouvernement brésilien est pleinement favorable à la bourgeoisie de la Media Luna, voyons cette déclaration de Marco Aurélio Garcia, conseiller spécial du gouvernement pour les Relations Extérieures, à propos de la situation (O Estado de São Paulo, 17 septembre 2008) : « Dans notre évaluation, il y a un aspect négatif et un autre positif. [...] Le négatif a été l'ordre de prison pour le gouverneur de Pando, Leopoldo González. Le positif a été l'établissement d'un agenda de négociation entre le gouvernement et l'opposition autour de trois points : des changements dans le projet constitutionnel, l'autonomie des départements et les impôts. ».

Noir sur Blanc, pour le gouvernement brésilien, est « négatif », la prison d'un gouverneur responsable de l'assassinat de dizaines de paysans par des bandes fascistes ; est « positif », le fait que le gouvernement accepte de capituler à toutes les exigences de la bourgeoisie de la Media Luna.

C'est à partir de cette position du gouvernement de Lula qu'il faut évaluer la véritable signification de la réunion et de la déclaration de l'Unasur. Il est vrai que, d'une part, elle soutient le gouvernement d'Evo face à « toute tentative de putsch ou de division du pays ». Mais en même temps - et c'est ce qui finalement à été l'objectif de fond de la réunion - la déclaration finale a comme centre, de promouvoir et de garantir la négociation qui concrétise cette nouvelle capitulation d'Evo face à l'extrême droite.

L'Unasur est née avec la soi-disant intention d'être une organisation internationale différente de l'OEA, plus indépendante des Etats-Unis puisque les représentants de ce pays n'y participent pas. Face à la situation bolivienne, elle aurait pu démontrer rapidement cette « indépendance », par exemple, en prenant la résolution d'expulser tous les ambassadeurs américains du sous-continent, comme ont fait les gouvernements d'Evo et de Chávez, et en rompant les relations diplomatiques avec les Etats-Unis aussi longtemps que le gouvernement de ce pays maintiendra son soutien à la bourgeoisie de la Media Luna. Mais, loin de prendre ces mesures politiques indépendantes minimales, les représentants de l'Unasur se trouvent actuellement en Bolivie, avec l'OEA, l'ONU et l'Eglise, comme observateurs pour « sanctifier » la capitulation d'Evo.

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