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Article paru dans Courrier International n°145 Version imprimable Imprimer
Que signifie la victoire d'Obama ?

La victoire de Barack Hussein Obama face à McCain a représenté un fait historique, par les connotations de ces élections. Cette victoire à ouvert de grande perspectives et de grands espoirs parmi les masses étasuniennes et du reste du monde qui attendent qu'un véritable changement se produise. G. Bush est parvenu à être le président le plus impopulaire depuis qu'on fait des sondages. La défaite qu'il subit en Iraq et la crise économique qui a explosé à la fin de son mandat ont marqué ces élections.

La candidature de McCain apparaissait pour les électeurs étasuniens comme la continuité de l'actuel gouvernement, en dépit des efforts que le candidat républicain a fait pendant toute la campagne pour prendre ses distances vis-à-vis de Bush.

Obama a obtenu 95% des voix des Noirs, bien qu'il n'ait pas utilisé le problème du racisme dans sa campagne, et il a, en outre, obtenu un très large appui de la communauté latino-américaine. Les latinos votaient traditionnellement pour les démocrates. Cependant, Hillary Clinton a aussi essayé d'exploiter le racisme contre les Noirs, pour gagner les primaires avec l'appui des latinos. La défaite d'H. Clinton lors des primaires a fait que ces derniers étaient sur le point de passer aux républicains. Les déclarations de McCain, soutenant le programme de son parti qui considère les immigrants pratiquement comme des délinquants, a toutefois aidé Obama, qui est d'ailleurs le fils d'un immigrant du Kenya. Rappelons également que des millions d'immigrants latino-américains se sont mobilisés le Premier Mai dernier pour exiger leur régularisation.

Les jeunes et les travailleurs à faibles revenus ont aussi voté majoritairement pour Obama. La crise hypothécaire a expulsé plus d'un million de familles de leur maison et quatre millions d'autres sont sur le point de perdre leur logement. Les licenciements augmentent chaque jour, ce qui fait monter le chômage de 1,2 millions de personnes supplémentaire en un an, dont plus de la moitié pendant les trois derniers mois. Des entreprises aussi emblématiques que General Motors, Ford ou Chrysler sont menacées de faillite et envoient déjà des milliers de travailleurs à la rue. La conviction que les problèmes créés par la politique économique de Bush ne seraient pas résolus par son continuateur, McCain, a donné lieu au changement électoral.

Un changement dans la conscience des masses

Le vote pour Obama représente donc, de manière déformée, une avancée dans les consciences nord-américaines. D'une part, il y a l'opposition des masses à l'occupation de l'Iraq et à la politique guerrière de Bush, les mobilisations d'immigrants sans papiers, le début de la lutte de quelques secteurs de travailleurs qui commencent à faire face aux restrictions et aux licenciements. (Ceux de Boeing ont obtenu une importante victoire en octobre). D'autre part, le vote reflète la défaite que les Etats-Unis subissent en Iraq et la résistance de plus en plus forte en Afghanistan.

Indépendamment de ce que cela signifie pour la bourgeoisie, il est certain que la victoire d'Obama reflète un virage à gauche sans précédent aux Etats-Unis. Les célébrations massives, les larmes de joie des masses de Noirs, montrent que ceux-ci avaient voté pour quelque chose de plus qu'un candidat démocrate. Pour les masses nord-américaines, c'est un immense triomphe de porter Obama à la Maison Blanche. En ce sens, son arrivée à la présidence est comparable à celle des gouvernements de Front Populaire, comme en Bolivie avec Evo Morales, ou comme au Brésil avec Lula da Silva, quand pour la première fois un travailleur métallurgiste accédait à la présidence de son pays.

Des élections avec une répercussion mondiale

Ces élections aux Etats-Unis ont été suivies comme aucune autre dans l'histoire. La possibilité, confirmée par la suite, que gagne Obama, qui pratique un langage différent de celui employé durant les huit dernières années, a produit une vague d'appui mondial au candidat démocrate. Il est curieux que, dans les enquêtes qui ont été faites partout dans le monde, ce n'est qu'en Israël que McCain est apparu comme favori. Rappelons que, quand Obama était encore candidat et qu'il a s'est rendu à Berlin, une foule de 200 000 personnes est allée le recevoir et l'écouter.

Nous sommes passés d'un président qui était reçu avec des manifestations contre sa présence, à un qui réveille l'enthousiasme sur toute la planète. Il est probable que, dans ses premiers voyages à l'étranger, il trouvera également un accueil semblable à celui que suscitait le général Eisenhower à la fin de la Seconde Guerre mondiale en tant que libérateur qui, avec l'URSS, avait mis en échec Hitler.

L'élection d'Obama reflète la situation mondiale, que nous définissons comme révolutionnaire : la défaite, que l'impérialisme subit en Iraq, la montée des masses au Moyen-Orient et en Amérique latine ont poussé les masses nord-américaines à voter pour Obama. Il est significatif que la nouvelle « first lady », Michelle, a déclaré qu'elle se sentait maintenant fière d'être « américaine » (appellation que les Etasuniens se réservent pour eux-mêmes). Et le camp républicain, bien qu'il ait été scandalisé par une critique de ce genre, n'est pas parvenu à changer le sens du vote, ce qui veut dire que dans la conscience de beaucoup de millions d'Etasuniens est enraciné le fait de ne pas se sentir fiers du pays où ils vivent.

Les gouvernements d'Iran et de Russie ont manifesté leur attente d'une nouvelle ère de relations avec les Etats-Unis. Les pays arabes en général ont très bien perçu la victoire d'Obama, fils d'un musulman, qui de surcroît s'appelle Hussein. Pour le négociateur palestinien des accords de paix avec Israël, Saeb Erekat, « sous la direction d'Obama, la vision de deux Etats pour deux peuples deviendra une réalité ». Les gouvernements de ces pays espèrent que les Etats-Unis ne seront plus considérés comme l'ennemi du monde arabe et vice versa.

Qui a soutenu Obama ?

En plus de convaincre des millions de travailleurs, ce choix a été la meilleure option pour des secteurs très importants de la bourgeoisie étasunienne. C'était le candidat, non d'un parti ouvrier mais du Parti Démocrate, un des deux partis bourgeois qui se partagent le pouvoir aux Etats-Unis. A l'exception de la bourgeoisie des gusanos de Miami, fidèle au Parti Républicain et à sa stratégie de blocus contre Cuba, ainsi que des secteurs du pétrole et du gaz, qui ont ouvertement soutenu McCain, d'autres secteurs bourgeois ont soutenu, soit équitablement les deux candidats, soit carrément Obama.(1)

S'ils l'ont soutenu, c'est parce que l'impérialisme comprenait qu'il avait un besoin urgent de changer la perception des masses vis-à-vis des Etats-Unis. Jusqu'à l'élection d'Obama, la crise économique mondiale, qui commence à affecter l'ensemble de la planète, désignait un ennemi clair, un coupable des guerres qui est maintenant aussi l'origine et la cause de la crise mondiale. Cette crise est en train de laisser des millions de travailleurs sans emploi et provoque une augmentation de la misère sur toute la planète.

Suite à la crise qu'elle traverse, du fait de la situation révolutionnaire mondiale, la bourgeoisie a utilisé durant les dernières années des gouvernements qui servent à freiner la montée des masses. Elle a dû faire appel aux secteurs les plus représentatifs des opprimés et exploités. Ainsi sont donc apparus des gouvernements de front populaire (de collaboration de classes, où des organisations ouvrières participent aux gouvernements bourgeois), y compris avec des travailleurs à leur tête comme au Brésil, des femmes comme Bachelet ou Cristina Fernández (Chili et Argentine), des indigènes comme Evo Morales, des sociaux-démocrates qui doivent donner suite à un certain espoir aux masses, comme Zapatero avec le retrait des troupes d'Iraq, ou des gouvernements avec une rhétorique populiste comme celui de Chavez. Ce sont des gouvernements qui, au-delà du fait que certains d'entre eux ont dû prendre l'une ou l'autre mesure progressiste, ont servi pour freiner, dévier ou contrôler la montée des masses, en permettant aux capitalistes de poursuivre l'exploitation des travailleurs. Ce qui est nouveau, c'est que ceci a dû arriver aux Etats-Unis eux-mêmes. Ainsi, l'élection d'Obama apporte une trêve au capitalisme mondial, et principalement à sa puissance hégémonique, les Etats-Unis.

Les Etats-Unis peuvent-ils cesser d'être impérialiste avec Obama ?

Avec Obama, la presse mondiale a retrouvé la possibilité de parler favorablement des Etats-Unis sans rougir. Les discours sur la bonté de la démocratie des Etats-Unis et la capacité de la société nord-américaine de changer l'orientation de son gouvernement sont de retour. Le commentaire le plus courant est que, comme disait un éditorial du journal espagnol « El País », « la victoire d'Obama détruit les barrières ethniques et revalide les Etats-Unis comme modèle universel ». McCain l'accusait d'être socialiste pendant la campagne électorale. D'autres considèrent qu'Obama peut effectivement mettre un terme à l'impérialisme, construire une nouvelle ONU (cette fois démocratique), un monde multilatéral et, finalement, que c'est finalement une merveille qu'un pays qui connaissait la ségrégation il y a quarante ans, a maintenant un Noir comme président. On veut nous faire croire que la démocratie (bourgeoise) peut surmonter l'impérialisme et qu'un gouvernement, ou plutôt, un président, peut le faire, bien qu'avec des difficultés.

Nous devrions nous demander si Barack Obama va suggérer à Iran qu'en échange de l'arrêt de son programme d'énergie nucléaire, il va proposer le démantèlement de tous les arsenaux nucléaires dans le monde, en commençant par celui des Etats-Unis qui est le plus grand de tous ; s'il va exiger d'Israël qu'il détruise ses 200 têtes nucléaires. Demandons-nous si les multinationales étasuniennes, dorénavant, vont cesser de piller les pays semis-coloniaux, si les bases militaires des Etats-Unis, sur toute la planète, vont être fermées...

L'impérialisme ne change pas sa nature, même si la couleur de la peau de son président change. Nous pensons que le modèle qu'ils nous proposent comme exemple est celui de la démocratie impérialiste, qui va continuer à opprimer les travailleurs de son propre pays et ceux du reste du monde. Le président élu peut en arriver à lâcher une concession ou une autre, comme a fait Roosevelt dans les années trente, pour relever l'économie de la crise de 1929 avec les plans de travaux publics et freiner la montée ouvrière qui a été à l'origine des grandes organisations syndicales aux Etats-Unis. Mais ce qui est certain, c'est que, comme tout gouvernement capitaliste, il va essayer irrémédiablement de faire retomber la crise économique sur le dos des travailleurs.

Les gouvernements des pays capitalistes sont là pour administrer les affaires de la bourgeoisie. Pour que Barack Obama puisse changer le rôle des Etats-Unis dans le monde (ce qui n'est pas son intention) et mettre un terme à l'exploitation des travailleurs ou à la discrimination ethnique et à l'oppression de la femme, il devrait détruire l'Etat bourgeois, c'est-à-dire en finir avec le capitalisme.

Les guerres, les invasions et les agressions de l'impérialisme vont continuer, aussi longtemps qu'existe l'impérialisme. Clausewitz disait que la guerre est la continuation de la politique avec d'autres moyens et l'impérialisme ne peut pas se maintenir sans s'imposer militairement. Les Etats-Unis ont été jusqu'à présent le gendarme mondial du capitalisme, et le fait qu'Obama veut disposer de l'appui des autres pays impérialistes du monde ne change rien au fait qu'il veut cet appui pour que le système continue à exister.

Obama ne va pas détruire le système mais il va le diriger pour qu'il puisse subsister. En ce sens, son gouvernement a un caractère préventif face à la possibilité, du fait de la crise économique, d'une forte montée des luttes. Pour mettre un terme au système, les Obamas dans le gouvernement ne suffisent pas, il faut que ce soient les travailleurs qui prennent directement le pouvoir avec la révolution socialiste et détruisent l'Etat capitaliste. C'est ce qu'a dit Marx, que les économistes et les journalistes du monde entier citent maintenant à cause de la crise économique. Cela n'a jamais été réfuté par l'histoire.


(1) Voir l'article “Los partidos burgueses frente a la crisis” d'Andrés Bárcenas, publié dans le journal Voz de los Trabajadores, la publication du groupe de militants de la LIT-QI aux Etats-Unis : http://www.litci.org/MateriaES.aspx?MAT_ID=1419.

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