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Document paru dans Courrier International n°147
Le racisme et la xénophobie avancent

Pendant des années, la bourgeoisie européenne a utilisé la main d'œuvre immigrante, abondante et avec de plus grandes facilités pour son exploitation, pour sa croissance économique. Maintenant, avec la manifestation de la crise économique, c'est le secteur qui en subit les conséquences en première instance. La bourgeoisie veut faire retomber le coût de la crise sur les travailleurs, et parmi eux, les plus exploités et les plus exposés sont les immigrants. Le chômage a fait des ravages dans l'immigration : dans la construction et dans l'industrie, ce sont les plus précaires qui sont licenciés.

Les gouvernements européens se sont préparés pour se défaire de la main d'œuvre excessive avec des lois discriminatoires et répressives contre les immigrants. L'année passée a été approuvée la « directive du retour » dans l'UE (connue comme la « directive de la honte ») qui permet la détention jusqu'à 18 mois des immigrants illégaux, pour faciliter leur expulsion. Les autorisations de travail et de résidence sont liées, en grande partie, au maintien d'un contrat de travail, dont la perte finit par supposer la fin de la légalité et la possibilité de l'expulsion. Les gouvernements de l'UE adaptent leurs législations à cette directive. L'« accord sur l'immigration et l'asile » des 27 pays de l'Union européenne a décidé de promouvoir l'expulsion des immigrants irréguliers, d'interdire à tous les pays de promouvoir des régularisations massives, ainsi que d'« améliorer » le contrôle des frontières.

Les mesures réactionnaires sont mises en œuvre par le gouvernement italien de Berlusconi : Il a augmenté de 2 à 6 mois le temps de détention des immigrants « irréguliers » et il est arrivé à approuver la formation de « patrouilles ambulantes nocturnes » (formées par d'anciens policiers, d'anciens militaires et des civils) pour surveiller les villes. Ces patrouilles font penser aux groupes de fascistes de l'époque de Mussolini et ils sont le résultat d'une campagne xénophobe qui assimile l'immigration à la délinquance. Les chiffres de délinquance sont en déclin en Italie, mais les cas qui se rapportent à des délinquants étrangers sont grossis pour créer un état de psychose qui rend l'implantation des patrouilles plus facile. Ils ont imposé le contrôle d'entrée et de sortie des campements qu'ils ont créés pour des immigrants, hors des villes.

Mais l'attaque contre les immigrants n'est pas l'exclusivité des gouvernements de « droite ». En Espagne, le gouvernement de Zapatero a annoncé qu'il réformera l'actuelle loi sur les étrangers et il a déjà approuvé un avant-projet pour durcir les mesures actuelles. Dans cette réforme, est puni avec des amendes allant jusqu'à 30 000 euros « celui qui promeut la permanence irrégulière d'un étranger en Espagne ». Ceci signifie que celui qui héberge un sans-papiers dans sa maison et le nourrit est criminalisé. La persécution se fait comme « chasse aux immigrants ». La police de Madrid doit remplir chaque semaine des quotas de capture d'immigrants sans papiers et elle en est arrivée à tracasser celui qui s'approchait de son consulat ou des portes d'un collège pour reprendre ses enfants. Il y a même eu des dénonciations de réquisition de domicile. Les mauvais traitements dans les centres de réclusion, où les immigrants attendent leur expulsion, sont permanents.

En France, Sarkozy, le promoteur des mesures contre les immigrants en Europe, a introduit des mesures « d'intégration » pour les immigrants, comme l'apprentissage de la Marseillaise et de l'obligation de savoir le français. Toutefois, dans les derniers 4 mois, 3 000 postes de professeurs d'appui pour les élèves avec des difficultés ont été supprimés.

Suite de la grève de Lindsay Oil, le gouvernement britannique a exigé des institutions de l'UE que le règlement des travailleurs en déplacement soit modifié, au bénéfice des travailleurs locaux. Ceci facilitera encore plus la discrimination dont font déjà l'objet les travailleurs immigrants.

Santé et éducation

Face à la crise économique, nous voyons que les gouvernements, en même temps qu'ils donnent de l'argent aux banques et aux entreprises, annoncent des coupures budgétaires pour réduire des dépenses de l'Etat. De cette manière, l'éducation et la santé publiques se détériorent. Les familles de travailleurs immigrants n'ont pas d'autre possibilité que de recourir au service public. Les gouvernements européens, se faisant l'écho de l'extrême droite, utilisent comme excuse de la détérioration, non les coupures budgétaires et la privatisation mais l'« excès » d'immigrants qui fréquentent le réseau public.

Les bureaucraties syndicales contre l'unité de la classe ouvrière

En Espagne, CC.OO., et UGT acceptent la discrimination des travailleurs immigrants qui n'ont pas d'autorisation de résidence de longue durée. Les messages racistes et xénophobes finissent par entrer dans les rangs des travailleurs à travers des arguments comme « les émigrants acceptent des salaires et des conditions de travail inférieures à celles des travailleurs nationaux » (comme si les émigrants les acceptaient par plaisir et avaient la possibilité de choisir !). Les gouvernements sont les responsables de favoriser des législations sur les étrangers, qui donnent lieu, de fait, à des citoyens de seconde catégorie. Mais les bureaucraties syndicales aident à ce que ces messages se répandent parmi les travailleurs, en soutient des mesures discriminatoires. Ce rôle criminel favorise le renforcement des organisations fascistes et de leurs discours en direction des travailleurs.

Le danger de la croissance des bandes fascistes

Les organisations fascistes ont pris comme thème central en Europe « l'expulsion des immigrants ». Leurs messages, que les immigrants accaparent les emplois des nationaux, trouvent un écho très facile avec la crise économique. Des partis fascistes, comme le BNP britannique, commencent à s'ancrer dans le secteur le plus arriéré des travailleurs anglais. Parmi les jeunes espagnols, 14% jugent qu'ils voteraient pour des partis racistes si l'immigration augmentait. En Italie, le danger provient du gouvernement lui-même, qui facilite la formation des patrouilles ambulantes.

Il faut restaurer l'unité de la classe ouvrière

Pour faire face à la perte d'emplois et de pouvoir d'achat, et pour défendre les conquêtes et les services publics de qualité, les travailleurs européens devront faire face à la xénophobie que les gouvernements et les bureaucraties syndicales favorisent. Les problèmes des travailleurs sont les mêmes, quel que soit leur pays. La division et la culpabilisation du secteur le plus faible et le plus exposé aux conséquences de la crise servent seulement pour que les gouvernements appliquent leurs plans en faveur des patrons et détruisent les services publics, et aussi pour que grandissent les organisations et les discours fascistes.

Nous, la LIT-QI, nous pensons que c'est une bataille que nous ne pouvons pas remettre à plus tard. La lutte unitaire de la classe ouvrière a donné des exemples excellents ces derniers temps. En Grèce, les travailleurs immigrants ont participé aux mobilisations du mois de décembre dernier, tant ceux qui sont arrivés récemment et qui souffrent les agressions et la répression policière, comme les jeunes de seconde génération, qui ont fait face au gouvernement qui les condamne à la misère. Dans une grande partie de l'Europe, nous avons vu comment des milliers de travailleurs ont défilé avec les immigrants d'origine arabe contre l'agression à la Bande de Gaza par Israël. Dans la lutte des travailleurs de la propreté du métro de Madrid, où une grande partie des travailleurs sont des immigrants, une victoire a été obtenue grâce à l'unité de tous les travailleurs, sans distinction selon le sous-traitant ou la nationalité. Il est essentiel de mener la bataille sur le terrain syndical : toute discrimination envers les immigrants qui est favorisée par la bureaucratie doit être dénoncée comme une trahison envers l'ensemble de la classe ouvrière.

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