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Document paru dans Courrier International n°148
Face aux attaques
des gouvernements et des patrons

Pour l'unité et la solidarité nationale et internationale de la classe ouvrière

La crise économique internationale s'approfondit de plus en plus, et avec elle, les attaques très dures des entreprises et des gouvernements contre les travailleurs, partout dans le monde, afin de faire supporter à ces derniers le coût de la crise et de récupérer les profits perdus.

Les travailleurs sont les seuls qui n'ont aucune responsabilité dans l'éclatement de cette crise, mais ce sont eux qui en subissent le plus les conséquences. Alors que les gouvernements libèrent des milliers de milliards de dollars pour aider les banques et les entreprises qui ont des problèmes, il n'y a pas un centime pour les travailleurs. C'est donc absolument clair, c'est ce que les capitalistes veulent dire quand ils parlent de « partager les coûts de la crise ».

Les attaques des gouvernements et des entreprises

Les licenciements massifs et l'augmentation brutale du chômage constituent évidemment la principale attaque que subissent les travailleurs. Les organismes internationaux avaient calculé qu'il y aurait une augmentation de 50 millions de chômeurs dans le monde, pour cette seule première phase de la crise. Mais les données de 2008 et 2009 pour les Etats-Unis, l'Europe, la Chine, le Brésil et d'autres pays indiquent que ce chiffre sera, très probablement, largement dépassé. Parallèlement aux licenciements massifs, les entreprises profitent de l'augmentation du chômage et du fantôme de la perte d'emploi pour exiger de leurs travailleurs l'acceptation des diminutions salariales, la perte de conquêtes, l'application de systèmes comme la « banque d'heures »,(1) etc.

Les gouvernements bourgeois, y compris ceux des pays impérialistes, non seulement soutiennent ces politiques, mais ils insistent pour que les entreprises les adoptent. Alors que l'entreprise brésilienne Embraer licenciait 4 200 ouvriers, le gouvernement de Lula maintenait son financement à l'entreprise à travers les crédits que la Banque Nationale de Développement Economique et Social (BNDES) accorde aux acheteurs des avions fabriqués par Embraer. Aux Etats-Unis, Barack Obama n'a posé aucune condition quand il a été si généreux envers les banques et les compagnies d'assurances, mais il exige que General Motors et Chrysler appliquent un « plan de restructuration » (qui inclut la fermeture d'usines, la suppression de milliers d'emplois et l'augmentation des rythmes d'exploitation), comme condition pour libérer l'argent de l'Etat qui leur permet d'éviter la faillite. De cette manière, la punition pour la mauvaise situation de ces entreprises ne retombera pas sur leurs actionnaires et leurs dirigeants mais sur leurs travailleurs.

Expliquer patiemment

La première tâche des révolutionnaires face à la crise est d'expliquer patiemment aux travailleurs et aux masses que la crise et ses conséquences sont des produits inévitables du système capitaliste et que la bourgeoisie, tant à l'échelle nationale que mondiale, tentera par tous les moyens d'en faire supporter le prix aux travailleurs. C'est pourquoi, il n'y a pas d'intérêts communs entre la classe ouvrière et la bourgeoisie : ce qui est bon pour eux est mauvais pour nous. Il faut expliquer aussi comment les gouvernements, y compris ceux qui apparaissent comme plus « populaires », défendent toujours les intérêts de la bourgeoisie contre les travailleurs, avec leurs mesures et politiques « anti-crise ».

Deuxièmement, il faut expliquer que la seule issue réelle pour le prolétariat et les peuples exploités du monde est de faire une révolution socialiste mondiale, qui commence par prendre le pouvoir et implanter un gouvernement des travailleurs dans leur propre pays, pour appliquer des plans économiques qui ne soient pas au service du profit des patrons, mais au service de la satisfaction des besoins de l'ensemble du peuple. Sans la perspective donnée par cette solution de fond, tous les triomphes partiels que nous obtenons seront rapidement perdus et les luttes les plus héroïques déboucheront sur une voie sans issue.

C'est précisément pendant des crises de cette profondeur qu'il s'avère plus facile d'expliquer la nécessité d'un changement profond du système capitaliste impérialiste, parce que sa véritable essence destructive est totalement mise à nu et la nécessité des mesures du programme socialiste s'avère beaucoup plus claire.

Il faut signaler toutefois avec une clarté totale que la crise économique ne mènera pas par elle-même à la chute du capitalisme, et moins encore au triomphe de la révolution socialiste. Si la classe ouvrière ne donne pas sa propre réponse, il est très possible que le système capitaliste impérialiste retrouve une nouvelle « stabilité », basée sur des niveaux encore pires de barbarie et d'inhumanité.

Le monde qui apparaîtra comme résultat de cette crise dépendra donc de la lutte des classes. Pour nous, cela dépendra de l'action de la classe ouvrière et des masses, ainsi que du surgissement d'une direction révolutionnaire capable de conduire cette lutte. Mais tant la réponse des travailleurs que la construction de cette direction révolutionnaire ne peuvent avoir lieu qu'à travers la lutte et la mobilisation.

Un programme pour combattre

Le premier pas de cette lutte et de cette mobilisation commence par la réponse aux attaques des bourgeoisies et des gouvernements. C'est un processus qui a déjà commencé dans plusieurs pays, mais qui n'est pas encore à la hauteur de ce que les circonstances requièrent. C'est pourquoi, l'autre grande tâche à l'ordre du jour consiste à promouvoir une réponse de lutte face à ces attaques, dans chaque pays, de la façon la plus unifiée et la plus ferme possible.

D'une manière générale, nous proposons le programme suivant pour ces luttes, conscients qu'il devra s'adapter aux circonstances concrètes de chaque pays :

  • La lutte contre les licenciements et le chômage
  • Pour la réduction de la journée de travail sans diminution de salaire
  • La défense du salaire et la lutte contre la perte de droits et d'acquis
  • Contre l'augmentation de la journée de travail, la détérioration des conditions de travail et l'augmentation de la charge de travail
  • La lutte contre la xénophobie et en défense des droits des immigrants
  • Contre la criminalisation des mouvements sociaux
  • Contre la politique économique des gouvernements.

Dans les pays colonisés par l'impérialisme, il s'y ajoute, en outre, la lutte contre les plans de recolonisation impérialiste et pour l'indépendance nationale, ainsi que pour le non-paiement de la dette extérieure, la rupture avec le FMI et ses plans d'ajustement, la nationalisation des entreprises impérialistes, etc.

Les mobilisations qui peuvent avoir lieu, suite à ces mots d'ordre concernant les nécessités concrètes, sont celles qui permettront d'établir le pont vers des morts d'ordre plus avancés, comme la nationalisation sous contrôle ouvrier des principales branches de l'économie. Il s'agit de celles qui représentent la transition vers l'issue socialiste à laquelle nous faisons référence plus-haut.

La nécessité d'une lutte unitaire

Cette proposition de combat unifiée doit être faite tant à l'ensemble des travailleurs qu'aux directions des organisations syndicales et politiques de masse.

Est-il correct de lancer un appel de ce genre à des directions qui ont contribué à démobiliser, à diviser et à démoraliser la classe ouvrière et qui, dans beaucoup de cas, continuent à le faire, en acceptant des accords de pertes d'acquis, en freinant les luttes et en essayant d'isoler les luttes là où elles apparaissent ? Il est évident que ces bureaucraties sont un obstacle pour le développement d'une lutte ferme contre les attaques des entreprises et des gouvernements et, beaucoup plus encore, pour que la classe ouvrière puisse donner une réponse de fond.

Mais tant qu'elles continueront à contrôler les appareils syndicaux et les organisations de masse, et qu'en ce sens, elles dirigent la majorité des travailleurs, il n'y a pas moyen de promouvoir une mobilisation massive sans une politique d'exigence envers leurs directions pour qu'elles rompent leurs accords avec les gouvernements et les entreprises et se mettent à la tête de véritables plans de lutte nationaux.

Si cet appel à la mobilisation unitaire est accepté - comme cela a été le cas, par exemple, avec plusieurs centrales syndicales au Brésil, le 30 mars, ou avec les grèves générales récentes en France - la lutte et la confiance en ses forces de l'ensemble de la classe ouvrière sont fortifiées. Il en est ainsi parce que beaucoup de travailleurs ont des doutes sérieux sur les possibilités de triomphe d'une lutte isolée, face à l'ampleur de l'ennemi auquel ils font face. Une lutte nationale unifiée, au contraire, offre depuis son début une perspective beaucoup plus grande de triomphe.

De cette manière, une dynamique supérieure de mobilisation peut apparaître qui, tôt ou tard, dépassera les limites que ces bureaucraties se fixent. D'autre part, si l'appel n'est pas accepté, le refus contribuera à l'expérience des travailleurs avec ces directions.

Dans les deux cas, il s'agit d'une politique indispensable pour fortifier une réponse de lutte en accord avec la situation et les attaques, afin d'avancer vers une véritable organisation démocratique et de lutte des travailleurs, qui peut se fortifier comme alternative à ces bureaucraties et ses appareils. C'est ce qui commence à se construire avec Conlutas au Brésil, l'ELAC en Amérique latine et les Caraïbes, et avec d'autres expériences dans différentes régions du monde.


(1) Un système dans lequel les heures supplémentaires - exigées quand il y a beaucoup de travail - sont mises au "crédit" du salarié, un crédit qu'il peut (doit) utiliser pour des absences ou des vacances quand il y a moins de travail. - NdT

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