| Dans sa déclaration du 31
octobre dernier, la LIT-QI a soutenu que
l'Accord de Guaymura (aussi appelé « de
Tegucigalpa »), entre les représentants du
président démis, Manuel Zelaya, et ceux du
gouvernement putschiste de Miguel Micheletti,
signifiait une capitulation totale de Zelaya
face aux putschistes. En échange de son
possible retour au gouvernement, sous de
sévères conditions et pour une courte
période, il a accepté que les putschistes ne
soient pas punis et il a abandonné l'appel à
une Assemblée Constituante souveraine (une
des aspirations les plus sensibles du peuple
hondurien).
Pire, il a légitimé les putschistes et
leurs institutions (ce serait le Congrès, en
accord avec la Cour Suprême, qui voterait son
retour au gouvernement), et il leur a laissé
le contrôle du processus électoral comme de
la transition vers le nouveau gouvernement
élu.
Quelques jours plus tard, ces définitions
ont finalement été confirmées par Zelaya
lui-même, quand il a rendu publique une
lettre qu'il a envoyée au président des
Etats-Unis, Barack Obama. Il y affirme, face
au retard de son retour à son poste : «
Je n'accepte aucun accord de retour à la
Présidence ». Et il ajoute que : «
Accepter un tel accord, ce serait
dissimuler le coup d'Etat », le putsch
qui l'a renversé le 28 juin dernier.
Il affirme aussi que les élections
présidentielles, convoquées pour le 29
novembre prochain, « sont illégales
[...]. C'est une manœuvre
électorale antidémocratique rejetée par des
secteurs importants du peuple pour donner des
garanties aux auteurs matériels et
intellectuels du putsch ».
Zelaya manifeste que le gouvernement
étasunien a abandonné l'exigence de sa
restitution immédiate, conformément aux
déclarations de fonctionnaires du Département
d'Etat yankee (« les élections seraient
reconnues par les Etats-Unis, avec ou sans
restitution ») et de Lewis Amselem,
ambassadeur américain à l'OEA (« l'accord
négocié récemment ne prévoit pas la
restitution immédiate de Zelaya [...]
Les Etats-Unis vont collaborer pour le
bon déroulement des élections »).
Face à cela, Zelaya termine sa lettre en
demandant à Obama que « les Etats-Unis
l'aident à promouvoir, au Honduras, un climat
de réconciliation nationale et un processus
électoral constitutionnel conséquent, propre,
avec des garanties de participation
égalitaire et libre pour tous les
Honduriens ».
Une conséquence de la
capitulation
Ce que Zelaya ne dit pas dans sa lettre,
c'est que la situation actuelle (les
manœuvres dilatoires des putschistes
pour sa restitution) n'est qu'une conséquence
de la politique qu'il a promue depuis qu'il a
été renversé et, en particulier, la signature
de l'Accord de Guaymuras.
Après le putsch, l'orientation centrale de
Zelaya a été d'obtenir sa restitution à la
présidence à travers une négociation avec les
putschistes, en s'appuyant sur la « pression
internationale », c'est-à-dire, sur la
pression contre le régime putschiste de la
part du gouvernement des Etats-Unis et ses «
amis » latino-américains, comme Lula. C'est
ce qui est devenu clair dans son appui
immédiat à l'Accord de San José, proposé par
Oscar Arias sur initiative de Hillary
Clinton.
Dans un premier moment, Zelaya a appelé le
peuple hondurien à se mobiliser contre les
putschistes, comme facteur auxiliaire aux
négociations, tout en essayant toujours de
les maintenir dans un cadre « pacifique » et
contrôlé, pour qu'elles n'aillent pas à un
choc frontal contre le régime et le
gouvernement putschiste. Mais après son
retour au Honduras, le 21 septembre dernier,
il a abandonné tout appel à la mobilisation
et il s'est centré exclusivement sur les
négociations.
Malheureusement, le Front de la Résistance
a commis l'erreur grave d'accompagner cette
politique : il a d'abord justifié, avec
différents arguments, la démobilisation, et
il a ensuite publié un communiqué qui, de
fait, soutenait l'Accord de Guaymuras.
Le peuple hondurien, pour sa part, a mené
une lutte de résistance héroïque contre les
putschistes, dès le jour de leur
installation, avec plusieurs morts du fait de
la répression. Cette résistance a atteint des
sommets de participation très massive, ce qui
a empêché la consolidation du régime
putschiste et ouvert la possibilité de le
renverser à travers la lutte. Ceci aurait
ainsi permis de bien meilleures conditions
pour continuer cette lutte pour les
revendications les plus pressantes. Mais la
politique de Zelaya a fermé cette alternative
et a volé cette possible victoire au peuple
hondurien.
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Autrement dit, c'est Zelaya
lui-même qui a aidé, à travers l'Accord de
Guaymuras à « dissimuler le coup
d'Etat... et à donner des garanties à ses
auteurs matériels et intellectuels... » à
monter « une manœuvre électorale
antidémocratique rejetée par des secteurs
importants du peuple » (comme il dit
dans sa lettre).
Abandonné à son
sort
Après avoir mis tous ses espoirs dans la «
pression internationale » et dans la
négociation avec les putschistes, Zelaya se
désespère, en voyant qu'il peut rester
totalement hors du processus, parce qu'il se
rend compte que le gouvernement d'Obama se
lave les mains et « l'abandonne à son sort
».
C'est ce qui, d'autre part, montre
clairement que le principal objectif d'Obama
au Honduras n'était pas de « défendre la
démocratie » ni les intérêts du peuple
hondurien mais d'éviter, à travers les
négociations et les accords, que le conflit
s'aggrave et, essentiellement, d'empêcher que
la mobilisation populaire s'approfondisse
renversant les putschistes par sa lutte.
Quand Zelaya a signé l'Accord de
Guaymuras, la LIT-QI a affirmé « qu'il a
montré ainsi clairement son caractère
bourgeois et les limites infranchissables que
ce caractère de classe lui impose. Il a
préféré sauver l'actuelle structure
économique, politique et sociale du Honduras
plutôt que de diriger une lutte de masses
pour la modifier ».
Maintenant, face à la nouvelle situation
créée par les manœuvres du régime
putschiste, il montre encore une fois ce «
caractère bourgeois » en optant, non pour un
appel à la mobilisation des masses, mais pour
un appel pathétique à l'intervention
politique du gouvernement impérialiste
d'Obama.
Boycotter les élections
frauduleuses
Le processus électoral hondurien en vue
sera totalement antidémocratique et
frauduleux. Face à cela, la LIT-QI appelle le
peuple hondurien et ses organisations
politiques de gauche, syndicales et
populaires à le boycotter. C'est pourquoi,
nous nous retrouvons dans l'appel en ce sens,
déjà fait par le Front de la Résistance et
d'autres organisations.
Au contraire, nous considérons que la
position de César Ham, député pour l'Unité
Démocratique (UD) et candidat au poste de
président dans les futures élections, est une
erreur grave. Il a lancé, comme le dénonce
une lettre ouverte de Tomas Andino Mencía,
membre de ce parti, « une forte offensive
publicitaire pour gagner le vote de
l'électorat, en tapissant les principales
villes du pays avec des milliers d'affiches,
en lançant des annonces coûteuses à la
télévision et à la radio ». Nous lançons un
appel à César Ham et aux secteurs qui
l'accompagnent dans cette attitude, à revoir
leur position : toute participation à ce
processus électoral frauduleux servira
uniquement à légitimer le régime
putschiste.
Nous croyons que ce boycott doit être
organisé qui soit le point de départ d'une
reprise de la mobilisation ouvrière et
populaire, d'une lutte qui devra continuer
contre le gouvernement issu de ces «
élections ». Une lutte pour les principales
revendications du peuple hondurien : une
Assemblée Constituante souveraine qui élimine
le régime politique réactionnaire et la
constitution antidémocratique actuelle ; la
réforme agraire ; la fin de la base de Soto
Cano et la rupture de la domination
impérialiste et oligarchique sur le pays.
Ce sera aussi une occasion de faire un
bilan de ces mois de résistance, d'une part,
et de la politique suivie par Zelaya face au
régime putschiste, d'autre part. Il est
évident que ce ne peut pas être Zelaya qui
dirige conséquemment la lutte du peuple
hondurien pour ces revendications. Il ne le
veut d'ailleurs pas. La nécessité est donc à
l'ordre du jour de construire des
organisations de la classe ouvrière et du
peuple, totalement indépendantes de toute
figure bourgeoise, qui combattent pour ce
programme.
Avec ces conclusions, la LIT-QI appelle à
intensifier la mobilisation internationale
pour exiger de tous les gouvernements
d'ignorer le processus électoral frauduleux,
ainsi que le gouvernement auquel il donne
lieu. Pour que ceci ne se limite pas à des
mots ou des actions diplomatiques formelles,
il faut exiger le boycott économique, et cela
spécialement dans le cas des Etats-Unis
(principal acheteur de produits honduriens et
dont les fonctionnaires gouvernementaux ont
déjà annoncé qu'ils peuvent reconnaître les
élections), spécialement aussi les pays
latino-américains et d'Amérique centrale,
surtout ceux qui sont frontaliers comme le
Guatemala, le Salvador et le Nicaragua.
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