Les économies impérialistes
ont eu besoin d'une main d'œuvre bon
marché et abondante dans l'essor de la
croissance économique. Ceci, en relation avec
la surexploitation des pays dits « du Tiers
Monde », a poussé, et continue à pousser, des
millions de travailleurs à quitter leur pays
d'origine, en mettant en risque jusqu'à leur
propre vie.
Ces derniers mois, nous avons vu comment
la crise économique, dont on avait déjà
décrété la fin, est de retour pour freiner la
croissance économique naissante, et menace
avec une nouvelle récession dans les
prochains mois. Les immigrants, avec les
femmes travailleuses et la jeunesse, sont les
premiers à subir les conséquences de la crise
économique.
Les expulsions de France,
de Roms d'Europe de l'Est
Il est vrai qu'en France, il y avait déjà
eu des expulsions d'immigrants avant ces
derniers mois. De fait, le gouvernement
français reconnaît qu'avec les dernières
expulsions, le nombre d'immigrants d'ethnie
Rom expulsés arrivait déjà au millier, rien
qu'en 2010. Toutefois ceci ne représente
qu'une petite partie des expulsions que le
gouvernement Nicolas Sarkozy a réalisées ; en
2009, le total d'immigrants expulsés de la
France s'élève à 30 000. Jusqu'à présent les
expulsions de Roms sont supposées être des «
retours volontaires », et puisqu'il s'agit de
citoyens de l'Union Européenne, ces
immigrants peuvent retourner en France et le
gouvernement français veut empêcher leur
retour. Sarkozy utilise l'argument des
différences culturelles, du mode de vie de la
population romani, pour revendiquer la
nécessité d'expulser ceux qui n'ont pas de
moyens continus de subsistance, de travail.
Toutefois, cette population se trouve avec un
problème supplémentaire pour obtenir du
travail et s'établir, le fait que le
gouvernement français maintienne la
prorogation jusqu'à 2012, de l'exception pour
les citoyens la Bulgarie et de la Roumanie,
pays incorporés à l'Union européenne en 2007,
d'avoir droit à libre circulation comme tous
les autres membres de l'UE. Les Bulgares et
les Roumains doivent obtenir un contrat de
travail dans moins de 3 mois pour pouvoir
rester en France. Le gouvernement français
prétend en outre d'élargir encore plus cette
restriction et la prolonger jusqu'en 2014.
Rappelons que la Roumanie est un des pays les
plus pauvres de l'Europe, où le Fonds
Monétaire International et l'Union européenne
ont exigé une réduction de 25 % des salaires
des travailleurs de l'Etat, ainsi que des
licenciements massifs.
Aux expulsions massives de Sarkozy, tout
comme celles qu'a réalisé Berlusconi l'année
passée, s'ajoute la proposition urgente de
réforme de la loi d'immigration, que le
Président français a exposée dans le discours
aux policiers le 30 juillet dernier à
Grenoble, pour faciliter l'expulsion
d'immigrants. Il veut inclure, comme causes
d'expulsion, la mendicité « agressive » et le
manque de moyens de subsistance, ainsi que la
menace à l'ordre public. Il veut appliquer
ces mesures aussi à des citoyens de l'Union
européenne. Et il a proposé de retirer la
nationalité française aux immigrants qui
l'auraient obtenu, au cas où ceux-ci
attenteraient contre la vie de fonctionnaires
publics, en particulier les policiers et les
gendarmes. L'objectif de fond de l'attaque ne
vise pas seulement les Roms, mais
principalement l'ensemble des immigrants et
leurs descendants qui ont déjà acquis la
nationalité française, qui sont les secteurs
les plus frappés par la crise économique.
L'Union européenne a sauté
le pas avec la directive de la
honte
Le Parlement européen a exigé de la France
qu'elle arrête les expulsions massives,
puisqu'elles seraient contraires aux lois de
l'UE (Union européenne) qui permettent le
libre transit de ses citoyens. C'est une
hypocrisie de plus de l'UE puisque son
président, le Portugais José Manuel Durão
Barroso, a déjà défini que la liberté de
circulation n'est pas absolue dans l'UE et
que dire le contraire créera beaucoup de Le
Pen (dirigeant de l'extrême droite
française). C'est-à-dire, pour que l'extrême
droite n'avance pas, il faudrait faire ce qui
ferait l'extrême droite.
Sarkozy suit la ligne de Berlusconi et
c'est une conséquence du durcissement des
lois contre les immigrants qui ont leur
origine dans l'Union européenne elle-même.
Car, même si ces messieurs du Parlement
européen se sont scandalisés avec l'expulsion
des Roms, (ou plutôt, un peu plus que la
moitié d'entre eux, car le reste a voté
contre la dénonciation de la France), ce qui
est certain, c'est que la dénommée directive
de la honte a été approuvé en juillet 2008
par ce même Parlement. Rappelons que cette
directive permet la détention, dans des
centres d'internement, d'immigrants «
illégaux » jusqu'à un maximum de 18 mois et
exige de tous les pays de l'UE l'adéquation
de ses législations à cette directive dans un
délai de deux ans, ainsi que l'expulsion de
tous les immigrants irréguliers dans un délai
de 5 ans. Ce que montre le cas de la France,
c'est que les attaques contre les immigrants
dans l'Union européenne ne se limitent déjà
plus aux dénommés extra-communautaires, mais
qu'elles commencent à affecter l'ensemble des
travailleurs immigrants, d'où qu'ils
viennent.
Islamophobie
Une des plus vieilles démocraties
européennes, la Suisse « neutre », a voté
dans un referendum en novembre 2009 contre la
construction de nouveaux minarets (des tours
à partir desquelles les musulmans sont
appelés à prier). L'extrême droite a
convaincu les Suisses - avec l'exclusion de
22 % de la population qui n'a pas le droit de
vote, étant immigrants - de voter contre les
droits religieux des immigrants,
principalement contre les Kosovars et les
Turcs qui adhèrent à l'Islam. Cette religion
est celle de 4,5 % de la population
suisse.
L'attaque contre les droits de la
population musulmane s'étend à plusieurs pays
européens, où apparaissent différentes lois
qui - avec l'argument de « protéger » les
droits de la femme, où pour des « questions
de sécurité » - interdisent le nihab et la
burka, des vêtements qu'utilisent quelques
femmes musulmanes, et vont jusqu'à interdire
le voile (qui couvre seulement les cheveux)
dans les écoles.
Aux Etats-Unis, un pasteur évangélique a
menacé de brûler en public des exemplaires du
Coran (le livre sacré des musulmans) à
l'anniversaire de l'attentat du 11 septembre
contre les Tours Jumelles de New York
(d'autres l'ont finalement fait).
En Allemagne, Thilo Sarrazin, un membre du
Conseil Exécutif de la Bundesbank a publié un
livre dans lequel il exposait que la société
allemande était en train de devenir moins
intelligente à cause de l'augmentation
d'enfants d'immigrants musulmans. Il a
finalement démissionné de son poste, bien que
son livre raciste soit un succès de vente. En
outre, quelques jours plus tard, la
chancelière allemande Angela Merkel a
récompensé, comme défenseur de la liberté
d'expression, le caricaturiste danois qui a
dessiné en 2005 Mahomet avec une bombe dans
son turban et qui a provoqué l'indignation
des musulmans.
Geert Wilders, chef de l'extrême droite au
Parlement des Pays-Bas, considère que l'Islam
est réactionnaire et violent, et il veut
empêcher l'entrée d'immigrants musulmans et
interdire le voile et les mosquées dans le
pays. Le 11 septembre dernier, il a été la
star des mobilisations contre l'Islam du Tea
Party des Etats-Unis à New York.
Voilà quelques exemples de l'extension de
l'islamophobie, c'est-à-dire la diabolisation
de la religion musulmane et de ses partisans
de manière non-discriminée. L'islamophobie
s'est étendue à partir de l'invasion
impérialiste, commandée par les Etats-Unis,
en Afghanistan en 2001 et en Iraq en 2003.
Depuis lors, elle a été utilisée pour
justifier l'agression impérialiste et pour
attaquer un secteur des travailleurs
immigrants. C'est pourquoi, l'islamophobie
est en réalité une expression de plus de
xénophobie ou de haine de l'étranger, qui
n'est plus seulement une exigence de secteurs
de l'extrême droite mais est entrée dans les
Parlements et les institutions «
démocratiques » avec de plus en plus de
pertinence. C'est pourquoi elle fait partie
de l'offensive contre les immigrants, et avec
le même objectif de chercher des boucs
émissaires et de diviser les travailleurs
pour parvenir à augmenter l'exploitation,
requise pour sortir de la crise
économique.
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Le massacre d'immigrants
au Mexique a son origine aux
Etats-Unis
Il est correct, bien sûr, de dénoncer le
gouvernement mexicain pour ne pas empêcher
les massacres comme celui du 23 août à
Tamaulipas. Mais la dénonciation ne peut pas
en rester là. Il faut voir pourquoi ce
massacre a eu lieu, pourquoi les immigrants
arrivent à être kidnappés ou être rançonnés
par des organisations criminelles ou par la
police mexicaine elle-même, beaucoup de
femmes immigrantes étant en outre violées par
leurs ravisseurs. On a calculé qu'au moins 10
000 immigrants sont capturés par ces bandes
chaque année au Mexique. D'abord, la cause
est que la loi sur l'immigration au Mexique
est une des plus dures du monde, où elle est
déjà codifiée comme délit. De l'autre côté,
la frontière des Etats-Unis est militarisée,
et en Arizona, en plus de vouloir appliquer
une loi qui criminalise aussi l'immigrant,
ils comptent avec des shérifs comme Joe
Arpaio, qui se consacrent littéralement à la
chasse à l'immigrant et au harcèlement de la
population latine.
Le principal pays impérialiste du monde
veut contrôler le flux d'immigrants à sa
convenance. Maintenant, avec la crise
économique, la bourgeoisie américaine a
besoin d'expulser une partie des immigrants
du pays, fermer les frontières, et surtout
laisser ceux qui sont le plus menacés, pour
qu'ils soient contraints d'accepter les pires
salaires et des conditions de travail
exténuantes. De fait, les travailleurs
immigrants « illégaux » sont la main
d'œuvre bon marché dans le pays,
principalement dans l'agriculture, et avec la
crise, ils ont encore vu baisser leurs
salaires qui en soi étaient déjà bien bas.
Dans sa campagne électorale, Obama a promis
une nouvelle loi sur l'immigration dans
laquelle il y aurait une voie pour qu'une
partie des 12 millions de « sans-papiers »
puissent légaliser leur situation. La crise
est passé par-là, avec ses 10 % de chômage et
des lois comme celle d'Arizona qui ont
l'appui de 60 % des Américains, et la
nouvelle loi (qui en réalité ne serait pas
plus qu'un emplâtre et qui chercherait
objectivement un plus grand contrôle des
immigrants) n'est pas passée. Obama a dû
freiner la loi d'Arizona, pour le moment,
parce qu'elle met en danger la possibilité de
continuer à exploiter les immigrants et
pénalise les patrons qui les emploient, mais
il envoie 1 200 agents supplémentaires de la
garde Nationale à la frontière pour
satisfaire les secteurs réactionnaires. Cette
militarisation de la frontière a été entamée
avec Bush, et Obama approuve et approfondit
la mesure. Et entre-temps, la Floride et 19
autres Etats annoncent des lois comme celle
de l'Arizona contre les travailleurs
immigrants.
Criminaliser l'immigration
pour diviser les travailleurs
L'attaque contre les immigrants sert à la
bourgeoisie pour diviser les travailleurs et
les opposer les uns aux autres. Les
immigrants deviennent les boucs émissaires
des problèmes économiques du pays. Avec la
crise économique mondiale, l'attaque aux
immigrants s'est aggravée. S'il y a du
chômage, que les immigrants s'en aillent, si
la santé et l'éducation se détériorent, c'est
la faute des immigrants, voilà le discours de
l'extrême droite, mais qui a été repris d'une
manière ou d'une autre par tous les
gouvernements bourgeois. Berlusconi l'a fait
directement en liant la délinquance à
l'immigration (« Une réduction des
extra-communautaires en Italie signifie moins
de forces pour remplir les rangs des
criminels. » - ABC, 27 janvier 2009), et en
criminalisant comme délit le fait d'être sans
papiers. Des gouvernements comme celui de
Zapatero le font, de manière scandaleuse,
quand ils parlent de l'importance des
immigrants pour l'économie espagnole mais
qu'ils mettent des quotes-parts aux enfants
des immigrants pour les écoles, limitent
l'utilisation des services de santé pour les
immigrants non régularisés, imposent des lois
qui permettent d'emprisonner jusqu'à 60 jours
les immigrants avant leur expulsion, pour le
seul fait de ne pas avoir de « papiers », ou
imposent, avec l'approbation et y compris
l'exigence de la bureaucratie syndicale, des
moratoires à la régularisation des immigrants
bulgares et roumains qui font déjà partie de
l'Union européenne.
La nouvelle escalade contre les immigrants
est encore une fois en relation directe avec
la crise économique, ainsi qu'avec un fait
nouveau : que l'on commence à observer la
réponse des travailleurs à l'attaque qu'ils
subissent des gouvernements et des patrons.
Ce n'est pas que la bourgeoisie ne soit pas
intéressée par un plus grand nombre de
sans-emploi, l'armée industrielle de réserve
dont parlait Marx, mais sa croissance
excessive peut donner lieu à des
manifestations sociales. En France, Sarkozy a
donc pris la question des Roms comme cheval
de bataille pour essayer de gagner l'appui
d'un secteur de la population favorable aux
mesures xénophobes, de façon à diviser les
travailleurs qui répondent avec des
mobilisations et des grèves aux coupes du
gouvernement. Ces dernières expulsions ont
lieu au moment où la grève générale était
convoquée en France.
Il faut une réponse
unifiée de la classe ouvrière contre la crise
et contre le racisme
Toutefois, la bonne nouvelle est que les
discours et les interventions du président
français, contre les immigrants et en
particulier contre les immigrants Roms
roumains et bulgares, n'ont pas été
suffisants pour empêcher les mobilisations
d'environ de 100 000 français (77 000 selon
la police) le 4 septembre dernier, contre les
expulsions, et que trois jours plus tard, la
grève générale annoncée ait lieu. Cette grève
contre l'élévation de l'âge de la retraite de
60 à 62 ans a été plus suivie que la
précédente du 24 juin, et les syndicats ont
déjà annoncé sa continuation pour le 23
septembre. Nous pouvons aussi mentionner les
protestations qu'il y a eues contre les
expulsions en France, devant ses ambassades
dans plusieurs pays européens (le Portugal,
l'Espagne, la Belgique, l'Italie, la Serbie
et le Royaume-Uni). En Italie, après les
confrontations racistes à Rosarno contre les
travailleurs immigrants africains,
confrontations encouragées par des secteurs
mafieux, il y a eu des mobilisations en
défense des immigrants.
Il faut signaler aussi les mobilisations
des latinos, tant en Arizona comme dans
d'autres régions des Etats-Unis, contre la
fameuse loi contre les immigrants. Les
protestations contre cette loi, ou celles qui
se préparent dans d'autres Etats, sont en
train de créer une indignation en Amérique
latine. Les protestations formelles des
gouvernements d'Amérique centrale et du
gouvernement mexicain contre cette loi ne
sont autre chose qu'un soutien à Obama pour
qu'il promeuve sa propre loi d'immigration,
alors qu'ils acceptent la « collaboration »
des Etats-Unis pour contrôler le passage
d'immigrants. Il faut une réponse du monde
syndical, de la classe ouvrière
latino-américaine, contre la discrimination
que subissent leurs frères dans le centre de
l'impérialisme.
Le 29 septembre prochain, il y aura la
Grève Générale en Espagne, où le chômage a
dépassé le 20 % de la population active et
dans lequel les travailleurs immigrants -
avec les jeunes, qui ont un taux de chômage
de 40 %, et les femmes - ont été le plus
frappés par la crise économique. La réforme
du travail, imposée par Zapatero et contre
laquelle se fait la grève, prétend précariser
encore plus les conditions de travail. Les
mesures vont frapper directement les mêmes
secteurs mais affecteront l'ensemble des
travailleurs si on ne parvient pas à les
annuler. Pour cela, la plus grande unité et
la continuité dans la lutte dans toute la
classe ouvrière sont nécessaires.
Native ou étrangère, une même classe
ouvrière ! Ce mot d'ordre est maintenant plus
que jamais nécessaire contre les attaques en
direction des travailleurs et des secteurs
populaires que tous les gouvernements du
monde mettent en oeuvre, et spécialement ceux
des pays impérialistes les plus touchés par
la crise. Que les capitalistes payent la
crise !
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