| Adoptée le 1er novembre 1992
Le 1er
mars 1992, lors d'une Conférence Nationale improvisée
moins d'un mois auparavant, le PCI, devenu depuis le
Courant Communiste Internationaliste (Quatrième
Internationale Centre International de
Reconstruction) du Parti des Travailleurs, excluait
quatre membres de son comité central.
C'est au nom d'un pseudo
"manquement au centralisme démocratique" d'un membre
du C.C, responsable de l'appareil central, que le
C.C.I., avec des méthodes étrangères à la morale
prolétarienne, décidait "l'excommunication" de tous
les militants opposés à cette décision, concluant
ainsi la "dernière affaire" en date.
Ce sont ces mêmes miliants
qui, le 31 mai 1992, se constituèrent en Fraction
Externe du C.C.I. du PT, regroupés autour du bulletin
La Commune ; c'est de cette fraction qu'est issu le
Groupe Scoialiste Internationaliste comme groupement
distinct.
Pourquoi ? Le texte de
constitution de la fraction externe déclare en son
premier point : "Nous réaffirmons, comme nous l'avons
fait lors du XXXVIème Congrès, notre accord avec
l'orientation politique générale du C.C.I.
(anciennement P.C.I.) de construction de la IVème
Internationale C.I.R., qui passe en France par la
construction du Parti des Travailleurs et de l'A.J.R.
(stratégie de la L.O.R.).". Les militants du G.S.I.,
qui s'étaient soit abstenus soit avaient voté contre
ce texte, seul document public de caractère
programmatique, estiment aujourd'hui qu'il n'est plus
possible de continuer sur de telles bases
politiques.
En effet, cette déclaration
est une légitimation du cours révisionniste du C.I.R.
: la ligne "des P.T. et de la démocratie" constituant
la plus grande forfaiture qui soit car elle est le
moyen de la liquidation du trotskysme organisé,
permise par la codification d'une "stratégie"
dénommée "la L.O.R." (Ligue Ouvrière
Révolutionnaire").
Ainsi, le G.S.I. considère que
dans le combat pour la construction-reconstruction de
la Quatrième Internationale, on ne peut faire
l'impasse sur le cours actuel de la politique du
C.I.R. et qu'il est, au contraire, plus que jamais
nécessaire de le combattre sans
concessions.
La Quatrième
Internationale - C.I.R. et la stratégie de la
L.O.R.
Ce courant a, depuis une
dizaine d'années, été traversé de crises successives,
en particulier dans sa section française et dont le
dernier exemple, à l'échelle internationale, est
constitué par la scission en deux groupes distincts
du courant O'Trabalho (adhérent du C.I.R.) du P.T.
brésilien.
Les raisons de cette situation
sont à rechercher dans la politique opportuniste que
développe cette organisation, politique accentuée par
le tournant de la situation mondiale. Au nom d'une
soi-disant "stratégie" dans la construction du parti
(baptisée la L.O.R), le C.I.R. impulse la
construction systématique de partis des travailleurs
à l'échelle internationale.
Le G.S.I. considère "la
stratégie de la L.O.R." comme une erreur théorique,
portant en germe le glissement opportuniste actuel du
C.I.R.
En effet, c'était, du point de
vue théorique, mettre sur le même plan la réalisation
d'un objectif historique, stratégique - la
construction du parti révolutionnaire - et les moyens
de sa mise en oeuvre - les différentes transitions
relevant des conditions circonstancielles existantes
à un moment donné de la lutte de classes,
subordonnant ainsi la fin au moyen, le général au
particulier ; en fait la stratégie à la
tactique.
De ce glissement, de sa non
rectification, le C.I.R a fait une ligne permanente
par la projection mécanique, systématique à l'échelle
internationale, révélatrice de sa conception
nationale-trotskyste. Ainsi, en France, le P.C.I.
s'est dissout en un Courant Communiste
Internationaliste du P.T. "pour mieux construire le
P.T.". Cette même logique prévaut dans la ligne de la
"reproclamation de la Quatrième Internationale" :
"Nous formulons l'avis que c'est en posant de façon
conséquente et ouvertement la question de la
reconstitution de l'Internationale (la Q.I. - NdR)
que nous renforcerons l'Entente Internationale des
Travailleurs." (La Vérité, octobre 1992).
Sur quelle orientation
politique ?
Le M.P.P.T. en France,
précurseur du P.T., s'était constitué sur la base
d'une charte en quatre points de caractère purement
démocratique. La plateforme d'action adoptée lors du
1er Congrès du P.T., n'apporte rien de nouveau à
cette charte, si ce n'est quelques références au
socialisme et au capitalisme pour les jours de fêtes,
perdues dans la longue liste de revendications à
caractère démocratique et économique.
De manière générale, le P.T.
élude la question du pouvoir, c'est-à-dire
l'éviction, la chute de Mitterrand -- le P.T. lors de
la campagne pour le référendum de Maastricht, n'a à
aucun moment lié le "non à Maastricht" au "non à
Mitterrand" -- par le mote d'ordre de "constituante
souveraine" -- et n'avance même pas la perspective
d'un gouvernement ouvrier et paysan.
Se situant donc sur un terrain
purement démocratique, J.-P. Raffi, membre du B.P. du
C.C.I., écrit dans un article intitulé "Peut-on être
citoyen sous la Vème République?", paru dans
Informations Ouvrières n°47, nouvelle série : "En
constituant son "mouvement des citoyens", il (J.-P.
Chevènement - NdR) a sans doute mis le doigt sur le
problème central de l'heure, celui des institutions
de la Vème République qui nie l'existence même de
citoyenneté".
De même, en Espagne, la
section du C.I.R. est engagée dans une campagne
pro-référendum" sur Maastricht qui ne se prononce pas
pour le "non" et qui se considère comme un "mouvement
de citoyens".
Il est clair que le cours
politique du CI.IR. va vers une adaptation toujours
plus grande au cadre de la démocratie bourgeoise et
qu'il signifie un renoncement à un combat conséquent
pour la construction-reconstruction de la Quatrième
Internationale.
Un tournant
historique
Cette déviation opportuniste
de caractère liquidateur a été accentué et accéléré
par le tournant dans la situation politique
mondiale.
La chute du mur de Berlin, la
révolution politique qui a commencé dans l'Est de
l'Europe, notamment dans l'ex-URSS, ont porté un coup
fatal à la bureaucratie comme couche sociale et
appareil international
contre-révolutionnaire.
De ce fait, c'est tout le
système de domination de la bourgeoisie à l'échelle
mondiale, établi à Yalta-Potsdam, qui s'effondre : la
bureaucratie n'est plus à même de contenir
efficacement la montée de la révolution
mondiale.
Et cela d'autant plus que ce
tournant de la situation politique mondiale a lieu
sur fond d'approfondissement de la crise économique
du système capitaliste et donc d'aiguisement des
contradictions sociales.
C'est pourquoi l'impérialisme,
les U.S.A. en tête, s'est lancé dans une course pour
l'établissement d'un nouvel ordre mondial,
c'est-à-dire de nouvelles formes de domination. C'est
également une des raisons de l'accélération de la
mise en place de Maastricht par les bourgeoisies
européennes.
Ce tournant historique sans
précédent, la crise mortelle du stalinisme, ont eu et
ont comme conséquence un repositionnement politique
de toutes les forces qui se réclament du mouvement
ouvrier, y compris les courants trotskystes. Il y a
aujourd'hui une situation de décomposition de ces
organisations et de recomposition sur un nouvel
axe.
Un processus de
décomposition-recomposition
Ce processus de décomposition
de l'ensemble des représentations politiques de la
bourgeoisie et du prolétariat permet un dégagement de
nouvelles forces, de nouveaux groupements, de
nouvelles alliances vers la droite comme vers la
gauche. Ainsi apparaît une ligne de fracture entre
les différents impérialismes et au sein des
bourgeoisies nationales portant sur les moyens de
contrôler la situation, de parer à la crise politique
et de mener à bien l'offensive économique contre les
travailleurs dans le même temps où la guerre
économique inter-impérialiste s'intensifie
(négociations du G.A.T.T.). Tel est le sens de
Maastricht et des divisions apparues dans les
organisations de la bourgeoisie (R.P.R. en France,
Conservateurs en Grande Bretagne).
Ce sont ces mêmes raisons qui
président aux U.S.A. à la candidature de R. Perot,
candidat populiste choisi par une fraction de la
bourgeoisie face au discrédit des Démocrates et des
Républicains.
Dans le mouvement ouvrier, le
vide laissé par les appareils en crise se remplit
aujourd'hui par mille et une tentatives de
recomposition à droite. C'est au Brésil, par exemple,
la place qu'occupe le P.T. avec à sa tête Lula pour
maintenir la continuité du régime
bourgeois.
En France, différents secteurs
du P.S. (Chevènement) et du P.C.F. (Fiterman, Rigout)
se sont lancés dans une dynamique de "refondation de
la gauche", c'est-à-dire de constitution d'un nouveau
parti "réformiste" afin de canaliser le mouvement de
la classe ouvrière.
Dans les pays de l'Est qui
voient se dérouler les processus de la révolution
politique, ce sont les directions nationalistes qui
tentent d'emmener les peuples opprimés vers
l'économie de marché.
Mais ce n'est là qu'un aspect
de la situation. Ce tournant à droite des anciens
appareils est le pendant du mouvement à gauche avec
de la part des masses beaucoup de confusion. Plus les
masses vont à gauche, plus les appareils vont à
droite.
Dans ces conditions les
trotskystes doivent prendre toute leur place. Non en
s'appuyant sur des courants droitiers mais sur le
combat des travailleurs, sur des cadres ouvriers qui
se dégagent de la tutelle des anciens
appareils.
Le combat pour la
construction-reconstruction de la Quatrième
Internationale
Il serait illusoire de penser
que le mouvement trotskyste est à l'abri de ce
phénomène de décomposition-recomposition.
Profondément divisé, notamment après l'éclatement du
Comité International en 1982 (en Grande-Bretagne, 18
organisations se réclament du trotskysme), il s'est
affaibli numériquement, indépendament du C.I.T., pour
ne parler que des deux principaux courant
internationaux.
Le Secrétariat Unifié
(Quatrième Internationale)
Engagé depuis des années dans
un processus de liquidation, le S.U. franchit
aujourd'hui les derniers pas. Au Brésil, le courant
Démocratie Socialiste du P.T. adhérant au S.U., est
un des principaux soutiens à la politique de
collaboration de classes de Lula et de son courant
Articulation : "Dans la conjoncture actuelle, ce qui
est posé c'est la prise de fonction constitutionnelle
de Itamar (ex-vice Président de Collor)" déclarait un
des députés membre de Démocratie Socialiste dans
Brasil Agora (31/08/92).
En France, à travers son
journal Rouge (semaine du 15 au 22/10/92), la LCR
multiplie les appels à un grand débat pour "refonder
la gauche". Son objectif d'ici les prochaines
législatives ? "Un accord unitaire, sur la base d'une
plateforme en quelques points, qui pourrait permettre
la représentation d'un maximum de candidats sous un
label commun". Ainsi, se multiplient les débats et
les tables rondes rassemblant dirigeants de la LCR,
responsables reconstructeurs et chevénementistes en
mal d'alliés.
Mais cette capitulation que
prône la majorité du S.U. et de la L.C.R. n'est pas
sans produire de résistance dans certains secteurs
comme en témoignent l'existence d'une "Opposition
T.K." dans la L.C.R. ou la position des
J.C.R.-Egalité lors du référendum de
Maastricht.
La Ligue Internationale des
Travailleurs-Quatrième Internationale
Ce courant international, à
l'instar des deux précédents, est lui aussi traversé
par le processus de
décomposition-recomposition.
Ainsi, sa section en
Argentine, le M.A.S., a connu dernièrement une crise
qui a amené à la scission d'une fraction de presque
un tiers de l'organisation.
De plus, la L.I.T. voit en son
sein s'exprimer des positions politiques divergentes
qui sont parfois diamétralement opposées à son
orientation politique générale, comme, par exemple,
sur l'analyse de la période actuelle qui est
caractérisée pour certains par un recul de la classe
ouvrière, en contradiction avec l'appréciation
majoritaire.
Toutefois, dans la résolution
politique de son dernier congrès mondial, la L.I.T.
se caractérise elle-même comme une organisation en
crise.
Par ailleurs, des tendances
national-trotskystes, voire liquidatrices, des
recherches de raccourcis à la construction du parti
révolutionnaire apparaissent ou se
renforcent.
Toutefois, des militants,
groupes et organisations, voire des courants à
l'échelle internationale, sont engagés dans la voie
de la recherche d'une issue positive à la crise de la
direction révolutionnaire.
La question
nationale
La question nationale a pris
une importance particulière dans le mouvement ouvrier
dernièrement.
Dans les pays impérialistes et
semi-coloniaux, il existe la lutte pour
l'autodétermination comme c'est le cas du peuple
palestinien, kurde, en Irlande ou dans l'Etat
espagnol...
Dans les pays de l'Est, la
forme qu'a prise la révolution politique, en réponse
à l'oppression économique et politique de la
bureaucratie stalinienne, est celle des mouvements
d'indépendance nationale.
Le G.S.I., dans la continuité
de Marx, Lénine et Trotsky se prononce pour la
défense du droit des nations opprimées à disposer
d'elles-mêmes, y compris à la séparation, par "les
méthodes de la lutte des classes
prolétarienne".
Dans les états ouvriers
dégénérés, il s'agit de combiner la lutte pour les
droits nationaux à la défense des acquis d'Octobre,
de la propriété sociale. Sur cette base, nous
disputons la direction des mouvements des peuples
opprimés aux directions nationalistes. Aussi, notre
attitude vis-à-vis des organisations nationalistes
est celle définie par Lénine : "Il (Lénine - NdR) ne
suspendait même pas son impitoyable critique lorsque
les conditions l'obligeaient à conclure tel ou tel
accord épisodique strictement pratique avec eux (les
organisations nationalistes petites bourgeoises -
NdR)." Trotsky, Tome V.
Vers la constitution d'un
pôle trotskyste combattant pour la
construction-reconstruction de la quatrième
Internationale.
Les développements de la lutte
des classes, les trajectoires de ceux qui
s'instituent la Quatrième Internationale, obligent
aujourd'hui à avancer la perspective de la
constitution d'un tel pôle.
Les grandioses luttes du
prolétariat, à l'Est comme à l'Ouest, exigent la
construction d'une direction internationale, de la
IVème.
Nous l'avons dit, face au vide
que laissent les vieux appareils, la bourgeoisie
tente de dresser de nouveaux remparts contre la
mobilisation des masses, contre l'émergence d'une
avant-garde. Pour construire cette direction, il est
donc nécessaire de mener un combat politique ferme,
contre tous ceux qui s'engagent aujourd'hui dans la
voie de l'adaptation à la bourgeoisie et de la
capitulation.
Le
1er novembre 1992
|