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Les nouveaux événements mondiaux confirment que la période actuelle est celle de l'impérialisme de guerres, de crises, de révolutions, définie par Lénine.

1- Les derniers faits qui ont ébranlé le monde (chute du principal appareil bureaucratique mondial ; la "mondialisation" ; les nouvelles formes d'organisation du travail ; l'avancée de la restauration capitaliste...), additionnés à la grosse campagne publicitaire de l'impérialisme sur la "mort du socialisme", ont généré une grande confusion dans le mouvement ouvrier et de masses. Une conséquence de ce processus : d'importants secteurs qui se réclamaient du marxisme révolutionnaire ont commencé à remettre en question toutes leurs bases théoriques, idéologiques et programmatiques. Ainsi, on a commencé à dire que "plus rien n'est bon... il faut chercher du nouveau", que "la lutte de classes est démodée", que maintenant il faut penser à un "nouveau syndicalisme" qu'il ne faut plus penser en termes de classe mais de "civilité", que la question centrale est celle de la défense de la liberté individuelle, celle de l'impulsion des "actions humanitaires", etc... En conclusion, pour ces secteurs-là, il faut tout "repenser", dès syndicats jusqu'à la dictature du prolétariat ; ils estiment donc qu'il faut élaborer un "nouveau programme" pour pouvoir faire face à ce qu'ils appellent une nouvelle phase du capitalisme.

Nous sommes contre ces conceptions. Des grands changements ont eu lieu : s'en est fini de l'ordre mondial né de la Deuxième Guerre , la bureaucratie s'est consacrée, ouvertement et massivement, à la restauration du capitalisme, celui-ci progresse dans tout l'Est de l'Europe et provoque une chute qualitative du niveau de vie et de culture des masses, il y a à nouveau des guerres et la carte du continent a profondément changé, des nouveaux pays ont surgi ; on constitue des nouveaux blocs régionaux ; on organise des nouvelles formes de travail, etc... Mais aucun de ces changements n'a modifié l'essence de la domination capitaliste.

Ce qu'on appelle la "mondialisation" n'ouvre pas une nouvelle phase du capitalisme. Elle n'annule pas mais intensifie, au contraire, et porte au plus haut point les cinq caractéristiques de la période impérialiste signalées par Lénine :

1) concentration de la production et de la gestion des grands monopoles ;
2) naissance, développement et prépondérance du capital financier produit de la fusion des capitaux bancaire et industriel ;
3) exportation de capital et pas seulement de marchandises ;
4) partage du monde entre les oligopoles ;
5) partage du monde entre les grandes puissances impérialistes qui garantissent ainsi le contrôle des marchés et des matières premières.

Par conséquent, nous ne pensons pas que nous sommes dans une nouvelle phase qui oblige à tout "repenser". Nous sommes convaincus que nous nous trouvons encore dans la phase impérialiste, de décadence du capitalisme, de crises, de guerres et de révolutions, qu'a définie Lénine.

2 - Pour cette raison nous estimons que nous avons déjà un point de départ : une théorie, un programme et un modèle de parti. Nous nous appuyons sur les résolutions et les thèses des quatre premiers congrès de la 3ème Internationale, sur tous ses principes stratégiques essentiels en relation à : l'impérialisme, l'Etat capitaliste, la démocratie et le réformisme ; les problèmes de la prise du pouvoir et de la dictature du prolétariat ; le rôle de la Direction de la classe ouvrière vis-à-vis des paysans et de la lutte des masses opprimées ; les soviets, le travail dans les syndicats ; le parlementarisme ; les tactiques du Front Unique Ouvrier.

3 - De même, nous défendons le programme de Transition et la Conférence de Fondation de la 4ème Internationale en 1938, en tant que continuité de la tradition programmatique du bolchevisme et en tant qu'expression de l'avant-garde de la lutte contre la bureaucratie du PCUS qui (en raison de la défaite de la révolution mondiale et de l'isolement de l'Etat soviétique) a usurpé le pouvoir politique dans le premier Etat ouvrier et a corrompu le parti communiste et la 3 ème Internationale.

Bien entendu, le programme se doit d'être actualisé et enrichi. Jamais, ni Trotsky, ni la 4ème Internationale n'ont considéré le Programme comme étant achevé. En réalité, il n'y a pas de programma achevé, puisque celui-ci va en se construisant et en s'enrichissant dans la mesure où il est confronté à l'expérience de la lutte de classes. D'ailleurs, dès 1938, lorsqu'il a été approuvé, on a compris qu'il faudrait compléter le Programme de Transition par rapport aux problèmes de la prise du pouvoir, de la transition au socialisme... Evidemment, depuis les grands événements qui voient le jour après la 2 ème Guerre mondiale, et fondamentalement après 89/90, cette actualisation est devenue encore plus nécessaire et urgente.

Mais il s'agit bien d'une actualisation et non pas de l'élaboration d'un nouveau programme, puisque les postulats centraux des quatre premiers Congrès de l'Internationale Communiste et le Programme de Transition ont été confirmés par l'Histoire.

La situation du capitalisme mondial

4 - Le travail de reconstruction du parti mondial, la lutte pour résoudre la crise de Direction révolutionnaire s'appuient sur une conclusion fondamentale de l'analyse marxiste : dans la phase de décomposition capitaliste, les rapports capitalistes de production sont devenus un obstacle absolu au développement des forces productives de l'Humanité.

L'important développement technologique et scientifique (éléments importants des forces productives) des dernières décennies, réalisé dans le cadre des rapports capitalistes de production en décomposition, n'a pas servi à améliorer le niveau de vie des masses mais, au contraire, a servi à la destruction des deux éléments les plus importants des forces productives : l'homme et la nature. Les désastres écologiques, le retour d'anciennes plaies et maladies, les licenciements massifs provoqués par l'automatisation, des pays entiers dépendant de la "charité internationale" pour faire face à la famine... ce sont là quelques manifestations de l'agonie mortelle du système capitaliste qui mettent encore en évidence que l'alternative "socialisme ou barbarie" est plus réelle que jamais dans la vie de millions de personnes.

5 - Le capitalisme impérialiste a pu survivre à la grande montée révolutionnaire de la fin de la 2ème guerre mondiale grâce, uniquement, à la bureaucratie stalinienne et ses partis qui ont maintenu un contrôle de fer sur la classe ouvrière et empêché la victoire de la révolution dans plusieurs pays d'Europe. Ceci a permis plusieurs années d'une relative stabilité dans les principaux pays impérialistes. Les bourgeoisies, avec le soutien de l'impérialisme et de la social-démocratie, ont réussi à garder le pouvoir, mais à un gros prix, puisque pour détourner les masses de la révolution, ils ont dû leur concéder d'énormes conquêtes en établissant ce qu'on a appelé des "Etats Providence".

Mais cette période, relativement longue d'expansion capitaliste dans les pays impérialistes et quelques autres régions, a aussi été marquée par des guerres et par le développement de la misère, principalement dans les anciennes colonies, ce qui caractérise la période impérialiste.

Aujourd'hui, toutefois, une fois passé le "boom" de la post guerre, la surexploitation du soi-disant "Tiers monde" ne suffit plus et pour pouvoir surmonter la chute des taux de profit, le capitalisme impérialiste a besoin d'intensifier le degré d'exploitation à l'échelle de la planète. Actuellement, y compris dans les pays impérialistes, le capitalisme ne répond plus aux luttes par des réformes, mais il se voit, au contraire, obligé de détruire les conquêtes sociales obtenues au cours des luttes précédentes, notamment celles de l'enseignement, la santé, la sécurité sociale. Aujourd'hui, en effet, il faut en finir avec cet "Etat Providence" et, dès lors, l'exploitation capitaliste devient plus évidente pour les travailleurs du monde entier.

Au début des années 90, l'impérialisme avait, apparemment, conquis une nouvelle forteresse. Il a su profiter de la confusion créée par la chute du stalinisme pour avancer dans l'application de ses plans néo-libéraux et il est apparu ainsi, face au travailleurs du monde, comme une force conquérante et invincible. C'était l'époque de la grosse campagne idéologique sur "la défaite du socialisme et la suprématie du capitalisme". On affichait les succès économiques des "miracles" argentin et brésilien, des "tigres" asiatiques, et l'impérialisme semblait une force tout puissante, homogène et sans contradictions. Le grand symbole a été alors la Guerre du Golfe, avec sa "sainte alliance" autour des USA et la défaite écrasante de l'Irak.

Mais tout cela n'a pas beaucoup duré. Les ouvriers et les masses dépossédées ont repris la rue au Chiapas, en Argentine, en France, en Corée, en Russie... Les plans néo-libéraux ont alors débuté leur crise, les "miracles" mexicains, argentins, asiatiques se sont écroulés ; dans les pays de l'Est on a commencé a perdre les illusions dans le capitalisme et a récupérer la conscience anti-impérialiste... et le Golfe est redevenu un symbole, mais cette fois-ci non pas du pouvoir dominateur de l'impérialisme américain, mais de l'intensification des heurts et des crises inter impérialistes. Pour la première fois en plusieurs années, les USA n'ont pas pu imposer leur politique à l'ONU, et les mouvements surgis contre la guerre n'y étaient pas pour rien.

Aujourd'hui, la campagne pour la suprématie du capitalisme n'a plus le même écho. La crise, économique et politique, est claire et nette et la nouvelle crise du Golfe prouve en toute clarté que, malgré toutes les tentatives, un nouvel ordre mondial n'a pu être imposé pour remplacer l'ancien issu de Yalta et Postdam, qui s'est écroulé avec la chute de l'appareil central du stalinisme. Cependant, il n'y a jamais suffit de sa seule crise, pour vaincre l'impérialisme, il s'y trouvera toujours des Directions réformistes et traîtres pour le soutenir, tant qu'il n'y aura pas la Direction révolutionnaire pour diriger la lutte.

Mais il n'est pas possible d'avancer dans la construction de la Direction révolutionnaire et dans la construction de partis bolcheviks à échelles nationale et internationale, si nous ne sommes pas capables de prendre part à toutes ces luttes, grandes ou petites, contre l'impérialisme et contre les bourgeoisies nationales, en faisant face aux Directions traîtres et en se battant pour la Direction du mouvement de masses.

Les Directions traditionnelles bureaucratiques et parlementaristes (réformistes et ex-staliniens) de la classe ouvrière font l'unité avec la bourgeoisie et s'intègrent, progressivement, à l'Etat et aux gouvernements. Ces Directions sont ainsi cohérentes avec leur propre nature d'agents de l'impérialisme à l'intérieur de la classe ouvrière. Comme l'espace propice au réformisme se resserre de plus en plus, comme les possibilités sont des plus moindres d'offrir ne serait-ce que quelques miettes, ces Directions bureaucratiques éprouvent de moins en moins le besoin de se proclamer socialistes ou un tant soit peu classistes.

La Chute de l'appareil stalinien mondial et l'avancée de la restauration capitaliste.

6 - Une importante discussion théorico-historique reste ouverte, entre les organisations soussignées, sur le caractère de classe de l'ex URSS et des Etats où la bourgeoisie a été expropriée. Mais cette discussion ne peut occulter l'acquis des importants accords obtenus.

7 - Le processus de restauration capitaliste, initié depuis plusieurs années, s'est accéléré pendant la dernière décennie. Ceci est vrai aussi bien là où les masses ont infligé une défaite au régime bureaucratique (ex URSS), que là où les masses ont subi une défaite (Chine), ou encore là où le procès révolutionnaire n'a pas eu lieu (Cuba). L'avancée de la restauration est en train de provoquer un processus de destruction des niveaux de vie et de culture des masses, dans ces pays. En même temps, cette nouvelle réalité pose aux travailleurs de nouvelles tâches puisque, maintenant, il doivent faire face et à la bureaucratie qui les opprime et à la nouvelle bourgeoisie qui organise toute la production en fonction de son profit.

La restauration signifie la perte de grandes conquêtes pour les masses de ces pays mais, contradictoirement, elle n'a pas entraîné, jusqu'à maintenant, un répit pour le capitalisme mondial. Le capitalisme, ne se trouvant pas dans une période d'expansion, n'a pu profiter des énormes marchés qui s'ouvrent à lui, pour résoudre sa crise. Au contraire, ce processus de restauration lui à en fait créé de nouveaux problèmes politiques, du fait de la destruction de l'ordre mondial, de l'augmentation du degré d'instabilité, de la dispersion du contrôle de l'armement nucléaire, de la génération de guerres comme celles de Bosnie et de Tchétchénie, d'insurrections comme en Albanie, et de situations extrêmement incontrôlables comme au Kosovo.

La dure et crue réalité capitaliste et les attaques aux nationalités opprimées, refroidissent les illusions des masses dans l'économie de marché et poussent, de plus en plus à la lutte, la classe ouvrière des pays de l'Est. Maintenant, il est encore plus manifeste que les travailleurs de l'Ouest et ceux de l'Est ont, en fait, les mêmes ennemis. Cette évidence rend plus consciente la nécessité d'unité des travailleurs des deux côtés de l'Europe.

Dans les républiques de l'ex URSS et dans la plupart des pays de l'Est, subsistent encore des conquêtes importantes que le capitalisme se doit de liquider pour pouvoir asseoir de façon stable son pouvoir. Les luttes qui ont déjà lieu dans différentes régions de l'ex URSS, annoncent de grands affrontements pour la défense des conquêtes menacées.

Une participation décidée dans les luttes qui ont déjà commencées, ainsi que la défense inconditionnelle de la propriété d'Etat face aux attaques pour la privatisation, sont des conditions fondamentales pour avancer dans la construction de la Direction révolutionnaire, à la chaleur de ces conflits.

De la même façon, devant l'offensive de la restauration, les campagnes pour la défense du marxisme, du socialisme sont d'une importance capitale pour la construction de la Direction révolutionnaire mondiale. Ces campagnes seront décisives pour nous démarquer clairement de la bureaucratie stalinienne qui a, pendant des décennies, avec ses trahisons et ses crimes, sali le nom de socialisme.

8 - L'avancée de la restauration capitaliste ne doit pas cacher la victoire qu'a signifié la destruction de l'appareil stalinien mondial. Les processus de l'ex URSS et de l'Est de l'Europe ont détruit l'utopie réactionnaire du "socialisme dans un seul pays", et confirmé la théorie de la révolution permanente par rapport à la nature mondiale de la révolution socialiste et le rôle dirigeant de la classe ouvrière.

Par les événements de 89/90, l'Histoire a confirmé sans appel son verdict contre l'idée révisionniste qui attribuait à la bureaucratie, ou à un de ses secteurs, la capacité de jouer un rôle progressif. Ces événements ont prouvé, en effet, que les bureaucratie, dans leur ensemble, sont passées du côté de la restauration.

Mais la conséquence la plus positive de la défaite de l'appareil central stalinien, c'est qu'elle a provoqué la crise, à l'échelle mondiale, de tous les appareils bureaucratiques qui dépendaient, d'une façon ou d'une autre, de l'appareil central. Deux processus opposés en ont découlé : d'une part, les directions majoritaires virent à droite ; d'autre part, ce virement à droite provoque de réponses, par la gauche, de secteurs (encore minoritaires) exprimées à travers des affrontements, des fissures, des ruptures avec les organisations traditionnelles. On peut dire que la chute de l'appareil central de la bureaucratie a généré une libération de forces ainsi qu'une recherche généralisée d'une nouvelle Direction. Cette recherche s'exprime de différentes façon, en dehors des organisations traditionnelles et à leur intérieur. Elle s'est exprimé en France, où une candidate se réclamant du trotskisme a obtenu 5% des voix aux élections nationales ouvrant la possibilité de construire un nouveau parti révolutionnaire, possibilité qui a été frustrée par la direction de LO. Cette recherche s'exprime aussi à travers la construction du PT aux USA ainsi qu'à travers le développement d'oppositions syndicales ou de nouvelles centrales syndicales aux USA, en Corée, au Brésil, en Argentine.

Ce processus s'exprime aussi au niveau de la construction de la Direction révolutionnaire. D'une part, des courants significatifs qui se réclamaient ou se réclament encore du trotskisme abandonnent leur tâche stratégiques de la construction du Parti mondial. L'exemple majeur de cette attitude liquidationniste est le SU, qui a abandonné la tâche -parce que la considérant comme dépassée- de construction de la 4ème Internationale. D'autre part, de secteurs encore minoritaires, d'origines diverses, réagissent à cette politique liquidationniste et cherchent à se regrouper pour avancer dans la tâche historique de construction du parti ouvrier révolutionnaire mondial.

Notre groupement fait partie de ce processus progressif. Et le fait que nous prenons en charge cette construction avec des organisations révolutionnaires de Russie, Ukraine, Pologne est la meilleure preuve des nouvelles possibilités ouvertes grâce à l'écroulement de l'appareil stalinien.

Nous défendons le modèle et revendiquons dans sa totalité les leçons de la Révolution Russe d'octobre 1917

9 - Nous défendons tous les processus révolutionnaires qui ont abouti à l'expropriation de la bourgeoisie et à la rupture avec l'impérialisme (Chine, Cuba, Vietnam), mais la révolution dont nous nous réclamons, et que nous revendiquons, est la Révolution Russe de 1917, où la classe ouvrière, à travers les soviets dirigés par le parti bolchevik, a pris le pouvoir et instauré la dictature révolutionnaire du prolétariat.

Nous revendiquons, dans sa totalité, les enseignements de la Révolution Russe, aussi bien quant au rôle de la classe ouvrière, que quant au rôle dirigeant du parti et de l'Internationale, que quant à la nécessité de défense de la révolution. La lutte permanente pour la démocratie ouvrière, aussi bien au niveau de l'Etat qu'au niveau des syndicats, est aussi une leçon de la Révolution d'Octobre.

10 - L'expropriation de la bourgeoisie réalisée par les directions bureaucratiques (Chine, Cuba, Vietnam...) est différente de celle réalisée par la classe ouvrière dirigée par son parti révolutionnaire. Mais cette expropriation est toutefois une importante victoire du mouvement des masses se traduisant par une amélioration qualitative de leur niveau de vie et elle est, en même temps, un coup sérieux au capitalisme impérialiste. Mais la défense de ces conquêtes n'a rien à voir avec la défense des fossoyeurs de ces révolutions, à savoir : les partis staliniens et les régimes qu'ils ont imposés. Nous dénonçons particulièrement les capitulations devant stalinisme, les positions comme celles du SU, qui cherchent à identifier la défense des conquêtes de la Révolution Cubaine avec la défense du régime de Fidel Castro.

Dans notre lutte contre l'impérialisme, nous nous affrontons au boycott économique exercé par les USA, mais le blocus n'est pas le principal problème actuel à Cuba. Ce n'est pas le blocus qui remet en cause, aujourd'hui, les deux grandes conquêtes de la Révolution Cubaine (l'expropriation de la bourgeoisie et l'indépendance vis-à-vis de l'impérialisme), mais c'est Castro lui-même qui, aidé par l'impérialisme européen, est en train de restaurer le capitalisme à Cuba, de privatiser une grande partie de son économie, et d'approuver des lois beaucoup plus favorables aux inversions étrangères que celles de n'importe quel autre pays latinoaméricain. La lutte pour la défense des conquêtes de la révolution Cubaine passe donc par l'impulsion d'une révolution contre le régime politique dirigé par Fidel Castro. Cette révolution devra : remplacer le régime de Castro par des organismes démocratiques de la classe ouvrière et du peuple ; rompre les accords avec l'impérialisme passés par Castro ; restituer à l'Etat tout ce qui a été privatisé ; remplacer l'actuelle "planification" bureaucratique au service de la restauration capitaliste par une planification démocratique pour satisfaire les besoins des producteurs et consommateurs. Fondamentalement, la nouvelle révolution devra mettre l'Etat cubain au service du développement de la révolution socialiste latinoaméricaine et mondiale.

Avec les peuples opprimés contre l'impérialisme

11- Nous faisons face à la tâche de construction du parti révolutionnaire mondial en distinguant très nettement le nationalisme des opprimés du nationalisme des oppresseurs. Nous sommes du côté des nations opprimées quand elles sont attaquées et défendons leur droit à l'autodétermination. Pour cette raison, devant les attaques de l'impérialisme ou du nationalisme oppresseur, nous sommes inconditionnellement avec les peuples kurde, bosniaque, du Kosovo, palestinien, irlandais, basque, catalan, tchetchene, irakien.

12- Malgré nos différences fondamentales avec les mouvements nationalistes bourgeois et petits-bourgeois, nous défendons tous les mouvements de libération face aux attaques venant de l'impérialisme ou des nationalismes oppresseurs. Nous défendons tout particulièrement ceux qui se retrouvent face à une intervention militaire ou devant la menace d'une telle agression. Nous défendons inconditionnellement le droit à l'autodétermination qui inclus, comme disait Lénine, le droit à l'indépendance. Notre politique est celle pour la Fédération de Républiques Socialistes mais on doit y accéder par choix et non pas par la force. Seule la libre association des peuples peut réussir l'objectif final de l'abolition des frontières.

Mais en aucun cas cette défense ne signifie que nous donnions notre appui politique à des gouvernements bourgeois nationaux de ces pays. Nous défendons les mouvements de libération nationale tout en luttant pour que la classe ouvrière et les masses opprimées développent de façon indépendante leurs propres méthodes de lutte.

Les tâches démocratiques, y compris celle de la libération nationale, ne peuvent être achevées que sous la direction du prolétariat et de sa dictature révolutionnaire. Nous rejetons toute alliance, permanente ou stratégique, avec la bourgeoisie, ou avec ses forces, ou avec la petite bourgeoisie.

Cependant, nous n'excluons pas des alliances tactiques pour l'action, telles des actions anti-impérialistes ou anti-gouvernementales conjointes, que nous considérons essentielles.

13- Nous dénonçons les politiques de l'impérialisme, des bourgeoisies nationales et des bureaucraties en vue d'enterrer les processus révolutionnaires dans l'impasse des élections. Nous dénonçons les courants réformistes qui agissent en tant que courroie de transmission de l'impérialisme en défendant les soi- disant "valeurs universelles" de la démocratie bourgeoisie.

Nous nous saisissons des libertés démocratiques conquises par les masses et les défendons quand elles sont remises en question, mais sans perdre de vue notre propre objectif : la lutte contre la bourgeoisie et ses institutions.

Nous luttons pour la destruction du parlement bourgeois, des élections bourgeoises, etc... Mais quand les conditions réelles ne nous permettent pas d'atteindre cet objectif, nous participons des procès électoraux avec un objectif central : attaquer ces institutions, divulguer largement notre programme et avancer dans la construction du parti révolutionnaire.

14- Nous dénonçons les accords de paix au Moyen Orient, ceux du CAN en Afrique du Sud et ceux que le gouvernement britannique cherche à appliquer pour en finir avec la lutte pour l'unité en Irlande. Ils ont tous les mêmes objectifs que les accords de Contadora et Esquipulas : démobiliser les masses, en trahissant leurs objectifs historiques. Ainsi les Sandinistes en agissant comme des fonctionnaires du gouv ernement de Violeta Chamorro, la police de Mandela en réprimant les grévistes noirs, la police d'Arafat en réprimant les mobilisations des Palestiniens... ne nous laissent aucun doute sur les véritables bénéficiaires de tels accords ni sur le caractère traître des Directions qui les ont signés.

15- Nous dénonçons les politiques de l'impérialisme menées par son instrument mondial : les Nations Unies. En Bosnie les forces de l'ONU ont servi à détruire l'indépendance nationale du peuple bosniaque et aidé l'agression national fasciste de la Grande Serbie. Les impérialiste entendaient, par ces moyens, assurer leur contrôle économique et politique sur cette région. Et si l'ONU n'a pas eu à intervenir dans le conflit en Tchetchenie, c'est parce que l'application des sanglantes méthodes d'extermination contre les Tchetchènes est revenue à Yeltsine, le représentant des intérêts capitalistes en ex URSS. En Irak, l'ONU impose des sanctions économiques qui, chaque jour, coûtent la vie à des milliers d'enfants.

En Haïti, l'ONU intervient sous prétexte de restaurer la démocratie... en Somalie, sous prétexte d'éviter la famine et la guerre civile... en Albanie, sous prétexte de "sauver" la population du "chaos"... Mais la vérité c'est que les interventions impérialistes dans le monde entier, réalisées sous l'égide de l'ONU, ont un même et unique objectif : assurer la continuité de l'exploitation capitaliste, en imposant des gouvernements qui lui sont inconditionnellement soumis, pour éviter ainsi le danger de la révolution, lorsque celle-ci est à l'ordre du jour.

Nous défendons l'indépendance politique de la classe ouvrière et ses méthodes traditionnelles de lutte

16- De même que nous sommes contre des accords stratégiques avec la bourgeoisie, nous rejetons fermement toute participation dans un gouvernement bourgeois, quel qu'il soit. Nous affirmons que les gouvernements de Front Populaire (c'est-à-dire de collaboration de classes entre les Directions de la classe ouvrière et des secteurs de la bourgeoisie, tel celui qu'on a voulu installer au Brésil avec Lula), sont des gouvernements bourgeois et donc contre-révolutionnaires.

L'existence d'un gouvernement de Front Populaire met le parti révolutionnaire devant des enjeux et des opportunités exceptionnellement favorables mais, aussi, devant des grands dangers. Ces opportunités viennent non pas du fait que de tels gouvernements puissent être progressifs, mais du fait que, à cette occasion, les Directions traîtres, à la tête du gouvernement, peuvent être plus facilement démasquées et dévoiler ainsi, devant les masses, leur vraie nature : celle d'agents contre-révolutionnaires à l'intérieur du mouvement ouvrier. Les dangers viennent de l'espoir qui, pendant toute une période, va alimenter le mouvement de masse qui considère que ce gouvernement est le sien. Par conséquent, le danger vient de la pression que les masses vont exercer sur le parti révolutionnaire qui peut, ainsi, être amené à capituler et à appeler au soutien du Front Populaire ou de ses mesures apparemment progressistes.

Devant un gouvernement de ce type, il y a danger de tomber dans des déviations opportunistes, de ne pas s'affronter à lui, de ne pas dénoncer sa nature bourgeoise. Mais il existe aussi le danger d'une déviation sectaire et de le caractériser comme un gouvernement bourgeois ordinaire sans considérer que, précisément, parce qu'un important secteur des masses le considère comme son gouvernement, il faut une politique particulière pour lui faire face.

17- Nous considérons que la politique (appliquée par les bolcheviks en Russie en 1917, conseillée par Lénine pour l'Angleterre en 21, par Trotsky pour l'Espagne et pour la France dans les années 30) d'exiger que les Directions traîtres rompent avec la bourgeoisie et gouvernent avec un programme anticapitaliste, reste une tactique fondamentale pour s'affronter aux gouvernements de Front Populaire. Cette politique, connue comme la "tactique du gouvernement ouvrier et paysan", est d'une importance capitale pour impulser une rupture des masses avec leurs Directions traîtres. Car, grâce à cette tactique, on démontrera que ces Directions préfèrent gouverner avec la bourgeoisie, plutôt que de gouverner avec un programme anticapitaliste au service de la classe ouvrière.

18- Nous sommes pour toutes les méthodes de lutte politique que le mouvement ouvrier a adoptées tout au long de son histoire. Aussi, nous sommes contre les groupes petits-bourgeois qui cherchent à remplacer ces luttes par des actions isolées des masses, de terrorisme individuel ou de guérilla. Nous défendons de tels militants face à la bourgeoisie et l'impérialisme, mais nous rejetons les méthodes qu'ils utilisent.

Ce rejet n'est pas dû à des considérations d'ordre moral mais politique. Le cas du MRTA au Pérou, fin 96, est un exemple récent de l'effet négatif de telles méthodes : il s'y développait, alors, un intéressant processus de luttes ouvrières qui produisait un éloignement de Fujimori, de la part d'une grande partie de la bourgeoisie. L'occupation, à ce moment, de l'ambassade japonaise par le MRTA a provoqué une grande commotion nationale et une onde de sympathie internationale envers les guérilleros. Cependant, le résultat concret de cette action a été la réunification de la bourgeoisie, autour de Fujimori. Outre le massacre des combattants du MRTA qu'il a commis, Fujimori en a profité pour approfondir la répression contre l'ensemble de la classe ouvrière ce qui s'est traduit par un recul du processus de luttes qui s'initiait alors.

19- Nous affirmons, avec Marx, que "l'émancipation des travailleurs sera l'oeuvre des travailleurs eux-mêmes", mais pour ce faire, la classe a besoin du pouvoir, le pouvoir de décider de sa destinée. Contre les appareils bureaucratiques, contre les "commandants" qui parlent au nom des ouvriers ou des masses, nous disons : que les travailleurs décident. Pour la plus large démocratie ouvrière à tous les niveaux, dans les luttes, les syndicats, dans les luttes pour le droit à la terre.

20- Nous luttons pour construire, dans tous les pays, des partis bolcheviks qui participent à la lutte des classes et se battent pour leur Direction, qui aient l'objectif central de la prise du pouvoir et qui soient des sections du parti mondial de la révolution.

Ces partis, pour réussir leurs objectifs, doivent s'organiser sur la base de principe du centralisme démocratique qui est le contraire du centralisme bureaucratique des partis staliniens. Le centralisme démocratique c'est, en effet, la plus large démocratie, dans la discussion et dans l'élaboration politique, et la discipline et la centralisation la plus rigoureuse dans l'action. Le centralisme démocratique s'impose en tant que principe parce que nécessaire et pour élaborer une politique correcte, et pour nous affronter avec succès à nos puissants ennemis : l'impérialisme, les bourgeoisies nationales, les bureaucraties.

Nous revendiquons le modèle de la Troisième et de la Quatrième Internationale.

21- Les organisations qui signent cette déclaration ont des origines différentes. Les unes proviennent du mouvement trotskyste et d'autres pas. Pour cette raison, bien que nous soyons d'accord sur la nécessité de travailler à la reconstruction du Parti Ouvrier Révolutionnaire Mondial, la discussion est ouverte pour déterminer si cette tâche doit être envisagée comme la reconstruction de la Quatrième Internationale ou non.

Ce sur quoi nous sommes d'accord, c'est qu'un tel parti doit se construire comme la continuité programmatique et organisationnelle de la Troisième (de ses 4 premiers Congrès) et de la Quatrième.

Nous rejetons tous les liquidationistes qui, au nom du marxisme (et plus souvent du léninisme et du trotskysme), abandonnent la tâche de la construction du parti de la révolution mondiale et de partis bolcheviques au plan national. En ce sens nous rejetons toute proposition fédérative pour l'Internationale. L'époque impérialiste, de crises, guerres et révolutions, exige un parti mondial, et une fédération n'est pas un parti. Nous revendiquons un parti mondial qui se base sur le principe du centralisme démocratique, constitué de partis léninistes de combat au plan national. Pour ce motif, nous prendrons le temps qu'il faudra, pour voir si les accords programmatiques nécessaires pour former une nouvelle organisation centralisée démocratiquement existent entre les différentes organisations.

22- Les organisations signataires, revendiquent la plus ample collaboration avec tous les secteurs dans la lutte contre l'impérialisme, contre les gouvernements, contre les bureaucraties syndicales Nous revendiquons aussi la même collaboration avec les différentes organisations politiques et intellectuelles marxistes, dans la discussion théorique, activité imprescriptible pour notre actualisation programmatique.

Cependant, nous sommes sélectifs quand nous abordons les tâches de la construction du parti mondial. Nous défendons la construction de ce parti mondial avec ceux qui seront d'accord sur un programme révolutionnaire, sur l'application de ce programme dans la lutte des classes, et sur la morale et les méthodes de loyauté qui doivent régir les relations entre révolutionnaires.

L'Internationale que nous voudrions construire ne pourrait permettre aucune déviation par rapport aux principes révolutionnaires, par rapport aux problèmes qui ont trait à l'insurrection, la dictature du prolétariat, la forme soviétique de l'Etat, le régime du parti et la morale ouvrière et révolutionnaire.

23- La reconstruction du parti mondial signifie aussi la reconstruction des principes moraux et des relations de loyauté qui ont été détruite par le stalinisme. Pour ce motif, nous rejetons catégoriquement :

- La méthode des calomnies, la violence et les accusations morales élaborées pour réduire au silence ou discréditer les opposants politiques. En particulier nous condamnons les calomnies contre Vargas (B. Nagy), J. Hansen, G. Novack, T. Wohlforth, N. Field, R. Napuri, Pedro Carrasquedo, J.-P. Bacherer et les plus récentes de David North contre Cliff Slaughter.
- La méthode du "tout est bon" (agressions physiques, vols, occupations de locaux, etc.) pour règler les débats internes.
- La méthode du recours à la justice bourgeoise pour résoudre des différends entre révolutionnaires.
- La méthode des sectes qui approchent les organisations révolutionnaires seulement pour y promouvoir un travail fractionnel ou pour y établir des forums permanents de discussion.

Les pas à franchir

La tâche de la reconstruction du Parti Ouvrier Révolutionnaire Mondial sera un long processus qui dépendra beaucoup de l'avancée des luttes de la classe ouvrière et de sa réorganisation.

Pour autant, la construction d'une nouvelle organisation internationale (supérieure à celles qui existent), qui puisse fonctionner sur la base du centralisme démocratique et avancer sur le chemin de la reconstruction du Parti Mondial, ne sera pas immédiate.

Ce qui se pose aujourd'hui, c'est de vérifier, à partir de la discussion programmatique et de la participation conjointe dans la lutte des classes, s'il existe ou non les accords et relations de loyauté nécessaires pour pouvoir aboutir à une organisation de ce type.

Pour avancer vers cet objectif, les organisations soussignées créeront un Comité Coordinateur (KORKOM) qui aura les attributions suivantes :

1- Impulser la discussion programmatique à partir d'un calendrier proposé.
2- Garantir l'édition d'une revue théorico-programmatique et du Bulletin Interne de Discussion.
3- Entrer en contact avec d'autres organisations révolutionnaires.
4- Impulser la participation conjointe dans la lutte des classes et la participation à des campagnes politiques et d'appui aux luttes ouvrières, en créant une commission de dirigeants et militants syndicaux ayant pour tâche centrale d'impulser la solidarité et la coordination des luttes ouvrières internationales.
5- Impulser une campagne internationale de Défense du Marxisme pour les 150 ans du Manifeste Communiste.

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