Les élections de ce dimanche 13
juin étaient les premières depuis l'entrée en
vigueur du traité de Maastricht-Amsterdam
avec la mise en place de l'euro le 1er
janvier 1999. Elles sont survenues alors que
la montée en puissance d'une politique
monétaire commune sur des bases
ultra-libérales tend à laminer les acquis
ouvriers et démocratiques à l'échelle du
continent.
Elles ont eu lieu
alors que les troupes de l'OTAN et de la
Russie entraient au Kosovo au terme d'une
campagne de bombardements intensifs de la
Serbie, du Montenegro et du Kosovo, à mille
kilomètres de Strasbourg. Elles ont eu lieu
alors que la Commission de Bruxelles,
contrainte à la démission par le parlement,
ce qui est en soit révélateur de la montée
des tensions politiques et sociales au sein
de l'UE, reste en place jusqu'à l'automne et
travaille d'arrache pied, dans le secret, à
peaufiner un accord USA-UE qui permettrait de
faire revenir par la fenêtre l'AMI, chassé
par la grande porte au début de
l'année.
Dans une Union
européenne de 360 millions d'habitants où,
officiellement, 18 millions de personnes sont
au chômage et plus de 50 millions considérées
comme pauvres, la politique de collaboration
de classe des "partis ouvriers" et des
bureaucraties syndicales dans le cadre de la
CES se fait de plus en plus visible.
Bureaucraties arc-boutées sur le maintien du
"consensus" sans lequel l'édifice mis sur
pied de R. Schumann à L. Britan
s'effondrerait comme château de
carte.
Certes, le débat a
surtout été national, même si l'enjeu était
européen et le scrutin a immédiatement eu des
conséquences dans chacun des états de
l'Union. Ainsi, le Premier ministre belge a
remis sa démission et le RPR français est au
bord de l'explosion, son président "par
intérim" ayant démissionné...
Les quatre expressions
de la sanction
Avec 51% globalement
(contre 43,2% en 1994), 53% en France, 77% au
Royaume-Uni (+12%) - où seule l'Ulster a voté
à près de 50%, 60% au Portugal, 55% en
Allemagne, 70,1% aux Pays-Bas, etc., l'abstention s'avère être
encore une fois l'élément dominant du scrutin
européen. Elle est en hausse sensible,
même dans les pays où le vote est obligatoire
(15% en Belgique, 32% en Grèce). C'est l'expression, à l'échelle
de l'Union, du rejet des traités de
Maastricht-Amsterdam et de leurs
conséquences.
Le
deuxième élément marquant est la défaite de
la social-démocratie, due surtout au
score catastrophique du Labour Party
britannique et du SPD allemand. C'est une
sanction de la principale force politique qui
a porté à bout de bras l'Union économique et
monétaire et cherche à l'élargir. Elle passe
avec le groupe PSE de 214 à 180 sièges. La
défaite est d'autant plus cinglante que le
parlement précédent comptait 567 députés.
Aujourd'hui, après l'adhésion de l'Autriche
de la Suède et de la Finlande en 1995, il en
compte 626. De 37,8% des sièges en 1994, le
PSE passe à 28,7%.
Après le meeting de
Paris, gageons que la déclaration commune de
Blair et de Schröder sur ce qu'il est convenu
d'appeler le "social libéralisme" n'aura
certainement pas rassuré l'électorat
traditionnel de ces partis. Elle n'aura pas
non plus contribué transformer Jospin en
défenseur d'une politique en rupture avec
Blair-Schröder (voir l'article sur les
élections en France). C'est donc bien
l'Europe rose pâle et délavée dans sa
totalité qui a été sanctionnée, c'est aussi
peut-être celle de J. Solana, secrétaire
général de l'OTAN, membre du PSOE
d'Espagne.
Le
groupe PPE (démocrate-chrétien) gagne 23
sièges avec 224. Mais il s'agit, c'est
là le troisième aspect de ces élections,
d'une victoire par
défaut, l'élargissement du parlement
ayant les mêmes conséquences que pour le PSE.
Ainsi le PPE représente dorénavant 35,8% des
sièges contre... 35,5 auparavant ! Le PPE est
surtout fort de la défaite du PSE car, de
plus, le PPE cohabite avec plusieurs autres
groupes de droite ou d'extrême-droite. La
majorité absolue se situera à 314 ce qui
signifie qu'il faudrait que l'ensemble des
groupes de droite et les élus d'extrême
droite s'allient pour dépasser ce chiffre...
Il s'agit donc d'un parlement beaucoup plus
instable que le précédent, même si les
pro-Maastricht demeurent, de loin,
majoritaires.
Plus d'une victoire de la
droite européenne, il s'agit donc d'une
défaite de la "gauche" social-démocrate et de
ses divers alliés responsables, de J.
Delors à J. Santer, de la mise en oeuvre du
traité de Maastricht-Amsterdam, des attaques
systématiques contre les acquis ouvriers, et
des frasques de la commission "renversée"
dernièrement.
Enfin, la progression relative des Verts
à l'échelle de l'Union, au détriment
de la social-démocratie, est due à
l'inquiétude d'une partie de l'électorat,
notamment de la petite bourgeoisie, face aux
scandales à répétition de la "vache folle" au
poulet "à la dioxine" en passant par la
polémique sur le boeuf américain "aux
hormones" et les organismes génétiquement
modifiés. Elle est due surtout au manque d'une alternative
révolutionnaire en terme
d'organisation.
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Radiographie de 4 des 5
pays "piliers"de
l'Union européenne
L'Allemagne
La
défaire de la social-démocratie avec
-10% est historique. Elle se combine avec un
recul des verts déchirés par l'attitude à
adopter face à la guerre des Balkans. Une
fraction de l'électorat ouvrier, en Allemagne
de l'Est surtout, s'est saisie de ce qu'elle
avait sous la main en faisant entrer au
parlement de Strasbourg 6 députés du PDS
néo-stalinien, absents en 1994. La
marginalisation du FDP (Parti libéral) se
confirme ce qui réduit encore la marge de
manoeuvre du "Rocard allemand", G.
Schröder.
Le
Royaume-Uni
Là
aussi la défaite de la
social-démocratie est historique avec
28%. En Ecosse (90% d'abstention !), elle est
talonnée par les nationalistes et les
régionalistes gallois font leur entrée au
parlement européen, ainsi que les verts. Les
"tories" avec 33% reproduisent leur score des
précédentes élections locales. Ils
s'interrogeaient encore récemment :
allaient-ils siéger à Strasbourg avec les
démocrates-chrétiens du PPE ou aux côtés du
parti néo-fasciste italien ? Tout un
programme.
L'Italie
La "combinazione"
institutionnelle a fait que des bureaux de
vote ont fermé 3 heures après l'heure
officielle, une façon comme une autre de
limiter l'abstention en hausse de 4,2% avec
70,8%. Le paysage politique du pays demeure
extrêmement morcelé avec deux dominantes la
progression de Berlusconi ("Pôle des
libertés") et l'effritement du PDS (parti
néo-stalinien), pilier de la coalition au
pouvoir, qui passe de 19,1 à 18%. L'ensemble
des composantes de l'ex-parti de "l'Olivier"
reculent aussi, cette coalition jouant un
peut le rôle de la "gauche plurielle" en
Italie. C'est donc à une défaite de la coalition au
pouvoir que l'on assiste.
Les résultats du
scrutin réduisent encore la marge de
manoeuvre de ceux qui veulent une réforme
constitutionnelle dans un sens plus
bonapartiste, réforme dont un élément (la
limitation de la proportionnelle) a déjà été
rejeté par référendum alors que les
candidat(e)s au rôle "d'homme ou femme
providentiel(le)" n'a jamais été aussi
élevé.
L'Espagne
Dans ce pays où,
l'exception confirme la règle, l'abstention a
reculé passant de 41 à 35,7%. Le PSOE
progresse et obtient 35,3% contre 30,8 en
1994. L'Espagne est un des rares pays où la
social-démocratie progresse en pourcentage
par rapport au précédent scrutin. Il faut
dire que le PSOE n'est pas au gouvernement et
que les élections locales couplées aux
européennes ont peut-être eu une influence
positive sur le vote PSOE.
Mais le grand perdant des élections
européennes est l'Isquierda Unida
(gauche unie, regroupement autour du
PC et dirigé par lui) et de ceux "à gauche"
ou à "l'extrême gauche" qui ont parié sur
cette coalition en la rejoignant au moment où
elle est en pleine déconfiture. L'IU passe de
13,4 à 5,8% et n'a plus que 4 élus au lieu de
9 !
La crise politique
couve
L'analyse des
résultats dans les autres pays confirmerait
ce constat : tant l'absence de majorité au
niveau du parlement européen que la
fragilisation de la Commission, tant les
tensions dans la zone de l'euro qu'en dehors
concourent à ce qu'une crise politique sans
précédent s'ouvre au sein de l'Union
européenne. Les grèves qui se déroulent
tendent à s'unifier et à se durcir au fur et
à mesure que les "directives" contres les
travailleurs s'appliquent.
La
lutte des classes a été partout au centre de
ces élections. Les gouvernements,
voire les régimes, des pays "piliers"
politiques ou économiques de l'Union
(Allemagne, Royaume-Uni, France, Italie et,
dans une moindre mesure, Espagne) sortent
affaiblis de l'épreuve.
L'invasion du Kosovo
par les troupes de l'OTAN et de la Russie et
le début de la "reconstruction" de la Serbie,
du Kosovo et du Montenegro, vont encore
accroître les tensions inter-impérialistes et
miner un peu plus les fondements de l'Europe
capitaliste.
Comme la Fédération
socialiste des Balkans est la seule issue
positive pour assurer aux peuples de la
région un avenir sans bureaucrates ni patron,
les Etats-Unis Socialistes d'Europe est la
seule alternative possible pour les
travailleurs et les peuples du continent face
à la barbarie capitaliste qui les atteint
tous les jours un peu plus.
Les
travailleurs n'ont rien à attendre d'une
politique liée à l'application du traité de
Maastricht, la mobilisation indépendante et
unitaire à l'échelle de l'Europe pour la
faire échouer est plus que jamais à l'ordre
du jour . Le résultat des élections du
13 juin montre que les éléments tendent à
s'accumuler pour aller dans ce sens. Mais la question de la
construction d'une alternative en terme parti
révolutionnaire reste
posée.
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