La crise d'effondrement du
stalinisme, qui a culminé dans la chute du
mur de Berlin, a vu se déchaîner une lutte
des différentes cliques et fractions de la
bureaucratie pour la préservation de ses
privilèges et de son existence même, dans le
cadre de la restauration du capitalisme.
Cette lutte a pris un tour particulièrement
dramatique dans cette région de l'Europe, les
Balkans, où, en réponse à une vague
révolutionnaire de première importance à la
fin de la deuxième Guerre mondiale, la
bureaucratie stalinienne, à travers Tito
avait été obligée de concéder des droits aux
peuples de Yougoslavie.
Mais le "socialisme"
de Staline et de ses successeurs ne pouvait
s'édifier que "dans un seul pays", sous la
domination du nationalisme grand-russe.
Aussi, le nationalisme était déjà présent
dans la Yougoslavie de Tito qui le maintenait
dans des limites "acceptables" du point de
vue de la bureaucratie, dans une situation où
la question nationale dans les Balkans était
loin d'être réglée.
Ce n'est donc pas un
hasard si la lutte entre bureaucrates pour le
partage de la Yougoslavie dans le cadre de la
restauration capitaliste s'est déchainée en
1987 au Kosovo peuplé très majoritairement
d'Albanais, mais considéré comme le centre de
leur nation par les Serbes depuis qu'en 1389
leur armée y a été écrasée par les Ottomans.
L'entrée des chars à Pristina pour briser la
grève des mineurs marque un point de
non-retour en 1989 et débouche sur la
suppression du statut de cette région
autonome de la Serbie. C'est dans cette
période que la fraction de Milosevic choisit
de s'appuyer sur les nationalistes serbes
pour conquérir le pouvoir, il fait alors sien
le projet de Grande Serbie "ethniquement
pure" et se pose en "gendarme" des Balkans
auprès des puissances
impérialistes.
Ainsi, la dynamique
qui maintient aujourd'hui Milosevic au
pouvoir s'appuie sur un nationalisme exacerbé
qui a cherché en permanence à réduire les
droits démocratiques. La provocation de 1991
contre la manifestation réclamant la liberté
de la presse à Belgrade et qui s'était
conclue par l'intervention de l'armée, se
situe dans cette perspective. Tout comme la
remise en cause des droits et acquis des
travailleurs, car il faut se souvenir que la
Yougoslavie est un membre fondateur du Fonds
Monétaire International (FMI) ce qui a
toujours placé ce pays "socialiste" et "non
aligné" dans l'orbite immédiate de
l'impérialisme. Milosevic a donc été "à bonne
école".
Mais aujourd'hui,
l'impérialisme estime que Milosevic a échoué
dans son rôle de gendarme de la paix
impérialiste dans cette région de l'Europe,
au bord d'une déstabilisation généralisée,
d'où les bombardements de l'Alliance
Atlantique qui visent, entre autres, à
l'implantation d'une présence militaire
directe et permanente des puissances
impérialistes, présence que ces dernières
jugent indispensable pour défendre leurs
intérêts mais que Milosevics a refusé à
Rambouillet.
Déjà lorsque
Milosevics et Tudjman (le président Croate)
ont voulu rayer la Bosnie-Herzégovine de la
carte, sans la résistance acharnée des
Bosniaques, ils y seraient probablement
parvenus. Et cela, sans que les puissances
impérialistes ne s'en mêlent de trop près, à
condition que leurs intérêts soient
sauvegardés. Mais voilà les Bosniaques ne se
sont pas laissés faire. Rappelons que les
mêmes puissances ont tout au long du conflit
dénié le moindre droit aux Bosniaques à
s'armer et à se défendre de façon autonome.
Cette politique a abouti à la "purification
ethnique" généralisée (meurtres et
déportations de populations) et à la
partition de la Bosnie-Herzégovine à travers
les accords de Dayton, sous l'égide de
l'OTAN, et avec sa présence
militaire.
Retenant probablement
les leçons de l'Histoire, les Kosovars ont
entrepris de se défendre eux-mêmes et de
mettre sur pied une véritable armée nationale
à partir de groupes de partisans (l'UÇK,
Armée de libération du Kosovo), ce que ni
Milosevic ni les impérialistes ne pouvaient
accepter, quels que soient les liens réels ou
supposés des uns ou des autres avec telle ou
telle fraction de l'UÇK ou avec le très
modéré président du Kosovo, I.
Rugovar.
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Pour les impérialistes, les
travailleurs qui se mobilisent et les peuples
qui se lèvent pour rejeter l'exploitation et
l'oppression sont les principaux ennemis. Les
accords de Rambouillet (près de Paris -
l'impérialisme français étant un "ami
traditionnel de la Serbie") ont donc été
rédigés pour bloquer ce processus et assurer
"la stabilité et l'intangibilité des
frontières" de la région, avec une force
armée permanente de l'OTAN de 28000 hommes
comme cerise sur le gâteau. C'est à dire une
très importante capacité d'intervention
impérialiste, de façon à décourager toute
velléité d'indépendance du Kosovo, du
Montenegro ou de la Macédoine, etc., ou toute
montée révolutionnaire comme celle qu'à
récemment connue l'Albanie.
Mais ce que la
"présidence" kosovare a réussi à faire
accepter à l'UÇK, Milosevic, prisonnier de la
dynamique nationaliste qui le maintient au
pouvoir, n'a pu l'accepter. Comme Saddam
Hussein, le "bon fils" Milosevic se rebelle
contre son père. Les impérialistes ont donc
décidé d'intervenir militairement non pour
empêcher "l'épuration ethnique" renforcée par
les bombardements, mais pour imposer leur
solution, leur ordre, à Milosevic et à l'UÇK
: ils prennent directement les choses en
main.
Ce qui est en cours,
c'est donc non seulement la destruction des
infrastructures de la Serbie et du Kosovo
avec toutes les conséquences qu'elle a et
aura sur les populations civiles de ces pays,
mais c'est aussi l'expulsion manu-militari
des kosovars du Kosovo, vers la Macédoine et
vers l'Albanie. De là les impérialistes, qui
n'en sont pas à une contradiction près dans
leur pseudos justifications, ont décidé de
les disperser dans le monde entier. Les
impérialistes parachèvent la "purification
ethnique" menée par les miliciens serbes et
préparent la partition du Kosovo, au mépris
des droits de ses habitants !
L'UÇK n'est
certainement pas dirigée par des marxistes
révolutionnaires et certains de ses cadres
ont probablement l'illusion que l'OTAN leur
apportera l'indépendance, ce en quoi ils se
trompent lourdement. Mais, quoi que l'on
pense de l'UÇK et de ses dirigeants, la tâche
des révolutionnaires est d'apporter au peuple
du Kosovo et à l'ensemble des peuples des
Balkans tout leur appui pour assurer eux-même
leur avenir. Un avenir où les intérêts des
travailleurs des Balkans les unira pour se
débarrasser des différents gouvernements au
service du FMI et de la mondialisation
capitaliste avec son cortège de
privatisation, de chômage et de misère. Un
avenir de respect des droits démocratiques et
sociaux, du droit des peuples à disposer
d'eux-même sans bureaucrates ni patrons, et
qui ne peut se réaliser que dans le cadre
d'une Fédération
socialiste des Balkans.
L'OTAN hors des Balkans
!
Milosevic hors du Kosovo
!
Respect du droit du Kosovo
à l'auto-détermination !
Des armes pour les
Kosovars !
Paris, le 8 avril
1999.
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