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Déclaration - Edito. de l'Internationaliste n°43
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Présidentielles 2002
Pourquoi nous appelons à voter pour Arlette Laguiller

Cette élection sera encadrée par la lutte des classes.

C'en est fini de la "croissance". La guerre économique redouble. Les tensions entre l'impérialisme français et les autres puissances impérialistes augmentent. La bourgeoisie exige du gouvernement qu'il applique brutalement les mesures qu'elle estime nécessaire à l'accroissement de son taux de profit.

La classe ouvrière, et même certains secteurs de la petite bourgeoisie, se mobilisent ; les grèves se multiplient contre les restructurations et leur cortège de licenciements, contre le sabotage des services publics (santé, enseignement, etc.). Depuis 1993 (CIP et Air France), la classe ouvrière cherche la voie de la riposte aux attaques capitalistes. Elle cherche à avancer vers de nouvelles conquêtes. La seule réponse du gouvernement Chirac-Jospin consiste à détourner les aspirations légitimes des travailleurs, ceci au profit des capitalistes, comme le montre la "loi Aubry" qui instaure l'aménagement du temps de travail et le partage du chômage. Sous prétexte de "sauver les retraites", c'est leur remise en cause brutale qui se prépare pour ces prochains mois avec les fonds de pension et l'épargne salariale.

L'intégration des syndicats à l'Etat, via la Confédération européenne des syndicats (CES), est le moyen décisif pour imposer aux travailleurs d'abdiquer toute velléité d'indépendance par rapport à la bourgeoisie. Celle-ci avance maintenant rapidement, ce qui ne se fait pas sans heurts, car, répétons-le, la classe ouvrière résiste.

Les grèves qui se multiplient sont la preuve de cette résistance de plus en plus unitaire et déterminée. L'exigence de contrôle par les travailleurs de leur propre mouvement, intégrant les syndicats, a grandi. Voilà dans quel contexte vont avoir lieu l'élection présidentielle, puis les élections législatives.

La crise institutionnelle s'approfondit.

Après plus de 40 ans d'existence, la Vème République est en crise profonde. La volonté d'aller jusqu'au bout de la logique initiale du texte en instaurant un régime présidentiel prévaut aujourd'hui, de même que celle d'imposer un bipartisme institutionnel.

Cette "dérive" à l'anglo-saxonne se retrouve dans tous les aspects de la vie (judiciarisation des actes quotidiens, discours sur la sécurité avec la "tolérance zéro", la loi "LSQ" etc) avec, en définitive, l'apparence de la liberté et la réalité d'une dictature, celle des marchés financiers.

La bourgeoisie a besoin d'un régime de combat pour imposer, avec le minimum de débat et d'opposition, une recomposition en profondeur des rapports de force, à son profit exclusif.

La réforme de l'Etat, la privatisation ou le démantèlement des services publics, corollaire du replis de l'Etat sur ses "fonctions régaliennes" (police, armée, justice, impôt et clergé) provoque des tensions extraordinaires dont la contestation dans la police, la gendarmerie (l'armée !) et la magistrature sont le symptôme.

Les représentations politiques de toutes les classes sont en crise.

La dissolution de l'Assemblée nationale par Chirac en 1997 a laissé des traces profondes de division dans les partis bourgeois. Les différentes tentatives pour constituer un pôle de recomposition, à droite ou à l'extrême-droite, ont, jusqu'ici, échoué. L'échec est à ce point patent, que le MEDEF se trouve contraint de se comporter de plus en plus ouvertement comme un parti politique, expression directe et brutale de la bourgeoisie financière.

La FNSEA (Fédération nationale des syndicats d'exploitants agricoles) qui est le porte-parole des trusts de l'agro-alimentaire complète le dispositif du MEDEF.

La "gauche plurielle" au pouvoir depuis 1997 a plus privatisé que les gouvernements Balladur et Juppé réunis ! Air France, France Telecom, Crédit Foncier, etc. : la liste de ses trahisons est longue. Elle s'est attaqué à l'ensemble des conquêtes ouvrières en prétendant les défendre. Jospin allant jusqu'à regretter de ne pas avoir été plus vite... à cause des erreurs politiques de Juppé en 1995 !

Au total, la "gauche plurielle" s'est comportée en exécutant zélé des ordres des capitalistes. Dès sa nomination, on s'y attendait, Jospin est allé à Canossa (Amsterdam) faire allégeance au traité de Maastricht. Pour le PS, donc, la cause est entendue.

La soumission du PCF de Robert Hue à cette politique est totale. Il a voté tous les textes déterminants présentés par le gouvernement Chirac-Jospin et s'est assuré, via la CGT, que la "contestation" restait dans les limites de "l'acceptable". Cette politique crée des tensions insupportables dans le PCF. Nombreux sont les militants qui remettent en cause cette orientation de soumission aux intérêts capitalistes. Le PCF joue désormais sa survie. Une nouvelle défaite de R. Hue dans cette campagne marquerait un tournant historique dans ce pays.

La signification de l'abstention.

L'abstention ouvrière populaire est une donnée essentielle, centrale, de la situation politique. Les "commentateurs", qui ont d'abord fait mine de l'ignorer, doivent le reconnaître depuis 1997. La tendance est à l'augmentation constante de l'abstention, à chaque élection, locale comme nationale. Elle a été particulièrement massive lors des référendum sur la Nouvelle-Calédonie et sur le Quinquennat, référendum qui avaient trait à l'aménagement du cadre institutionnel !

Cette abstention, liée à l'augmentation significative des votes blancs ou nuls fait que tout élu se fonde désormais sur une légitimité très faible car représentant une minorité des électeurs. Résultat de la monté de la lutte des classes, l'abstention aiguise la lutte des classes, en retour, à chaque scrutin.

L'ensemble des forces politiques liées à la survie du système capitaliste est touché par ce mouvement. Ces forces savent que cette abstention est une manifestation active de rejet de la politique de Maastricht, politique anti-ouvrière mise en place par tous les gouvernements de droite comme de gauche, sous Mitterrand comme sous Chirac.

Les abstentionistes d'aujourd'hui sont donc les grévistes et les manifestants de demain et les échéances d'ores et déjà programmées sont porteuses d'affrontements décisifs. Reste une question déterminante pour les marxistes révolutionnaires : la représentation politique de la classe ouvrière.

La représentation de la classe ouvrière.

Cette représentation est en crise. Cette crise doit être surmontée de façon positive. La montée de la lutte des classes, l'abstention active et massive, l'approfondissement de la crise du PCF et le score des militants se réclamant du trotskysme lors des élections précédentes sont les ingrédients de la construction d'un véritable parti ouvrier indépendant dans ce pays. Les conditions devraient donc être très favorables à une avancée significative.

Les élections en générale, l'élection présidentielle 2002 en particulier, ne représentent aucune solution aux problèmes auquels sont confrontés les travailleurs. Elles sont une tribune pour faire avancer les solutions alternatives à la barbarie capitaliste et un instrument dans la construction d'un parti des travailleurs. Tels sont les critères qui nous guident pour déterminer quel est le candidat se réclamant du trotskysme le mieux à même, aujourd'hui, d'oeuvrer dans ce sens.

Trois candidats trotskystes se présentent : ceux du PT, de la LCR et de LO. Lors des élections municipales, ces trois organisations ont remporté, séparément, des succès significatifs qui auraient été renforcés par des alliances. De telles alliances étaient et sont possibles. Aujourd'hui elles ne se sont pas concrétisées pour diverses raisons.

Le PT a fait de la défense de la démocratie, présentée comme un levier contre les institutions, une fin en soi. De la défense défense de la République il a fait le centre de sa politique, voire son axe stratégique. Ce faisant, il s'est engagé dans une impasse qui l'empêche d'ouvrir toute perspective d'alternative à la barbarie capitaliste. Ceci l'amène à une orientation qui tourne le dos à la révolution socialiste

Quant à la LCR - c'est vrai aussi pour son courant international, le Secrétariat Unifié - son éloignement, voire son abandon, du programme de la Quatrième Internationale est directement proportionnel à son alignement avec la réaction impérialiste et la gauche plurielle : soutien inconditionnel aux forces d'intervention impérialistes dites de "paix" dans le conflit de l'ex-Yougoslavie et aujourd'hui en Palestine : subordination de toute mobilisation internationale ouvrière et populaire aux directives de l'ONU et de ses organismes.

De son côté, LO infléchit son discours dans un sens plus clairement internationaliste, même si les actes sont encore souvent en décalage avec les intentions. Elle rectifie ainsi en partie sa grosse "erreur" de l'appel à l'abstention lors du référendum sur le traité de Maastricht. En partie seulement, car les élus de LO (en coalition avec ceux de la LCR) au parlement européen n'utilisent pas cette tribune comme elle pourrait être utilisée pour faire avancer des campagnes internationaliste pratiques et la construction d'une internationale ouvrière.

Mais LO est la seule des trois organisations citées à exprimer clairement une exigence de rupture avec le capitalisme, à mettre au premier plan une perspective communiste. La montée du vote trotskyste, particulièrement celui en faveur de LO, est en relation avec l'aiguisement de la lutte des classes. Ce serait une avancée historique si LO devançait le PCF à l'occasion de ce scrutin. Une telle avancée ouvrirait la voie pour poser la question de la construction d'un parti révolutionnaire des travailleurs dans ce pays, un parti internationaliste.

Pour le GSI, le vote LO apparaît donc comme le seul vote de classe utile lors de cette élection présidentielle.

C'est pourquoi,

Sans illusions, mais sans réserves, le GSI appelle à voter pour Arlette Laguiller.

Le 2 mars 2002

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