Cette élection sera
encadrée par la lutte des classes.
C'en est fini de la "croissance". La
guerre économique redouble. Les tensions
entre l'impérialisme français et les autres
puissances impérialistes augmentent. La
bourgeoisie exige du gouvernement qu'il
applique brutalement les mesures qu'elle
estime nécessaire à l'accroissement de son
taux de profit.
La classe ouvrière, et même certains
secteurs de la petite bourgeoisie, se
mobilisent ; les grèves se multiplient contre
les restructurations et leur cortège de
licenciements, contre le sabotage des
services publics (santé, enseignement, etc.).
Depuis 1993 (CIP et Air France), la classe
ouvrière cherche la voie de la riposte aux
attaques capitalistes. Elle cherche à avancer
vers de nouvelles conquêtes. La seule réponse
du gouvernement Chirac-Jospin consiste à
détourner les aspirations légitimes des
travailleurs, ceci au profit des
capitalistes, comme le montre la "loi Aubry"
qui instaure l'aménagement du temps de
travail et le partage du chômage. Sous
prétexte de "sauver les retraites", c'est
leur remise en cause brutale qui se prépare
pour ces prochains mois avec les fonds de
pension et l'épargne salariale.
L'intégration des syndicats à l'Etat, via
la Confédération européenne des syndicats
(CES), est le moyen décisif pour imposer aux
travailleurs d'abdiquer toute velléité
d'indépendance par rapport à la bourgeoisie.
Celle-ci avance maintenant rapidement, ce qui
ne se fait pas sans heurts, car, répétons-le,
la classe ouvrière résiste.
Les grèves qui se multiplient sont la
preuve de cette résistance de plus en plus
unitaire et déterminée. L'exigence de
contrôle par les travailleurs de leur propre
mouvement, intégrant les syndicats, a grandi.
Voilà dans quel contexte vont avoir lieu
l'élection présidentielle, puis les élections
législatives.
La crise institutionnelle
s'approfondit.
Après plus de 40 ans
d'existence, la Vème République est en crise
profonde. La volonté d'aller jusqu'au bout de
la logique initiale du texte en instaurant un
régime présidentiel prévaut aujourd'hui, de
même que celle d'imposer un bipartisme
institutionnel.
Cette "dérive" à
l'anglo-saxonne se retrouve dans tous les
aspects de la vie (judiciarisation des actes
quotidiens, discours sur la sécurité avec la
"tolérance zéro", la loi "LSQ" etc) avec, en
définitive, l'apparence de la liberté et la
réalité d'une dictature, celle des marchés
financiers.
La bourgeoisie a
besoin d'un régime de combat pour imposer,
avec le minimum de débat et d'opposition, une
recomposition en profondeur des rapports de
force, à son profit exclusif.
La réforme de l'Etat,
la privatisation ou le démantèlement des
services publics, corollaire du replis de
l'Etat sur ses "fonctions régaliennes"
(police, armée, justice, impôt et clergé)
provoque des tensions extraordinaires dont la
contestation dans la police, la gendarmerie
(l'armée !) et la magistrature sont le
symptôme.
Les représentations
politiques de toutes les classes sont en
crise.
La dissolution de
l'Assemblée nationale par Chirac en 1997 a
laissé des traces profondes de division dans
les partis bourgeois. Les différentes
tentatives pour constituer un pôle de
recomposition, à droite ou à
l'extrême-droite, ont, jusqu'ici, échoué.
L'échec est à ce point patent, que le MEDEF
se trouve contraint de se comporter de plus
en plus ouvertement comme un parti politique,
expression directe et brutale de la
bourgeoisie financière.
La FNSEA (Fédération nationale des
syndicats d'exploitants agricoles) qui est le
porte-parole des trusts de l'agro-alimentaire
complète le dispositif du MEDEF.
La "gauche plurielle" au pouvoir depuis
1997 a plus privatisé que les gouvernements
Balladur et Juppé réunis ! Air France, France
Telecom, Crédit Foncier, etc. : la liste de
ses trahisons est longue. Elle s'est attaqué
à l'ensemble des conquêtes ouvrières en
prétendant les défendre. Jospin allant
jusqu'à regretter de ne pas avoir été plus
vite... à cause des erreurs politiques de
Juppé en 1995 !
Au total, la "gauche plurielle" s'est
comportée en exécutant zélé des ordres des
capitalistes. Dès sa nomination, on s'y
attendait, Jospin est allé à Canossa
(Amsterdam) faire allégeance au traité de
Maastricht. Pour le PS, donc, la cause est
entendue.
La soumission du PCF de Robert Hue à cette
politique est totale. Il a voté tous les
textes déterminants présentés par le
gouvernement Chirac-Jospin et s'est assuré,
via la CGT, que la "contestation" restait
dans les limites de "l'acceptable". Cette
politique crée des tensions insupportables
dans le PCF. Nombreux sont les militants qui
remettent en cause cette orientation de
soumission aux intérêts capitalistes. Le PCF
joue désormais sa survie. Une nouvelle
défaite de R. Hue dans cette campagne
marquerait un tournant historique dans ce
pays.
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La signification de
l'abstention.
L'abstention ouvrière
populaire est une donnée essentielle,
centrale, de la situation politique. Les
"commentateurs", qui ont d'abord fait mine de
l'ignorer, doivent le reconnaître depuis
1997. La tendance est à l'augmentation
constante de l'abstention, à chaque élection,
locale comme nationale. Elle a été
particulièrement massive lors des référendum
sur la Nouvelle-Calédonie et sur le
Quinquennat, référendum qui avaient trait à
l'aménagement du cadre institutionnel
!
Cette abstention, liée à l'augmentation
significative des votes blancs ou nuls fait
que tout élu se fonde désormais sur une
légitimité très faible car représentant une
minorité des électeurs. Résultat de la monté
de la lutte des classes, l'abstention aiguise
la lutte des classes, en retour, à chaque
scrutin.
L'ensemble des forces politiques liées à
la survie du système capitaliste est touché
par ce mouvement. Ces forces savent que cette
abstention est une manifestation active de
rejet de la politique de Maastricht,
politique anti-ouvrière mise en place par
tous les gouvernements de droite comme de
gauche, sous Mitterrand comme sous Chirac.
Les abstentionistes d'aujourd'hui sont
donc les grévistes et les manifestants de
demain et les échéances d'ores et déjà
programmées sont porteuses d'affrontements
décisifs. Reste une question déterminante
pour les marxistes révolutionnaires : la
représentation politique de la classe
ouvrière.
La représentation
de la classe ouvrière.
Cette représentation
est en crise. Cette crise doit être surmontée
de façon positive. La montée de la lutte des
classes, l'abstention active et massive,
l'approfondissement de la crise du PCF et le
score des militants se réclamant du
trotskysme lors des élections précédentes
sont les ingrédients de la construction d'un
véritable parti ouvrier indépendant dans ce
pays. Les conditions devraient donc être très
favorables à une avancée
significative.
Les élections en générale, l'élection
présidentielle 2002 en particulier, ne
représentent aucune solution aux problèmes
auquels sont confrontés les travailleurs.
Elles sont une tribune pour faire avancer les
solutions alternatives à la barbarie
capitaliste et un instrument dans la
construction d'un parti des travailleurs.
Tels sont les critères qui nous guident pour
déterminer quel est le candidat se réclamant
du trotskysme le mieux à même, aujourd'hui,
d'oeuvrer dans ce sens.
Trois candidats trotskystes se présentent
: ceux du PT, de la LCR et de LO. Lors des
élections municipales, ces trois
organisations ont remporté, séparément, des
succès significatifs qui auraient été
renforcés par des alliances. De telles
alliances étaient et sont possibles.
Aujourd'hui elles ne se sont pas concrétisées
pour diverses raisons.
Le PT a fait de la défense de la
démocratie, présentée comme un levier contre
les institutions, une fin en soi. De la
défense défense de la République il a fait le
centre de sa politique, voire son axe
stratégique. Ce faisant, il s'est engagé dans
une impasse qui l'empêche d'ouvrir toute
perspective d'alternative à la barbarie
capitaliste. Ceci l'amène à une orientation
qui tourne le dos à la révolution
socialiste
Quant à la LCR - c'est vrai aussi pour son
courant international, le Secrétariat Unifié
- son éloignement, voire son abandon, du
programme de la Quatrième Internationale est
directement proportionnel à son alignement
avec la réaction impérialiste et la gauche
plurielle : soutien inconditionnel aux forces
d'intervention impérialistes dites de "paix"
dans le conflit de l'ex-Yougoslavie et
aujourd'hui en Palestine : subordination de
toute mobilisation internationale ouvrière et
populaire aux directives de l'ONU et de ses
organismes.
De son côté, LO infléchit son discours
dans un sens plus clairement
internationaliste, même si les actes sont
encore souvent en décalage avec les
intentions. Elle rectifie ainsi en partie sa
grosse "erreur" de l'appel à l'abstention
lors du référendum sur le traité de
Maastricht. En partie seulement, car les élus
de LO (en coalition avec ceux de la LCR) au
parlement européen n'utilisent pas cette
tribune comme elle pourrait être utilisée
pour faire avancer des campagnes
internationaliste pratiques et la
construction d'une internationale
ouvrière.
Mais LO est la seule des trois
organisations citées à exprimer clairement
une exigence de rupture avec le capitalisme,
à mettre au premier plan une perspective
communiste. La montée du vote trotskyste,
particulièrement celui en faveur de LO, est
en relation avec l'aiguisement de la lutte
des classes. Ce serait une avancée historique
si LO devançait le PCF à l'occasion de ce
scrutin. Une telle avancée ouvrirait la voie
pour poser la question de la construction
d'un parti révolutionnaire des travailleurs
dans ce pays, un parti internationaliste.
Pour le GSI, le vote
LO apparaît donc comme le
seul vote de classe utile lors de
cette élection présidentielle.
C'est pourquoi,
Sans illusions, mais
sans réserves, le GSI appelle à voter pour
Arlette
Laguiller.
Le 2 mars
2002
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