Parce que nous sommes
résolument aux côtés de la jeunesse et des
démocrates qui manifestent depuis le 21 avril
dans la rue contre Le Pen,
Parce que l'histoire de ces quinze
dernières années prouve que la lutte efficace
et sérieuse pour écraser l'extrême droite est
incompatible avec « l'antifascisme de salon »
dans lequel certains politiciens cherchent
toujours à nous entraîner,
Nous posons les questions suivantes.
Peut-on combattre Le
Pen en laissant en place les 34 camps de
rétention pour immigrés en instance
d'expulsion, camps créés par la loi du 29
octobre 1981 (gouvernement
Mitterrand-Mauroy-Fiterman) et repris par les
lois Marchand, Pasqua, Joxe et les
circulaires Chevènement,...?
Non, puisque c'est ainsi légitimer les
camps de transit dont rêve Le Pen.
Peut-on combattre
l'extrême droite en refusant, comme l'ont
fait tous les gouvernements successifs, de
régulariser les sans-papiers ?
Non, car c'est justifier les thèses
racistes selon lesquelles les immigrés sont
responsables du chômage et de
l'insécurité.
Peut-on combattre Le
Pen en expulsant à tour de bras (23 000
expulsions ou reconduites à la frontière ces
cinq dernières années réalisées par la
"gauche plurielle") ?
Non, puisque c'est ainsi faire le lit des
discours xénophobes de Le Pen sur l'étranger
indésirable.
Peut-on combattre Le
Pen qui veut détruire les services
publics, la sécurité sociale, les libertés
individuelles et collectives, en prenant, gouvernement après
gouvernement, des mesures de privatisations,
de licenciements collectifs, de fermeture de
milliers de lits dans les hôpitaux, de
poursuite du plan Juppé contre la protection
sociale, de désertification rurale et
urbaine, le tout au nom de l'Europe de
Maastricht, une « Europe » incompatible avec
celle des peuples solidaires et des
travailleurs ?
Non. On ne peut pas combattre Le Pen en
apportant de l'eau nauséabonde à son
moulin.
Qui oserait croire que
Le Pen n'est pas un danger ? Raison de plus
pour cesser de lui fournir le terreau sur
lequel il prospère depuis tant d'années
!
Les résultats de Jospin ne sont pas à
chercher ailleurs : il récolte ce qu'il a
semé. Pourquoi nier l'évidence et reporter
sur d'autres les responsabilités de ce rejet
massif dont il fait l'objet ?
C'est pourquoi nous nous élevons avec la
plus grande fermeté contre la vaste
entreprise de culpabilisation organisée
contre les travailleurs et les jeunes accusés
de ne pas avoir voté Jospin ou qui n'auraient
pas assez voté Jospin ou contre ceux qui se
sont abstenus. Ils n'ont pas, eux, un gramme
de responsabilité dans la situation
actuelle.
Il convient de ce point de vue de rappeler
la réalité des chiffres :
Il n'y a pas de
raz-de-marée en voix pour Le Pen.
En 1995, Le Pen, Cheminade, De Villiers
ont obtenu 6 099 342 voix.
En 1995, il ne faisait de doute pour
personne que De Villiers fait partie de la
droite extrême. De Villiers, xénophobe et
royaliste notoire, contre-républicain,
anti-avortement, avait recueilli 1 443 235
voix. L'électorat de De Villiers n'a pas
disparu ; il se retrouve, en partie, en 2002,
dans le vote extrême droite.
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En 2002, Le Pen et Mégret
ont recueilli 5 456 586 voix.
L'extrême droite accuse donc un recul de
642 756 voix.

La gauche, qui a fait une politique de
droite pendant cinq ans, est donc seule
responsable si son électorat s'est détourné
d'elle. Et elle porte, avec la droite, la
responsabilité du choc terrifiant d'un Le Pen
au second tour.
Peut-on combattre Le Pen
en votant Chirac ?
Peut-on combattre Le Pen en votant pour un
homme qui a largement contribué à banaliser
Le Pen ? Peut-on faire barrage à l'extrême
droite en votant pour l'homme des «
bruits et odeurs dans la cage
d'escalier », des « quotas »
d'immigrés et du « seuil de
tolérance » ?
Peut-on se servir, dans le combat pour la
démocratie, de Chirac, dont le directeur de
campagne, Antoine Rufenacht, maire du Havre,
élu à la présidence du Conseil régional de
Haute-Normandie grâce aux voix du FN, avait
déclaré : « Le programme du FN peut
paraître excessif sur plusieurs points mais
s'il respecte la Constitution et la règle
démocratique, on ne peut pas le rejeter du
débat » ?
Peut-on donner un chèque en blanc à Chirac
qui vient de tenir un meeting à Lyon flanqué
de Blanc, Soisson et Millon, eux aussi élus
grâce aux voix du FN ? Charles Million ayant
même déclaré que « des dizaines et des
dizaines de députés seront élus grâce aux
voix du FN » ?
Peut-on éteindre un
incendie en y jetant de l'essence ?
Voter Chirac, c'est légitimer un homme
qui, une fois plébiscité, s'attaquera aux
travailleurs, aux jeunes, aux immigrés et
approfondira l'offensive contre le droit au
travail, la protection sociale, la santé,
l'école et la démocratie.
Le Pen est le rejeton monstrueux de la
droite libérale, celui qu'on cache, dont on a
honte, celui qu'on n'emmène pas dans les
dîners en ville, mais qui fait quand même
partie de la famille et qu'on élève, au cas
où...
Voter Chirac, c'est, qu'on le veuille ou
non, renforcer un homme pourtant rejeté au
premier tour par 9 électeurs sur 10, un homme
discrédité comme sont discréditées les
institutions qu'il défend, celles de la Ve
République. Voter Chirac en distillant
l'illusion qu'il va défendre la démocratie,
c'est aider la droite à se remettre en selle
contre la population laborieuse et les
démocrates et lui donner une légalité
inespérée pour appliquer le programme du
MEDEF.
Et voilà qu'à tous ceux qui combattent le
FN depuis si longtemps, on voudrait nous
enfermer dans cette alternative aux allures
de mascarade : l'escroc ou le facho ?
C'est comme si , en Italie, nous avions
conseillé aux travailleurs et jeunes italiens
de voter Berlusconi pour faire barrage au
néo-fasciste Fini et au raciste Bossi !
Il y a une autre
voie.
Combattre Le
Pen,
c'est appeler à l'unité
des travailleurs, des jeunes et des
organisations pour, ensemble, exiger, dans la
rue, par la grève, par les manifestations,
par tous les moyens nécessaires :
- la fermeture de tous les camps de
rétention,
- la régularisation de tous les
sans-papiers,
- l'abrogation de toutes les lois et
circulaires contre les immigrés et leurs
familles,
- l'arrêt de tous les licenciements secs
ou déguisés,
- la défense des services publics et de
santé,
- l'abrogation de la circulaire Juppé
contre la Sécurité sociale,
- le maintien des retraites par
répartition (37,5 annuités
public-privé).
Pas une voix pour Le Pen
!
Pas une voix pour Chirac
!
le 28 avril
2002
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