Notre camarade Patrick Gaillot
nous a quittés le premier août dernier. Nous
perdons avec lui un ami irremplaçable et un
révolutionnaire dévoué qui, malgré les
écueils inhérents à la vie du militant, et
nonobstant la maladie et les tragédies
personnelles qui l'affligèrent tout au long
de ces dix dernières années, jamais ne baissa
la garde, jamais n'abdiqua de ses
convictions.
Patrick commença sa
vie de militant au début des années 70,
encore collégien. Il se tourne assez
rapidement vers le mouvement trotskiste où,
comme nombre d'entre nous, il allait suivre
un itinéraire marqué de rencontres, ruptures,
recommencements, itinéraire qu'il parcourra
cependant toujours dans le même sens : celui
de la reconstruction de la IV°
Internationale.
Ainsi, dans les années
80, adhère-t-il à l'OCI (qui allait devenir,
quelques années plus, tard le PCI), où
certains d'entre nous l'ont connu et ont
milité avec lui. A son exclusion du PCI, à la
fin des 80, Patrick adhère au groupe de
Stéphane Just, qu'il quitte peu de temps
après. Avec d'autres anciens du PCI, il
constitue alors un noyau de militants qui, ne
faisant partie d'aucune Internationale,
travaille avec différentes organisations
européennes (Autriche, Espagne). C'est à
cette époque qu'il se lie au GPOR, groupe
espagnol dont les militants avaient appartenu
au même courant international que lui (et que
nous). Entre-temps, d'autres exclus du PCI
fondaient le GSI en novembre 1992 : Patrick
nous contacta alors, adhéra bien tôt à notre
groupe et, grâce à lui, nous rétablissions,
entre autres, des liens avec les camarades
espagnols du GPOR (aujourd'hui LI, avec
lesquels nous allions rejoindre, peu de temps
après, la LIT IV° Internationale).
Curieux et studieux,
ayant pourtant arrêté ses études
prématurément, notre camarade ne cessa jamais
d'apprendre, de lire, de se documenter,
habité qu'il était par un véritable
acharnement à comprendre le monde. Il avait
ainsi acquis une vaste connaissance du
mouvement trotskiste, dans son histoire et
son actualité : on pouvait toujours compter
sur lui pour expliquer les origines de telle
organisation en Europe, de telle scission en
Amérique Latine, pour éclaircir les positions
de tel parti en Amérique du Nord, de tel
autre en Asie..., pour recommander une riche
bibliographie, une chronologie Il avait la
même connaissance du mouvement ouvrier, de la
réalité sociale, politique et économique, de
la situation nationale et internationale, et
il savait rendre compréhensible le plus
compliqué des conflitsIl usait cependant de
ses capacités d'analyse non pas en dilettante
mais en militant, en constructeur. Salarié
aux PTT, il était par ailleurs militant
syndical à la CGT, où il fut actif tant que
sa santé le lui permit.
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En tant qu'individu, un peu
"baroudeur humaniste", il aimait
passionnément l'Afrique, qu'il avait parcouru
et où il avait vécu quelque temps, et qu'il
connaissait à fond : Patrick appréhendait et
racontait le continent dans toute sa
complexité et, grâce à lui, nous avons publié
des articles qu'autrement nous n'aurions pu
aborder dans ces pages. Alors que l'Afrique
et les Africains ne cessent d'être martyrisés
par l'Histoire, son éclairage indispensable
va tant nous manquer Nous ne doutons pas que
son amitié désintéressée et solidaire
manquera autant aux amis africains de son
proche entourage.
Patrick a milité jusqu'à la fin
dans le GSI et en juin, encore, il diffusait
avec nous l'appel à ne pas voter au deuxième
tour des présidentielles ("ni Chirac, ni Le
Pen") : ce fut là son dernier acte
politique.
Le GSI est fier et s'honore
d'avoir compté parmi les siens un homme, un
militant de la taille de Patrick Gaillot qui,
même dans les moments tragiques de sa vie et
dans la maladie, sut se montrer disponible
pour l'action politique, garder une fidélité
sans faille à ses engagements et un
dévouement inépuisable à l'égard de ses
proches, au premier rang desquels, sa fille
bien-aimée.
Sa perte est pour nous
irréparable : que notre tristesse, nos
propres regrets, notre solidarité et notre
sincère amitié accompagnent donc sa mère,
Monique, et la jeune Elodie.
Le 5 octobre 2002
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