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Déclaration du GSI - Publiée dans l'Internationaliste n°47
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Non à la guerre en Irak !

Le "vieux Sud" et la "vieille Europe".

"Une action sans l'accord de l'ONU serait un désastre. La Turquie, par exemple, le plus proche allié de l'Amérique dans le monde musulman, considérerait une telle guerre comme une catastrophe. C'est pourquoi M. Chirac, en insistant sur un vote du Conseil de sécurité avant toute attaque, a raison. Et il agit ainsi en véritable allié des Etats-Unis." (Quentin Peel, éditorialiste au Financial Times, cité dans l'hebdomadaire Courrier International n°640 du 6 au 12 février 2003, page 5).

Depuis longtemps l'administration Bush a décidé de faire la guerre à l'Irak. L'envoi massif et régulier de troupes depuis plusieurs mois dans la région du Golfe le montre. Pour Bush et son entourage d'ultra réactionnaires, dinosaures rescapés de l'ère Brejniev-Nixon, représentants typiques de la mentalité du vieux Sud ségrégationniste et obtus, la recomposition du monde selon les intérêts exclusifs des multinationales US est le premier objectif de l'agenda. Dès lors, peu leur importe que la majorité des "opinions publiques" soient opposées à la guerre et qu'un puissant mouvement anti-guerre existe aux USA mêmes.

Du 11 septembre à Saddam Hussein

Qui se demande encore, à Washington, où sont passés O. Ben Laden et le molah Omar  ? Quid de la piste américaine, révèlée par une organisation pacifiste US, à propos des attaques à l'anthrax fin 2001, début 2002... Le FBI a-t-il été prié de regarder ailleurs  ?

Comme cela était prévisible, depuis 16 mois, l'administration Bush exploite de façon systématique et éhonté, avec un cynisme abjecte, le sang des victimes des attentats du 11 septembre  : quoi qu'il arrive désormais, le 11 septembre justifie tout. Le citoyen américain est fermement appelé à monter les couleurs chaque matin et à claquer des talons à chaque apparition de Bush à la télévision.

Ceux -  et ils sont nombreux  - qui n'acceptent pas ce diktat sont mis sous la surveillance des services du sinistre Attorney General John Ashcroft (1). La "lutte contre le terrorisme" n'est que le paravent moral et juridique de la lutte contre tout risque de voir contesté un tant soit peu le libre marché capitaliste et son bras armé. Cela aussi, on l'avait compris.

Bush peut donc passer à autre chose, maintenant, c'est le tour de Saddam Hussein. Le nouvel ordre mondial voulu par Bush-Cheney-Rumsfeld consiste à mette à terre les derniers vestiges de l'ordre de Yalta-Potsdam dans la mesure où ceux-ci ne peuvent pas être recyclés dans l'ordre nouveau  : l'ONU est dans la ligne de mire, l'OTAN aussi dans une certaine mesure. Dans cette optique, d'anciennes alliances doivent être réévaluées et des vieilles oppositions, atténuées.

Mais voilà, Bush ne va-t-il pas trop vite, trop loin  ? Emporté par cet excès de confiance en soi inhérent à la "surperpuissance", l'impérialisme US ne risque-t-il pas de créer un chaos, sans commune mesure avec ce que le XXème siècle connut de pire  ? Beaucoup des "alliés" des USA s'interrogent.

Affrontements inter-impérialistes

Ils s'interrogent d'autant plus bruyamment que leur part du gâteau de l'économie mondiale leur est plus brutalement contestée par l'oncle Sam. C'est le cas de l'impérialisme français, dont les intérêts sont systématiquement mis en cause, avec plus ou moins d'élégance, en Afrique, au Proche et au Moyen-Orient surtout.

L'observateur averti aura relevé que le Rwanda puis l'ex-Zaïre, à l'époque de Clinton, avaient été le théâtre d'affrontements inter-impérialistes dans lesquels les Africains avaient servi d'intermédiaires promis au massacre. De même en Afrique de l'Ouest, le Libéria, le Sierra Leone et la Guinée, la région dans laquelle se trouve la Côte d'Ivoire, sont en proie à des guerres civiles dans lesquelles les compagnies minières tirent les ficelles, par "sociétés de sécurité" interposées.

Ces deux régions, l'Afrique centrale et occidentale, comme le Proche et le Moyen-Orient, sont des leviers déterminants dans ce qui reste de puissance à l'impérialisme français, dont la présence dans ces régions est cependant contestée par des "alliés" de longue date : l'impérialisme US et son satellite anglais.

Quant à l'Allemagne, sa bourgeoisie déploie depuis 10 ans une offensive déterminée pour réoccuper une place politique de premier plan, plus conforme à sont poids économique. Dans ce cadre, l'offensive US en direction de l'Irak contrecarre des projets qui passent par le Proche et le Moyen-Orient.

La Russie et la Chine rééquilibrent leurs alliances

Les dirigeants de la Russie de Putine, dominée par l'oligarchie mafieuse héritière de la bureaucratie stalinienne, se heurtent dorénavant à une sérieuse concurrence US en Asie centrale et sur la région de la Mer Caspienne, dans les domaines du pétrole et du gaz.

Bien que souhaitant un partenariat stratégique à long terme avec l'impérialisme US, l'équipe de Poutine, qui joue par ailleurs sur le nationalisme grand russe, cherche à rééquilibrer les rapports de forces. D'où la petite phrase de Poutine, lors de sa visite à Paris, sur la nécessité d'un monde multipolaire et sa plaisanterie à propos du Conseil de sécurité qui ne doit pas ressembler à un congrès de l'ex-PCUS  !

La Chine "populaire", avec d'énormes ambitions dans la région, et en capacité de devenir le principal rival commercial des USA d'ici 20 ans, espère bien récupérer Taïwan. Ses dirigeants craignent une intervention US contre la Corée du Nord (désignée par Bush comme un membre de "l'axe du Mal"). Mais sa dépendance à l'étape actuel pour 25% des USA pour ses exportations, permet de mieux comprendre l'appui modéré apporté par la Chine à la proposition Chirac-Schröder-Poutine.

Une guerre illégitime

On le voit bien, on est loin des préoccupations sur la morale et sur le droit, arguments mis au centre des discussions tendues qui secouent le Conseil de sécurité de l'ONU et l'OTAN. Penchons-nous quand même sur ces questions.

Les séquelles de la guerre du GolfeSelon nous, marxistes, cette guerre est illégitime car il revient aux Irakiens, et à personne d'autre, de se débarrasser du dictateur Saddam Hussein, celui à qui un embargo inique a permis de tenir plus de 10 ans, au prix de sacrifices inouïs pour le peuple qui paie chaque jour de son sang.

Cette guerre est illégitime car il y a belle lurette que l'Irak n'est plus en capacité de menacer militairement qui que ce soit dans la région et ailleurs. Tout le monde le sait si bien que l'équipe de T. Blair est allée jusqu'à plagier une thèse d'étudiant vieille de 12 ans pour étayer ses "preuves" de projets belliqueux de l'Irak de 2003  ! Des voix s'élèvent jusqu'à la CIA, où des analystes se plaignent des pressions qu'ils subissent pour biaiser leur rapports dans le sens voulu par les agités de l'équipe Rumsfeld-Wolfowitz.

Mais voilà, la guerre contre l'Irak, programmée par Bush, aura lieu. Tout est question de "présentation" à l'"opinion publique"  : la fameuse légalité du Conseil de sécurité. Et la position de Chirac, qui consiste à défendre bec et ongles les intérêts des puissances impérialistes qu'il représente, est ambivalente. A contrario, se faisant "l'avocat du diable"(2), cette position travaille, en quelque sorte, à dégager toutes les objections qui pourraient s'élever contre la guerre et à chercher les éléments qui pourrait la justifier, légalement et moralement.

Les conditions de l'élection de Bush en 2000 pèsent lourd dans la balance

Mais voilà, cette tactique demande du temps  : avec les effectifs actuels, il faudrait 2 ans aux inspecteurs pour faire le tour de l'Irak et constater qu'il n'y a pas grand chose. Or, le temps est la seule chose qui manque à Bush et à son équipe, d'où leur irritation de plus en plus visible de vis-à-vis de la position russo-germano-française.

L'arrivée du printemps rend la guerre très difficile en zone désertique ou semi-désertique et le printemps c'est le 15 mars. L'autre échéance qui pèse sur l'agenda de Bush c'est l'approche du terme de son mandat, fin 2004.

D'ici là, il lui faudra gagner les primaires républicaines et obtenir un nouveau mandat, lui qui, minoritaire en voix en 2000, fut élu d'une façon si contestable. Cette élection aurait pu déboucher sur une crise politique majeure aux USA mêmes, si les attentats du 11 septembre n'étaient pas venus fort à propos donner à Bush, et aux membres les plus radicaux de son équipe, tous les arguments pour proclamer  : "America is back  !"(3).

Toutefois dans sa volonté d'en finir au plus vite, l'administration Bush vient d'aggraver la crise politique de l'Europe de Maastricht. En quelque jours, 3 prises de positions mettent fin aux velléités d'une "Europe diplomatique"  : l'appel des 8 chefs de gouvernements européens dans le Wall-Street Journal en appui de Bush, un vote du parlement européen dans le sens opposé, puis une déclaration, dans le sens voulu par Bush de la part de tous les pays d'Europe de l'Est, ex-membre du Pacte de Varsovie et candidats à l'UE et à L'OTAN  !

Tout cela fait dire à V. Giscard-d'Estaing, Président de la Convention européenne chargée de proposer un projet de constitution à l'UE, que l'Europe politique a régressé en deçà du traité de Maastricht... Pendant ce temps, l'impérialisme US et son valet britannique accentuent les préparatifs pour écraser dans le sang le peuple irakien.

Ce n'est pas l'ONU ni les gesticulations diplomatiques de l'axe Paris-Berlin-Moscou. qui empêchera cette agression.

Seule la mobilisation unie des travailleurs et des peuples du monde entier pourront l'empêcher.

Non au génocide du peuple irakien  !

Pas un centime, pas un soldat pour la guerre en Irak  !

Impérialistes, bas les pattes devant l'Irak  !


1) "A ceux qui effraient le peuple épris de liberté avec les fantômes de la liberté perdue ; mon message est celui-ci : Vos tactiques aident seulement les terroristes". J. Ashcroft

2) Pour les ultra-conservateurs aux USA, qui vivent avec la Bible dans une main et le fusil dans l'autre, Saddam Hussein est, à proprement parler, le Diable...

3) "L'Amérique est de retour", le vieux slogan de la droite du parti républicain.

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