"Une action sans l'accord de l'ONU
serait un désastre. La Turquie, par exemple, le plus
proche allié de l'Amérique dans le monde musulman,
considérerait une telle guerre comme une catastrophe.
C'est pourquoi M. Chirac, en insistant sur un vote du
Conseil de sécurité avant toute attaque, a raison. Et
il agit ainsi en véritable allié des
Etats-Unis." (Quentin Peel, éditorialiste au
Financial Times, cité dans l'hebdomadaire Courrier
International n°640 du 6 au 12 février 2003, page
5).
Depuis longtemps
l'administration Bush a décidé de faire la guerre à
l'Irak. L'envoi massif et régulier de troupes depuis
plusieurs mois dans la région du Golfe le montre.
Pour Bush et son entourage d'ultra réactionnaires,
dinosaures rescapés de l'ère Brejniev-Nixon,
représentants typiques de la mentalité du vieux Sud
ségrégationniste et obtus, la recomposition du monde
selon les intérêts exclusifs des multinationales US
est le premier objectif de l'agenda. Dès lors, peu
leur importe que la majorité des "opinions publiques"
soient opposées à la guerre et qu'un puissant
mouvement anti-guerre existe aux USA mêmes.
Du 11 septembre à Saddam
Hussein
Qui se demande encore, à
Washington, où sont passés O. Ben Laden et le molah
Omar ? Quid de la piste américaine, révèlée par une
organisation pacifiste US, à propos des attaques à
l'anthrax fin 2001, début 2002... Le FBI a-t-il été
prié de regarder ailleurs ?
Comme cela était prévisible,
depuis 16 mois, l'administration Bush exploite de
façon systématique et éhonté, avec un cynisme
abjecte, le sang des victimes des attentats du 11
septembre : quoi qu'il arrive désormais, le 11
septembre justifie tout. Le citoyen américain est
fermement appelé à monter les couleurs chaque matin
et à claquer des talons à chaque apparition de Bush à
la télévision.
Ceux - et ils sont nombreux
- qui n'acceptent pas ce diktat sont mis sous la
surveillance des services du sinistre Attorney
General John Ashcroft (1). La "lutte contre le
terrorisme" n'est que le paravent moral et juridique
de la lutte contre tout risque de voir contesté un
tant soit peu le libre marché capitaliste et son bras
armé. Cela aussi, on l'avait compris.
Bush peut donc passer à autre
chose, maintenant, c'est le tour de Saddam Hussein.
Le nouvel ordre mondial voulu par
Bush-Cheney-Rumsfeld consiste à mette à terre les
derniers vestiges de l'ordre de Yalta-Potsdam dans la
mesure où ceux-ci ne peuvent pas être recyclés dans
l'ordre nouveau : l'ONU est dans la ligne de mire,
l'OTAN aussi dans une certaine mesure. Dans cette
optique, d'anciennes alliances doivent être
réévaluées et des vieilles oppositions,
atténuées.
Mais voilà, Bush ne va-t-il
pas trop vite, trop loin ? Emporté par cet excès de
confiance en soi inhérent à la "surperpuissance",
l'impérialisme US ne risque-t-il pas de créer un
chaos, sans commune mesure avec ce que le XXème
siècle connut de pire ? Beaucoup des "alliés" des
USA s'interrogent.
Affrontements
inter-impérialistes
Ils s'interrogent d'autant
plus bruyamment que leur part du gâteau de l'économie
mondiale leur est plus brutalement contestée par
l'oncle Sam. C'est le cas de l'impérialisme français,
dont les intérêts sont systématiquement mis en cause,
avec plus ou moins d'élégance, en Afrique, au Proche
et au Moyen-Orient surtout.
L'observateur averti aura
relevé que le Rwanda puis l'ex-Zaïre, à l'époque de
Clinton, avaient été le théâtre d'affrontements
inter-impérialistes dans lesquels les Africains
avaient servi d'intermédiaires promis au massacre. De
même en Afrique de l'Ouest, le Libéria, le Sierra
Leone et la Guinée, la région dans laquelle se trouve
la Côte d'Ivoire, sont en proie à des guerres civiles
dans lesquelles les compagnies minières tirent les
ficelles, par "sociétés de sécurité"
interposées.
Ces deux régions, l'Afrique
centrale et occidentale, comme le Proche et le
Moyen-Orient, sont des leviers déterminants dans ce
qui reste de puissance à l'impérialisme français,
dont la présence dans ces régions est cependant
contestée par des "alliés" de longue date :
l'impérialisme US et son satellite anglais.
Quant à l'Allemagne, sa
bourgeoisie déploie depuis 10 ans une offensive
déterminée pour réoccuper une place politique de
premier plan, plus conforme à sont poids économique.
Dans ce cadre, l'offensive US en direction de l'Irak
contrecarre des projets qui passent par le Proche et
le Moyen-Orient.
La Russie et la Chine
rééquilibrent leurs alliances
Les dirigeants de la Russie de
Putine, dominée par l'oligarchie mafieuse héritière
de la bureaucratie stalinienne, se heurtent
dorénavant à une sérieuse concurrence US en Asie
centrale et sur la région de la Mer Caspienne, dans
les domaines du pétrole et du gaz.
Bien que souhaitant un
partenariat stratégique à long terme avec
l'impérialisme US, l'équipe de Poutine, qui joue par
ailleurs sur le nationalisme grand russe, cherche à
rééquilibrer les rapports de forces. D'où la petite
phrase de Poutine, lors de sa visite à Paris, sur la
nécessité d'un monde multipolaire et sa plaisanterie
à propos du Conseil de sécurité qui ne doit pas
ressembler à un congrès de l'ex-PCUS !
La Chine "populaire", avec
d'énormes ambitions dans la région, et en capacité de
devenir le principal rival commercial des USA d'ici
20 ans, espère bien récupérer Taïwan. Ses dirigeants
craignent une intervention US contre la Corée du Nord
(désignée par Bush comme un membre de "l'axe du
Mal"). Mais sa dépendance à l'étape actuel pour 25%
des USA pour ses exportations, permet de mieux
comprendre l'appui modéré apporté par la Chine à la
proposition Chirac-Schröder-Poutine.
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Une guerre illégitime
On le voit bien, on est loin
des préoccupations sur la morale et sur le droit,
arguments mis au centre des discussions tendues qui
secouent le Conseil de sécurité de l'ONU et l'OTAN.
Penchons-nous quand même sur ces questions.
Selon nous, marxistes, cette guerre est
illégitime car il revient aux Irakiens, et à personne
d'autre, de se débarrasser du dictateur Saddam
Hussein, celui à qui un embargo inique a permis de
tenir plus de 10 ans, au prix de sacrifices inouïs
pour le peuple qui paie chaque jour de son
sang.
Cette guerre est illégitime
car il y a belle lurette que l'Irak n'est plus en
capacité de menacer militairement qui que ce soit
dans la région et ailleurs. Tout le monde le sait si
bien que l'équipe de T. Blair est allée jusqu'à
plagier une thèse d'étudiant vieille de 12 ans pour
étayer ses "preuves" de projets belliqueux de l'Irak
de 2003 ! Des voix s'élèvent jusqu'à la CIA, où des
analystes se plaignent des pressions qu'ils subissent
pour biaiser leur rapports dans le sens voulu par les
agités de l'équipe Rumsfeld-Wolfowitz.
Mais voilà, la guerre contre
l'Irak, programmée par Bush, aura lieu. Tout est
question de "présentation" à l'"opinion publique" :
la fameuse légalité du Conseil de sécurité. Et la
position de Chirac, qui consiste à défendre bec et
ongles les intérêts des puissances impérialistes
qu'il représente, est ambivalente. A contrario, se
faisant "l'avocat du diable"(2), cette position
travaille, en quelque sorte, à dégager toutes les
objections qui pourraient s'élever contre la guerre
et à chercher les éléments qui pourrait la justifier,
légalement et moralement.
Les conditions de l'élection de
Bush en 2000 pèsent lourd dans la balance
Mais voilà, cette tactique
demande du temps : avec les effectifs actuels, il
faudrait 2 ans aux inspecteurs pour faire le tour de
l'Irak et constater qu'il n'y a pas grand chose. Or,
le temps est la seule chose qui manque à Bush et à
son équipe, d'où leur irritation de plus en plus
visible de vis-à-vis de la position
russo-germano-française.
L'arrivée du printemps rend la
guerre très difficile en zone désertique ou
semi-désertique et le printemps c'est le 15 mars.
L'autre échéance qui pèse sur l'agenda de Bush c'est
l'approche du terme de son mandat, fin
2004.
D'ici là, il lui faudra gagner
les primaires républicaines et obtenir un nouveau
mandat, lui qui, minoritaire en voix en 2000, fut élu
d'une façon si contestable. Cette élection aurait pu
déboucher sur une crise politique majeure aux USA
mêmes, si les attentats du 11 septembre n'étaient pas
venus fort à propos donner à Bush, et aux membres les
plus radicaux de son équipe, tous les arguments pour
proclamer : "America is back !"(3).
Toutefois dans sa volonté d'en
finir au plus vite, l'administration Bush vient
d'aggraver la crise politique de l'Europe de
Maastricht. En quelque jours, 3 prises de positions
mettent fin aux velléités d'une "Europe diplomatique"
: l'appel des 8 chefs de gouvernements européens
dans le Wall-Street Journal en appui de Bush, un vote
du parlement européen dans le sens opposé, puis une
déclaration, dans le sens voulu par Bush de la part
de tous les pays d'Europe de l'Est, ex-membre du
Pacte de Varsovie et candidats à l'UE et à L'OTAN
!
Tout cela fait dire à V.
Giscard-d'Estaing, Président de la Convention
européenne chargée de proposer un projet de
constitution à l'UE, que l'Europe politique a
régressé en deçà du traité de Maastricht... Pendant
ce temps, l'impérialisme US et son valet britannique
accentuent les préparatifs pour écraser dans le sang
le peuple irakien.
Ce n'est pas l'ONU ni les
gesticulations diplomatiques de l'axe
Paris-Berlin-Moscou. qui empêchera cette
agression.
Seule la mobilisation unie des
travailleurs et des peuples du monde entier pourront
l'empêcher.
Non au génocide du peuple
irakien !
Pas un centime, pas un
soldat pour la guerre en Irak !
Impérialistes, bas les
pattes devant l'Irak !
1)
"A ceux qui effraient
le peuple épris de liberté avec les fantômes de la
liberté perdue ; mon message est celui-ci : Vos
tactiques aident seulement les terroristes". J.
Ashcroft
2)
Pour les
ultra-conservateurs aux USA, qui vivent avec la Bible
dans une main et le fusil dans l'autre, Saddam
Hussein est, à proprement parler, le
Diable...
3)
"L'Amérique est de
retour", le vieux slogan de la droite du parti
républicain.
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