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Déclaration du GSI - L'Internationaliste n°49

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"Grève générale jusqu'à satisfaction !"

Lever tous les obstacles.

Depuis plus de deux mois, les enseignants sont en grève contre la décentralisation et le projet de "réforme" des retraites. Dès le 1er février, l'ensemble de la fonction publique a fait clairement connaître sa détermination, contre les projets Raffarin-Fillon-Ferry-Delevoye, par des grèves et des manifestations massives dont, les plus importantes, celles des 13, 19, 25 et 27 mai.

Pour leur part, les travailleurs du secteur privé sont de plus en plus nombreux dans les cortèges. Ainsi, lors du gigantesque défilé de Paris le 25 mai, a-t-on pu voir les banderoles d'Alstom, Bouygues, Dassault, Euro-Disney, etc., ou encore les délégations des employés de restaurants Mac Donald's ou Frog en grève, essentiellement des jeunes en contrats précaires. Un premier obstacle, celui de la division entre travailleurs du privé et fonctionnaires, commence à être surmonté. Mais pour imposer le recul du gouvernement, des obstacles clairement identifiés subsistent.

Une campagne acharnée de division

Tous les soirs, cherchant sans grand succès à les opposer aux enseignants en grève, le journal de France 2 prend parents et élèves en otage, écoliers, lycéens, étudiants.

Alors que la grève se poursuit à la SNCF et à la RATP, le lendemain du 13 mai, G. De Robien, ministre des transports, menace d'instaurer un service minimum antigrève, tandis que Le Pen appelle au licenciement, pur et simple, des grévistes du secteur des transports.

Pour sa part, le clone "républicain" de Le Pen, A. Madelin, commet, lui, un livre préconisant sa solution de toujours en matière de retraite et de santé, à savoir: la "responsabilité individuelle", les assurances privées et les fonds de pension; un texte qui reprend, en fait, tous les dogmes ultra-libéraux au service de la haute finance, toutes les recettes ayant fait faillite aux USA en Angleterre et ailleurs, mais qu'importe. De plus, agités par les uns ou par les autres, ces épouvantails ont pour fonction de nous faire croire que le projet du gouvernement est, somme toute, modéré.

Au soir du 25 mai, F. Fillon s'est lancé dans une brutale tentative d'opposer public et privé. Dans le même temps, les présidents des entreprises publiques, SNCF, RATP, La Poste, faisant tout pour désamorcer une situation explosive, lançaient une campagne de désinformation pour expliquer à leurs personnels... qu'ils ne sont pas concernés par cette réforme, que leurs régimes ne sont pas remis en cause Or, comme tout le monde le sait, les régimes spéciaux sont la cible privilégiée du gouvernement depuis des mois !

Le 27 mai, un comité interministériel s'est réuni sur la décentralisation. Le but avoué de cette réunion, à la demande d'une partie de l'UMP, est de casser la mobilisation des enseignants, en reportant cette partie du dossier à plus tard, si nécessaire. Mais après deux mois de grève, disons-le tout net, seul le retrait pur et simple du projet est à l'ordre du jour, et le discours de J.-P. Raffarin, passant sa pommade dans le dos des enseignants, n'a convaincu personne et surtout pas les intéressés.

Le 28 mai, le conseil des ministres a entériné le projet de loi sur les retraites qui va être déposé au parlement en juin. A l'occasion de ce conseil, J. Chirac s'est exprimé pour insister sur la nécessité de cette "réforme". Rappelons qu'il l'avait déjà fait en 1999, lors de la traditionnelle interview du 14 juillet,: "Je crois qu'il est urgent d'engager cette réforme. Je ferai simplement deux observations. La première, c'est que, notamment à ce titre, il est essentiel de créer une épargne retraite, qui s'ajoute à la retraite normale, pour ceux qui le désirent, et surtout qui permettrait à la France de reprendre le contrôle de ses grandes entreprises. Vous avez vu ce qu'il s'est passé à Alcatel. En 24 heures, les retraités californiens ont tout d'un coup décidé qu'ils quittaient Alcatel, et Alcatel a perdu 40% de sa valeur." (C'est nous qui soulignons, NDR). Le reste de la déclaration était à l'avenant et, depuis, Chirac n'a pas changé d'orientation.

Un enjeu à l'échelle du continent

En effet, au sommet européen de Barcelone en 2002, Jospin et Chirac s'étaient engagés conjointement à mettre en place des fonds de pension, tout comme le gouvernement autrichien, ou comme Aznar pour l'Espagne, Berlusconi pour l'Italie, ou Schröder pour l'Allemagne, qui poursuit son "agenda social", ou encore Blair qui continue son dynamitage du NHS en Angleterre (Service National de Santé).

Le projet français, donc, s'inscrit bien dans le cadre d'une offensive à l'échelle européenne contre la protection sociale (retraites et santé), l'éducation nationale et d'autres services publics, pour les privatiser ou les soumettre aux impératifs du capital (comme c'est le cas des universités par le biais des ECTS). En France, cette privatisation passe par l'éclatement préalable des services publics, via la décentralisation.

Tout cela, en France, en Allemagne, en Espagne, en Italie, en Grande-Bretagne, en Autriche (dans ce dernier pays, 500 000 manifestants récemment, un record depuis la Seconde guerre mondiale), les travailleurs et la jeunesse l'ont bien compris. Cependant, les bureaucraties syndicales et politiques persistent à ne pas vouloir comprendre.

En effet, dans un tel contexte, on aurait pu s'attendre à ce que la CES (Confédération européenne des syndicats) appelle l'ensemble des travailleurs d'Europe au combat contre cette remise en cause généralisée : cela aurait été la moindre des choses pour une organisation syndicale digne de ce nom. Au contraire, ayant participé à l'élaboration de la politique de l'Union Européenne contre les travailleurs (depuis le Conseil économique et social européen), la CES s'acharne dans une entreprise de division, empêchant toute jonction entre les travailleurs des différents pays : les luttes doivent rester nationales, pour ne pas remettre en cause l'édifice d' "une économie ouverte dans laquelle le marché est libre", selon les termes du traité de Maastricht...

De son côté, en s'employant à fermer toute perspective politique,
la défunte "gauche plurielle" soutient objectivement Raffarin.

Ni le PS ni le PC ne défendent la retraite par répartition ; ni le PS ni le PC n'exigent 37,5 années de cotisations pour tous ; PS et PC sont avec le gouvernement pour la décentralisation.

Le PS, lui, ne recule devant rien : tout en affirmant que la réforme est nécessaire, il demande le retrait du projet Fillon et, à cet effet, il a même signé un texte commun avec les Verts et le groupuscule bourgeois des radicaux de gauche. Le PS voudrait-il faire oublier que le gouvernement Jospin a préparé patiemment le terrain à une telle réforme et que le projet Fillon n'est qu'une variante de ce que Jospin aurait appliqué s'il avait été élu en 2002? Pour preuve, il suffit de rappeler qu'à l'occasion du dernier congrès de ce parti (du 16 au 18 mai), aucune des motions préparatoires n'a mis en avant l'exigence de 37,5 années de cotisations pour tous.

En passant, la présence de B. Thibault au congrès du PS, en tant qu'invité (ovationné !), n'a fait que souligner l'ambiguïté du positionnement de bien des responsables de la CGT.

Par la voix de sa secrétaire nationale, le PCF, qui a participé jusqu'au bout au gouvernement Chirac-Jospin, appelle le gouvernement à reprendre le dossier à zéro et à ouvrir de "véritables négociations". Or, quand il n'y a rien à négocier et que la rue exige le retrait pur et simple des projets Ferry et Fillon, appeler à négocier signifie, objectivement, désorganiser le mouvement en cours, pour mieux l'enterrer ensuite.

Les directions syndicales ont le dos au mur

Contrairement à ce qu'escomptait le gouvernement, la signature d'un accord avec la CFDT et la CFE-CGC au soir du 16 mai n'a pas brisé le "front syndical" cimenté par la mobilisation des travailleurs. De nombreuses structures de la CFDT ont désavoué cette signature et appelé à poursuivre le mouvement : au contraire, la signature à radicalisé la mobilisation et clarifié les mots d'ordre. Désormais, le retrait est une exigence générale de même que monte celle de l'abrogation de la loi Balladur de 1993 (qui a porté à 40 ans les retraites du secteur privé) : 37,5 ans de cotisation maximum, une pension à 75% minimum du salaire, retraite à 60 ans pour tous, voilà ce qu'on entend maintenant dans les manifestations.

D'une simple opposition au projet, le mouvement est passé aux revendications et exigences "en positif". La question du financement des retraites fait surgir dans les manifestations des slogans réclamant que les patrons paient, que les salaires soient augmentés et que des emplois fixes, non précaires, soient créés, le non-remplacement des fonctionnaires partant à la retraite est mis ouvertement en cause. Il est indéniable : c'est toute la politique du gouvernement qui est contestée. Par là, objectivement, c'est l'existence même du gouvernement qui est mise en cause.

D'où l'empressement de B. Thibault, de la CGT, à reconnaître que "ce n'est pas la rue qui gouverne" (dixit Raffarin), d'où ses demandes répétées d'ouverture de "véritables négociations" D'où, aussi, M. Blondel déclarant, à la manifestation du 25, qu'appeler à la grève générale, c'est appeler à l'insurrection et au renversement du gouvernement, ce qui n'est pas le but de FO... Cependant, pressés par leurs bases, les deux leaders syndicaux laissaient, en parole au moins, toute latitude à leurs organisations pour décider de la suite du mouvement.

A cette ligne démobilisatrice "des grandes confédérations", seule l'US-G10 (Sud et autres) fait exception, qui a appelé ouvertement - et très tôt - à la grève générale reconductible.

Néanmoins, il n'est pas une organisation syndicale où la discussion n'est pas structurée par la question de la grève générale jusqu'à satisfaction, soit pour l'éviter, soit pour l'appeler. Quant aux bureaucrates, même le terme de "grève générale" leur fait peur. Aussi, l'appel à une grève "nationale et interprofessionnelle" le 3 juin sonne à la fois comme un aveu et comme une ultime tentative des directions syndicales : d'une part, l'aveu d'être poussées inéluctablement vers la grève générale ; d'autre part, l'ultime tentative pour faire rentrer, dès le lendemain, les travailleurs dans les rangs. Pour les travailleurs, le 3 juin, c'est l'obstacle à franchir : faire de la grève générale une réalité.

L'alternative politique reste à construire

La question du gouvernement, de l'issue politique, pèse naturellement sur la réflexion de chaque travailleur. Mais il ne s'agit pas de changer un Premier ministre ou un ministre par un autre, cela ne réglerait pas le problème. Ce qui est au centre de la bataille, le préalable incontournable, c'est le retrait définitif des projets Fillon-Ferry-Delevoy. Les comités de grève, qui ont déjà commencé à apparaître ici et là, peuvent apporter un début de réponse à cette question.

Dès le départ, ce mouvement a montré une maturité et une détermination supérieures à celui de 1995. La question de la grève générale s'est posée de façon évidente et même, de fait, celle du gouvernement. Alors, il nous faut réfléchir à l'organisation de la grève générale, à la généralisation des comités de grève, à leur centralisation aux niveaux locaux (commune, département) et au niveau national, par un comité central de grève.

Mais il est évident que si la classe ouvrière disposait d'un parti ouvrier révolutionnaire indépendant, les freins que constituent les directions du PCF et du PS, comme ceux imposés par les directions syndicales bureaucratiques, auraient volé depuis longtemps en éclats.

Paris, Le 29 mai 2003


CES : Confédération Européenne des Syndicats
CFDT : Confédération Française Démocratique du Travail
CFE-CGC : Confédération Française de l'Encadrement - Confédération Générale des Cadres
CGT : Confédération Générale du Travail
ECTS : European Credit Transfer System - "Système Européen de Transfert de Crédits".
FO : Force Ouvrière
NHS : National Health Service - Service National de Santé
PS : Parti Socialiste
PCF : Parti Communiste Français
RATP : Régie Autonome des Transports Parisiens
SNCF : Société Nationale des Chemins de Fer
UMP : Union pour la Majorité Présidentielle
US-G10 : Union Syndicale - "Groupe des 10"

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