La Ligue Internationale des
Travailleurs - IV Internationale (LIT-QI)
salue tous les militants et organisations
anticapitalistes présents dans le Forum
Social Européen de Paris-St. Denis.
Cette importante Rencontre a lieu au
milieu d'une crise très grave de l'occupation
colonialiste d'Iraq, précisément quand les
gouvernements européens "démocratiques"
montrent leur vrai visage en rejoignant le
grand partenaire impérialiste, en
légalisant dans le Conseil de Sécurité de
l'ONU la recolonisation armée de
l'Iraq. Maintenant, leur rivalité a
été réduite à ne pas envoyer des troupes et à
esquiver la collecte pour une
"reconstruction" monopolisée par les
multinationales américaines. Le rôle même de
l'ONU, comme organisme au service de la
domination impérialiste, est devenu clair aux
peuples du monde.
Cette politique de l'impérialisme européen
est en accord avec son soutien formel au
rapport Solana, cyniquement
intitulé "Une Europe sûre dans un monde
meilleur", où on s'enlève le masque pacifiste
pour copier le discours réactionnaire
de "la guerre infinie" de Bush et où
on s'inscrit dans la doctrine militaire des
"actions préventives", en
soutenant "l'intervention précoce, rapide
et, si nécessaire, ferme, de l'Union, dans
n'importe quel point de la planète".
L'UE, reconnaissant l'indiscutable suprématie
militaire des Etats-Unis, veut s'affirmer
comme "puissance d'envergure
mondiale" aussi sur le plan
militaire, en cherchant que les
nord-américains la reconnaissent comme
"alliée" et non comme vassal ; ils
réclament donc que les interventions soient
sous la couverture de l'ONU, où elles
disposent du droit de veto.
Le Forum a aussi lieu en pleine
offensive des principaux Gouvernements
européens contre les droits et les conquêtes
des travailleurs : avec des attaques
généralisées contre les pensions, les
prestations de chômage, la santé et
l'éducation publiques, avec des licenciements
massifs dans les grandes entreprises et la
privatisation des entreprises de l'Etat et
des services publics. Leur objectif n'est
rien d'un autre que faire reculer les
conquêtes sociales et les libertés politiques
à la période antérieure à la II Guerre
Mondiale.
Au nom du fait que les pensions seraient
insoutenables, tous appliquent la même
médecine : retarder l'âge de la retraite,
étendre la base de calcul pour réduire le
montant des pensions, augmenter les années
minimales de cotisation et renforcer les
plans privés contrôlés par la grande banque.
Mais on oublie que, en même temps qu'ils
découpent radicalement les frais sociaux, ils
baissent massivement les impôts aux
entreprises et aux riches.
Un élément clé dans l'actuelle offensive
est la tentative d'imposer une
Constitution européenne qui garantit
ce cours réactionnaire. Depuis
octobre, les Gouvernements européens se
réunissent pour mettre au point le projet
élaboré par une Convention antidémocratique
de notables. Ils continuent de se battre à
propos du partage des pouvoirs et de
l'inclusion des "racines chrétiennes". Mais
il n'y a pas de doute que le texte qui
sortira finalement et qu'ils soumettront
ensuite à des référendums de légitimation,
est une Constitution
antidémocratique, néo-libérale et
impérialiste : la constitution de l'Europe du
Capital et de la Guerre.
UNE CONSTITUTION
ANTIDÉMOCRATIQUE
La Constitution prétend servir de
couverture aux tendances vers un
"Etat fort", de plus en plus autoritaire et
sans contrôle.
Le processus même de l'élaboration de la
Constitution, au mépris des peuples de
l'Europe, est un exemple de la façon d'agir
antidémocratique des Gouvernements. La
Constitution n'est nullement le fruit d'une
souveraineté populaire mais une simple
"charte accordée" des dirigeants.
Une charte qui, une fois approuvée,
devient inamovible puisqu'il serait
impossible de la modifier si un seul pays
membre s'y oppose.
Cette Constitution a éliminé toute
référence aux peuples de l'Europe et
ne laisse aucun doute que seulement les états
actuels ont leur mot à dire et que les
nations sans état n'ont aucune place dans
l'UE et doivent abandonner tout
espoir de voir reconnu leur droit à
l'autodétermination. Mais la
Constitution va encore plus loin : elle
approuve les mesures répressives que les
états peuvent appliquer contre cette
aspiration légitime des peuples, comme l'Etat
Espagnol que l'on réaffirme dans ses
"fonctions essentielles" de "garantir
l'intégrité territoriale, maintenir l'ordre
public et sauvegarder la sécurité
intérieure". Il est évident que les menaces
sérieuses du gouvernement Aznar contre les
Basques ont trouvé un écho dans l'actuel
projet de Constitution.
La Constitution consacre "un espace
policier et judiciaire européen" qui
favorise l'arbitraire des
gouvernements, dotés d'une législation de
plus en plus répressive et
autoritaire. Ce qu'on appelle la
"Clause de Solidarité" est
spécialement menaçant puisqu'elle établit que
l'Union mobilisera tous ses moyens, "y
compris les militaires", pour
"prévenir le risque de terrorisme et
protéger les institutions
démocratiques". Mais qui évalue ce
risque et de qui faut-il protéger les
"institutions démocratiques" ?
Cette Constitution met sur pied
une superstructure bureaucratique hors de
contrôle, où les gouvernements les
plus puissants et la haute bureaucratie de
Bruxelles, confondues avec les grandes
multinationales, prétendent continuer à
dicter les destins du continent, avec un
Parlement européen qui les sert de couverture
démocratique pour leurs attaques.
UNE CONSTITUTION
NEOLIBÉRALE
La presse s'est faite écho du rôle
scandaleux des lobbies, des groupes de
pression des grandes entreprises, face aux
institutions européennes. L'organisation
patronale européenne UNICE est un exemple
notoire : "une véritable machine avec
capacité pour analyser jusqu'à la dernière
virgule les projets des textes législatifs,
dans le but d'introduire les positions
patronales avant que ces projets ne soient
'crachés' de retour au processus de prise de
décision". De la même façon,
"la relation entre le monde des
lobbies et celui des institutions
communautaires est presque
d'osmose, avec un transvasement
continu de personnel vers l'un où l'autre
côté" (El País, 12/10/03)
La Constitution européenne consacre cet
état de choses et légitime l'offensive du
grand capital européen pour mettre un terme
aux conquêtes des travailleurs. Elle consacre
un espace unique où le grand capital peut
faire et défaire à son goût, peut se déplacer
avec une liberté complète, rendre précaire
les salaires et les diminuer, fermer des
usines et les transférer aux pays de l'Est et
au Tiers Monde pour exploiter les bas
salaires et l'absence de droits.
Particulièrement grave est le fait que la
Constitution accepte comme correct, par
omission, l'Accord Général pour le Commerce
de Services (AGCS), proposé par
l'Organisation Mondiale du Commerce (OMC) et
accepté avec enthousiasme par l'UE. Cet
accord prétend assurer qu'aucun état membre
ne puisse résister à la privatisation des
services publics : il établit un tribunal
dépendant de l'OMC qui fera valoir -
sanctions et punitions à l'appui - les
prétentions des multinationales face à toute
législation étatique qu'elles considèrent
comme un obstacle au "libre commerce".
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Il n'y a, par contre, aucun "espace
social unique" qui garantit
constitutionnellement un minimum européen de
droits sociaux. Ce qu'on appelle la "Charte
de Droits Fondamentaux", est une insolence
face à ce besoin : elle constitue une
"harmonisation vers le bas" des
droits actuellement reconnus, qui
sont d'ailleurs extrêmement précaires ou
inexistants dans beaucoup de pays de l'Est.
Même le "droit à l'emploi" a été
remplacé par le "droit de
travailler". Entre-temps, la Commission
européenne pourra promouvoir et coordonner la
politique économique au service du grand
capital ; les politiques sociales et fiscales
seront toujours de la compétence des états
membres. La Banque Centrale Européenne sera
toujours hors de tout contrôle et le déficit
zéro se transformera en norme
constitutionnelle. On n'a même pas permis
qu'apparaisse la référence cynique à la
"démocratie sociale avancée", qui a
été conditionnée au maintien "d'une haute
compétitivité".
La Constitution garantit également une
Politique Agricole Commune (PAC)
qui a été dénoncé par toutes les
organisations de petits agriculteurs parce
qu'elle mènera à la ruine des
centaines de milliers d'entre eux, au
bénéfice des grands propriétaires fonciers et
des grandes entreprises agricoles, orientés
vers l'exportation subventionnée et
bénéficiaires de la part du lion des
subventions agricoles.
UNE CONSTITUTION XENOPHOBE
ET CONTRE LES DROITS DES FEMMES
Le projet de Constitution définit une
Europe xénophobe, transformé en forteresse
face à une immigration qu'elle-même provoque
avec l'exploitation des pays dominés. Elle
crée des citoyens européens de première et de
seconde classe en ouvrant la porte à
l'établissement d'une catégorie
inférieure à celle de la citoyenneté
pleine pour les "résidants de longue
durée non communautaires". Le Ministre
danois de "l'intégration", Bertel Haarder, a
bien donné le ton des gouvernements
récemment, en incitant les mairies à assigner
aux immigrants et aux bénéficiaires d'asile
politique "les travaux les plus sales et
les moins payés", au lieu de "les
laisser vivre de l'aide de l'Etat" :
"Il faut les mettre à ôter la peau aux
visons et à travailler avec des porcs. Aucun
travail ne doit être trop peu pour
eux".
La Constitution ne reconnaît pas non
plus les droits des femmes,
en particulier le droit à la contraception et
à l'avortement, ni les pleins droits pour les
unions de fait.
UNE CONSTITUTION
IMPERIALISTE
La Constitution consacre cette Europe qui
garantit la nouvelle doctrine
militaire des "attaques préventives"
de Solana ; elle légitime
l'occupation militaire de l'Iraq et soutient
le monopole des armes de destruction massive
dans les mains des grandes
puissances impérialistes et de leurs
alliés les plus fidèles comme Israël. Une
Europe impérialiste qui, en même temps
qu'elle "respectera les obligations
dérivées de sa participation à l'OTAN",
permettra à la France et à l'Allemagne de
développer une force conjointe, "dans le
cadre de l'Union".
La Constitution donne droit de citoyenneté
à une Europe impérialiste, dont les
multinationales se font la compétition, avec
les nord-américains, dans le pillage
de l'Amérique latine, l'Afrique et
l'Asie, comme nous venons de le voir
avec la compagnie Repsol dans la "guerre du
gaz" qui a été le détonnant de la révolution
bolivienne. Une Europe tournée ver le pillage
des pays dominés, à travers la dette
extérieure et ce qu'on appelle cyniquement
les "aides au développement", transformées en
instrument "d'ajustements structurels" qui
condamnent des pays entiers à la dépendance,
à la pauvreté et au retard.
Cette Constitution est aussi celle de la
recolonisation des pays de l'Est, riches en
main d'œuvre spécialisée, bon marché et sans
droits. Ces pays, traumatisés par une
décennie de restauration sauvage du
capitalisme et incorporés comme partenaires
européens de seconde classe, sont livrés aux
multinationales européennes, qui profitent de
l'extension pour obliger les travailleurs de
l'actuelle UE "à accepter" la perte de droits
et de conquêtes en l'honneur de la
"compétitivité". C'est aussi l'Europe que
veut recoloniser le Maghreb, à travers la
constitution d'une "aire de libre
échange".
LE ROLE HONTEUX DE LA
GAUCHE OFFICIELLE FACE A LA
CONSTITUTION
Le projet de Constitution n'est pas
seulement la créature de la droite européenne
mais le fruit de l'accord entre
celle-ci et la social-démocratie, sans le
soutien de laquelle elle manquerait toute
viabilité. En réalité, même en
cherchant beaucoup, il est impossible
de trouver des différences entre Schröder et
Blair, en ce qui concerne Chirac, Berlusconi
ou Aznar. Entre-temps, ce ne sont
pas seulement les partis socialistes dans le
gouvernement qui soutiennent la Constitution
mais aussi ceux qui sont dans
l'opposition et partagent ce projet
réactionnaire, en se compromettant à
le respecter et l'appliquer quand ils
accéderont au gouvernement.
Nous devons aussi dénoncer les
anciens partis communistes qui, en
se présentant comme la gauche de la
social-démocratie, refusent de rejeter cette
Constitution et la soutiennent "avec des
critiques", en disant que c'est "un point
de départ", qu'il faut développer dans
un sens "social". Eux aussi
partagent la grande
responsabilité de cautionner cette
Europe réactionnaire, néolibérale et
impérialiste.
ORGANISER LE FRONT DU NON
A LA CONSTITUTION
Organiser le front du NON s'est pas
transformée en une tâche prioritaire
pour le mouvement de l'antiglobalisation et
toutes les forces anticapitalistes
européennes, en particulier face à
la perspective de la réalisation de
référendums dans chaque Etat l'année
prochaine. Ces consultations offrent une
occasion magnifique pour convoquer les
jeunes, les travailleurs et les nationalités
opprimées à montrer un rejet massif de la
cette Europe réactionnaire, ennemi des
travailleurs, de la jeunesse et des
peuples.
Le Forum Social Européen à Paris -
St. Denis est une grande occasion pour
articuler une campagne européenne massive
pour le NON. Il s'agit d'organiser
une activité unitaire intense, qui permet
d'arriver jusqu'au dernier coin du continent,
destinée à démasquer le caractère de cette
"Union Européenne" et à rejeter la
Constitution qui est proposée.
Une campagne qui permettra de diffuser les
contenus alternatifs d'une Europe des
travailleurs et des peuples, des droits
sociaux et économiques, des libertés
démocratiques, de la solidarité avec les
immigrants et les pays opprimés et de la
lutte contre la guerre impérialiste.
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