Le résultat des élections au
parlement européen qui viennent de se
dérouler ce 13 juin, donnent une image
saisissante de la crise politique et
institutionnelle qui ronge l'Union Européenne
de Maastricht élargie à 25 membres. P. Cox,
commissaire de l'Union Européenne a
d'ailleurs parlé de ce scrutin comme étant le
pire depuis que ces élections existent.
En France, le scrutin confirme les grandes
tendances des cantonales et régionales de ce
printemps. L'approfondissement de la crise du
régime et du gouvernement
Chirac-Raffarin-Sarkozy se poursuit malgré le
"sursaut démocratique et républicain" du 21
avril 2002.
Quant au résultat de l'extrême gauche, il
souligne l'urgence d'une clarification et
pose la nécessité, encore une fois, de la
construction d'un parti révolutionnaire pour
le socialisme.
Les travailleurs européens
rejettent les institutions de l'Union
Européenne
La "seule politique possible" est rejetée
massivement. Les travailleurs de toute
l'Europe, y compris à l'Est, n'acceptent pas
les privatisations, le démantèlement des
services publics et de la protection sociale,
le chômage de masse, la précarité et la
pauvreté. Les grèves et manifestations dans
les secteurs de l'éducation, de la santé
ainsi que les mouvements pour la sauvegarde
des retraites sont là pour l'attester.
Ces élections européennes étaient les
premières à concerner les 10 nouveaux membres
de l'Union. Les 732 députés élus le 13 juin
l'ont été dans des conditions qui reflètent
l'énorme rejet d'une politique toute entière
vouée aux intérêts capitalistes et aux
intérêts de la haute finance.
D'ailleurs, l'abstention massive en est la
preuve : dans les 10 nouveaux pays membres
elle atteint 74% en moyenne avec un record de
près de 80% en Pologne. Dans l'ensemble de
l'Union Européenne la moyenne est de 52% !
Même les pays où le vote est obligatoire
connaissent un nombre considérable
d'abstensionnistes.
Le second élément est la sanction de la
quasi totalité des gouvernements et majorités
parlementaires sortants. Seuls la Grèce,
l'Espagne et le Luxembourg font exception.
Pour les deux premiers, la sanction est venue
lors des élections générales de mars (défaite
du PASOK ou du PP). Accessoirement, la gifle
qu'ont reçu Schröeder et Blair pourrait
porter un coup aux tenants de la "troisième
voie" dans l'internationale socialiste.
D'autre part, la volonté affichée par de
nombreux gouvernements de poursuivre dans la
voie suivie jusqu'ici, en cherchant à faire
adopter à tout prix la "constitution
européenne" - taillée sur mesure pour les
capitalistes - a sonné comme une véritable
provocation. D'ores et déjà, les travailleurs
ont signifié par leur vote qu'ils rejettent
cette "constitution" qui serait pour eux un
carcan insupportable.
Ainsi, la crise institutionnelle
et de légitimité hypothèque sérieusement le
projet de construction politique de l'Europe,
qui ressemble de plus en plus à un champ
d'affrontement inter-impérialistes. L'Europe
capitaliste "supranationale" apparaît de plus
en plus comme une utopie
réactionnaire : "La
contradiction entre l'internationalisation de
la production et les frontières nationales ne
peut se résoudre qu'avec un gouvernement
mondial, une monnaie mondiale et le contrôle
des forces de productions libérées de la
camisole de force de la propriété privée.
Imaginer une seconde que les
capitalistes en finiront avec la concurrence
entre eux, pour former un gouvernement
mondial (ou supranational) harmonieux, c'est
rêver (...) (L'Internationale
aujourd'hui. L'Internationaliste
n°22 - Novembre-Décembre 1997).
Oui, les Etats-Unis
Socialistes d'Europe
"L'irruption de blocs commerciaux
annonce l'association étroite entre les
transnationales et leurs Etats dans une dure
lutte pour la division du marché mondial.
L'augmentation des conflits de classes et
inter-impérialistes est l'expression de
l'aiguisement des contradictions du système
impérialiste. Ce que démontre cette crise
c'est que les forces productives engendrées
par le capitalisme ne peuvent plus être
contenues dans le cadre des relations
sociales et de propriété bourgeoises, ni dans
le cadre des Etats nationaux.
La solution à cette
contradiction passe par la rupture avec la
propriété privée capitaliste et par la
destruction des frontières qui séparent les
nations, en construisant des fédérations
socialistes en Europe, en Asie, en Amérique
Latine, en Amérique du Nord, en Afrique, et
dans le Moyen-Orient, afin d'établir une
fédération socialiste mondiale
(ndlr : souligné par nous). Seule la classe
ouvrière pourra accomplir cette tâche. Les
faits démontrent que toutes les principales
contradictions de l'impérialisme se sont
exacerbées à l'extrême, prouvant ainsi la
justesse des analyses de Lénine, selon
lesquelles l'impérialisme est la phase
supérieure et ultime du capitalisme, sa phase
de décadence et d'agonie, qui s'est prolongée
jusqu'à aujourd'hui grâce à la trahison de la
social-démocratie et du stalinisme"
(idem).
L'abstention et le contenu anticapitaliste
que donnent les travailleurs (en particulier
les jeunes) à leurs différentes mobilisations
européennes démontrent, si besoin était, que
le mot d'ordre des Etats-Unis
Socialistes d'Europe est désormais
saisissable par de larges secteurs de la
classe ouvrière. Il est possible
d'avancer sur ce thème dans l'ensemble des
pays de l'Union Européenne, et à l'échelle de
l'Union Européenne, en s'appuyant sur
l'expérience du combat passé de la classe,
contre la bureaucratie stalinienne à l'Est,
contre le capitalisme à l'Ouest. Il s'agit
aujourd'hui de réaliser le "tous
ensemble contre le capitalisme". Car
en Europe comme en France, la lutte des
classes a dominé ces élections.
En France la crise du
régime s'approfondit
Le scrutin européen de juin 2004 s'est
déroulé dans un climat social tendu. Car la
lutte des classes ne s'interrompt pas pendant
les élections. On peut citer les
manifestations contre la casse de l'assurance
maladie ou à l'occasion de la venue de Bush
en Normandie le 5 juin. On peut également
citer la mobilisation des électriciens et des
gaziers contre la privatisation. Ou encore,
emblématique, le combat des travailleurs de
STM à Rennes. Ainsi, après avoir versé des
milliards en subventions et "allégements" à
cette entreprise - sous prétexte de sauver
l'emploi, l'Etat prête le concours de sa
police pour déménager ses équipements et
permettre sa délocalisation.
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Dans ce contexte, les élections du 13 juin
en France confirment les tendances constatées
lors des cantonales et des régionales, à
cette "nuance" près que l'abstention
atteint 57%, un record dans ce genre de
scrutin. Là encore, le rejet à la
fois de l'Europe de Maastricht et du
gouvernement Chirac-Raffarin-Sarkozy explique
le résultat. L'ensemble des grandes forces
politiques de la bourgeoisie est en recul en
nombre de voix. Même si, en pourcentage, le
PS s'approche des 30%.
Quant à la gauche plurielle dans
son ensemble, elle perd 2 millions de voix
(-22%) si l'on compare le premier tour des
élections régionales et celui des
européennes. Toutefois, la présence
dans la plupart des cas de listes PS-Verts en
mars empêche de faire une comparaison sur le
PS seul. Mais comme nous l'avons relevé
(l'Internationaliste n°52), le ton de
celui-ci est à la radicalisation du langage.
Même si dans l'ensemble des régions -
contrôlées à deux exceptions près par le PS,
c'est l'application de la décentralisation
Raffarin qui est à l'ordre du jour...
Le PCF continue son recul et perd
305 000 voix par rapport aux précédentes
européennes. Mais, dans ce contexte
d'abstention, il passe la barre des 5% qui
lui permet de garder des élus. Comme lors des
élections de mars, il profite du retour
limité au bercail d'électeurs auxquels LO et
LCR n'ont pas été capables d'offrir une
perspective.
Dans ce contexte J.Dray, porte-parole du
PS, appelle Chirac à changer de politique ;
tandis que d'autres dirigeants de ce parti
lui demande de changer de Premier ministre.
Le PCF, par la voix de M.-G. Buffet, demande
"solennellement" la démission de Raffarin.
Après la grève de mai-juin 2003, PS et PCF
savent qu'un nouveau mouvement de ce type
mettrait en avant des mots d'ordre
immédiatement politiques. Ils cherchent donc
à désamorcer par avance une situation qui
peut rapidement devenir explosive, en
réaffirmant leur inféodation aux institutions
de la Vème République. Ils en appellent au
Président de la République - clé de voûte du
régime ; et renouvellent ainsi leur
allégeance au régime Bonapartiste. En
réaffirmant, contre vents et marées, la
légitimité de Chirac, le PS comme le PCF,
sont à la recherche d'une sortie
institutionnelle.
La droite "parlementaire" perd 1,7
million de voix (-21%). Talonnée
par l'UDF, l'UMP est réduite à 16,5%. Dans le
même temps, G. Flosse perd la présidence du
gouvernement local de Polynésie française au
profit des autonomistes et indépendantistes.
La perte de ce fief, quasi personnel de
Chirac, depuis toujours tenu par les
gaullistes, ajoute une ombre sérieuse au
tableau, quand on sait que les empires
commencent toujours à craquer à partir de
leur périphérie. La tentative de parti unique
de la droite, impulsée par Chirac et Juppé, a
échoué de façon patente en 2 ans. La crise
menace désormais d'éclater ouvertement à
travers la succession de Juppé.
L'extrême droite perd 2 millions
d'électeurs par rapport aux régionales
(-55%), même si elle progresse de
154 000 voix comparativement à 1999, année
qui suivait la scission du FN. Encore une
fois, la réalité donne tord à Ch. Picquet
membre de la direction de la LCR. Celui-ci
avait centré son appel à voter PS au
lendemain du premier tour des élections
régionales sur une soi-disant montée de
l'extrême droite... Or, le décompte des voix
lui donnait tord. Le même procédé avait déjà
prévalu, souvenons-nous en, en 2002.
Une nouvelle fois, ce scrutin
confirme que l'argument massue des artisans
du vote Chirac était frauduleux.
Le MNR sort marginalisé de cette élection
et la bataille pour l'héritage du fond de
commerce des Le Pen fait rage dans le FN.
Après l'échec personnel de la fille Le Pen,
l'offensive de Golnisch et Stirbois montre
l'émergence d'un courant radical qui,
spéculant sur l'âge du capitaine, conteste
ouvertement "le chef" et revendique la
direction de ce parti. Ces élections ont
aussi vu apparaître quelques listes à
caractère poujadiste qui piétinent les
plates-bandes du FN. L'extrême droite
est aussi en crise, même si le terreau qui a
permis sa prospérité ces 20 dernières années
n'a pas disparu.
Grève générale ou élection
anticipée ?
Même s'il a attendu le 16 juin pour
s'exprimer sur le sujet, J.-P. Raffarin
annonce qu'il compte bien continuer à mettre
en oeuvre la politique qu'il a reçue
"mission" d'appliquer : la contre-réforme de
l'assurance maladie, la privatisation
d'EdF-GdF, etc. De son côté, Chirac se tait,
ou plutôt, lors du Conseils des ministre du
16 juin, il se contente d'apporter tout son
appui au Ministre Douste-Blazy dans son
offensive contre le système de protection
sociale... La question qui se pose n'est pas
de savoir s'il faut chasser ou pas ce
gouvernement et ce régime bourgeois anti
démocratique et archi-minoritaire. La
question qui se pose est la suivante :
comment renverser le gouvernement et le
régime ?
En effet, les appareils syndicaux liés à
la "gauche plurielle" font tout pour empêcher
le déferlement d'une grève générale :
dislocation des mouvements, journées
d'actions par secteurs professionnels à
répétition... Ils craignent par dessus tout
la jonction entre des secteurs décisifs du
public (énergie, santé, éducation
nationale...) et du privé ; frappés eux
aussi par les conséquences de la
contre-réforme des retraites et par les
restructurations.
Cela permet d'aborder une autre question :
doit-on attendre de B. Thibault qu'il appelle
à la grève générale ? Non. On l'a vu en 2003,
ceux qui ont fait de cette supplique le
centre de leur agitation ont contribué à
empêcher l'extension de la grève en s'en
remettant à la direction de la CGT - c'est à
dire à l'appareil stalinien en voie de
social-démocratisation. De ce fait, ils n'ont
pas ouvert de perspective politique
indépendante à la classe ouvrière. Les
bureaucraties syndicales ont ainsi pu empêché
la grève générale, en limitant la
mobilisation au seul objectif de faire
reculer le gouvernement sur le projet
Fillion. Résultat de cette orientation : ce
qui aurait pu déboucher sur la grève générale
s'est terminé par une "journée d'actions".
Désormais, la nécessité de la
grève générale est objectivement posée. La
grève générale non "pour faire reculer le
gouvernement", mais pour l'abattre ; la grève
générale non pour "une autre politique", mais
pour en finir avec ce régime. La grève
générale non pour une assemblée constituante,
mais pour développer des organes de double
pouvoir issus des comités de grèves,
contestant la légitimité de l'ensemble des
organes étatiques.
C'est pourquoi, la préparation de la grève
générale nécessite de clarifier les enjeux.
Il faudra déborder les appareils et non les
supplier, même si les syndicats en tant que
tels devront être intégrés aux comités de
grève (dans la mesure où ils la soutiennent).
La grève générale aura donc comme objectif de
balayer Raffarin, Chirac, la Vème République
et, en même temps - en rupture avec le
système capitaliste, de combattre pour la
satisfaction des revendications.
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