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Tract - Déclaration du GSI

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Après la victoire du NON au référendum :
Quelles perspectives pour les travailleurs et la jeunesse ?

Le rejet massif et sans appel du traité constitutionnel européen par les travailleurs et la jeunesse le 29 mai constitue une défaite cinglante pour les bourgeoisies françaises et européennes, pourtant si fières d'avoir réussi à condenser en quelques centaines d'articles la quintessence de leurs politiques contre les conquêtes sociales des travailleurs. La Constitution, qui reprenait l'ensemble des traités antérieurs, était présentée ni plus ni moins comme notre destin inéluctable, notre seul salut à tous. Seul le oui était possible ; le référendum ne devait d'ailleurs être qu'une pure formalité, pour sacrifier à la «spécificité démocratique» française.

C'était sans compter sur la résistance toujours plus déterminée et toujours plus lucide de l'immense majorité contre la politique de guerre sociale orchestrée à échelle européenne et française. Les travailleurs ont su se saisir de ce vote comme d'un instrument dans leurs luttes. C'est pourquoi, dans sa signification profonde, ce vote est un vote anti-capitaliste. Il exprime le rejet de l'Europe de Maastricht et d'Amsterdam (contenues explicitement dans le traité) ; le rejet de cinquante ans de politique de « concurrence libre et non-faussée » : c'est-à-dire de destruction sociale et de précarisation des conditions de travail et de vie pour le plus grand profit des patronats. La victoire est d'autant plus éclatante qu'elle a triomphé des pressions, des chantages médiatiques, des mensonges et des traitements les plus inégalitaires.

Un NON de classe

L'ampleur du rejet (55%) est soutenue par une participation élevée (70%). C'est la preuve que ce vote signifie le refus d'un système et traduit, adossé aux luttes, l'aspiration à une véritable alternative. Des secteurs traditionnellement abstentionnistes par désillusion des alternances fantoches entre droite et gauche, ont trouvé cette fois-ci dans le refus du traité, véritable bible capitaliste, un espace pour exprimer leur haine de classe.

Car ce vote est un vote de classe. C'est ce qui crève les yeux, même ceux des chroniqueurs les plus « modérés ». Le OUI des beaux quartiers (80% du 16ème arrondissement) répond au NON des cités et banlieues ouvrières (+72% à Drancy ou Bobigny).

Le NON l'emporte à 78% chez les ouvriers, 67% chez les employés, 70% chez les agriculteurs, et à plus de 70% chez les chômeurs. Le vote NON est celui de la population jeune et active : très fort chez les moins de 25 ans, il reste majoritaire dans toutes les générations des moins de 60 ans.

Quant aux salaires, à mesure qu'ils augmentent, le NON diminue : 66% des salariés à moins de 1500 mensuels ont rejeté le traité ; à partir de 3000, le OUI devient majoritaire, et finit par concerner 74% des catégories qui touchent plus de 4500.

L'ampleur du vote rural renvoie bien sûr à la précarité du monde paysan ou aux manifestations des viticulteurs, mais aussi à la privatisation des services publics, voulue par l'Europe de Maastricht. Les populations rurales sont les premières à faire les frais des fermetures de bureaux de postes ou de hausse de tarifs. La Corrèze et la Creuse, fortement mobilisées contre la casse des services publics, ont voté NON largement au-dessus de la moyenne nationale. Les boules de neiges essuyées l'hiver dernier par François Hollande lors d'une visite en Creuse se sont directement et logiquement converties en bulletins de vote.

La lutte des classes et la crise des institutions

La force du rejet est la traduction, dans les urnes, de l'exacerbation de la lutte des classes depuis plus de dix ans, quels que soient les gouvernements (levée de la jeunesse contre le CIP (SMIC au rabais) de Balladur en 1993 ; grève des salariés d'Air France ; mobilisations contre le plan Juppé en 1995, etc.). Les journalistes peuvent appeler cela comme bon leur semble : « colère », « ras-le-bol », « humeur de la France d'en bas », il s'agit de la sourde et inexorable résistance des masses pour la défense de leurs intérêts. Depuis plusieurs mois, chaque mobilisation (du public comme du privé, pour les salaires ou la défense du service public, ou encore celle des lycéens pour la défense de leurs diplômes), chacun de ces combats asseyait toujours un peu plus solidement le vote NON. Les travailleurs et les jeunes ont bien compris que les politiques de guerre sociale qu'ils subissent sont l'expression directe des exigences de l'Europe capitaliste, laquelle est un « accélérateur » de l'offensive contre les obstacles au profit.

Cette lame de fond, portée par le souffle de la lutte des classes, provoque une crise institutionnelle sans précédent. Les temples du régime de la Ve république commencent à trembler sur leurs bases.

Certaines voix s'élèvent pour demander qu'on reconstruise à l'identique, dans la hâte, avant que le peuple ne prenne possession des ruines. C'est Bayrou qui appelle ni plus ni moins à une refondation de la République !

Hollande et le PS appellent pour leur part à un « Grenelle de l'emploi et du pouvoir d'achat ». Dans les conditions actuelles, cela équivaudrait à la remise à plat de tous les acquis sociaux conquis depuis 1945. Loin de défendre les conquêtes et les intérêts des travailleurs, il s'agirait de les brader sur l'autel de la sainte Négociation, dans un accord « gagnant-gagnant » : le patronat gagne le combat, et les travailleurs n'y gagnent que des coups !

Quant au PCF, il s'en remet à Chirac pour qu'il se fasse le porte-parole légitime et même le défenseur des travailleurs sur la scène européenne. Ainsi, le vote du 29 mai donnerait mandat aux ennemis des travailleurs pour qu'ils renoncent aujourd'hui à leurs politiques et commencent une nouvelle vie au service des intérêts des travailleurs, sans doute sous l'effet enchanteur du suffrage universel ! Comme si ce vote ne signifiait pas, au contraire, le rejet total d'une classe politique, incarnée par Chirac, au service de la bourgeoisie!

A mesure que la lutte des classes se développe et se durcit, la crise des institutions gagne l'Europe. La portée du refus français peut permettre de libérer les forces de toute une série de secteurs politiques et syndicaux jusqu'ici diminués, voire écrasés par les pressions des institutions ou des appareils aujourd'hui battus en brèche. Déjà, certaines politiques que les bourgeoisies européennes croyaient avoir définitivement imposées commencent à être remises en question. Ainsi, l'ex et nouveau ministre Breton a tenu à « rassurer » ses partenaires européens en confirmant que la France resterait dans la zone Euro. Quand on commence à chercher à se « rassurer »... c'est que le bateau commence à prendre l'eau.

D'une manière générale, les gouvernements européens transpirent la crainte que le NON, produit des luttes, n'accélère à son tour ces luttes à échelle européenne. D'où les pitoyables tentatives pour diviser les peuples en criant au « repli xénophobe » ou au « réflexe souverainiste », comme pour masquer le véritable mouvement : la résistance commune des peuples à leurs propres gouvernements et à l'Europe capitaliste. Avec quelle vigueur les internationalistes des capitaux et des flux financiers prétendaient-ils donner une leçon d'alliance entre les peuples et de « générosité » ! Malheureusement pour eux, cette alliance entre les peuples existe, mais contre eux. L'axe franco-allemand de l'avenir, c'est celui de la gifle à Schröder et du Non français ; c'est celui des travailleurs qui refusent un même avenir de misère et de précarité !

Le « sauvetage » des institutions

Quand la lutte de classe s'aiguise, elle s'aiguise des deux côtés. C'est sans surprise que pour défendre les intérêts de la bourgeoisie qu'il représente, l' « ancien-nouveau » gouvernement de Villepin ait choisi l'attaque. Par un tour de force à peine dissimulé, le trio Chirac-Villepin-Sarkozy prend le contre-pied absolu des urnes et des luttes, en lançant l'offensive sur deux fronts : la pénalisation du chômage et le démantèlement du code du travail.

Face à l'offensive qui se prépare, et que seule une résistance toujours plus farouche des masses saura endiguer, les partis institutionnels et l'ensemble des directions syndicales ont choisi, chacun à leur manière mais sans ambiguïté, leur camp : celui des « sacro-saintes institutions ». Dans la tourmente, tous cherchent à sauver les meubles de la bourgeoisie, par des appels inquiets à la « paix sociale » ou à l' « union nationale ».

Au premier rang, les directions syndicales en ordre de marche, cherchent à repousser en arrière les luttes en s'empressant d'engager le « dialogue social ». En multipliant les « Consultations » au moment où les travailleurs en sont, eux, à l'heure de la mobilisation, les directions syndicales poussent toujours plus loin leur mouvement d'intégration aux décisions et de participation aux politiques anti-ouvrières. Sur le terrain, elles fraient le chemin à l'application de ces politiques en dispersant les luttes au moyen des « journées d'action », isolées et sans lendemain. Il s'agit surtout pour ces directions d'empêcher l'avènement d'une grève générale, seule voie qui permettrait d'ouvrir une perspective politique en rupture avec les partis institutionnels.

Au lendemain du rejet massif du traité-compilation, aucun secteur n'appelle concrètement à la rupture avec l'Europe de Maastricht, avec l'Europe capitaliste. Quelle « autre » Europe est possible dans le cadre des traités qui s'appliquent ? Quelle « Europe sociale » est possible, si l'on maintient les exigences qui s'appliquent, des traités antérieurs : régionalisation, privatisation des services publics, destruction de la fonction publique et liquidation des acquis sociaux (retraites, sécu) sous couvert de réduction des déficits ?

Parce qu'elle ne remet par en cause les traités antérieurs pour s'attaquer de front aux politiques dévastatrices qui s'appliquent, la « renégociation » est une utopie réactionnaire qui condamne les travailleurs à l'acceptation de l'ordre européen établi.

Il en va de même des appels à une Constituante, qui restent dans le cadre de l'Europe de Maastricht. Ces appels se situant en arrière par rapport aux aspirations et aux mobilisations des travailleurs. Ils sont un moyen de proposer, en toute hâte et par peur du vide, une voie de garage pour fermer la porte à la possibilité d'une grève générale.

Dans un même effort, les partis institutionnels cherchent à sauvegarder les institutions ébranlées en préparant 2007. Cela équivaut à détruire toute perspective pour les travailleurs. PS et PCF tentent bien difficilement de faire à nouveau croire au miracle de l'« alternance ». La gauche n'a plus à prouver que les travailleurs n'ont rien à attendre d'elle, si ce n'est des coups. Quelle « alternance » peut apporter une gauche qui a privatisé plus en un gouvernement que les deux gouvernements de droite qui l'avaient précédée ? Une gauche qui a mis en place la flexibilité et l'annualisation du temps de travail, qui a engagé le démantèlement des services publics, en libéralisant la SNCF à l'initiative du ministre PCF Gayssot ? Une gauche enfin, qui, au pouvoir dans les régions, s'apprête (quand ça n'est pas déjà fait) à appliquer les politiques de régionalisation-privatisation des services publics voulues par Maastricht, en menant à bien le passage au secteur privé des personnels non-enseignants de l'éducation nationale (TOS)?

Quant aux appels se limitant essentiellement à la démission de Chirac, ils contribuent, dans le contexte actuel, à protéger les institutions en s'en remettant à « l'alternance ». Surtout, ces appels permettent d'éviter la question fondamentale des traités antérieurs et des politiques qui s'appliquent. Ils évacuent aussi la question de la grève générale pour un gouvernement ouvrier. Comme si avancer 2007 en 2005, en gardant les institutions et les exploiteurs, pouvait constituer un quelconque progrès pour les travailleurs !

Quelles perspectives pour les travailleurs et la jeunesse ?

Contre ceux qui cherchent par tous les moyens à sauver ce système pour qu'il continue à broyer les travailleurs ; contre les utopies réactionnaires et les miroirs aux alouettes qui mènent les luttes dans l'impasse, la seule question concrète qu'on doive poser et à laquelle on doive répondre est celle-ci : comment stopper les attaques qui s'abattent et vont continuer à s'abattre sur les travailleurs et la jeunesse, au mépris total de leur vote ?

La seule perspective possible, c'est la rupture avec l'Europe de Maastricht, ses traités et ses directives.

Dans ce combat, les travailleurs ont compris, c'est le moins qu'on puisse dire, qu'ils ne pourraient pas compter sur la Confédération Européenne des Syndicats. Chantre de la « Constitution » (dont elle a rédigé la partie II), la CES n'est pas une organisation syndicale mais un organisme institutionnel intégré à l'Europe de Maastricht dont elle est une composante essentielle. Elle co-rédige les directives dont les travailleurs subissent les applications ! La lutte pour la défense des intérêts des travailleurs et pour la rupture avec l'Europe capitaliste passe nécessairement par la liquidation de la CES, et par la construction d'une organisation syndicale indépendante, de défense des intérêts des salariés à l'échelle de l'Europe.

Plus que jamais, les travailleurs ne peuvent compter que sur leurs propres forces. Contre les pactes de dupe «  néo-réformistes  », qui subordonnent les intérêts des travailleurs aux intérêts de la bourgeoisie, seule la mobilisation permanente des masses, sur la base de leurs propres intérêts, représente une issue par le haut : à savoir, la rupture avec les traités capitalistes, la fin du démantèlement des conquêtes sociales, la défense du code du travail.

Aucune formule trompeuse de type "front républicain" ou "union de la gauche" remodelée, soit-elle "sociale" (jusqu'à la LCR...), ou "de combat", ne peut signifier une quelconque solution à la crise politique de direction des travailleurs. La lutte pour la défense des travailleurs en Europe, face aux traités et aux directives, passe aussi par la construction de partis ouvriers indépendants et internationalistes pour la construction d'un état-major politique à l'échelle européenne.

Renoncer à la construction de tels outils politiques, renoncer à développer et organiser ces luttes équivaut à laisser les travailleurs sans autre perspective que l'acceptation de leur oppression, qu'ils ont pourtant les moyens et la volonté de renverser. Plus que jamais, c'est une politique de démission grave que celle qui se tient en arrière des luttes. C'est le cas de la LCR qui n'appelle même plus au traditionnel « troisième tour » social. C'est le cas de LO, retiré dans sa tour d'ivoire, pour qui le vote « ne change rien ». Sous prétexte qu'un vote seul ne peut mettre à bas l'Europe capitaliste, LO a fait une non-campagne, et prend toujours plus de retard sur la détermination des mobilisations. En ne donnant aucune perspective d'organisation et d'unification aux travailleurs, LO montre, non pas que « rien ne change », mais bien plutôt qu'elle ne veut rien changer !

Quant au PT, en s'accrochant à la « République une et indivisible », il enferme les travailleurs pourtant sans patrie et leurs luttes, dans le cadre des frontières nationales.

Les travailleurs se sont saisis de ce vote comme d'un moyen dans leurs mobilisations: reste à transformer l'essai. L'intensification et l'unification des luttes est la voie vers la grève générale. C'est la seule issue pour renverser ce gouvernement et pour rompre avec tous les gouvernements qui représentent les politiques de la bourgeoisie. C'est la seule voie pour substituer au règne d'une minorité d'exploiteurs, un gouvernement des travailleurs, au service des travailleurs, c'est-à-dire de l'immense majorité qui n'ont à perdre que leurs chaînes.

Unité de tous les travailleurs en France et en Europe !

Rupture avec la Confédération Européenne des Syndicats (CES) !

Abrogation du traité de Maastricht, de tous les traités et directives capitalistes !

A bas le gouvernement Chirac-Villepin-Sarkozy, grève générale, pour un gouvernement des travailleurs !

Pour les Etats-Unis Socialistes d'Europe !

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