| Les mobilisations et les
manifestations récentes des jeunes
stagiaires, notamment autour du mouvement «
Génération précaire » prennent, de semaine en
semaine, plus d’ampleur. Ces
manifestations, ces grèves même, comme celle
du 24 novembre, sont d’autant plus
courageuses et déterminées qu’elles se
dressent directement contre la loi, qui
interdit le droit de grèves aux stagiaires.
Comme en un écho solidaire du soulèvement
spontané de la jeunesse des banlieues, la
mobilisation des stagiaires exprime la
détermination de la jeunesse à refuser la
perspective de misère et de précarité que la
société lui réserve.
Ici et là, c’est la même rage
d’une jeunesse qui en a assez de faire
les frais d’un marché du travail qui
les broie ou qui les exclut. Ici et là,
c’est la même détermination à refuser
le sacrifice de leur avenir sur
l’autel du profit et de la rentabilité
!
Le stagiaire : précaire
absolu, salarié idéal !
Ce à quoi s’affrontent les
stagiaires en lutte, ce n’est pas aux
« abus » ou au « mauvaises intentions » de
tel ou tel employeur (d’où
l’imposture risible de la « charte de
bonne conduite » proposée par le MEDEF et le
gouvernement), mais c’est à la logique
fondamentale de la production capitaliste,
fondée sur l’exigence unique et vitale
du profit. Pour maintenir ses marges de
bénéfice, le patronat, à toutes les échelles,
cherche par tous les moyens à abaisser le
coût du travail, en diminuant les salaires
(dans le langage fleuri du capitalisme on
préfère dire « allègement de la masse
salariale »), en dégradant les conditions de
travail (c’est la « flexibilité »), et
balayant progressivement les acquis et les
droits des salariés et des travailleurs
(poétiquement résumé en « toilettage du code
du travail »).
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Dans cette lutte acharnée pour
la réduction des coûts et le sauvetage des
marges du profit, tout le monde comprend que
les stagiaires représentent une aubaine,
voire un miracle ! « Salariés sans salaires »
(selon l’expression d’un
militant de « Génération précaire »), ils
sont une main d’œuvre gratuite
ou quasi, malléable à merci, parce que sans
statut, sans garanties ni droits. Cette main
d’œuvre sans aucune protection,
soustraite aux garanties apportées par le
code du travail, se substitue dans les
entreprises, aux postes de salariés
statutaires, bien moins rentables.
Inégalité des chances,
égalité des galères :
C’est la jeunesse toute entière qui
fait les frais de cette logique de
l’exploitation et de la précarité. Là
où les jeunes des cités sont évacués en masse
vers l’apprentissage pour servir de
chair fraîche et quasi-gratuite au patronat,
les jeunes plus diplômés sont réduits à
enchaîner sans fin les stages misérables. Les
rangs des BAC + 5, ou Bac + 7 errant entre
stage et chômage ne cessent de grossir. Le
diplôme ne pèse par bien lourd face aux
exigences de profit ! Le système ECTS / LMD,
achève même d’en faire un chiffon de
papier. Jusqu’ici, les diplômes
constituaient une arme pour le jeune salarié
; c’est-à-dire une garantie
collective, stable et définitive, de salaire
et de droits. En individualisant les cursus,
en localisant la validité les diplômes, en
mettant fin à leur reconnaissance par les
conventions collectives, les ECTS / LMD,
livrent la jeunesse sans défense sur le
marché du travail. Quant à la formation
continue, elle se charge de mettre en place
le stage à vie !
Diplôme ou pas, c’est donc le même
horizon muré pour la jeunesse, dans une
société qui nivelle les inégalités….
par le bas ! L’effroyable logique peut
se résumer ainsi pour les jeunes: inégalité
des chances, égalité des galères !
La jeunesse n’a rien à attendre
d’un tel système. Au contraire, son
avenir est dans le refus de la misère et de
la précarité, dans la lutte pour construire,
aux côtés des travailleurs, une alternative à
l’exploitation.
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