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De la CES à la CSI
En 1945, la constitution de la FSM
(Fédération Syndicale Mondiale) était apparue
comme une tentative de créer un « pendant
syndical » à l'ONU, ce qui en soi constituait
déjà une tentative d'intégration syndicale
via les institutions internationales. Mais,
en peu de temps, la FSM de 1945 allait
éclater sous le poids des contradictions de
classes à l'échelle du monde. Subsisteraient
essentiellement trois organisations : la FSM
dirigée par les staliniens, la CISL
(Confédération Internationale des Syndicats
Libres) dirigée par des réformistes, et la
CMT (Confédération Mondiale du Travail),
chrétienne. A l'échelle de ce pays, cela
donne respectivement la CGT, la CGT-FO et la
CFTC, devenue CFDT.
Dans les années 50, les syndicats
européens de la CISL se regroupent dans une
structure continentale, la CES (Confédération
Européenne des Syndicats), CES qui s'ouvre en
1973 aux syndicats chrétiens, puis à d'autres
organisations qui se retireront de la FSM,
après la chute du Mur de Berlin, telles la
CGT. Dans le même temps, au cours des années
70-80, la CES va progressivement acquérir une
place particulière parmi les institutions de
la CEE puis de l'UE (Union Européenne) aux
côtés de son équivalent patronal, l'UNICE
(Union des Industries de la Communauté
Européenne), dans le cadre d'un organisme
co-rédacteur des directives européennes, le
Conseil Economique et Social Européen. La CES
a donc été constituée pour imposer, « par en
haut », l'intégration des syndicats aux
institutions, à l'Etat, dans le but de mettre
en place un syndicalisme d'accompagnement au
service de « l'entreprise » et donc des
capitalistes.
Comme elle le revendique, la CES apparaît
en effet comme le précurseur, le laboratoire
européen de la CSI. La CES a d'ailleurs
vocation à s'intégrer à un Conseil régional
Paneuropéen de la CSI qui doit être créé
d'ici novembre 2007 à l'image du processus
prévu pour l'Afrique, les Amériques et
l'Asie-Pacifique. Il faut souligner que ces
regroupements correspondent aux grands blocs
économiques impérialistes (UE et COE pour
l'Europe, UA pour l'Afrique, ZLEA pour les
Amériques et APEC pour l'Asie-Pacifique (2))
; cela n'est certainement pas un hasard...
« Accroître la coopération
entre les gouvernements » ou défendre les
intérêts des travailleurs ?
D'ailleurs la nouvelle confédération est
encore plus explicite quant à ses relations
avec... l'OCDE (Organisation pour la
Coopération et la Développement Economique
qui « regroupe 30 pays membres, tous attachés
à la démocratie et l'économie de marché ». La
CSI « ...entretient des relations étroites
avec les Fédérations syndicales
internationales et avec la Commission
syndicale consultative auprès de l’OCDE
(CSC-OCDE), œuvrant ensemble par les
biais du Conseil des Global Unions. ».
Bref, la CSI ne se positionne pas comme
une confédération syndicale de lutte de
classes à l'échelle du monde mais bien au
contraire comme une sorte d'« ONG -
organisation non gouvernementale - syndicale
» se chargeant d'accompagner la
mondialisation financière et de proposer un
accompagnement aux ravages du capitalisme
pourrissant. Comme elle l'explique : « Une économie
internationale mondialisée nécessite une
gouvernance efficace à l’échelle
planétaire. La CSI cherche à accroître la
coopération entre les gouvernements afin de
faire en sorte que la dimension sociale de la
mondialisation, y compris le travail décent
et les droits fondamentaux des
travailleurs/euses, soit au cœur même
du processus décisionnel des grandes
institutions mondiales et régionales de la
planète. Parmi celles-ci figurent la Banque
mondiale, le Fonds monétaire international,
l’Organisation mondiale du commerce,
l’Organisation des Nations Unies et ses
institutions spécialisées, en particulier
l’Organisation internationale du
travail (OIT) et sa structure tripartite
ainsi que son mandat qui l’amène à
fixer les normes sociales
internationales. » (http://www.ituc-csi.org/spip.php?rubrique4&lang=fr).
Les statuts de la CSI contiennent de
nombreuses perles de ce type, mais il y a
celle-ci, de Guy Ryder, le secrétaire général
de la CSI qui est on ne peut plus clair dans
le journal bourgeois les Echos du 3 novembre
2006 : « On
ne peut pas arrêter les délocalisations, mais
on peut mettre en place des règles du jeu
pour que ces changements soient
acceptables. ». Est-il nécessaire
d'aller plus loin dans notre commentaire ?
Le capitalisme pourrissant veut mettre en
concurrence les travailleurs à l'échelle du
monde pour faire s'effondrer les salaires et
exploser les profits. La CSI propose ni plus
ni moins que de l'aider à mettre un corset
syndical à la classe ouvrière et de
promouvoir le partage du travail,
c'est-à-dire celui du chômage ; le partage
des salaires, c'est-à-dire celui de la
misère, tout cela à l'échelle du monde.
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Pour ce qui est de la santé,
de l'instruction et des services publics,
c'est bien simple, si on en croit les
objectifs affirmés dans la déclaration de
principes qui précède les statuts, la CSI
ambitionne, page 3 « D’être une
force de contrepouvoir dans l’économie
mondiale, engagée à assurer une juste
distribution des richesses et des revenus au
sein des pays et entre eux, la protection de
l’environnement, l’accès
universel aux biens et services publics, une
protection sociale intégrale,
l’apprentissage tout au long de la vie
et des occasions de travail décent pour
toutes et tous. », et, page 4 « Elle assurera la
pleine intégration des jeunes dans le
mouvement syndical et agira pour soutenir
l’accès des jeunes à une éducation et à
une formation adéquates et au travail décent,
et pour combattre la précarité dans la vie
active. ». Le mot « santé » n'apparaît
pas une seule fois dans un document de 28
pages. Ce texte fourre-tout parle aussi bien
de lutter contre la pauvreté et la faim que
contre le sida, le racisme et... le
terrorisme ! Quand on sait que certains
gouvernements considèrent une occupation
d'usine comme un acte de terrorisme, on croit
rêver, mais c'est un cauchemar.
Une autre voie existe pour
les travailleurs
La bourgeoisie et les bureaucraties qui
lui sont dévouées ont pris la mesure de la
montée de la lutte des classes à l'échelle du
monde et des potentialités révolutionnaires
qu'elle recèle. Avec la CSI, patrons et
bureaucrates tirent les leçons des grèves et
mobilisations d'envergure que les
sociaux-démocrates et staliniens rénovés
tentent, sur le terrain politique, de
canaliser par la « revendication » de
l'économie sociale de marché.
L'émergence de mouvements du type de
Conlutas au Brésil, en rupture avec le
syndicalisme d'accompagnement et de services,
a tout pour les inquiéter. C'est la voie de
la mobilisation contre ceux qui soutiennent
l'application des plans du FMI par la
gouvernement Lula, dans ce cas. La CSI est
donc constituée avec l'objectif d'endiguer le
mouvement montant de la classe ouvrière et
des travailleurs en général.
Le GSI, section française de la LIT-QI,
estime que regrouper les militants, courants
et organisations syndicales qui se situent
sur une base d'indépendance et de lutte des
classes est plus que jamais nécessaire.
Nécessaire, non seulement pour résister à
cette gigantesque tentative de destruction de
tout syndicalisme indépendant de l'Etat et
des patrons, mais aussi pour poser les bases
d'une réorganisation du mouvement ouvrier sur
d'autres axes, syndicalement et
politiquement.
Syndicalement et politiquement, car
l'émergence de véritables syndicats de lutte
des classes, indépendants de l'Etat et des
patrons, est liée à la construction de partis
révolutionnaires et d'une internationale
révolutionnaire. Ce n'est pas un hasard si
l'irruption de Conlutas au Brésil s'est faite
en relation avec un développement
significatif du PSTU, section brésilienne de
la LIT-QI, qui a mis tout son poids dans
cette bataille.
Une centrale unique des travailleurs,
appuyées sur des principes équivalents, est
désormais une nécessité vitale, non seulement
à l'échelle de l'Europe et de chacun des pays
du continent, en rupture avec le capitalisme,
contre la CES, mais aussi à l'échelle de tous
les continents, à l'échelle du monde, contre
la CSI, en relation avec la reconstruction de
la IVème Internationale.
Paris,
le 27 novembre 2006
Le
Groupe Socialiste Internationaliste
(1) La CSI prétend représenter « 168
millions de travailleurs/euses au travers de
307 organisations affiliées dans 154 pays et
territoires ».
(2) Outre
les sigles développés dans la texte :
APEC : Forum de coopération économique
Asie-Pacifique
COE : Conseil de l'Europe
FMI : Fonds monétaire international
UA : Union Africaine
ZLEA : Zone de libre échange des Amériques
ou ALCA
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