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Article paru dans l'Internationaliste n°63

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La nouvelle Confédération Syndicale Internationale :
un dispositif pour tenter de
juguler les luttes ouvrières
La Confédération syndicale internationale (CSI) à été fondée à Vienne, en Autriche, le 1er novembre dernier au lendemain de l'auto-dissolution de ses deux composantes principales, la CISL (Condédération Internationale des Syndicats Libres) réformiste, et la CMT (Confédération Mondiale du Travail), chrétienne (1). Le mouvement ouvrier pourrait se réjouir de la fondation d'une authentique internationale syndicale sur des bases de lutte des classes, ce serait conforme à ses besoins objectifs. Il n'en est rien : la CSI, présentée par ses promoteurs comme la voie pour surmonter les divisions du mouvement syndical mondial, se trouve en réalité aux antipodes d'une telle conception du syndicalisme, tout comme la CES (Confédération Européenne des Syndicats) au plan européen.
De la CES à la CSI

En 1945, la constitution de la FSM (Fédération Syndicale Mondiale) était apparue comme une tentative de créer un « pendant syndical » à l'ONU, ce qui en soi constituait déjà une tentative d'intégration syndicale via les institutions internationales. Mais, en peu de temps, la FSM de 1945 allait éclater sous le poids des contradictions de classes à l'échelle du monde. Subsisteraient essentiellement trois organisations : la FSM dirigée par les staliniens, la CISL (Confédération Internationale des Syndicats Libres) dirigée par des réformistes, et la CMT (Confédération Mondiale du Travail), chrétienne. A l'échelle de ce pays, cela donne respectivement la CGT, la CGT-FO et la CFTC, devenue CFDT.

Dans les années 50, les syndicats européens de la CISL se regroupent dans une structure continentale, la CES (Confédération Européenne des Syndicats), CES qui s'ouvre en 1973 aux syndicats chrétiens, puis à d'autres organisations qui se retireront de la FSM, après la chute du Mur de Berlin, telles la CGT. Dans le même temps, au cours des années 70-80, la CES va progressivement acquérir une place particulière parmi les institutions de la CEE puis de l'UE (Union Européenne) aux côtés de son équivalent patronal, l'UNICE (Union des Industries de la Communauté Européenne), dans le cadre d'un organisme co-rédacteur des directives européennes, le Conseil Economique et Social Européen. La CES a donc été constituée pour imposer, « par en haut », l'intégration des syndicats aux institutions, à l'Etat, dans le but de mettre en place un syndicalisme d'accompagnement au service de « l'entreprise » et donc des capitalistes.

Comme elle le revendique, la CES apparaît en effet comme le précurseur, le laboratoire européen de la CSI. La CES a d'ailleurs vocation à s'intégrer à un Conseil régional Paneuropéen de la CSI qui doit être créé d'ici novembre 2007 à l'image du processus prévu pour l'Afrique, les Amériques et l'Asie-Pacifique. Il faut souligner que ces regroupements correspondent aux grands blocs économiques impérialistes (UE et COE pour l'Europe, UA pour l'Afrique, ZLEA pour les Amériques et APEC pour l'Asie-Pacifique (2)) ; cela n'est certainement pas un hasard...

« Accroître la coopération entre les gouvernements » ou défendre les intérêts des travailleurs ?

D'ailleurs la nouvelle confédération est encore plus explicite quant à ses relations avec... l'OCDE (Organisation pour la Coopération et la Développement Economique qui « regroupe 30 pays membres, tous attachés à la démocratie et l'économie de marché ». La CSI « ...entretient des relations étroites avec les Fédérations syndicales internationales et avec la Commission syndicale consultative auprès de l’OCDE (CSC-OCDE), œuvrant ensemble par les biais du Conseil des Global Unions. ».

Bref, la CSI ne se positionne pas comme une confédération syndicale de lutte de classes à l'échelle du monde mais bien au contraire comme une sorte d'« ONG - organisation non gouvernementale - syndicale » se chargeant d'accompagner la mondialisation financière et de proposer un accompagnement aux ravages du capitalisme pourrissant. Comme elle l'explique : « Une économie internationale mondialisée nécessite une gouvernance efficace à l’échelle planétaire. La CSI cherche à accroître la coopération entre les gouvernements afin de faire en sorte que la dimension sociale de la mondialisation, y compris le travail décent et les droits fondamentaux des travailleurs/euses, soit au cœur même du processus décisionnel des grandes institutions mondiales et régionales de la planète. Parmi celles-ci figurent la Banque mondiale, le Fonds monétaire international, l’Organisation mondiale du commerce, l’Organisation des Nations Unies et ses institutions spécialisées, en particulier l’Organisation internationale du travail (OIT) et sa structure tripartite ainsi que son mandat qui l’amène à fixer les normes sociales internationales. » (http://www.ituc-csi.org/spip.php?rubrique4&lang=fr).

Les statuts de la CSI contiennent de nombreuses perles de ce type, mais il y a celle-ci, de Guy Ryder, le secrétaire général de la CSI qui est on ne peut plus clair dans le journal bourgeois les Echos du 3 novembre 2006 : « On ne peut pas arrêter les délocalisations, mais on peut mettre en place des règles du jeu pour que ces changements soient acceptables. ». Est-il nécessaire d'aller plus loin dans notre commentaire ?

Le capitalisme pourrissant veut mettre en concurrence les travailleurs à l'échelle du monde pour faire s'effondrer les salaires et exploser les profits. La CSI propose ni plus ni moins que de l'aider à mettre un corset syndical à la classe ouvrière et de promouvoir le partage du travail, c'est-à-dire celui du chômage ; le partage des salaires, c'est-à-dire celui de la misère, tout cela à l'échelle du monde.

Pour ce qui est de la santé, de l'instruction et des services publics, c'est bien simple, si on en croit les objectifs affirmés dans la déclaration de principes qui précède les statuts, la CSI ambitionne, page 3 « D’être une force de contrepouvoir dans l’économie mondiale, engagée à assurer une juste distribution des richesses et des revenus au sein des pays et entre eux, la protection de l’environnement, l’accès universel aux biens et services publics, une protection sociale intégrale, l’apprentissage tout au long de la vie et des occasions de travail décent pour toutes et tous. », et, page 4 « Elle assurera la pleine intégration des jeunes dans le mouvement syndical et agira pour soutenir l’accès des jeunes à une éducation et à une formation adéquates et au travail décent, et pour combattre la précarité dans la vie active. ». Le mot « santé » n'apparaît pas une seule fois dans un document de 28 pages. Ce texte fourre-tout parle aussi bien de lutter contre la pauvreté et la faim que contre le sida, le racisme et... le terrorisme ! Quand on sait que certains gouvernements considèrent une occupation d'usine comme un acte de terrorisme, on croit rêver, mais c'est un cauchemar.

Une autre voie existe pour les travailleurs

La bourgeoisie et les bureaucraties qui lui sont dévouées ont pris la mesure de la montée de la lutte des classes à l'échelle du monde et des potentialités révolutionnaires qu'elle recèle. Avec la CSI, patrons et bureaucrates tirent les leçons des grèves et mobilisations d'envergure que les sociaux-démocrates et staliniens rénovés tentent, sur le terrain politique, de canaliser par la « revendication » de l'économie sociale de marché.

L'émergence de mouvements du type de Conlutas au Brésil, en rupture avec le syndicalisme d'accompagnement et de services, a tout pour les inquiéter. C'est la voie de la mobilisation contre ceux qui soutiennent l'application des plans du FMI par la gouvernement Lula, dans ce cas. La CSI est donc constituée avec l'objectif d'endiguer le mouvement montant de la classe ouvrière et des travailleurs en général.

Le GSI, section française de la LIT-QI, estime que regrouper les militants, courants et organisations syndicales qui se situent sur une base d'indépendance et de lutte des classes est plus que jamais nécessaire. Nécessaire, non seulement pour résister à cette gigantesque tentative de destruction de tout syndicalisme indépendant de l'Etat et des patrons, mais aussi pour poser les bases d'une réorganisation du mouvement ouvrier sur d'autres axes, syndicalement et politiquement.

Syndicalement et politiquement, car l'émergence de véritables syndicats de lutte des classes, indépendants de l'Etat et des patrons, est liée à la construction de partis révolutionnaires et d'une internationale révolutionnaire. Ce n'est pas un hasard si l'irruption de Conlutas au Brésil s'est faite en relation avec un développement significatif du PSTU, section brésilienne de la LIT-QI, qui a mis tout son poids dans cette bataille.

Une centrale unique des travailleurs, appuyées sur des principes équivalents, est désormais une nécessité vitale, non seulement à l'échelle de l'Europe et de chacun des pays du continent, en rupture avec le capitalisme, contre la CES, mais aussi à l'échelle de tous les continents, à l'échelle du monde, contre la CSI, en relation avec la reconstruction de la IVème Internationale.

Paris, le 27 novembre 2006

Le Groupe Socialiste Internationaliste


(1) La CSI prétend représenter « 168 millions de travailleurs/euses au travers de 307 organisations affiliées dans 154 pays et territoires ».

(2) Outre les sigles développés dans la texte :

APEC : Forum de coopération économique Asie-Pacifique

COE : Conseil de l'Europe

FMI : Fonds monétaire international

UA : Union Africaine

ZLEA : Zone de libre échange des Amériques ou ALCA

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