La déroute
historique du Fatah
Le Fatah et l’Autorité
palestinienne n’auront pas survécu
longtemps à leur chef ! Après 40 ans de
domination sans partage, un an tout juste
après la mort d’Arafat, qui parvenait
encore (avec peine) à cristalliser sur lui
l’héritage héroïque de la lutte de
libération nationale et qui supportait toute
la structure sur ses seules épaules, le Fatah
s’effondre, et avec lui
l’Autorité palestinienne.
La victoire du Hamas aux élections du 25
janvier constitue une défaite historique du
Fatah. Le Hamas réalise un score écrasant :
plus de 77%, avec une pointe à 86%
dans la bande de Gaza, récemment « libérée ».
Il rafle ainsi la majorité absolue des sièges
(76 sur 132 soit plus de trente
d’avance sur le Fatah). La
déroute de l’Autorité palestinienne
est totale, d’une ampleur même
inattendue. Elle est en tout cas inattendue
pour ceux qui n’ont d’ouïes que
pour les chuchotements des cabinets
ministériels, et qui ne perçoivent pas le
bruit sourd des masses. Même au plus haut
sommet de l’impérialisme américain, on
avait sans doute senti le vent mauvais
souffler : d’où le « discret » soutien
financier accordé à la campagne du Fatah,
sous couvert d’aide au développement !
Jusqu’au bout, l’impérialisme
US, soucieux de maintenir ses fantoches au
pouvoir, aura cru que le vieil appareil de
Fatah parviendrait à contenir la montée du
Hamas. Peine (et argent) perdue.
La moindre des leçons de ces élections (à
la participation par ailleurs massive, dans
les conditions déplorables de
l’occupation), c’est celle
qu’on peut tirer avec Gilles Paris,
qui écrit dans Le Monde du 27
janvier qu’il s’agit
d’une « sanction de
l’Autorité palestinienne, identifiée
au Fatah ».
Le peuple palestinien
sanctionne l’occupation barbare du
sionisme
Cette débâcle du Fatah est
l’expression, sur le terrain déformé
des élections, de la colère du peuple
palestinien contre ses propres dirigeants,
corrompus et traîtres, qui, depuis des
années, négocient avec la barbarie
impérialiste et avec le bourreau sioniste les
conditions de l’occupation et de
l’oppression de leur propre peuple,
afin d’obtenir le calme nécessaire à
la reprise des affaires. Le peuple
palestinien rejette l’occupation,
rejette l’oppression militaire raciste
que le sionisme lui impose depuis plus de 50
ans. Sa volonté de combattre le joug de la
colonisation est plus ferme que jamais. Or,
le Fatah représente tout le contraire de la
lutte contre l’occupation et la
colonisation. Depuis son accession à
la tête d’un embryon
d’institution, à la suite des accords
d’Oslo, le Fatah et l’Autorité
palestinienne ont tout fait pour bâillonner
la résistance à l’occupation, pour
étouffer l’Intifada, pour désarmer
leur peuple et le laisser sans défense face à
l’agression militaire. Le Fatah et
l’Autorité ont reçu dans les urnes, la
monnaie de leur pièce. L’Autorité
n’a donc pas eu besoin des raids
militaires de Sharon, des blocus ou des
paralysies imposées par Israël pour
s’affaiblir aux yeux de son peuple !
Au contraire, elle a miné elle-même ses
propres fondements en renonçant à lutter
contre l’occupation, pour négocier
avec le sionisme la taille et la forme du
ghetto pour son peuple !

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Ce vote est le moyen
qu’ont trouvé les masses
palestiniennes, pour signifier
qu’elles ne sont pas prêtes à renoncer
à leur propre survie. C’est leur
réponse aux vingt-cinq ans de traités de
dupes avec l’Impérialisme ; vingt cinq
ans de processus de « paix » qui n’ont
apporté que colonisation accrue,
bombardements redoublés, apartheid raciste,
ghettoïsation misérable, destructions de
maisons par milliers, enfoncement dans la
pauvreté et humiliation, négation des droits
les plus fondamentaux ! Il faut être aveugle
ou d’une mauvaise foi incurable pour
ne pas voir que les divers processus de paix
ne sont rien d’autre que des camisoles
qu’Israël, l’impérialisme US et
l’autorité palestinienne tentent, de
concert, de faire enfiler au peuple
palestinien pour lui faire accepter
l’inacceptable : la colonie et le
bantoustan. La fameuse « feuille route »,
planche de salut pourrie à laquelle
s’accrochent désespérément les
partisans de la « paix » est le symbole même
de ce tragique jeu de dupe. Morte-né,
aucun des points de cette feuille de
route n’a jamais été respecté ni
rempli ; tous ses objectifs sont
aujourd’hui périmés (notamment
l’Etat palestinien pour 2005 !), mais
les impérialismes US ou européens continuent
de s’y référer obstinément, espérant
toujours diriger le peuple palestinien sur
cette route de l’impasse ! Or,
c’est une autre « route »
qu’empruntent sourdement mais avec
détermination les masses palestiniennes.
Celle de la lutte pour leur propre survie.
Seule la résistance
paie
Cette résistance obstinée du peuple
palestinien est aujourd’hui
cristallisée dans le vote pour le Hamas. Fort
de ses parades militaires et de sa
détermination apparente à lutter contre
l’occupant, le Hamas rafle la mise et
se nourrit des dépouilles de
l’Autorité agonisante, qui a fait le
choix d’étouffer son propre peuple. Le
Hamas est en outre sorti grandi du retrait de
Gaza, perçu (en très grande partie à juste
titre) comme une victoire de la résistance.
Seule la résistance paie. Seule la
lutte paie. Telle est la leçon qui
démasque du même coup le jeu de dupe des
politiques de « paix ».
Pour
autant, le Hamas incarne-t-il une lutte
inconditionnelle et résolue contre
l’occupation ? Représente-t-il une
perspective réelle pour donner une issue à la
détermination des masses ? Evidemment non.
Seuls les intérêts du peuple palestinien
correspondent à la lutte acharnée contre
l’occupation, pour sa liberté et ses
droits. La direction du Hamas, elle, obéit à
d’autres calculs. Surtout, la poussée
des masses palestiniennes pourrait bien vite
se révéler un cadeau empoisonné, qu’il
s’agirait de contenir au mieux, de
peur de se faire déborder. Et de fait, le
Hamas triomphant…. est embarrassé par
le pouvoir ! Il commence par nuancer, voire
par nier la victoire, par la bouche
d’un de ses porte-parole : « Il
n’y a pas de vainqueurs ni de
perdants, ces élections ne sont qu’une
étape sur la construction d’un système
politique palestinien » (Le Monde 28
janvier), avant de reporter sine die
la trêve avec Israël. La transition vers un
parti respectable et respecté est peut-être
déjà entamée. Nul doute, en tout cas, que le
Hamas se tienne prêt, si la pression des
masses devient trop forte, à négocier au
grand jour avec Israël, en espérant contenir
le mouvement. C’est pourquoi la seule
perspective pour le peuple palestinien,
c’est celle qu’il possède en
germe, dans ses propres forces, dans sa
propre détermination à lutter, avec la rage
de ceux qui n’ont rien à perdre que
leurs chaînes, contre l’occupation et
l’agression militaire raciste du
sionisme. Dans ce combat frontal avec le
sionisme et son mentor impérialiste, le
peuple palestinien ne peut compter que sur
lui-même, et certainement pas sur des
fanatiques religieux ultra-réactionnaires,
qui, le moment venu de l’affrontement
décisif, finiront toujours par se réconcilier
avec l’impérialisme, sur le dos des
masses.
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