Que répond le gouvernement face à la
colère de la jeunesse déshéritée et
ghettoïsée qui explose dans les banlieues?
Que répond le gouvernement face au ras-le-bol
de la jeunesse diplômée pour rien, précarisée
par des stages misérables et sans issue? Il
répond par l'offensive, et frappe à coups
redoublés. Pour la jeunesse, il organise la
précarité comme alternative au chômage.
La précarité est bien la clef de voûte des
politiques, le point de convergence de toutes
les "mesures" de Villepin. C'est parce
qu'elle traduit directement la nécessité pour
la bourgeoisie de sauver
ses marges de profit en réduisant par tous
les moyens le coût de la main
d'œuvre. Le capitalisme est dans
la nécessité absolue de pressurer davantage
le travail, pour lui faire rendre plus de
jus, et pour moins cher. Dès lors, toutes les
conquêtes des travailleurs, tous les acquis
sociaux, qui garantissent un statut, un
salaire, et des conditions de travail
décentes, toutes ces
conquêtes sont des obstacles sur le chemin du
profit. Et c'est la jeunesse,
l'ensemble des futurs salariés, des futurs
travailleurs, qui essuie les offensives les
plus dures.
Apprentissage « junior » +
Diplômes au rabais + stages + CPE + CNE =
précarité à vie :
Après avoir pulvérisé le CDI, pour les
petites entreprises, avec le CNE, le
gouvernement s'attaque frontalement à la
jeunesse en étendant la mesure à tous les
salariés de moins de 26 ans, avec le CPE
(Contrat Première Embauche). Pendant deux ans
(période dite "d'essai"), le jeune peut être
licencié à tout moment, sans aucune
justification, ni garantie. S'il a la chance
de passer les quatre mois, il vivotera avec
une prestation-chômage frôlant le RMI (à
460€) pendant deux mois. Il ira, tôt
ou tard, rejoindre "l'armée de réserve" des
sans-emploi, ou les rangs des esclaves
modernes (les stagiaires), pour laisser la
place à un autre. Car le CPE exonère le
patron de toute charge pendant trois ans. Une
aubaine sans précédent !
Les stages misérables (dans ses mesures,
le gouvernement "incite" à les rémunérer,
sans fixer aucun montant mininum !)
; le CPE, pour les jeunes et le CNE qui prend
le relais après 26 ans: ce
dispositif n'est rien d'autre que la promesse
de la précarité à vie. Et ce, quel que
soit le niveau d'étude. Car la réforme
ECTS/LMD prépare le terrain à la précarité au
niveau des études. En cassant le contenu
national des diplômes, elle sape leur assise
sur les conventions collectives et le code du
travail. Elle ruine leur valeur de garantie,
pour un jeune en passe de vendre sa force de
travail à un employeur. Le diplôme devient un
chiffon de papier qui n'assure plus ni CDI,
ni droits, ni statuts!
Face à la mobilisation grandissante des
jeunes et des travailleurs, le gouvernement
tente de passer en force. Après le vote du
CPE en pleine nuit, par une poignée
d’ombres parlementaires, on a sorti le
sésame du 49-3 pour faire passer sans
discussion ni débat « démocratique »
l’ensemble du projet de loi dit «
d’égalité des chances ». Quand la
poussée des masses en lutte vient menacer un
peu plus le vieil édifice parlementaire, le
Dieu Démocratie devient indésirable dans son
propre sanctuaire !
|
Outre le CPE, cette loi sur
l’ « égalité des chances », votée « en
urgence » vendredi 10, établit
l’apprentissage « junior » (entendez à
14 ans), et organise même le travail de nuit
des enfants dans certaines branches ! Pour
les besoins du patronat en manque de main
d’œuvre malléable, le fils
d’ouvrier, le fils d’immigré,
le jeune en difficulté, ceux-là même que les
conquêtes ouvrières avaient tirés de
l’usine en obtenant l’école
publique, laïque et gratuite pour tous au
XIXe siècle, ceux-là sont renvoyés à
l’usine, renvoyés plus d’un
siècle en arrière. Villepin a raison
d’appeler cela le « choix de
l’avenir ». Car c’est le
seul avenir que le capitalisme, dans sa
double course au profit et à la misère, nous
réserve !
Si la jeunesse et les travailleurs ne font
pas tout pour stopper cette politique de
course à la misère, elle va s’aggraver
encore et toujours. Le gouvernement, au
lendemain du vote, en est déjà à « franchir
une nouvelle étape ». Le dispositif est déjà
en place pour réduire en miette ce qui reste
du droit du travail dans sa globalité, et
avec lui toutes les conquêtes arrachées de
hautes luttes aux intérêts de la bourgeoisie.
D’ici l’été, le gouvernement
compte étendre le principe du CNE et du CPE à
l’ensemble des contrats de travail,
enterrant définitivement le CDI. Cela
signifie la fin de toute protection, pour
tous les salariés signant un contrat. Cela
signifie l’arbitraire patronal et la
menace du licenciement pour tous les
travailleurs. Quant aux exonérations de
charges patronales, étendues elles-aussi à
tout contrat de travail, cela signifierait la
fin pure et simple du salaire indirect,
définitivement volé aux travailleurs par la
bourgeoisie en mal de profit.
Amplifier et unifier les
luttes :
Quand, en 1994, le gouvernement Balladur
avait voulu imposer la misère à la jeunesse,
sous forme de "SMIC au rabais" pour le plus
grand profit du patronat, la jeunesse s'était
levée pour dire NON. Depuis, la précarité n'a
cessé de s'étendre, sous les gouvernements de
droite comme de gauche. Même une partie de la
jeunesse jusqu'ici épargnée (notamment celle
à même de poursuivre des études longues) se
trouve réduite sans ménagement à courir de
stage en stage sans espoir d'emploi stable.
Hier comme aujourd'hui, la jeunesse
n'acceptera pas de faire les frais du
gigantesque gâchis capitaliste ! Aujourd'hui comme hier, elle
doit se mobiliser, s'organiser pour dire NON,
et répondre, avec détermination, pied à pied,
aux offensives dictées par le maintien du
profit de quelques-uns ! Les enjeux de
cette bataille sont clairs. La presse du
patronat est la première à les distinguer.
Ainsi le très patronal journal Les
échos précise que Villepin "prend
garde de ne pas créer l'étincelle qui
pourrait rallumer la flamme difficilement
éteinte en fin d'année dans les banlieues. Le
Premier ministre n'a pas oublié l'expérience
cuisante d'Edouard Balladur en 1994."
La jeunesse non plus ne l'a pas oubliée !
Elle l’a montré, en descendant dans la
rue, aux côtés des travailleurs, le 31
janvier, le 2 puis le 7 février. Elle
l’a montré, en s’organisant
dans les universités, comme à Rennes II où
les étudiants, donnant l’exemple, ont
voté la grève et l’occupation de
l’université pour exiger le retrait du
CPE. La bataille contre la régression est
lancée, il faut la mener jusqu’au
bout. Face à ce saut qualitatif franchi par
la barbarie capitaliste, qui détruit sur son
passage toutes les protections des
travailleurs, il est temps de prendre ses
responsabilités.
Aujourd’hui,
plus que jamais, dans une situation
d’agression aussi grave,
l’intensification et
l’approfondissement des mobilisations
est une nécessité absolue pour construire le
rapport de force. Les grèves
«tournantes», ou les « journées
d’action » sans suite et soigneusement
espacées d’un mois, sont les
instruments utilisés par les bureaucraties
syndicales pour freiner, étouffer les luttes
qui les débordent : ces manœuvres
visent à amener les jeunes et des
travailleurs à la défaite sans combat ! Elles
sont un appui objectif au gouvernement, en
lui déroulant le tapis rouge pour
qu’il passe ses plans par dessus la
tête des travailleurs.
Non, devant une remise
en cause aussi grave des conquêtes sociales
et ouvrières, la seule perspective,
c’est la mobilisation permanente et
résolue de tous les secteurs de la jeunesse
et de la classe ouvrière, pour aller
jusqu’au bout. La seule perspective,
c’est de tout faire pour étendre et
unifier les luttes de tous les secteurs. Ils
faut diriger toutes les forces contre cette
loi et frapper comme un seul homme.
Dans ce combat, la seule issue, c’est,
pour l’heure, l’amplification
et la centralisation de tous les mouvements,
pour aller vers une grève générale qui soit
effective et déterminée à vaincre.
C’est pourquoi nous appelons à la mobilisation, dans la plus
large unité d’action, de la jeunesse
et des travailleurs, de tous les secteurs
politiques et syndicaux, pour :
|