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Article paru dans l'Internationaliste n°59
Pseudo puce Retour aux déclarations et communiqués 2006
Le peuple haïtien déjoue la fraude électorale
Manifestation à Port au Prince

Le triomphe de René Préval aux élections présidentielles a finalement été reconnu. Avant cette reconnaissance officielle, le Conseil Electoral avait agréé une fraude évidente (des urnes contenant une large majorité de bulletins en faveur de Préval ont été retrouvées dans une décharge de Port au Prince), pour tenter d'imposer un second tour avec le candidat arrivé deuxième, Leslie Manigat, favori de l'impérialisme. Mais le peuple haïtien a réussi à déjouer la fraude organisée par l'impérialisme. D’emblée, les Haïtiens ont massivement voté pour Préval, qui, en dépit de la fraude, a obtenu 49% des suffrages contre 12% pour Manigat. Mais surtout, les Haïtiens se sont ensuite mobilisés en masse pour défendre leur choix, fonçant sur le Conseil Electoral et affrontant la répression des troupes d'occupation (une personne y a même trouvé la mort). Une fois le triomphe de Préval reconnu, le peuple haïtien a fêté cette victoire dans la rue, particulièrement à Port au Prince, la capitale.

Les événements d’Haïti sont comparables à ceux intervenus récemment en Palestine, à savoir, le triomphe électoral du Hamas (même si, bien entendu, on doit considérer les profondes différences existant entre ces deux situations et leurs protagonistes politiques respectifs). Dans les deux cas, sur fond de régime colonial et d'occupation militaire, des élections ont été organisées dans une tentative de dissimuler la situation. Le peuple, lui, s’en est emparé pour exprimer son désaccord et sa colère, à travers le vote massif pour certains candidats ou mouvements. Ainsi, les masses ont-elles provoqué une crise dans la mécanique électorale et, par là, dans l'occupation elle-même. Enfin, les crises haïtienne et palestinienne viennent s'ajouter aux problèmes rencontrés par l'impérialisme dans l'occupation de l'Irak et dans ses conflits avec le gouvernement iranien.

L'occupation

Haïti est le pays le plus pauvre du continent américain, avec des statistiques économiques et sociales similaires à celles que l'on rencontre dans les régions les plus pauvres d'Afrique. Le destin du pays et de son peuple aurait sans doute été voué à l'oubli, si Haïti n'était pas situé dans les Caraïbes, une région clé pour l'impérialisme américain qui la considère comme son arrière-cour, un endroit où il peut intervenir à loisir, politiquement et militairement.

La dernière invasion en date eut lieu en 2004 : des marines chargés d’évincer le président Jean Bertrand Aristide, un prêtre catholique qui se forgea une renommée dans les banlieues de Port au Prince, en 1986 (durant la lutte ayant mis fin à la sanguinaire dictature des Duvalier) et qui, par la suite, l'emporta aux élections présidentielles. D’emblée, les Américains firent de leur mieux pour éloigner Aristide du pouvoir. Mais l’impérialisme constata ensuite qu'il était le seul à pouvoir contrôler l'instabilité du pays. Aussi, en 1992, une fois qu’il eut assuré Bill Clinton (alors président des Etats-Unis) de conduire une politique pro FMI et pro impérialiste, les marines finirent par installer Aristide au pouvoir.

Plus tard, à l’occasion d’un second mandat, Aristide se mit à accaparer les affaires économiques de l’Etat et les aides internationales destinées au pays. Il en résulta une rupture avec son propre front politique, une forte rivalité avec les autres secteurs bourgeois haïtiens et, in fine, une guerre civile où plusieurs factions armées se sont affrontées. En 2004 donc, Aristide ayant refusé de former un gouvernement « d'union nationale » avec ses adversaires et Haïti risquant de se « libaniser », les marines envahirent le pays, renversèrent Aristide et l'envoyèrent en exil.

Les troupes de l'ONU

C'est ainsi que fut installé un régime colonial sous occupation militaire.Peu après, pour permettre à Bush de concentrer son effort militaire sur l'Irak, les marines furent renvoyés chez eux et remplacés par des « casques bleus » de l'ONU, environ 10 000 soldats venus notamment d'Argentine, du Chili, d'Uruguay, et sous la direction du Brésil. Cette tentative de camouflage n’a pas réussi à masquer le caractère de troupes d'occupation, au service de l'impérialisme, de ces « casques bleus ». La répression des manifestations contre la fraude électorale et la mort d'un manifestant aux mains de soldats jordaniens en sont de parfaits exemples.

En plus de révéler le rôle de laquais de l'impérialisme joué par Lula, Kirchner, Lagos et Tabaré-Vasquez, cette occupation ne peut que susciter consternation et indignation parmi les Latino-américains, un peuple qui a une dette historique de gratitude à l'égard du peuple haïtien : le premier à avoir acquis son indépendance et à s’être libéré des chaînes de l'esclavage et qui, devenu indépendant, apporta refuge et soutien financier à Simon Bolivar (après sa défaite lors d’une première tentative indépendantiste au Venezuela). Et c’est ainsi que tous ces présidents latino-américains paient leur dette : par l'invasion militaire et la répression !

Une tâche urgente

Dans ce cadre colonial, les élections sont considérées comme une tentative de légaliser la situation et de neutraliser les premiers symptômes de la crise de l'occupation (parmi lesquels : le récent suicide d'un officier du commandement brésilien ; ou encore, cette demande de répression accrue de la part de la bourgeoisie haïtienne). Aussi, tous les candidats aux dernières élections présidentielles, se sont-ils prononcés pour le maintien des casques bleus dans le pays.

Même Préval a déclaré que les troupes devraient rester « aussi longtemps que nécessaire ». Cependant, et grâce à leur proximité passée, Préval a capitalisé une partie du prestige dont Aristide bénéficie encore auprès des travailleurs appauvris. En effet, il n'était pas le candidat de l'impérialisme, mais la mobilisation des masses a obligé l’impérialisme à accepter et à reconnaître le triomphe de Préval.

Tout en partageant la joie des travailleurs d'avoir déjoué la fraude électorale, nous les enjoignons à ne faire aucune confiance à Préval : par son caractère bourgeois et son acceptation de la situation coloniale, il ne combattra pas l’occupation, il ne conduira pas de politiques pour résoudre les dramatiques problèmes économiques et sociaux qui affligent le peuple haïtien.

Au contraire, nous ne faisons confiance qu’à la lutte et à la mobilisation du peuple. Le peuple haïtien possède en effet une longue tradition dans ces domaines et son état d'esprit s’est vu sûrement renforcé par cette récente victoire. Aussi, les Haïtiens ont-ils une tâche urgente et incontournable, comme premier pas pour améliorer leur situation : expulser les troupes d'occupation de l'ONU. Les autres tâches étant ensuite les suivantes : rompre les relations avec le FMI, l'un des responsables de la dramatique situation économique et sociale du pays ; désarmer la féroce police haïtienne et les groupes paramilitaires de droite, complices des forces d'occupation.

C'est pourquoi la LIT QI avance le mot d’ordre suivant : casques bleus, hors d'Haïti ! Cette lutte ne concerne pas seulement les Haïtiens, mais tous les peuples du monde, à commencer par ceux des pays qui maintiennent des troupes d’occupation : Brésil, Chili, Argentine, Uruguay… Dans ces pays-là, la nécessité de lancer une grande campagne et de fortes mobilisations unitaires demandant le retrait des troupes est à l'ordre du jour. Si nous y parvenons, nous pourrons battre l'ennemi commun : l'impérialisme américain.

Le SI de la LIT-QI

São Paulo, le 18 février 2006

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