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NON au CPE

Tout notre soutien à la lutte des jeunes et des travailleurs français

Le samedi 18 mars, plus d'un million et demi de manifestants se sont mobilisés en France pour rejeter ce qu'on appelle le Contrat de Premier Embauche - CPE -approuvé par le gouvernement du président Jacques Chirac et le Premier ministre Dominique de Villepin. Seulement à Paris, il y avait presque 400.000 personnes. Dans quelques confrontations avec la police, il y a eu 167 arrestations et 52 blessés, entre eux un syndicaliste de la Poste, hospitalisé en état de coma.

Les mobilisations contre le CPE ont commencé le 7 février, quand environ 200.000 jeunes sont descendus dans la rue, et depuis lors, le mouvement n'a pas cessé de croître. L'avant-garde de cette lutte sont les étudiants universitaires et secondaires qui ont paralysé la plupart des 82 universités du pays et 300 écoles secondaires. Dans ce cadre s'est constitué la Coordination Nationale des étudiants, avec des représentants des universités et des écoles en lutte.

A ce bataillon initial se sont ajouté beaucoup de professeurs et d'enseignants, les jeunes descendants d'immigrés qui ont été les protagonistes des émeutes dans les cités l'année passée, et finalement les travailleurs,dont beaucoup sont les parents des jeunes qui ont commencé la protestation. Ce n'est pas un hasard si les jeunes sont l'avant-garde de cette lutte. L'indice de chômage parmi les moins de 26 ans est de 22% (presque trois fois la moyenne nationale) et dans quelques cités d'immigrés il atteint jusqu' 40% de ces jeunes.

C'est quoi le CPE ?

Le CPE a été approuvé par le gouvernement sans débat ni vote au Parlement, comme une partie d'un paquet destin, hypothétiquement, diminuer le chômage parmi les jeunes. Le CPE permet aux entreprises d'engager de jeunes de moins de 26 ans et de les licencier sans motif ni indemnisation. Un préavis de 15 jours suffit. De plus, si le nouveau travailleur a été sans emploi les six mois préalables au contrat, l'entreprise est exempte de tous les coûts sociaux. C'est pourquoi le CPE a reçu rapidement l'étiquette de « Contrat de Précarité Eternelle » ou « Contrat Pour Esclaves ». Loin de chercher réduire le chômage des jeunes, le CPE est le front d'une offensive de la bourgeoisie impérialiste française, qui cherche précariser les conditions de travail et démanteler un ensemble de conquêtes que la classe ouvrière française a durement défendu avec ses luttes : les 35 heures hebdomadaires, l'assurance chômage et le CDI (Contrat Durée Indéterminée). Le projet vise remplacer le CDI par un « contrat unique », de caractère beaucoup plus précaire.

Sûrement, ce caractère de front d'attaque du CPE et l'ampleur du mouvement ont mené les centrales syndicales (la CGT, dirige par le PC, Force Ouvrière et d'autres) à convoquer, ensemble avec les organisations d'étudiants, une journée de mobilisations avec arrêt des services publics pour le 28 mars. Les travailleurs des transports ont déjà manifesté leur adhésion, et la journée peut se transformer en grève générale de fait contre le CPE et en une nouvelle montée de la lutte. Il faut toutefois attirer l'attention sur le fait que les centrales syndicales, et quelques organisations estudiantines, comme l'UNEF, n'ont adhéré que récemment à cette lutte et que leur participation vise surtout à négocier un accord avec le gouvernement.

Orage en France

La bourgeoisie impérialiste française, tout comme les autres bourgeoisies européennes, a ce besoin impérieux d'attaquer et de démanteler les conquêtes afin de « réduire les coûts » et de pouvoir ainsi rétablir la compétitivité, non seulement entre eux mais aussi vis- vis des Etats-Unis. A chaque fois qu'elle essaye d'avancer en ce sens, elle se heurte la résistance dure des travailleurs et du peuple français. Ces dernières années, des grèves générales, des luttes estudiantines, les émeutes dans les cités et le triomphe du NON à la Constitution Européenne ont freiné ou bloqué ces tentatives, ce qui a donné lieu à une crise dans le régime politique français. Malgré cela, la bourgeoisie n'a d'autre alternative que de revenir à la charge et de provoquer de nouveaux affrontements qui vont accentuer de plus en plus la situation. La situation du pays a été très bien dépeinte par Larissa, un étudiant de la Sorbonne : « La rage et la haine nous unifient. Cela pourrait avoir été le CPE ou tout autre chose, parce qu'en France il y a de la colère. C'est pourquoi, les cités explosent, nous votons Non à la Constitution Européenne et maintenant plus d'un million de personnes sont contre le CPE. C'est un état d'esprit qui s'est emparé des rues et si le gouvernement ne donne pas une réponse, je ne sais pas comment terminera tout ceci. » (Clarin, 19/3/06)

We shall never surrender

En Europe aussi

La situation française est probablement la plus avancée du continent, mais elle n'est pas une exception. Bien que dans d'autres pays, les bourgeoisies et les gouvernements aient avancé un peu plus dans la précarisation du travail, ils ont besoin de continuer à mener des attaques beaucoup plus fermes, pour les mêmes raisons que celles signalées pour la France. Toutefois, comme en France, cela ne se fait pas sans grandes difficultés. D'une part, le NON à la Constitution Européenne en France et en Hollande a représenté un coup dur à la tentative de légaliser politiquement ces attaques contre les travailleurs, dans l'ensemble du continent. D'autre part, ils font face aussi à une forte résistance dans leurs pays respectifs : en Italie, il y a eu d'importantes grèves générales ; en Espagne, on prévoit une lutte dure contre la flexibilisation du travail ; en Allemagne, la bourgeoisie avance « à pas de tortue » pour éviter des chocs décisifs avec ses travailleurs, etc. Finalement, dans plusieurs pays, l'opposition populaire à l'occupation de l'Irak a frappé durement les gouvernements qui se sont alliés à Bush. Aznar est tombé en Espagne, le gouvernement de Berlusconi agonise en Italie et Tony Blair a été très affaibli en Grande-Bretagne. La conclusion est que tout indique qu'en Europe de grandes confrontations s annoncent, et que la « bataille pour le CPE » s'inscrit dans ce cadre. Ne pas tomber dans le piège du gouvernement Jusqu'à présent, le gouvernement de Villepin a maintenu un refus total de retirer le CPE parce que cela signifierait « capituler devant les ultimatums », c'est-à-dire devant les mobilisations. La situation du gouvernement français est extrêmement difficile. Faire marche arrière avec le CPE signifierait pour lui une défaite dure et un affaiblissement qui peut conduire à sa chute, mais le maintenir menace à la longue de faire exploser le pays.

C'est pourquoi, Villepin a dit « d'être ouvert au dialogue » et on a entamé une instance de négociations entre le gouvernement, les syndicats et les organisations estudiantines. Mais ce « dialogue » et ces négociations cachent un piège de la part du gouvernement : la proposition de modifier quelques points du CPE pour que celui-ci soit accepté dans ses aspects essentiels. A la fois, il essayera que ces négociations servent à diviser et à freiner les mobilisations et la lutte.

La LIT-QI appelle à ne pas tomber dans ce piège : toute négociation doit être subordonnée au maintien de la lutte et à la consultation des travailleurs et des étudiants sur les propositions. La force croissante du processus montre que le CPE et le gouvernement de Villepin peuvent être mis en échec sur toute la ligne. Un triomphe complet de cette lutte signifierait un coup dur pour toutes les autres attaques que la bourgeoisie et Villepin-Chirac préparent. Pour obtenir cette victoire, il est nécessaire de maintenir et d'approfondir l'unit entre les étudiants, les travailleurs et la jeunesse des cits, jusqu' mettre en échec le gouvernement. La LIT-QI soutient à fond cette lutte des jeunes et des travailleurs français. C'est pourquoi, nous appelons tous les jeunes et les travailleurs du monde, spécialement les européens, à se solidariser avec elle. Si le gouvernement de Chirac-Villepin est obligé de retirer le CPE, cela signifiera une grande défaite du plan de l'impérialisme européen et de tout le capitalisme impérialiste mondial.

Le SI de la LIT-QI

São Paulo, le 22 mars 2006

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