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Article paru dans Courrier International n°124

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Arrêtons la répression contre le peuple d'Oaxaca et l'APPO !

Déclaration du SI de la LIT-QI

Le 27 octobre dernier, la Police Fédérale Préventive (PFP) a entamé une répression féroce pour récupérer le Zócalo (centre) de la ville d'Oaxaca, capitale de l'Etat du même nom dans le sud du Mexique, occupé par des manifestants depuis le mai dernier.

Le conflit a commencé quand le syndicat des enseignants (la Section 22 de la Coordination Nationale des Travailleurs de l'Etat - CNTE) a entamé une grève avec occupation du Zócalo (le centre de la ville, où ils tiennent chaque année un campement). Les enseignants réclament des améliorations salariales et l'augmentation du budget de l'éducation, au gouverneur Ulises Ruiz Ortiz, du PRI (Parti Révolutionnaire Institutionnel). Le 14 juin, le gouvernement d'Ulises a essayé de déloger violemment le campement avec la police de l'Etat et des bandes armées. En réponse, des milliers de travailleurs, de paysans, d'étudiants et d'habitants des quartiers pauvres de la ville se sont solidarisés avec les enseignants et il y a eu un soulèvement populaire massif qui a mis en échec la tentative de déloger les enseignants.

Cette défaite a laissé le gouvernement d'Ulises dans une crise profonde et l'a pratiquement paralysé. En même temps s'est constituée l'APPO (Assemblée Populaire des Peuples d'Oaxaca), qui s'est transformée, de fait, en un « pouvoir parallèle » dans la ville et dans d'autre endroits de l'Etat. Aux revendications propres de chaque secteur s'est ajoutée avec une clarté totale l'exigence « Ulises dehors »

L'intervention directe devenant impossible, Ulises a essayé, de manière permanente, de monter des provocations avec des bandes de marginaux, des tueurs à gage ou des policiers déguisés, afin de forcer le gouvernement fédéral à envoyer une intervention armée à Oaxaca. Une de ces provocations, l'assassinat du journaliste américain Brad Will par un franc-tireur, a été l'excuse utilisée par le gouvernement fédéral pour entamer son attaque contre le peuple d'Oaxaca.

Fox Quesada ordonne la répression

Pendant des mois, le gouvernement du président Vicente Fox Quesada, du PAN (Parti d'Action Nationale), a hésité d'intervenir en Oaxaca et de « nationaliser » le conflit. D'abord, à cause de la bataille électorale dure entre le candidat présidentiel de son parti, Felipe Calderón, et celui du parti de l'opposition, Andres López Obrador du PRD (Parti de la Révolution Démocratique). Ensuite, à cause des dénonciations de la fraude, qui a proclamé Calderón vainqueur, et des mobilisations massives convoquées par López Obrador. Mais une fois le « triomphe » de Calderón légalisé, Fox Quesada a décidé d'obtempérer à l'exigence de l'impérialisme et la grande bourgeoisie mexicaine, l'exigence de son successeur de « résoudre » le thème d'Oaxaca avant que celui-ci prenne la relève.

Il l'a fait de la manière traditionnelle, pour la bourgeoisie mexicaine, de faire face aux grandes luttes populaires : à travers une répression féroce. Plus de quatre mille membres la PFP, armés jusqu'aux dents, disposants de tanks et d'hélicoptères, ont entamé l'opération militaire de récupérer le Zócalo d'Oaxaca. Des milliers d'habitants d'Oaxaca ont résisté héroïquement pendant deux jours mais l'infériorité militaire les a finalement obligés à se replier. Le 30 octobre, trois mobilisations ont été organisées pour essayer de reprendre le Zócalo. Jusqu'à peu avant la tombée de la nuit, la PFP était entourée par les contingents de l'APPO et le corps enseignant. En outre, la résistance continue dans d'autres endroits importants de la ville, avec des blocus et des barricades, et la radio de l'Université Autonome Benito Juárez est toujours entre les mains de l'APPO. C'est-à-dire que tout le pouvoir de la force publique n'a pas encore été suffisant pour mettre en échec les manifestants.

Les informations encore confuses sur le solde de la répression parlent de plusieurs morts, de dizaines de blessés par balle, de nombreux détenus et aussi de kidnappés et de disparues. L'APPO a dénoncé que plus de quarante de leurs dirigeants ont été arrêtés et conduits à des installations militaires.

Vicente Fox a essayé de dissimuler cette réalité et a assuré, avec un cynisme suprême, « qu'Oaxaca est retourné à la normalité et que l'activité de la police fédérale pour récupérer la capitale de l'Etat a été effectuée avec un 'solde nul' et sans armes, avec l'implantation de l'ordre et le respect à la loi » (La Journada online, 30/10/06).

Un régime antidémocratique

Tout comme le faisait le PRI quand il était au pouvoir, le PAN a fait appel à la fraude électorale à son tour, ainsi qu'à la répression la plus sanglante pour défendre les intérêts des grands bourgeois mexicains et yankees. Rappelons la répression brutale contre les habitants d'Atenco, qui a eu lieu il y a quelques mois.

Combattre ce gouvernement et ce régime politique est la nécessité principale du peuple mexicain. L'insurrection d'Oaxaca a été l'expression la plus avancée de cette lutte. Mais elle s'est manifestée aussi dans les mobilisations massives contre la fraude, malgré la capitulation inévitable d'une personnalité bourgeoise comme López Obrador. La LIT-QI appelle à continuer cette lutte, en premier lieu par la condamnation de la répression criminelle en Oaxaca et l'exigence du châtiment de ses responsables.

La lutte continue

Dans la ville de Mexico, il y a déjà eu des mobilisations en ce sens. Il est nécessaire qu'elles deviennent massives et s'étendent à tout le pays. L'ex candidat du PRD, Andres Manuel López Obrador, a condamné l'utilisation de la violence dans l'Etat d'Oaxaca et son occupation par des forces fédéraux. Il a déclaré que « le flot de morts et de disparus que nous avons pu constater, laisse au découvert la perversité politique à laquelle sont arrivés ceux qui sont disposés à exercer la répression pour conserver le pouvoir » et il a condamné la complicité entre le PAN et le PRI et a exigé le renoncement d'Ulises Ruiz.

Mais la lutte contre le régime ne peut pas se limiter à des déclarations et des dénonciations. López Obrador a une immense influence politique et il a donc la possibilité et l'obligation d'appeler à une action massive contre les crimes d'Oaxaca. Les millions qui l'ont voté et les centaines de milliers qui se sont mobilisées contre la fraude doivent lui exiger qu'il le fasse.

En même temps, la LIT-QI considère comme indispensable l'action la plus unitaire possible de toutes les organisations politiques et syndicales qui ne sont pas complices du régime, pour promouvoir ces actions. La CNTE (Coordination Nationale des Travailleurs de l'Education) a une responsabilité spéciale d'appeler à coordonner l'appel à la grève nationale, étant donné que les enseignants de sa Section 22 sont attaqués brutalement à Oaxaca.

Solidarité internationale

En même temps, la LIT-QI appelle à la plus vaste solidarité internationale avec le peuple d'Oaxaca, condamnant la répression effectuée par le gouvernement de Fox Quesada. Des mobilisations en ce sens ont déjà commencé à être organisées à Buenos Aires et dans d'autres villes du continent.

Le gouvernement du PAN a ôté une fois de plus le masque et a clairement montré son caractère antidémocratique, répressif et sanglant.

Solidarité avec le peuple d'Oaxaca et l'APPO!

Liberté immédiate des combattants détenus d'Oaxaca !

Apparition en vie

des kidnappés et disparus!

Châtiment pour les responsables de la répression!

Ulises dehors !

Secrétariat International de la Ligue Internationale des Travailleurs

Quatrième Internationale

São Paulo, le 30 octobre 2006.

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