La lutte des classes
s'aiguise et encadre les élections
Aiguisement de la lutte des classes et
approfondissement de la crise
institutionnelle : ces tendances, déjà
présentes lors de la précédente élection
présidentielle de 2002, n’ont fait que
se renforcer au cours de ces cinq dernières
années. Aussi, les tentatives de la quasi
totalité des forces politiques de ce pays
pour éviter l'affrontement et enfermer le «
débat » dans le cadre des élections,
ont-elles complètement échoué.
La réélection de Chirac, suite à la
sinistre mascarade du « vote Chirac pour
faire barrage à Le Pen » ;
l’installation d'une « majorité »
parlementaire RPR-UDF, en 2002 ; l'arrivée de
la « gauche » à la tête de la plupart des
assemblées départementales et régionales lors
des régionales et cantonales de 2004 : tous,
élus par défaut ! Toutes ces élections furent
encadrées par les mobilisations, des
manifestations de classe dont le sommet -
provisoire - fut la grève de 2003 contre la «
loi Fillon » de remise en cause des
retraites.
Tout au long de cette période,
l'abstention consciente s'est-elle maintenue
à un très haut niveau, la lutte des classes
s'aiguisant au grand dam d’un PS
arc-bouté sur son objectif : tenir jusqu'en
2007 ! Cependant, le « non » massif à la
constitution européenne est venu rappeler aux
partisans du traité de Maastricht - et de son
renforcement, que la classe ouvrière était
toujours là... et bien là ! Une défaite
réelle pour tous les partis
institutionnels.
Après, la situation ne fera «
qu’empirer ». Automne 2005 : explosion
de la jeunesse des banlieues, exposée à
toutes les vexations, écrasée par le chômage
et la précarité ; printemps 2006 :
déferlement de l'ensemble de la jeunesse.
Ainsi donc, le recul du
gouvernement sur le CPE a été une
victoire de l'ensemble de la classe. Ce
n’est que grâce aux manoeuvres des
appareils syndicaux et des dirigeants du PS
et du PCF, que le gouvernement a pu maintenir
le CNE et rester en place mais, depuis, la
mobilisation ne s’est jamais démentie
et les grèves n’ont jamais cessé,
jusqu’à aujourd’hui :
enseignement, Alcatel, Airbus, PSA
d’Aulnay-Sous-Bois (dans le 93), etc.,
etc... même les employés de la branche
française de la multinationale Clear Channel,
chargée de l'affichage officiel pour tous les
candidats de cette élection, sont en grève
!
La crise institutionnelle
s'aggrave
La victoire du « non » au référendum sur
la constitution européenne, et la mise en
échec du CPE par la mobilisation des masses
ont encore aggravé la situation du
gouvernement Chirac : désormais, la crise
politique touche les sommets de l'Etat et
débouche sur une crise institutionnelle ;
l'ensemble des représentations politiques en
est touché. Le sauvetage de la Vème
République avec la mise en place du
quinquennat, et la volonté d'imposer un
bipartisme institutionnel qu'UMP et PS
appellent de leurs voeux, n’auront été
que vaines tentatives.
Que le MEDEF et les bureaucraties
syndicales (notamment celle de la CGT) soient
montés en première ligne dans la dernière
période montre, à la fois, l'importance de la
crise politique/institutionnelle, et la
volonté conjointe - patronat et bureaucrates
- d'avancer dans la voie d'une intégration
des syndicats à l'Etat.
Sous la pression des
institutions européennes, l'indépendance de
la classe ouvrière est menacée
Les partis de la bourgeoisie et leurs
candidats ont toujours affirmé vouloir en
finir avec les acquis ouvriers et même avec
toute organisation indépendante de la classe
ouvrière (Sarkozy, Bayrou, Le Pen ou De
Villiers) ; c'est dans leur nature. Mais le
PS et le PCF, eux, qui se prétendent des
représentants de la classe ouvrière… !
Aujourd'hui, défenseurs de l'Europe de
Maastricht et ralliés à « l'économie de
marché », ils sont tous deux engagés dans une
politique d'accompagnement de la destruction
des acquis et conquêtes ouvriers.
De même, les dirigeants des principales
organisations syndicales, qui sont pour
l'essentiel des militants du PS et le PCF,
tendent-ils à s'impliquer encore davantage
avec le MEDEF et les gouvernements successifs
dans une remise en cause de l'ensemble des
droits et garanties des travailleurs, Code du
travail et conventions collectives en tête.
Le lieu où cette destruction s'organise : le
Conseil économique et social.
L'intégration syndicale est en effet un
axe de l'Union Européenne auquel adhèrent
activement PS et PCF. Et la Confédération
européenne des syndicats participe à la
rédaction des directives en liaison avec la
Commission de Bruxelles. Et la Confédération
syndicale internationale, fondée fin 2006,
travaille dans le même sens avec l'ONU et
l'OCDE (Organisation pour la coopération et
le développement économique). Désormais, la
totalité des directions syndicales de ce pays
est-elle intégrée à ce schéma.
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Lever une alternative
ouvrière révolutionnaire
anticapitaliste
La défense des intérêts de la classe
ouvrière exige avec urgence : l'arrêt des
délocalisations et des privatisations ;
l'arrêt de la destruction des services
publics, dont les piliers essentiels,
enseignement et santé, sont menacés
conjointement à l'énergie, aux transports et
aux moyens de communication ;
l’interdiction des licenciements ;
l’augmentation des salaires à un niveau
permettant de vivre décemment ; que tous les
travailleurs disposent d'un emploi et d'un
logement dignes ; enfin, la préservation
entière du Code du travail et des Conventions
collectives. Ceci dit, peut-on réellement
prétendre imposer une telle politique en
laissant les capitalistes aux commandes de
l'économie, avec tout loisirs de reprendre
d'une main le double de ce qu'ils auraient eu
à lâcher de l'autre ?
Aujourd'hui, pour
répondre à la volonté de la classe ouvrière
de défendre son indépendance et ses intérêts,
il ne suffit point d’être «
antilibéral», mais il faut une véritable
perspective ouvrière, en rupture avec le
capitalisme, pour un gouvernement des
travailleurs : un gouvernement pour et par
les travailleurs. Pour nous, cette
alternative est le socialisme : expropriation
des capitalistes, instauration de la
propriété collective des moyens de production
et d'échange, à l'échelle du monde. Le
socialisme, seule option possible face à la
barbarie !
Cette élection, comme toutes les
élections, devrait servir de tribune pour
construire une telle perspective, pour
proposer un cadre organisationnel dans ce
but, pour le parti ouvrier révolutionnaire.
Or, trois formations se réclamant, plus ou
moins formellement, du trotskisme, présentent
ou soutiennent des candidats : LCR, LO et
PT.
Le PT : à partir
des conséquences des traités et directives
européens sur les travailleurs, il propose
une rupture d’avec l'Union Européenne
qui aboutit à une politique de défense de «
la nation », c’est-à-dire, en
définitive, du capitalisme « national », en
France comme en Europe, avec des mots
d’ordre tels que « la république une et
indivisible » pour la France, et « l'union
libre et fraternelle des peuples libres
d’Europe». La rupture d’avec le
capitalisme ? La construction du socialisme ?
Pour les jours de fête ! Le PT ne présente
pas de candidat direct, mais soutien la
candidature de G.
Schivardi qui se définit comme un «
socialiste républicain », candidat de
maires.
Présentée par les médias comme une
organisation trotskyste, la LCR, pour sa part, ne se
revendique jamais publiquement comme telle :
en effet, partisane de la « démocratie
jusqu'au bout », elle a renoncé à la
dictature du prolétariat et au centralisme
démocratique. Aussi, la LCR axe toutes ses
campagnes sur « l'Europe sociale » et la
régionalisation, sans jamais exiger
l'abrogation des traités capitalistes
européens. Or, précisément, ces traités-là
encadrent totalement l'ensemble des attaques
économiques et sociales dirigées contre les
travailleurs, en France et en Europe.
Antilibérale toujours, anticapitaliste
parfois (et selon l'air du temps), la LCR n'a
jamais exclu d'accepter un strapontin
gouvernemental si les circonstances s'y
prêtaient. Et même si en France elle écarte
cette option à l’heure actuelle, le cas
existe déjà au Brésil, où Démocratie
Socialiste (l'organisation soeur de la LCR)
participe au gouvernement Lula ; et en
Italie, où Sinistra Critica (le courant
équivalent) participe de la majorité
gouvernementale de Prodi. La candidature
O. Besancenot de la
LCR, qui appela à voter Chirac au deuxième
tour de 2002, débouchera tout naturellement
sur un vote PS au second tour de 2007.
Enfin, quant à LO, qui a condamné les
émeutiers de 2005 et appelé à voter « non » à
la constitution européenne, elle avait été
pour l'abstention au traité de Maastricht en
1992. Cette organisation n'a pas été
conséquente avec son appel à constituer un
parti révolutionnaire des travailleurs, à
l'occasion des européennes de 1999. Elle
oscille en permanence entre
national-trotskisme et internationalisme
prolétarien formel.
Cependant, LO et sa candidate A. Laguiller, qui
continuent à se réclamer du combat contre le
capitalisme et pour le socialisme, ont
d’ores et déjà annoncé qu’ils
n'appelleront pas à soutenir la « candidate
blairiste » du PS au second tour de 2007. Par
ailleurs, cette organisation qui a résisté à
toutes les pressions en 2002 et refusé
d'appeler à voter Chirac au second tour, se
revendique-t-elle ouvertement du communisme,
du trotskisme.
Aussi, pour le GSI, le seul qui apparaît
comme un vote de classe utile, parmi ces
trois candidatures à cette élection
présidentielle, est le vote LO.
Le 5 avril
2007
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