La grève pour la défense des
régimes spéciaux de retraite est porteuse de
l'exigence du retour à 37,5 années de
cotisations, avec un départ à 60 ans maximum
et une pension à taux plein pour tous,
secteur public et privé. Dans un contexte de
développement de grèves pour les salaires et
l'emploi (Air-France, etc.), après l'énorme
succès du 18 octobre, les directions
syndicales (CGT en tête) ont choisi la
division, en appelant à une « journée
d'action reconductible », sur la défense des
régimes spéciaux le 14 novembre. Le 20, une
nouvelle « journée d'action », des
fonctionnaires cette fois, est programmée
pour l'emploi et le pouvoir d'achat.
Cependant, le 17, les cheminots, les agents
de la RATP, les électriciens et gaziers sont
toujours massivement en grève, une grève
reconduite jour après jour en assemblée
générale unitaire, malgré les manoeuvres de
divisions.
Dans les universités, voyant se profiler
les premiers blocages, la direction de
l'UNEF, qui le 28 juin estimait que « le
texte sauvait l'essentiel », a appelé
les étudiants à... étudier la loi Pécresse.
Aujourd'hui, à travers leurs assemblées
massives et leur coordination nationale, les
étudiants exigent l'abrogation de la loi de
privatisation des universités. Ils
manifesteront le 20 avec les fonctionnaires,
les cheminots, etc. La grève et la
manifestation du 20 marqueront un tournant :
ou bien les appareils syndicaux, à force de
division, parviennent à en faire un
enterrement de première classe, ou bien la
voie est ouverte vers la généralisation de la
grève.
Les directions syndicales
montent en première ligne
Face à l'ampleur du rejet des
contre-réformes par la base, les directions
syndicales montent en première ligne pour
obtenir « l'ouverture de négociations » sur
les régimes spéciaux de retraites et sur
l'application de la « loi Pécresse. Ainsi,
par la voix de son secrétaire général, la
direction confédérale de la CGT a-t-elle pris
la responsabilité historique, sans précédent,
de demander au gouvernement, à Sarkozy
directement, l'ouverture de négociations
tripartites (Etat, patronat, syndicats), par
branche ou par entreprise, sur la question
des régimes spéciaux.
Ce faisant, B. Thibault a ouvert une porte
de sortie au gouvernement, à la veille de la
grève du 14, indiquant par là qu'il acceptait
le cadre de la réforme, prenant le risque
d'une profonde et durable division. Bien
entendu, l'Elysée s'est empressé d'accepter.
Le ministre X. Bertrand exige maintenant que
la grève cesse avant d'ouvrir ces
négociations, affirmant qu'il a reçu des
assurances sur ce point ! Illico, le
porte-drapeau de la capitulation, F.
Chérèque, secrétaire général de la CFDT,
déclare sur France3 avoir les éléments pour «
suspendre la grève à la SNCF »,
après avoir reçu une « lettre de
méthode » du ministre du Travail, X.
Bertrand. Mais les travailleurs de la SNCF ne
sont pas B. Thibault, ni F. Chérèque, et la
grève continue.
De leur part, au moment où les étudiants
se prononcent massivement dans leurs
assemblées générales pour l'abrogation de la
« loi Pécresse », les dirigeants de l'UNEF
multiplient les rencontres avec la ministre
de l'enseignement supérieur : « nous
attendons que la ministre engage des
négociations conséquentes sur les
modifications de la loi LRU, loi sur
l'autonomie des universités, votée cet été,
et sur les questions budgétaires, tant sur la
programmation pluriannuelle que sur le budget
2008 » (Libération, le 14 novembre
2007). Toutefois, qu'y a-t-il à négocier ?
Dans un cas comme dans l'autre, rien !
Le PS et le PCF
soutiennent la politique du
gouvernement
Il est évident, mais nous le savions
depuis qu'il a annoncé vouloir être une
opposition constructive, que le PS soutient
les réformes sur le fond. Déjà, le 19
octobre, F. Hollande, premier secrétaire du
PS, avait déploré qu’il « n'y ait
pas eu véritablement de négociation ».
Il avait conseillé : « Je dis au
gouvernement : ouvrez, rouvrez (...)
le cadre global qui doit permettre les
discussions entreprises par entreprise. Si
vous ne le faites pas, vous aurez un certain
nombre de mouvements. » (Le monde, le 19
octobre 2007). Le 14 novembre, le même F.
Hollande insiste : « Il a fallu
attendre (...) pour que l'Etat
daigne dire qu'il serait présent dans des
réunions dans chacune des entreprises. On
n'aurait pas pu y penser plus tôt ? Je
demande au président de la République, au
gouvernement, de ne pas perdre une minute de
plus et d'ouvrir la négociation de manière à
ce qu'on sorte de ce conflit dignement avec une
réforme qui sera consentie »
(c'est nous qui soulignons, NDLR).
Quant au PCF, par un communiqué du 14
novembre, il estime que : « Grâce à
l’attitude responsable des syndicats et
la très forte mobilisation des salariés, le
gouvernement est contraint à trouver le
chemin d’une véritable négociation.
C’est
une première victoire (c'est nous
qui soulignons, NDLR). Le gouvernement
doit donc prendre toute sa place dans les
négociations à venir entre syndicats et
directions d’entreprise, afin de
répondre aux attentes et aux revendications
des salariés en lutte. Face à
l’attitude constructive des syndicats,
il serait totalement irresponsable que le
gouvernement tente une nouvelle fois de
mettre en scène une fausse concertation.
». Négocier entreprise par entreprise, « une
première victoire » ?
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Il n'y a rien à négocier
!
Négocier sur les régimes spéciaux
de retraite, c'est accepter le cadre de
régression imposé par le gouvernement
Sarkozy-Fillon. Cadre de régression
en ce sens que, au nom de l'« équité », tous
les travailleurs seraient désormais alignés
sur la plus mauvaise des situations, avec 40
ans de cotisation pour tous, tout de suite,
et la réduction des pensions pour ceux qui
prendraient tout de même leur retraite à 60
ans, sans avoir cotisé assez longtemps.
Négocier, c'est en outre accepter
qu'en 2008 le gouvernement mette sur la table
un nouveau projet qui s'appliquera à
l'ensemble des travailleurs du privé comme du
public : allongement de la durée de
cotisation (41, 42 ans, etc.), baisse des
pensions et, c'est le centre des attentes
capitalistes, basculement d'une part
déterminante des retraites sur la
capitalisation. C'est la mise en bourse de
nos retraites, de façon à assurer aux
spéculateurs un flux permanent d'argent frais
et dont ils seraient les bénéficiaires réels
!
Négocier sur la loi Pécresse d'«
autonomie des universités », c'est accepter
le principe de la loi qui vise à
contraindre les universités à fonctionner
comme des entreprises, à faire appel
massivement aux capitaux privés, à mettre en
oeuvre une sélection des étudiants « par le
fric », avec l'explosion des frais
d'inscription qui endetteront des familles
ouvrières à vie. En définitive, cela aboutit
à remettre l'enseignement supérieur, « clés
en main », aux multinationales. C'est bien
une loi de privatisation... de ce qui
rapporte, le reste sera liquidé purement et
simplement.
Négocier, c'est accompagner ces
mesures, c'est trahir les intérêts objectifs
des travailleurs et de la jeunesse. A ce
stade, c'est accepter que les organisations
syndicales deviennent des rouages de
l'appareil d'Etat, c'est briser
l'outil séculaire construit par la classe
ouvrière pour la défense de ses intérêts en
toute indépendance, face aux capitalistes.
Unifier les luttes en
France et en Europe
La lutte des classes est nationale dans sa
forme et internationale dans son contenu. Les
contre-réformes, dictées par les
capitalistes, sont impulsées par l'UE (Union
Européenne), l'OCDE (Organisation pour le
Développement et la Coopération Economique),
ainsi que par tous les gouvernements sur la
base d'un catalogue de mesures, présentées
comme « inéluctables », dans les domaines de
la santé, de l'éducation, des services
publics, de la protection sociale, etc.
Aussi, l'application d'une même
politique à l'échelle de l’Europe pose
les conditions objectives d'une riposte
unifiée sur l'ensemble du continent.
La grève des cheminots allemands pour les
salaires fait écho à celles des navigants
commerciaux d'Air France ou des travailleurs
italiens contre la précarité et pour la
sauvegarde des retraites. De même, la «
réforme » de l'enseignement supérieur a déjà
provoqué des mobilisations de grande ampleur
en Allemagne et en Grèce. Ce combat des
travailleurs dans chaque pays, contre des
attaques de dimension européenne, doit aussi
trouver une débouchée à l'échelle du
continent.
Unifions nos luttes et
construisons la grève générale !
Nous ne partons pas de rien. Après
l'énorme succès du 18 octobre, des centaines
de milliers de cheminots, traminots, gaziers,
électriciens, etc., se sont à nouveau mis en
grève, le 14 novembre, paralysant le pays et
manifestant massivement. Malgré les obstacles
dressés par les directions bureaucratiques,
la grève s'est poursuivie largement au delà
du 14 novembre.
De même, malgré la brutale répression dans
les universités, jeudi 15, 36 sites
universitaires étaient toujours en grève,
dont 29 bloqués, alors que 5 autres étaient
fermés par l'administration. La coordination
nationale étudiante appelle à manifester avec
les fonctionnaires le 20 novembre
également.
Le 20 novembre, une jonction pourrait
s'opérer entre les cheminots, traminots,
électriciens, gaziers, et les fonctionnaires,
les étudiants ouvrant une perspective
d'unification des luttes qui pourrait
déboucher sur la grève générale. La grève
générale porterait un coup d'arrêt aux
attaques brutales du gouvernement aidé par
les appareils bureaucratiques.
Paris, le 17
novembre 2007
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