Quatre ans après le début de
l'occupation militaire en Irak, une journée
internationale aura lieu dans les prochains
jours, pour exiger le retrait immédiat des
troupes impérialistes. Cette mobilisation
intervient au moment où Bush s'affaiblit aux
yeux de tous, l'ensemble de sa politique pour
le Moyen-Orient s'étant avérée un échec ;
pour preuve, sa récente défaite lors des
élections législatives aux USA. La
possibilité d'une défaite militaire et
politique de l'impérialisme est donc ouverte.
Rappelons-nous que la première défaite
militaire de l'histoire de l'impérialisme fut
celle du Vietnam en 1975.
L'échec d'une
politique
En mars 2003, franchissant un nouveau pas
dans la « guerre contre la terreur » lancée
par Bush après le 11 septembre 2001, les
troupes américaines, britanniques et leurs
alliées ont obtenu une rapide victoire
militaire, renversé le gouvernement et le
régime de Saddam Hussein, dissout l'armée
locale et installé un régime colonial appuyé
sur les forces armées impérialistes.
Cependant, leurs espoirs d'installer un
gouvernement collaborationniste solide, leur
permettant de retirer rapidement une grande
partie de leur contingent, ont-ils vite été
démentis par la dure réalité. En effet, peu
de temps après le début de l'occupation, le
peuple irakien a lancé une véritable guerre
de libération, une résistance qui, à travers
attaques et attentats, serre de plus en plus
les troupes impérialistes, les empêchant
ainsi de dominer le pays.
Jusqu'ici, aucune des politiques mises en
place pour renverser cette situation n'a
donné des résultats : du génocide provoqué
par l'occupation (des centaines de milliers
de morts victimes des actions militaires, la
répression, les escadrons de la mort, la
famine, le désastre sanitaire), jusqu'aux
élections frauduleuses cherchant à légitimer
le gouvernement fantoche de Al Maliki
(soutenu par des forces politiques chiites et
kurdes) ; pas plus que le fait d'impulser une
guerre civile sur des bases « ethniques » et
religieuses, visant à diviser le pays en
trois régions autonomes, conformément au
vieil axiome de l'empire anglais : « diviser
pour régner ». Malgré tous ces efforts, c'est
en réalité la possibilité d'une victoire de
la résistance iraquienne qui est posée.
L'impérialisme s'affaiblit
dans toute la région
Les problèmes de l'impérialisme ne se
limitent pas à ceux rencontrés en Irak.
Ainsi, en 2006, un second front s'est-il
ouvert suite à l'aggravation de la situation
militaire en Afghanistan, où l'occupation
(débutée en 2001) semblait pourtant avoir
réussi à contrôler le pays. Ce changement
vient prendre à contre-pied la politique de
Bush, une politique qui cherchait à diminuer
les troupes USA en Afghanistan et, à travers
l'OTAN, transférer le poids de l'occupation
sur les puissances impérialistes européennes.
Or, selon les dernières informations, là
aussi, la situation militaire des forces
d'occupation va en s'aggravant. Par ailleurs,
cette même année, la défaite de l'invasion
israélienne du Liban a mis en évidence la
vulnérabilité de l'Etat sioniste, dont la
place de grand gendarme régional de
l'impérialisme est désormais menacée.
Preuve d'un tel affaiblissement, devant
l'impossibilité d'envoyer des troupes dans
d'autres régions du monde et au Liban, c'est
l'ONU (par le biais de casques bleus
essentiellement européens) qui a dû venir
sauver la mise à Bush et à l'Etat d'Israël.
On assiste à une situation similaire en Haïti
; mais ici, les « troupes auxiliaires » de
l'occupation impérialiste sont celles
envoyées par des gouvernements
latino-américains : Bush utilise à cet effet
les gouvernements de Front Populaire de la
région (dont, particulièrement, celui de Lula
au Brésil), dévoilant ainsi le véritable
caractère d'agents de la politique
impérialiste des dits gouvernements.
Des problèmes
domestiques
La guerre en Irak (avec son cours
défavorable) et toute la politique menée au
Moyen-orient se sont retournées contre Bush
tel un boomerang, se sont invitées lors des
élections aux USA, générant une véritable
marée populaire d'opposition et, en
définitive, une flagrante défaite pour Bush.
Les sondages réalisés en période électorale
donnaient plus de 50% d'opinions favorables
au retrait des troupes de l'Irak, cette
question étant devenue en effet un des axes
de la campagne. Des élections dont les
résultats ont été définis, par l'intéressé
lui-même, comme une déconfiture, une
véritable correction à son encontre.
Bush commence ainsi à subir
personnellement ce que deux de ses principaux
alliés dans l'invasion de l'Irak (Aznar en
Espagne, et Berlusconi en Italie) avaient
subi avant lui. Dans ces deux pays, la
mobilisation des masses a fini par obliger
les gouvernements (Zapatero et Prodi,
respectivement), a retirer leurs troupes
d'Irak, même si celles envoyées en
Afghanistan et au Liban y demeurent encore.
Aussi, en Angleterre, Blair commence à
connaître une situation semblable et qui l'a
obligé à annoncer un planning de retrait de
l'Irak.
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S'en aller est difficile,
y demeurer aussi
Il serait cependant erroné de penser que,
malgré sont affaiblissement évident,
l'impérialisme va se contenter tranquillement
d'une défaite alors que, pour lui, le
contrôle du Moyen-orient revêt une importance
géopolitique stratégique, cette région
possédant en effet les plus grandes réserves
en hydrocarbures du monde, quand celles-ci
commencent à décliner partout.
Bush lui-même l'a souligné, le lendemain
de la défaite législative du Parti
Républicain : « sortir vaincus de l'Irak
entraînerait des conséquences désastreuses ».
Opinion partagée par l'autre grand parti
impérialiste du pays, le Parti Démocrate :
malgré sa large victoire électorale et
l'évident message des électeurs, ce dernier
ne fait aucune pression, ni rien du tout,
pour un retrait immédiat. Dans cette guerre,
les deux partis vont en réalité faire
l'impossible pour emporter la victoire ou, au
moins, pour obtenir un « match nul ». Selon
cette optique, nous ne pouvons exclure le
lancement d'une attaque impérialiste sur
l'Iran, soit directement, soit par le biais
du gendarme israélien.
Mais il y a loin des intentions aux faits.
A l'heure actuelle, l'impérialisme américain
n'a, dans son pays, aucune possibilité
politique d'élargir son actuel contingent en
Irak, pour le faire passer de 150 000 soldats
aux 500 ou 600 000 qu'il lui faudrait pour
pouvoir contrôler le pays. Entre autres
problèmes, il doit surveiller son propre
mouvement de masses et veiller à ce que, dans
un avenir proche, la haine électoraliste
contre la guerre ne se transforme pas en
véritable et massive mobilisation.
C'est la raison pour laquelle, vis-à-vis
de cette région, l'impérialisme fait preuve
d'une politique à deux faces, apparemment
opposées : d'un côté, il menace d'une attaque
éclair (maritime ou aérienne) l'Iran, si
celui-ci n'abandonne pas son programme
nucléaire ; d'autre part, pour trouver une
issue en Irak, il se voit obligé d'inviter le
gouvernement iranien à la table de
négociations. Il en ressort par ailleurs que,
grâce à son soutien à l'actuel gouvernement
d'occupation, le régime des ayatollahs
représente une pièce maîtresse pour
l'impérialisme et ses possibilités d'une
issue « honorable » du bourbier irakien.
Unité pour faire face à
l'occupation et ses agents
Pour l'impérialisme l'enjeu de l'Irak est
crucial. Dans les conditions actuelles, une
retraite représenterait une défaite, un aveu
d'impuissance et un dangereux précédent qui
pourrait encourager les luttes de tous les
peuples du monde. L'impérialisme
s'affaiblirait tout particulièrement au
Moyen-orient (stratégique, vu ses richesse
pétrolières), une région où il fait face à
d'autres situations critiques : Afghanistan,
Liban, Palestine ; en outre, une telle
retraite mettrait (encore davantage) à
l'ordre du jour la destruction de l'Etat
d'Israël.
Comme nous l'avons déjà souligné, nous ne
pensons pas que l'impérialisme va se retirer
« volontairement ». Dès lors, le seul moyen
possible c'est la défaite, le renversement
des troupes d'occupation et leurs agents
collaborateurs. Pour que cette tâche puisse
aboutir à une victoire, la LIT considère que
l'unité de tous les Irakiens - chiites,
sunnites et laïques - est indispensable et
plus nécessaire que jamais.
Il s'agit, avant tout, de défendre l'unité
territoriale de l'Irak contre la tentative de
division menée par l'impérialisme et ses
agents (chiites et kurdes) du gouvernement
actuel. Aujourd'hui, la guerre de libération
nationale en Irak constitue le principal
face-à-face entre l'impérialisme et le
mouvement de masses à l'échelle mondiale ;
s'y joue, en bonne partie, la destinée de
l'actuelle politique de l'impérialisme
américain. Une défaite de Bush et les USA
ouvrirait des conditions autrement plus
favorables pour l'avancée des masses de la
planète.
C'est pourquoi, à l'occasion des
prochaines mobilisations, et dans le cadre de
la plus large unité, la LIT (Ligue
Internationale des Travailleurs - Quatrième
Internationale) apporte son soutien
inconditionnel à la lutte armée de la
résistance irakienne (mais nous maintenons
cependant notre critique politique envers
leurs directions). Nous sommes pour la
défaite militaire et politique de
l'impérialisme et de ses collaborateurs
irakiens, ainsi que pour leur expulsion du
pays, afin qu'un Irak libre et souverain
puisse voir le jour. Nous avons la même
position vis-à-vis de l'occupation de
l'Afghanistan. Enfin, nous pensons que comme
partie indissoluble de la lutte
anti-impérialiste, il faut également exiger
le retrait des troupes d'occupation d'Haïti
et du Liban, même si ces troupes sont
originaires d'autres pays et sont déguisées
en casques bleus de l'ONU.
A São Paulo, le
18 mars 2007
Le Secrétariat
International de la LIT-QI
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