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Document paru dans l'Internationaliste n°72

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A 90 ans de la Révolution d'Octobre

La lutte pour la révolution socialiste internationale est toujours à l'ordre du jour

(Déclaration de la LIT-QI)

Dans la nuit du 7 au 8 novembre, il y a 90 ans, a eu lieu la Révolution Russe, un des faits politiques les plus importants du 20ème siècle. Le calendrier julien, en vigueur alors en Russie, a fait que cet événement soit enregistré comme la Révolution d'Octobre ou, simplement, Octobre.

En 1917, pour la première fois dans l'histoire, les travailleurs d'un pays ont détruit un Etat bourgeois, ont pris le pouvoir et sont parvenus à s'y maintenir pour entamer la construction d'un type d'Etat inconnu jusqu'alors, l'Union des Républiques Socialistes Soviétiques (URSS) et pour ouvrir le chemin vers le socialisme.

Les conquêtes obtenues par les travailleurs en URSS ont été impressionnantes : ils ont éliminé les fléaux chroniques du capitalisme, comme le chômage et la pauvreté extrême, et ils ont atteint des niveaux très hauts d'éducation et de santé publiques. Les premières années ont connu aussi de grandes avancées dans la condition de la femme et un développement extraordinaire de l'art, libéré du mercantilisme bourgeois.

Comme un témoignage de ces avancées, un groupe de pédagogues occidentaux a réalisé dans les années 60 une étude comparative du niveau éducatif des étudiants américains et soviétiques. Les jeunes de l'URSS ont obtenu des résultats qualitativement supérieurs en langue, histoire et géographie, et leur niveau était comparable en mathématique.

Il n'existe pas de précédents d'avancées aussi importantes dans tous ces domaines, même dans les périodes du plus grand développement capitaliste. Il s'agit de faits historiques impossibles de dissimuler, à des moments où le capitalisme nous montre ses pires effets destructifs.

L'impact de la Révolution d'Octobre dans l'histoire moderne a été tellement grand qu'aujourd'hui, à l'occasion de son 90ème anniversaire, bien que l'URSS a été détruite par la bureaucratie staliniste qui a restauré le capitalisme, la presse bourgeoise et impérialiste elle-même est obligée de consacrer un grand espace à cet événement.

La LIT-QI veut rendre hommage à cette tâche gigantesque qu'ont entreprise les travailleurs russes. Nous ne le faisons pas comme quelqu'un qui visite un musée et se trouve sous le coup de l'émotion face à une représentation du passé, mais parce que nous considérons que les leçons de la Révolution d'Octobre sont aujourd'hui plus que jamais d'actualité. En particulier, la lutte pour le pouvoir ouvrier afin d'entamer la construction du socialisme, à travers un grand processus de transformations politiques, économiques et sociales, est possible.

Les leçons d'Octobre

En dépit des changements qui, évidemment, ont eu lieu dans le monde, les principaux enseignements de cette expérience continuent à être totalement valables, et essentielles pour l'étude et la discussion de toute l'avant-garde en lutte dans le monde.

a) Le capitalisme impérialiste n'offre à l'humanité qu'une croissance de plus en plus grande de la pauvreté, la misère, la faim, les guerres et la destruction de la nature. Rappelons qu'en 1917 se déroulait le massacre terrible qu'a signifié la Première Guerre mondiale. Depuis lors, cette réalité n'a fait que s'aggraver, malgré toutes les avancées de la technique.

b) Le seul chemin pour modifier cet état de choses est une révolution ouvrière et socialiste qui change radicalement le système capitaliste impérialiste. Il n'y a aucune possibilité de le « réformer » ou de l'« humaniser ».

c) Pour entamer ce processus de révolution ouvrière et socialiste il est nécessaire de prendre le pouvoir dans chaque pays et de détruire l'Etat bourgeois, à commencer par son armée, le pilier central de cet Etat et de ce pouvoir.

d) Après la prise du pouvoir, il est nécessaire d'exproprier la bourgeoisie, en transférant au nouvel Etat ouvrier le contrôle des principaux instruments de l'économie, d'établir le monopole étatique du commerce extérieur et d'appliquer un plan économique central au service des nécessités des travailleurs et du peuple. Voilà la base qui a permis les avancées économiques et sociales immenses de l'URSS

e) Il est nécessaire de construire un Etat de type nouveau, totalement différent du vieil Etat bourgeois, tant dans sa base sociale comme dans son fonctionnement. Ce nouvel Etat ouvrier doit être fondé sur des institutions des travailleurs et du peuple qui permettent de répondre démocratiquement aux grands problèmes qui se présentent et de garantir, à la fois, l'exécution des mesures adoptées. Les soviets russes étaient des « conseils » constitués de représentants (ou « députés ») choisis directement par les travailleurs d'une usine et les paysans pauvres d'une région. Ces représentants devaient rendre compte de leur activité devant leur base. S'ils ne mettaient pas en pratique le mandat décidé, ils pouvaient être remplacés par ces mêmes bases.

f) La démocratie ouvrière, et les institutions qui en sont l'expression, sont des piliers indispensables dans la construction d'un processus véritablement socialiste. Le socialisme peut advenir uniquement suite à la mobilisation et l'organisation autonomes de la classe ouvrière. Toute tentative pour que ce processus soit dirigé de façon bureaucratique par des « secrétaires généraux brillants » ou par « des commandants infaillibles » est vouée à la dégénérescence et à l'échec.

g) En URSS, il n'y a que les conditions terribles de la guerre civile (1918-1921), propulsée par la bourgeoisie et soutenue par l'intervention de 14 armées étrangères, qui ont amené la direction de Lénine et Trotsky à restreindre cette démocratie ouvrière. Ils considéraient que c'était une situation d'exception qui devait rapidement être corrigée dès que les conditions le permettaient. Ensuite, la bureaucratie staliniste transformera cette exception en règle et transformera les soviets et les organismes du parti en une caricature horrible de ce qu'ils avaient été.

h) Pour diriger de façon consciente les différentes étapes du processus, la construction d'un parti révolutionnaire centralisé démocratiquement, selon le modèle proposé par Lénine depuis 1903, est nécessaire. Cette combinaison contradictoire (le centralisme et la démocratie interne) est la seule qui permet de façonner l'outil que les différentes tâches de la révolution exigent. Il doit être centralisé et être discipliné dans l'action parce qu'il a besoin d'agir avec une unité très solide pour faire face aux défis les plus difficiles de la lutte de classes (la prise du pouvoir, l'expropriation de la bourgeoisie, les guerres civiles, etc.). En même temps, il doit avoir la plus large démocratie interne pour élaborer les meilleures analyses de la réalité et les meilleures réponses à ces défis difficiles. En ce sens, les débats dans les congrès et les organismes du parti bolchevique étaient d'une richesse et d'une intensité extraordinaires : aucune des grandes décisions n'était prise à l'unanimité. Sur ce point aussi, le stalinisme a transformé par la suite ce parti dans une caricature sinistre.

i) Lénine et Trotsky, tout comme Marx, considéraient que le système socialiste devait partir, au moins, d'un niveau de développement économique comparable à celui du capitalisme le plus développé. Puisque la Russie était un pays capitaliste arriéré, ils ont soutenu que l'URSS n'entamerait pas directement la construction du socialisme mais une période de transition dont la durée dépendrait de la révolution socialiste internationale.

j) La révolution socialiste commence avec la prise du pouvoir dans un pays mais ne peut triompher qu'en s'étendant aux autres pays du monde, particulièrement aux principales puissances impérialistes. Tout triomphe national sera provisoire aussi longtemps que l'impérialisme au niveau mondial n'est pas mis en échec. Lénine et Trotsky ont toujours considéré que l'URSS ne pourrait survivre que si la révolution s'étendait à l'Europe occidentale, spécialement à l'Allemagne, le pays le plus développé du continent, à cause du retard économique hérité. Pour eux, Octobre devait être le détonateur de la révolution européenne et mondiale. C'est à cet objectif qu'ils ont consacré leurs plus grands efforts. Même au milieu de la guerre civile, en 1919, ils ont fondé la IIIème Internationale (l'Internationale Communiste) pour construire une direction révolutionnaire mondiale à influence de masse.

k) Contre cette conception internationaliste, le stalinisme a élaboré, à partir de 1923, la théorie de la possibilité de construire le socialisme dans un seul pays, pour justifier la défense des intérêts et des privilèges de la caste bureaucratique dirigeante. Cette théorie est devenue par la suite la justification idéologique des pires trahisons du stalinisme contre la révolution mondiale.

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