Dans la nuit du 7 au 8
novembre, il y a 90 ans, a eu lieu la
Révolution Russe, un des faits politiques les
plus importants du 20ème siècle.
Le calendrier julien, en vigueur alors en
Russie, a fait que cet événement soit
enregistré comme la Révolution d'Octobre ou,
simplement, Octobre.
En 1917, pour la première fois dans
l'histoire, les travailleurs d'un pays ont
détruit un Etat bourgeois, ont pris le
pouvoir et sont parvenus à s'y maintenir pour
entamer la construction d'un type d'Etat
inconnu jusqu'alors, l'Union des Républiques
Socialistes Soviétiques (URSS) et pour ouvrir
le chemin vers le socialisme.
Les conquêtes obtenues par les
travailleurs en URSS ont été impressionnantes
: ils ont éliminé les fléaux chroniques du
capitalisme, comme le chômage et la pauvreté
extrême, et ils ont atteint des niveaux très
hauts d'éducation et de santé publiques. Les
premières années ont connu aussi de grandes
avancées dans la condition de la femme et un
développement extraordinaire de l'art, libéré
du mercantilisme bourgeois.
Comme un témoignage de ces avancées, un
groupe de pédagogues occidentaux a réalisé
dans les années 60 une étude comparative du
niveau éducatif des étudiants américains et
soviétiques. Les jeunes de l'URSS ont obtenu
des résultats qualitativement supérieurs en
langue, histoire et géographie, et leur
niveau était comparable en mathématique.
Il n'existe pas de précédents d'avancées
aussi importantes dans tous ces domaines,
même dans les périodes du plus grand
développement capitaliste. Il s'agit de faits
historiques impossibles de dissimuler, à des
moments où le capitalisme nous montre ses
pires effets destructifs.
L'impact de la Révolution d'Octobre dans
l'histoire moderne a été tellement grand
qu'aujourd'hui, à l'occasion de son
90ème anniversaire, bien que
l'URSS a été détruite par la bureaucratie
staliniste qui a restauré le capitalisme, la
presse bourgeoise et impérialiste elle-même
est obligée de consacrer un grand espace à
cet événement.
La LIT-QI veut rendre hommage à cette
tâche gigantesque qu'ont entreprise les
travailleurs russes. Nous ne le faisons pas
comme quelqu'un qui visite un musée et se
trouve sous le coup de l'émotion face à une
représentation du passé, mais parce que nous
considérons que les leçons de la
Révolution d'Octobre sont aujourd'hui plus
que jamais d'actualité. En
particulier, la lutte pour le pouvoir
ouvrier afin d'entamer la construction du
socialisme, à travers un grand processus de
transformations politiques, économiques et
sociales, est possible.
Les leçons
d'Octobre
En dépit des changements qui, évidemment,
ont eu lieu dans le monde, les principaux
enseignements de cette expérience continuent
à être totalement valables, et essentielles
pour l'étude et la discussion de toute
l'avant-garde en lutte dans le monde.
a)
Le capitalisme impérialiste n'offre
à l'humanité qu'une croissance de plus en
plus grande de la pauvreté, la misère, la
faim, les guerres et la destruction de la
nature. Rappelons qu'en 1917 se déroulait le
massacre terrible qu'a signifié la Première
Guerre mondiale. Depuis lors, cette réalité
n'a fait que s'aggraver, malgré toutes les
avancées de la technique.
b)
Le seul chemin pour modifier cet état de
choses est une révolution ouvrière et
socialiste qui change radicalement le
système capitaliste impérialiste. Il n'y a
aucune possibilité de le « réformer » ou de
l'« humaniser ».
c)
Pour entamer ce processus de révolution
ouvrière et socialiste il est nécessaire de
prendre le pouvoir dans chaque pays et de
détruire l'Etat bourgeois, à
commencer par son armée, le pilier central de
cet Etat et de ce pouvoir.
d)
Après la prise du pouvoir, il est
nécessaire d'exproprier la bourgeoisie, en
transférant au nouvel Etat ouvrier le
contrôle des principaux instruments de
l'économie, d'établir le monopole étatique du
commerce extérieur et d'appliquer un plan
économique central au service des nécessités
des travailleurs et du peuple. Voilà la
base qui a permis les avancées économiques et
sociales immenses de l'URSS
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e)
Il est nécessaire de construire un Etat de
type nouveau, totalement différent du vieil
Etat bourgeois, tant dans sa base sociale
comme dans son fonctionnement. Ce nouvel Etat
ouvrier doit être fondé sur des institutions
des travailleurs et du peuple qui permettent
de répondre démocratiquement aux grands
problèmes qui se présentent et de garantir, à
la fois, l'exécution des mesures adoptées.
Les soviets russes étaient des « conseils »
constitués de représentants (ou « députés »)
choisis directement par les travailleurs
d'une usine et les paysans pauvres d'une
région. Ces représentants devaient rendre
compte de leur activité devant leur base.
S'ils ne mettaient pas en pratique le mandat
décidé, ils pouvaient être remplacés par ces
mêmes bases.
f)
La démocratie ouvrière, et les
institutions qui en sont
l'expression, sont des piliers indispensables
dans la construction d'un processus
véritablement socialiste. Le socialisme peut
advenir uniquement suite à la mobilisation et
l'organisation autonomes de la classe
ouvrière. Toute tentative pour que ce
processus soit dirigé de façon bureaucratique
par des « secrétaires généraux brillants » ou
par « des commandants infaillibles » est
vouée à la dégénérescence et à l'échec.
g)
En URSS, il n'y a que les conditions
terribles de la guerre civile (1918-1921),
propulsée par la bourgeoisie et soutenue par
l'intervention de 14 armées étrangères, qui
ont amené la direction de Lénine et Trotsky à
restreindre cette démocratie ouvrière. Ils
considéraient que c'était une situation
d'exception qui devait rapidement être
corrigée dès que les conditions le
permettaient. Ensuite, la bureaucratie
staliniste transformera cette exception en
règle et transformera les soviets et les
organismes du parti en une caricature
horrible de ce qu'ils avaient été.
h)
Pour diriger de façon consciente les
différentes étapes du processus, la
construction d'un parti révolutionnaire
centralisé démocratiquement, selon le modèle
proposé par Lénine depuis 1903, est
nécessaire. Cette combinaison contradictoire
(le centralisme et la démocratie interne) est
la seule qui permet de façonner l'outil que
les différentes tâches de la révolution
exigent. Il doit être centralisé et être
discipliné dans l'action parce qu'il a besoin
d'agir avec une unité très solide pour faire
face aux défis les plus difficiles de la
lutte de classes (la prise du pouvoir,
l'expropriation de la bourgeoisie, les
guerres civiles, etc.). En même temps, il
doit avoir la plus large démocratie interne
pour élaborer les meilleures analyses de la
réalité et les meilleures réponses à ces
défis difficiles. En ce sens, les débats dans
les congrès et les organismes du parti
bolchevique étaient d'une richesse et d'une
intensité extraordinaires : aucune des
grandes décisions n'était prise à
l'unanimité. Sur ce point aussi, le
stalinisme a transformé par la suite ce parti
dans une caricature sinistre.
i)
Lénine et Trotsky, tout comme Marx,
considéraient que le système socialiste
devait partir, au moins, d'un niveau de
développement économique comparable à celui
du capitalisme le plus développé. Puisque la
Russie était un pays capitaliste arriéré, ils
ont soutenu que l'URSS n'entamerait pas
directement la construction du socialisme
mais une période de transition dont la durée
dépendrait de la révolution socialiste
internationale.
j)
La révolution socialiste commence avec la
prise du pouvoir dans un pays mais ne peut
triompher qu'en s'étendant aux autres pays du
monde, particulièrement aux principales
puissances impérialistes. Tout triomphe
national sera provisoire aussi longtemps que
l'impérialisme au niveau mondial n'est pas
mis en échec. Lénine et Trotsky ont toujours
considéré que l'URSS ne pourrait survivre que
si la révolution s'étendait à l'Europe
occidentale, spécialement à l'Allemagne, le
pays le plus développé du continent, à cause
du retard économique hérité. Pour eux,
Octobre devait être le détonateur de la
révolution européenne et mondiale. C'est à
cet objectif qu'ils ont consacré leurs plus
grands efforts. Même au milieu de la guerre
civile, en 1919, ils ont fondé la
IIIème Internationale
(l'Internationale Communiste) pour construire
une direction révolutionnaire mondiale à
influence de masse.
k)
Contre cette conception internationaliste, le
stalinisme a élaboré, à partir de 1923, la
théorie de la possibilité de construire
le socialisme dans un seul pays, pour
justifier la défense des intérêts et des
privilèges de la caste bureaucratique
dirigeante. Cette théorie est devenue par la
suite la justification idéologique des pires
trahisons du stalinisme contre la révolution
mondiale.
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