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Elections municipales et cantonales 2008
Déclaration du GSI, section française de la LIT-QI
Les 9 et 16 mars se dérouleront les élections pour le renouvellement des quelques 36 000 conseils municipaux (élections municipales) et de la moitié des conseillers généraux (élections cantonales).

Comme organisation marxiste, le GSI a toujours considéré que les élections constituaient un terrain déformé de la lutte des classes. En conséquence, le GSI ne fait pas de la participation aux élections ou du vote une question de principe, ni même stratégique, mais il part uniquement de considérations tactiques vis-à-vis de la construction du parti dont la classe ouvrière a besoin.

Quel est le vote de classe, dans le contexte actuel, alors qu'il est probable que deux faits politiques sortiront de ces élections : une sanction politique du gouvernement Sarkozy-Fillon et un bon score de la LCR ?

Dans le passé, plus précisément avant la chute du Mur de Berlin, le vote de classe aurait pu se concrétiser en un vote critique pour les partis ouvriers d'alors, PCF ou PS (sauf, bien entendu, quand ceux-ci auraient conclu des coalitions avec des partis ou groupements bourgeois). Mais cette époque est révolue.

A l’heure actuelle, le PS, rallié ouvertement à la défense du système capitaliste, sous sa forme néo-libérale qui plus est, défenseur de l'Europe de Maastricht, n'est plus un parti ouvrier. Quant au PCF, il dépend du PS pour sa survie, et il tend de plus en plus à s'aligner sur lui. Fort logiquement, le PCF conteste de moins en moins le système capitaliste, même formellement, ce qui a pu être le cas dans un passé lointain. On retrouve souvent les candidats de ce parti sur des listes où, outre le PS, ils côtoient des partis bourgeois traditionnels, comme le PRG et le MODEM. Le GSI n'appellera donc pas à voter pour les listes et candidats du PS ni pour ceux du PCF.

Par ailleurs, aucune des formations dites « d'extrême gauche » ne remplit les conditions pour que le GSI leur apporte son soutien.

En effet, le GSI ne saurait appuyer quelque alliance que ce soit avec les partis bourgeois (PS y compris, désormais). Or, la direction de LO a impulsé une politique de soutien ouvert à S. Royal au second tour de la présidentielle de 2007. Puis, cette même direction a mené une politique d'alliance avec le PS, négociée ville par ville, pour ces élections. Cette politique se traduit par la présence de candidats de LO sur des listes « de gauche », avec le PS, dans de nombreuses municipalités ; ce qui constitue une capitulation devant la bourgeoisie, via le PS. Le GSI n'appellera donc pas à voter pour les listes et candidats de LO.

Quel socialisme aujourd'hui ? C'est la question centrale pour construire une alternative politique en faveur de la classe ouvrière. La nécessaire rupture avec le capitalisme doit être affirmée conjointement avec cette alternative. Il ne peut y avoir d'« anticapitalisme », de rupture avec le capitalisme, sans une claire perspective vers le socialisme. Dans le cas contraire, cela risquerait de n'être qu'une rupture telle que celle annoncée en 1971 par F. Mitterrand face à son parti, lors du congrès d'Epinay.

La LCR, pour la citer, prétend poser les bases d'un parti anticapitaliste, certes ; mais dans quelle perspective ? Celle du « socialisme du XXIème siècle », qui reste « à définir » ! Or, pour les marxistes, le socialisme ne saurait correspondre à cette définition journalistique, qui est aussi celle des bourgeois, celle des tradition, doctrine et politique du PS.

Non, pour nous, cela n'est pas le socialisme. Pas plus que ne l’est ce « socialisme du XXIème siècle », dont le formulation n'est pas sans rappeler celle d'Hugo Chavez, nouvelle coqueluche d'une certaine « extrême gauche » européenne - orpheline de ses icônes staliniennes à la sauce cubaine, Guevara et Castro -, H. Chavez qui gouverne avec les patrons ex putchistes, devenus comme par magie des « patrons socialistes » tout en licenciant les syndicalistes soucieux de leur indépendance vis-à-vis de l'Etat.

A moins que ce « socialisme du XXIème siècle » ne soit qu'une variante « 100% à gauche » de l'économie sociale de marché chère à Jacques Delors et Joseph Stiglitz(1)... ? Ou bien une autre variante ? Comme, par exemple, celle conforme à la doctrine de John Holloway(2) : « la lutte contre le pouvoir et non pour le pouvoir… »

A une époque où la classe ouvrière ressent un besoin vital de repères clairs et de points d'appui solides pour combattre, la quasi-totalité des forces politiques s'attache à brouiller ces repères, à semer la plus grande confusion sur des questions essentielles comme celle des perspectives politiques. Ceci est une tendance internationale, dont la LCR et d'autres sont des expressions locales. Dans ce cadre, le « parti anticapitaliste » impulsé par la LCR ne peut être qu'un parti centriste fourre-tout, un obstacle supplémentaire sur la voie de l'indépendance de la classe ouvrière

Pour le GSI, la définition du socialisme est celle qui nous a été léguée par Marx, Engels, Lénine et Trotsky. Le socialisme est un mode de production nouveau, basé sur la propriété collective des moyens de production et d'échange, à l'échelle de la planète ; c'est un Etat de type nouveau, un Etat ouvrier, une république universelle des conseils ouvriers et paysans. Se battre pour le socialisme, c'est aider la classe ouvrière à prendre le pouvoir et à briser l'appareil de l'Etat bourgeois. « Hors le pouvoir tout est illusion » (Lénine). Se battre pour le socialisme, c'est construire l'instrument pour l'émancipation de la classe ouvrière, l'internationale révolutionnaire et ses sections dans chaque pays.

C'est à travers ce combat que l'on peut défendre les acquis et conquêtes de la classe ouvrière, et non pas en défendant « la République » - bourgeoise ! - ou « la Nation », comme le fait le PT-PCI (qui s'apprête à subir sa troisième mue, version Parti ouvrier indépendant, désormais).

Malgré une claque probable, le gouvernement Sarkozy-Fillon va intensifier ses attaques contre la classe ouvrière et la jeunesse, ainsi que l'exigent les capitalistes, la haute finance, le MEDEF. Aussi, du point de vue des marxistes révolutionnaires, il est décisif d'appuyer les mobilisations en cours, d'aider à leur multiplication et à leur centralisation, dans un combat sans concessions contre les bureaucraties syndicales.

La construction d'un syndicalisme de lutte de classes, à travers la construction de tendances de luttes de classes dans les syndicats, est donc à l'ordre du jour. De même que la construction d'un parti ouvrier indépendant et internationaliste est une impérieuse nécessité. Une nécessité qui entre en opposition avec les partis de collaboration de classes, quelle que soit leur forme : type LO qui hypothèque son indépendance pour quelques sièges dans des conseils municipaux ; centriste, pro-réformistes et fourre-tout, type LCR ; chauvins au service de la république bourgeoise, type PT-POI.

En conséquence, le GSI est prêt à appuyer tout candidat, toute liste, dans la mesure où ils se situent sur le terrain de la rupture avec le capitalisme, dans la mesure ou ils se placent dans la perspective du socialisme. C'est notre choix tactique à l'occasion de ces élections municipales.

Paris, le 2 mars 2008


(1) Joseph Stiglitz : Responsable des conseillers économiques de Clinton de 1995 à 1997 ; vice-président et économiste en chef de la Banque mondiale de 1997 à 2000 ; Prix Nobel d'économie en 2001. Il est le chef de file des néo-kénésiens, connu pour ses critiques du FMI et de la Banque mondiale. Il vient d'être chargé d'une « mission de réflexion sur la mesure de la croissance » par... N. Sarkozy ! (AFP du 8 janvier 2008)

(2) John Holloway : Economiste et « philosophe marxiste ». Par sa critique du marxisme « autoritaire », il se rapproche des thèses libertaires. Zapatiste convaincu, son ouvrage de référence s'intitule « Change The World Without Taking Power – Changer le Monde sans prendre le pouvoir » qui sert de base de ralliement aux altermondialistes et à des intellectuels « anarchisants » comme N. Chomsky ou H. Zinn. Cette approche converge également avec la conception du SU (en France, la LCR) sur « la démocratie jusqu'au bout »

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