| Le Conseil des ministres
européens du 11 juin 2008 a approuvé une
directive qui organise la
déréglementation totale du temps de
travail. Cette directive prévoit de
porter la durée hebdomadaire de travail à
48 heures. Pire, elle pose
comme principe que, par accord individuel,
cette durée pourra être étendue à 60
heures et même à 65
heures dans les secteurs concernés
par un système de gardes !
Le 19 mai dernier, P. Devedjian,
secrétaire général de l'UMP, avait donné le
signal de l’offensive en réclamant le «
démantèlement définitif des 35 heures, dès
cette année ». Le ministre du travail, X.
Bertrand lui a emboîté le pas, le 28 mai,
répondant ainsi à l’une des principales
attentes du patronat : supprimer la
durée légale du temps de travail.
La directive européenne approuvée par
tous les ministres du travail des
états membres de l'Union Européenne,
donc par X. Bertrand, a
immédiatement été saisie par le patronat, les
parlementaires et le gouvernement de ce pays.
Voilà ce qu'est « l'Europe sociale » !
Pourtant, cette politique réactionnaire a été
rejeté en 2005 par les travailleurs
néerlandais et français, elle l'a été à
nouveau le 12 juin 2008 par les travailleurs
irlandais ! C'est une politique qui
ramènerait les travailleurs loin en
arrière.
Un retour au XIXème
siècle
En réponse au combat pour la journée de 8
heures, la semaine de 48 heures a été établie
par l'Organisation Internationale du Travail
(OIT) en 1919 ! Cette durée a été abaissée à
40 ou 35 heures, dans de nombreux pays, comme
autant d'acquis ouvriers, quand bien même les
gouvernements successifs n'ont eu de cesse
d'imposer des contreparties favorables aux
capitalistes.
Le projet du gouvernement Sarkozy-Fillon
vise à supprimer ou à modifier près de 70
articles du code du travail concernant
l’organisation du temps de travail. Il
aurait pour conséquence d’allonger la
durée effective du temps de travail, de
réduire le paiement des heures
supplémentaires et d’accroître encore
plus la flexibilité des horaires. Ce projet
prévoit entre autres que :
- tous les travailleurs pourraient se
voir appliquer le régime des forfaits en
heures, permettant à leur employeur
d’intégrer des heures
supplémentaires à leur temps de travail
sans avoir à respecter les taux
de majoration ni les repos
compensateurs. L’accord
d’entreprise encadrant ce
dispositif n’aurait plus
l’obligation de fixer des limites
aux durées journalières et hebdomadaires
;
- toutes les dispositions
protectrices concernant le temps
de travail annualisé ou réparti sur des
cycles de plusieurs semaines seraient
supprimées. Il suffirait
au patron de respecter un délai de
prévenance – déterminé par simple
négociation d’entreprise –
pour changer les horaires des
travailleurs ;
- les repos
compensateurs pour les heures
supplémentaires effectuées dans le cadre
du contingent conventionnel (forfait
heures, désormais) sont
supprimés.
Cette loi organise une déréglementation
généralisée. Le gouvernement veut supprimer
les heures supplémentaires majorées, car
elles sont plus coûteuses pour les patrons.
Aussi, les parlementaires UMP ont introduit
des dispositions qui visent spécifiquement
les cadres, mais gageons qu'elles
s'appliqueront vite à l'ensemble des
travailleurs.
D'abord les
cadres...
Jusqu'ici, les cadres peuvent être soumis
à un « forfait » de 218 jours par an. Ce
forfait serait porté à 235 jours. Le calcul
est vite fait : 365 jours dont on retranche
les samedis et dimanches, soit 104 jours,
cinq semaines de congés payés et le 1er mai.
Cela fait 235 jours. Plus de jours
fériés, ni de RTT !
Pire. Sur la base d'un simple
accord d'entreprise, les cadres
pourraient se voir imposés jusqu'à
282 jours ! Seuls
resteraient non travaillés, les 52 dimanches,
le 1er mai et 30 jours de congés ! Mais, la
journée de travail peut s'étaler sur 13
heures, la seule obligation s'imposant au
patron est de respecter une période de repos
de 11 heures consécutives ! Pour 235 jours,
cela pourrait faire jusqu'à 3 055
heures par an, ou, en moyenne, sur
47 semaines travaillées... 65 heures
!
En s’appuyant sur la « position
commune » signée par la CGT, la CFDT, le
MEDEF et la CGPME en avril dernier, la loi
prévoit que le temps de travail soit négocié
entreprise par entreprise. L’accord
d’entreprise pouvant être signé par un
(ou des) syndicat à condition qu’il
représente au moins 30 % des employés de
l’entreprise. Cela revient en fait à
isoler les travailleurs, car on voit ce que
cela peut donner dans les entreprises où il
n’y a pas de syndicat (96 % des
PME).
De plus, la négociation entreprise par
entreprise ouvre la possibilité qu’un
accord d’entreprise soit inférieur à un
accord de branche et qu’un accord de
branche soit inférieur à un accord
interprofessionnel. Le contrat
individuel devient supérieur à la
loi. Ces mesures reviennent à faire
voler en éclats le code du travail et les
conventions collectives. En clair, la
remise en cause des 35 heures est synonyme de
la fin de la durée légale du temps de travail
! Les amendements visant les cadres
ont bien vocation à s'appliquer à l'ensemble
des travailleurs.
Aggravation du chômage
et... chasse aux chômeurs
Si cette loi est adoptée, cela signifiera
une détérioration accélérée des conditions de
vie et de travail de l’ensemble des
salariés. Cette loi est d’autant plus
grave qu’elle contribue à renforcer le
chômage de masse qui existe actuellement.
Officiellement, le chômage touche de 7,2 %
de la population active, mais seules
certaines catégories de demandeurs
d’emploi sont comptabilisées. Le
collectif Les autres chiffres du chômage
(ACDC), qui regroupe associations et
syndicats, affirmait en 2007 que le chômage
touche en réalité environ 9,5 % de la
population active.
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En effet, plus de 50 % des
chômeurs inscrits ne sont pas indemnisés. Les
quatre cinquièmes des demandes rejetées le
sont pour cause de cotisations insuffisantes
(jeunes, femmes, précaires…). À cela,
il faut ajouter les dernières mesures prises
par le gouvernement qui visent à supprimer
l’assurance chômage à tout travailleur
refusant deux offres d’emploi «
raisonnable », c’est-à-dire rémunéré à
85 % de son salaire antérieur…
D’ailleurs, la loi du 13 février
2008 qui instaure la fusion de l’Union
nationale pour l’emploi dans
l’industrie et le commerce (Unedic),
qui gère les indemnités chômage, et
l’Agence nationale pour l’emploi
(ANPE) a pour principal objectif un meilleur
« contrôle » des demandeurs d’emploi.
Il faut savoir que l’Unedic a été
excédentaire de 3,5 milliards d’euros
en 2007 et devrait l’être de 4,6
milliards en 2008.
La fin de la notion de durée légale du
temps de travail s’inscrit dans ce
contexte de chômage de masse, ce qui permet
au patronat et au gouvernement de tirer les
salaires vers le bas, de casser les droits,
tout en augmentant le taux
d’exploitation des travailleurs afin de
garantir l’explosion des taux de
profits des capitalistes.
La défense de la durée légale hebdomadaire
du travail, c’est aussi la bataille
pour l’embauche massive des
travailleurs sans emploi contre la
surexploitation et les cadences
infernales.
Salaires, prix et
profits
Pour avancer aujourd’hui dans son
projet, le gouvernement s’appuie sur
les lois Aubry I et II (1998 et 1999). Ces
lois ont permis la négociation entreprise par
entreprise et une nouvelle forme
d’organisation du travail reposant sur
la flexibilité (annualisation de temps de
travail) et sur le gel des salaires.
Aujourd’hui, alors que les revenus
des patrons du CAC 40 (les quarante plus
grandes sociétés cotées en Bourse) ont bondi
de 58 % en 2007, avec un gain moyen de 4
millions d’euros, les salaires des
travailleurs ne cessent de baisser.
D’après la Commission européenne, la
part des salaires dans le produit intérieur
brut en France a chuté de 9,3% ! Ainsi, il y
a environ 120 à 170 milliards d’euros
qui sont passés des poches des salariés dans
celles des actionnaires.
Dans le même temps, on assiste à une
hausse record des prix des produits de
première nécessité. Selon le numéro de mars
de 60 Millions de consommateurs, mensuel de
l’INC (Institut national de la
consommation), ces produits ont vu leur prix
s’envoler de 5 % à 48 % entre novembre
et janvier. Sans parler de la hausse des prix
des carburants qui nous touche dans notre vie
quotidienne et qui a déjà provoqué la révolte
des marins pêcheurs, des routiers, des
paysans, des taxis…
Il y a une réelle baisse du pouvoir
d’achat. C’est pourquoi,
il faut nous battre pour
l’augmentation générale des
salaires et pour qu’ils soient
indexés à nouveau sur les prix (depuis 1982,
ils ne le sont plus !). C’est là la
véritable solution à la vie chère !
Unifions les luttes
!
Pour faire aboutir nos revendications, il
faut que les directions syndicales prennent
leurs responsabilités, qu’elles cessent
toute conciliation avec le gouvernement.
Elles doivent retirer leur signature de la «
position commune » qui a permis au
gouvernement d’avancer sur la remise en
question de la durée légale du temps de
travail.
Les syndicats doivent œuvrer à
unifier les luttes et à aider les
travailleurs à s’organiser contre la
politique du gouvernement, c’est leur
rôle ! La multiplication des grèves que
l’on observe actuellement, surtout dans
le secteur privé, pour l’augmentation
des salaires et contre les délocalisations,
montre que les conditions sont réunies pour
construire un mouvement d’ampleur et
faire reculer le gouvernement.
La Confédération européenne des syndicats
(CES) prévoie une « journée d'actions » le 7
octobre prochain en relation avec la campagne
de la Confédération syndicale internationale
(CSI) pour le « travail décent » avec des
débrayages de... 10 minutes ! Au contraire,
n'est-il pas temps de faire du 7
octobre une journée de grève générale à
l'échelle européenne, pour le retrait de la
directive des 65 heures ?
Déjà, les représentants des travailleurs
de Telefonica Barcelona en Catalogne
montrent la voie en se prononçant dans ce
sens à l'unanimité des organisations
syndicales de leur Comité d'entreprise.
Une telle journée de grève générale
européenne serait le premier pas
d'une riposte contre la politique de
l'UE et des gouvernements des états membres,
politique toute entière tournée contre les
travailleurs.
Pour le retrait de la directive européenne
des 65 heures !
Pour la défense de la durée légale
hebdomadaire du temps de travail !
Pour la défense des 35 heures !
Pour l’augmentation générale des
salaires !
Pour l'organisation d'une journée de grève
générale, le 7 octobre,
dans l'ensemble de l'Europe !
Paris, le 20
juillet 2008
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