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Document publié dans Courrier International n°144

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Déclaration de la LIT-QI sur la crise de l'économie mondiale

Le capitalisme entraîne le monde dans l'abîme.

Seulement une Révolution Socialiste peut sauver l'humanité.

Face à la catastrophe provoquée par le capitalisme, seule la classe ouvrière peut offrir une issue pour l'humanité.

Pendant plus de deux décennies après la restauration du capitalisme dans les pays du prétendu « socialisme réel », une propagande assourdissante, promue par la bourgeoisie mondiale et ses agents, prônait que le capitalisme était le seul système possible pour l'humanité, la source de richesse et de bien-être croissants pour toute la planète. Ils ont décrété « la mort du socialisme ».

La crise de l'économie mondiale vient de rétablir la vérité. Ce ne sont pas les politiques « néo-libérales », les excès de la spéculation ou même le manque de réglementation qui l'ont provoquée, comme l'affirment beaucoup de penseurs bourgeois ou réformistes. Au contraire, les crises sont inhérentes au système capitaliste. Elles font partie de son essence.

Le capitalisme est un système en décadence, qui développe la technologie uniquement pour augmenter les profits, et non en bénéfice de l'humanité. Au contraire, il l'utilise presque toujours pour la destruction de l'homme et de la nature. Ce système a besoin désespérément des guerres pour générer des profits. C'est le règne de l'anarchie de la production, de la consommation désorganisée et superflue d'une minorité, de la surexploitation des ressources naturelles qui provoque une catastrophe écologique mondiale, de la spéculation financière. C'est un système dans lequel la mondialisation du capital, qui n'a pas de frontières, utilise de façon permanente les barrières imposées par les frontières nationales pour réprimer et exploiter mieux les travailleurs immigrants, un système qui, cycliquement, lance l'humanité dans des périodes de chômage intense, de faim et de misère.

Toutefois, l'échec de ce système est loin de signifier la victoire définitive pour les travailleurs et les secteurs populaires du monde entier. Au contraire, la bourgeoisie impérialiste, dans sa décadence, peut entraîner toute l'humanité dans la barbarie. La crise ne rend pas l'impérialisme moins dangereux pour les exploités de ce monde. Un monstre blessé, qui combat désespérément pour survivre, peut tout détruire autour de lui, dans son agonie.

La bourgeoisie a démontré une fois de plus qu'elle n'accomplit déjà plus aucun rôle progressiste. C'est une classe qui cherche seulement à défendre ses privilèges et sa domination avec toutes les armes dont elle dispose. Elle ne parvient déjà plus à développer les forces productives de l'humanité, ni même à s'occuper des nécessités minimales de celle-ci. Une minorité de grands capitalistes et financiers, les propriétaires des moyens de production et de la distribution, exploitent de plus en plus l'immense majorité. A différentes reprises, elle menace non seulement nos postes de travail, nos salaires et nos maisons, mais aussi l'existence physique elle-même de la classe ouvrière et de toute l'humanité. Les média et les gouvernements disent qu'il n'y a pas d'autre issue, qu'il faut s'y habituer et essayer de s'adapter parce que le monde est ainsi. Mais l'actuelle crise du capitalisme génère une grande transformation dans la conscience de tous les jours des travailleurs.

Chaque jour de crise apporte des leçons pratiques énormes pour la classe ouvrière du monde entier. Les travailleurs voient quotidiennement les scandales financiers, l'augmentation brutale des inégalités, la menace de dépression, l'irrationalité et l'anarchie du capitalisme et du marché mondial. Ceci devient ensuite concret dans les expériences dures du chômage, de la perte de conquêtes, des bas salaires, expériences auxquelles beaucoup de travailleurs des pays impérialistes vont faire face dans la prochaine période.

La nouvelle situation mondiale, qui s'ouvre avec la crise économique, fera que le prolétariat vive une expérience concentrée avec l'exploitation et les fléaux du système capitaliste, une expérience qui normalement n'est possible qu'au cours de nombreuses années. Ceci permettra le réveil d'une nouvelle conscience, semblable à ce qu'ont représenté récemment les guerres, les agressions impérialistes et les politiques néo-libérales, en termes de conscience anti-impérialiste, pour les peuples des pays exploités. Toutefois, pour que cette nouvelle conscience franchisse un bond en avant, il faut que la classe passe à l'action.

Seule une action consciente de la classe ouvrière peut offrir une alternative pour tous les exploités du monde. Cette action consciente doit commencer par l'organisation pour la lutte en défense de la survie physique, en défense des vies et des familles, des centaines de millions de personnes menacées par la crise. Les travailleurs du monde entier ont besoin de s'organiser et de combattre pour défendre leurs emplois, leurs salaires et leurs maisons. Ils ont besoin de se mobiliser contre l'augmentation des prix, contre le travail précaire et pour les droits des immigrants.

Seules des mesures de fond (comme l'échelle mobile des heures de travail sans perte de salaire ; des plans de travaux publics pour contenir le chômage ; le rajustement automatique des salaires pour contrer les effets de l'inflation ; la fin de toutes les formes de travail précaire ; et d'autres mesures semblables) seront capables de faire face effectivement à cette crise. Les syndicats, les comités d'usine et toutes les organisations de classe seront appelés à accomplir un rôle actif dans ce combat, ou seront vouées à la disparaître et à céder la place à de nouvelles organisations qui puissent faire face au défi.

Au delà de tout ceci, il faut chercher une issue globale et définitive qui empêche que l'humanité reste à la merci de crises de plus en plus violentes et destructrices. Cette issue existe. Il faut planifier l'économie, la mettre au service de la satisfaction des nécessités de la grande majorité, les travailleurs et les secteurs populaires, et non pour augmenter la richesse de quelques-uns. Seule cette planification permettra d'utiliser rationnellement les ressources naturelles et de cesser immédiatement leur utilisation prédatrice et destructrice de la nature. Seule une économie planifiée peut mettre un terme à la faim, au chômage, à la misère. Seule cette planification permettra le plein développement des technologies et leur utilisation au bénéfice du développement matériel et culturel de l'humanité.

Il est nécessaire de réorganiser toute l'économie mondiale. Ceci est impossible sans s'attaquer aux banques, le cœur de l'économie capitaliste impérialiste. Aujourd'hui, les grandes banques, et tout le système financier dominé par elles, sont une source permanente d'anarchie et de paralysie de l'économie mondiale. Elles ont été les responsables de la spéculation scandaleuse et des pertes gigantesques. Actuellement, elles ne prêtent plus d'argent et provoquent la diminution de la production, le chômage et la fermeture d'entreprises.

Il n'est pas possible de réorganiser l'économie de façon rationnelle sans mettre un terme à la domination des banques et mettre en place un système unique d'investissements et de crédit, contrôlé par l'Etat. Mais ceci doit se faire de manière opposée à l'étatisation promue aujourd'hui par les gouvernements bourgeois, comme celui de l'Angleterre, qui signifie donner de l'argent de l'Etat aux banquiers et permettre qu'ils continuent à diriger leurs banques.

Il est nécessaire d'exproprier toutes les banques et d'étatiser tout le système financier des Etats-Unis et de tous les pays impérialistes, sous contrôle des travailleurs et sans indemniser les banquiers. Il est nécessaire d'exproprier aussi les grandes entreprises impérialistes, d'annuler la dette exterieure des pays pauvres et d'établir un contrôle rigide des capitaux qui empêche leur fuite vers les pays impérialistes. Pour mettre un terme à la pénurie d'aliments et à leurs prix élevés, il faut exproprier les grandes propriétés et faire des réformes agraires radicales, qui donnent la terre aux paysans pauvres qui la travaillent et aux « sans- terre » que veulent produire des aliments.

Cela signifie construire une société totalement différente, une société qui ne vit pas en fonction du profit et où l'exploitation n'est pas nécessaire pour la maintenir, une société solidaire entre tous, au lieu d'être basée sur la concurrence et sur l'individualisme, une société socialiste.

Nous, les travailleurs, nous qui créons toutes les richesses avec notre travail, nous pouvons construire cette nouvelle société. Pour cela il sera nécessaire de mettre en échec l'impérialisme, d'exproprier la bourgeoisie parasitaire et de la déloger du pouvoir, en créant un Etat ouvrier qui dirige la transition vers cette société socialiste. L'expérience concrète d'une Révolution Socialiste victorieuse a déjà été faite par le prolétariat russe, qui a pris le pouvoir en 1917 et a construit un Etat basé sur des Conseils Ouvriers démocratiques, au service des grandes majorités populaires.

Cette expérience a duré quelques années et a dégénéré ensuite par l'action d'une bureaucratie privilégiée. Toutefois, malgré la bureaucratie, l'URSS a montré la force énorme d'une économie basée sur la propriété collective étatique des moyens de production (usines, banques et moyens de distribution), sur la planification de l'économie et sur le monopole du commerce extérieur. Dans la décennie de 1930, quand les Etats-Unis et tout le monde capitaliste vivaient les années de la Grande Dépression, l'URSS se développait à des taux de croissance annuelle de 20% ou plus et s'est transformée d'un pays arriéré et rural en la seconde puissance du monde, en moins de 40 ans.

Aujourd'hui, la classe ouvrière mondiale fait face au défi de reprendre la stratégie de la Révolution Socialiste mondiale pour mettre en échec le système capitaliste impérialiste et d'en finir pour toujours avec l'exploitation et le fléau des guerres et des crises économiques.

Mais il y a, sans doute, un obstacle énorme sur ce chemin, qui empêche aujourd'hui le prolétariat de combattre pour ses objectifs historiques et, même, de se défendre pleinement des attaques du capital : à la tête de la majorité absolue des organisations syndicales et politiques de la classe ouvrière se trouvent des directions bureaucratiques et opportunistes qui défendent leurs privilèges ainsi que le système capitaliste qui les maintient. Ces directions traîtres ont conduit le prolétariat à des défaites énormes dans le passé, et elles préparent une nouvelle catastrophe pour les luttes du futur.

La seule lutte spontanée des masses, pour héroïque qu'elle soit, ne mènera pas à la conquête du pouvoir. Pour faire la Révolution Socialiste mondiale, unique façon d'empêcher que le monde se précipite dans la barbarie, la classe ouvrière, en se plaçant à la tête de tous les exploités du monde, a besoin d'une direction politique révolutionnaire qui la conduit.

Le prolétariat a besoin de partis révolutionnaires dans tous les pays, qui fassent partie d'une Internationale révolutionnaire, opposée fermement à tous les partis et organisations bourgeois et opportunistes, une Internationale qui arbore un programme qui réunit l'expérience et la tradition internationales du prolétariat depuis la publication du Manifeste Communiste, il y a 160 ans, une Internationale qui se base sur une large démocratie interne et sur le principe organisationnel du centralisme démocratique : liberté totale dans la discussion, unité totale dans l'action.

La nouvelle situation mondiale, inaugurée par l'actuelle crise économique, ouvre des possibilités énormes pour la construction de cette Internationale et ses sections, les partis révolutionnaires nationaux. Voilà le grand défi et la principale tâche des révolutionnaires dans cette époque de décadence du capitalisme.

En septembre de cette année, alors que la confusion et la crise se sont emparées des bourses et de toutes les institutions du monde bourgeois et impérialiste, nous célébrons le 70ème anniversaire de la fondation de la IVème Internationale. La IVème Internationale est l'héritière légitime des traditions, du programme et des débuts de la IIIème Internationale, fondée par Lénine et Trotsky en 1919, peu après la Révolution russe. Trotsky a combattu pendant des années contre la dégénérescence de l'Etat soviétique et de la Troisième Internationale quand ceux-ci sont passés sous le contrôle de la bureaucratie dirigée par Staline.

Le Programme de Transition (écrit par Trotsky et adopté par la IVème Internationale comme son programme de fondation), les principes politiques et organisationnels de l'Internationale et son objectif stratégique sont aujourd'hui plus que jamais à l'ordre du jour.

Les mots suivants de Trotsky conservent non seulement toute leur validité ; ils expriment aussi très bien le dilemme dramatique de la situation actuelle : « Les prémisses objectives de la révolution prolétaire ne sont pas seulement mûres, mais commencent à se pourrir. Sans la victoire de la révolution socialiste dans la prochaine période historique, toute la civilisation humaine sera menacée d'être conduite à une catastrophe. Tout dépend du prolétariat et, avant tout, de son avant-garde révolutionnaire. La crise historique de l'humanité se résume dans la crise de la direction révolutionnaire. »

Faire face à cette nouvelle étape de crise économique et de décadence du capitalisme, exigera des révolutionnaires du monde entier de concentrer tous leurs efforts à la tâche de la reconstruction de la IVème Internationale, en combattant pour que le meilleur de l'avant-garde de la classe ouvrière rejoigne ses rangs.

Secrétariat International de la LIT-QI

Octobre 2008

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