| L'Union Européenne, laissant
tomber son masque de « modèle social du
continent», prétend imposer un recul
historique aux travailleurs. Aussi, la
directive citée dans notre titre, déjà
approuvée à l’unanimité par les
différents ministres du travail, se trouve
actuellement en cours d’examen au
Parlement européen. Tout comme pour la
Directive du Retour (ou « de la honte »), on
justifie cette nouvelle disposition en la
qualifiant de directive « de garantie »,
parce qu’elle « garantit » une durée
maximale du temps de travail hebdomadaire, à
savoir, 65 heures. Le problème c’est
qu’une telle durée nous ramènerait tout
droit au 19ème siècle, avec des journées de
10 à 12 heures, 6 jours par semaine.
Ce n’est qu’après la longue
lutte de la classe ouvrière pour les 8
heures, et à la chaleur de la vague de
grandes mobilisations suscitée par la
boucherie de la Première Guerre Mondiale,
qu’en 1917 l'OIT accepta, enfin, une
durée hebdomadaire maximale de 48 heures,
disposition actuellement en vigueur dans
l'UE. Or, la nouvelle directive
permet de passer de 48 à 60 heures
hebdomadaires, voire à 65 heures pour les
secteurs devant effectuer des temps de
garde, comme celui de la santé. Il
suffit, pour ce faire, que le chef
d'entreprise et le salarié concluent un «
accord » individuel. En outre, cette «
garantie » ne sera appliquée qu’aux
contrats de travail signés pour une période
de plus de 10 semaines ; ceux d’une
durée inférieure, ne bénéficieront même pas
d’une limitation légale du temps de
travail.
En outre, en instaurant comme seule
condition celle d’un « accord »
individuel entre le travailleur et le chef
d'entreprise, cette directive détruit
une autre conquête phare des travailleurs: la
négociation collective et la représentation
syndicale. L' «accord» entre le
salarié et le chef d'entreprise n’est
qu’une fiction criminelle,
puisqu’on fait mine de considérer que
les deux parties sont à égalité de conditions
: comme si le travailleur pouvait,
individuellement, choisir de refuser
l'augmentation du temps de travail que lui
impose le chef d'entreprise !
La véritable nature de
l'UE, démasquée
Dès que les effets de la crise économique
ont commencé à apparaître, au lieu de réduire
le temps de travail, interdire le recours aux
heures supplémentaire, avancer l'âge de
retraite, etc., afin de garantir les emplois
et les salaires, la UE, en bon et fidèle
instrument de l'impérialisme européen,
s’est-elle précipitée dans le sens
invers, en supprimant les droits des
travailleurs pour garantir les bénéfices des
capitalistes.
D’ores et déjà, le traité de
Lisbonne a obtenu un NON au
referendum en Irlande. Mais les gouvernements
ne veulent pas risquer de nouvelles défaites
comme celles qui, en France et en Hollande,
ont fait capoter la Constitution Européenne
en 2005. La population européenne réalise,
chaque jour de plus, que le bien-être social
promis par l'UE n’est qu’un
mensonge derrière lequel se dissimule le
véritable caractère de cette organisation.
Aussi, sur le traité de Lisbonne, les
enquêtes montrent que, au Royaume-Uni, la
majorité de la population souhaite un
referendum…, à l’occasion duquel
elle voterait contre.
|
Le Traité de Lisbonne,
la Directive Bolkenstein
(celle-ci commence déjà à s’appliquer,
grâce à des décisions de justice favorables
aux entreprises embauchant des ressortissants
de pays à plus faibles salaires), la
Directive du retour (qui permet la
détention arbitraire, jusqu'à 18 mois, des
travailleurs émigrés sans papiers),
le plan de Bologne ou de
PISE (qui privatise l'enseignement),
voilà les bornes qui ont conduit
jusqu’à la Directive des 65 heures.
L’adoption de cette dernière,
signifierait un recul historique pour la
classe ouvrière européenne, celle ayant
conservé le plus de droits à ce jour. Et ce,
grâce à l'organisation et à la mobilisation
dont cette classe a été le protagoniste,
pendant les deux derniers siècles.
Ceux qui promettaient des avancées
sociales grâce au capitalisme, tout en
déclarant la mort du socialisme, nous «
offrent » maintenant de reculer et
retourner au 19ème siècle. Les
journées interminables, les salaires de
misère et la perte des conquêtes sociales
(éducation, santé, retraites…) : voilà
ce qu'ils entendent nous imposer, pour que
les multinationales puissent continuer à
augmenter, d’année en année, leurs
bénéfices.
La nécessité d'une grève
générale européenne
Il est pour le moins surprenant que, face
à une telle attaque, les principales
directions syndicales se soient-elles
limitées à la simple critique verbale, au
lieu d'organiser de manière immédiate
une réponse continentale. Une réponse qui ne
peut être autre que celle de la Grève
Générale à l’échelle de l'UE.
Un des secteurs le plus touché, les médecins,
a dû prendre, de lui-même, l’initiative
d’envisager une grève sectorielle
générale, à l’échelle de l'Europe, si
la Directive est approuvée.
Il faut organiser un grand mouvement pour
obliger les centrales syndicales à appeler à
toutes mobilisations nécessaires, et surtout
à la grève générale, si la Directive des 65
heures n'est pas retirée. Il faut que tous
les secteurs d’opposition aux
bureaucraties syndicales se mobilisent de
façon unitaire, et au niveau continental,
pour organiser la réponse. Une réponse que
les centrales bureaucratiques (unies au sein
de la CES, Confédération Européenne de
Syndicats), refusent d’organiser.
Le 17 juin
2008,
les sections de
la LIT-QI en Europe
|